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MEMOIRES
POUR SERVIR
A LHISTOIRE NATURELLE
DES ANIMAUX-
Drejfe7 ÿar M. Perrault,^ l’Academie Royale des S ciences,
& Médecin de la Faculté de Paris.
A PARIS,
DE L’ IMPRIMERIE ROYALE.
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Ue l qjj es-ünes des D efriptions contenues dans
ce Volume ont déjà été données au oublie. On les a
réimprimées avec les autres , a caufe des particularités:, consi¬
dérables qui j ont été ajoutées , & des nouvelles observations
que la Compagnie a faites depuis Jur quelques autres Ani¬
maux de la mefme efpece que ces premiers, dont les D efri¬
ptions ont déjà été imprimées. Elle a mefme différé cette Edi¬
tion plus long-temps quelle ne sétoit propofé, afn de rendre
les Descriptions plus amples par les remarques que Ion a eu
le moyen de faire fur un pim grand nombre de fujets que le
temps a fournis : Car elle a jugé qu’il étoit important de mar¬
quer autant quil feroit pojfble les différences & les conve¬
nances qui fe rencontrent fouvent dans les Animaux dune
mefme effece, afn que ceux qui (ont curieux de ces recherches,
& qui n y font pas tout à fait exercez,, fient moins fur pris,
quand ils s’y appliqueront, de ne pas rencontrer toujours les
chofes conformes d ce que nom avons trouvé dans nos dif¬
férions, ou nom avons prefque toujours découvert quelque
chofe de nouveau, il e fl encore neceffaire d’efre averti que
prefque tom les Animaux dont nom donnons les Defcriptions,
font morts de maladie, & la pluffart en hyverj afn qu ayant
égard d cette particularité, qui peut apporter beaucoup de chan¬
gement d la confiitution ordinaire des parties, ce changement
ne faffe point faire d’inductions qui puffent nuire d la con-
noffance de leur état naturel. VMM. Pecquet & Gayant,
que l’on fait avoir été de leur vivant très - célébrés dans
* *
j ont travaillé les premiers a ces
avec beaucoup de foin & d’ exactitude. &M. du Vémey qui leur
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a fuccedé dans cét employ, s en ejt acquite avec un tel Juc-
cés , que l’on peut dire qùil a fourni à ces Définitions
Une bonne partie des fus curieufies particularité1^ qui y fiont
rapportées. ' •
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L HISTOIRE NATURELLE
DES ANIMAUX.
PREFACE.
'Histoire , de quelque nature quelle foit, s’écrit
en deux manières. En l’vne on rapporte toutes les chofes
qui ont efté recueillies en plufieurs temps, ôc qui appar¬
tiennent au fujet qu’elle traitte : en l’autre on fe renferme
dans la narration des faits particuliers , dont celui qui
écrit a vne connoiftance certaine. Cette dernière ma¬
nière , que les Romains appelaient Commentaires , 8c
que nous nommons Mémoires , bien quelle ne contienne que les parties,
8c comme les élemens qui compofent le corps de l’Hiftoire , 8c qu’elle n’ait
pas la majefté qui fe trouve dans celle qui eft générale , a néanmoins cét
avantage, que la Certitude 8c la Vérité, qui font les qualitez les plus recom¬
mandables de l’Hiftoire, ne lui fçauroient manquer , pourvû que celui qui
écrit foit exaft , 8c de bonne foy ; ce qui ne fuffit pas à l’Hiftorien général,
qui fouvent peut n’eftre pas véritable, quelque paffion qu’il ait pour la véri¬
té , 8c quelque foin qu’il emploie pour la découvrir 5 parce qu’il eft toujours
en danger d’eftre trompé par les mémoires fur lefquels il travaille.
Nous avons aflez d’Hiftoires des Animaux de l’vne 8c de l’autre de ces
manières. Car outre les grands 8c magnifiques Ouvrages qu’Ariftote , Pline,
Solin , 8c Elian ont compofez de tout ce qu’ils ont pris dans d’autres Auteurs,
IV '
: a.
PREFACE.
ou qu’ils ont appris de ceux qui avoient fait eux-mefmes des obfervations ;
nous avons encore des relations particulières que les Voiageurs ont écrites
de quantité d’Animaux, qui ne fe voient que dans les Pais où ils ontpaffé:
6c ceux qui ont travaillé a la defcription des differentes Parties du Monde ,
n’ont pas oublié celle des Animaux qui s’y rencontrent. Mais on peut dire
qu’on ne voit aucune certitude ni en cesHiftoires, ni en ces Relations. Ceux
qui ont écrit l’Hiftoire générale des Animaux , ont crû la rendre affez re¬
commandable par le grand nombre des chofes qu’ils rapportent, 6c par la
diftribution qu’ils font des Animaux en leurs differentes efpéces , avec les
reffemblances 6c les diffemblances qui fe rencontrent dans leurs parties , dont
ils ont rangé les diverfes conformations , 6c toutes les propriétez naturelles
en des claffes communes. Car c’efl en cela principalement qu’ils ont emploié
leur diligence 6c leur induftrie , le refte n’eftant point d’eux , mais apparte¬
nant a ceux qui avoient fait les defcriptions des Animaux fur les lieux , 6c
dont l’exaélitude 6c la fidélité ne leur pouvoit eftre affez connue pour en
répondre. De forte que ces matières , dont ces Auteurs ont compofé leurs
ouvrages , eftant pour la plufpart défe£lueufes , 6c pofées fur de mauvais fon-
demens , il eft vrai de dire que tout le grand édifice qu’ils ont élevé en fuite
deffus avec vne fi belle fimmetrie , n’a point de véritable folidité.
C’eft pourquoy les curieux 6c les fçavans qui avoient autrefois fait peu
d’eftat du travail de Petrus Gillius, lors qu’il avoit voulu mettre en ordre
tout ce qu’EIian a rapporté confufément des Animaux , ont eu beaucoup
de regret a la perte des belles remarques qu’il avoit faites depuis , dans les
voiages que François premier lui fit entreprendre aux Païs eftrangers : Car
c’eftoit vn homme tres-judicieux 6c tres-éc airéj qui eftoit inftruit par la le¬
cture de tous les Auteurs qui ont écrit fur ce fujet ; que le Roy avoit ex-
oreffément envoié pour faire cette recherche, 6c qui s’y appliquoit avec vn
bin particulier 3 ce qui le rendoit tres-capable d’obferver tout ce qu’il y a
de remarquable dans les Animaux.
Le défaut de ces qualitez dans la plufpart de ceux qui ont fait des rela¬
tions particulières 6c des mémoires, rend leur travail peu confiderable , 6c
leur témoignage fort fufpeél : n’y aiant gueres d’apparence que des Marchands
6c des Soldats foient pourvus de l’efprit de Philofophie 6c de la patience ,
qui font neceffaires pour obfèrver toutes les particularitez de tant de diffe-
rens Animaux , dont la figure extraordinaire rempliffoit d’abord toute leur
curiofité , comme eftant capable d’enrichir fuffifamment leurs relations ; fans
qu’ils jugeaffent neceffaire de paffer à vne recherche plus exaéte. Mais ce qui
doit davantage diminuer l’eftime qu’on peut faire de ces fortes de Mémoi¬
res, c’eft le peu de fidélité dont les Voiageurs vfent d’ordinaire en leurs
Relations ; qui ajoutent prefque toujours aux chofes qu’ils ont vues , celles
qu’ils pouvoient voir 3 6c qui pour ne pas laiffer le récit de leurs voiages
imparfait ,
PREFACE.
imparfait , rapportent ce qu’ils ont leu dans des Auteurs , par qui ils font
premièrement trompez, de mefme qu’ils trompent leurs Lefteurs en fuite,
C’eft ce qui fait que les proteftations que plufieurs de ces Obfervateurs ,
comme Belon, Pifo , Margravius, 8c quelques autres font, de ne rien dire
que ce qu’ils ont vu , 6c les aflurances quils donnent d’avoir vérifié quan¬
tité de fauffetez qui avoient efté écrites avant eux , n’ont gueres d’autre ef¬
fet, que de rendre lafincerité de tous les Voiageurs fort fufpe&e, parce que
ces Cenfeurs de la bonne foy , 8c de I’exafititude des autres , ne donnent
point de cautions fuffifantes de la leur.
Ce que nos Mémoires ont de plus confidérable , eft ce témoignage irré¬
prochable d’vne vérité certaine 6e reconnue. Car ils ne font point le tra¬
vail d’vn particulier , qui peut fe laiffer prévenir de fa propre opinion 5 qui
n’apperçoit facilement que ce qui confirme les premières penfées qu’il a eues ,
pour lefquelles il a tout l’aveuglement , 8c toute la complaifance que chacun
a pour fes enfans 5 qui n’eft point contredit dans la licence qu’il fe donne
d’avancer tout ce qu’il juge eftre capable de donner du luftre a fon ouvrage;
8c enfin qui confidere moins la vérité des faits , qui n’eft point fa produ¬
ction , que cét agencement qu’il y ajoute , 8c qu’il forme lui-mefme , de
quelques particularitez qu’il fuppofe , ou qu’il déguife , pour tâcher de les
faire venir â fon deffein : de forte qu’il feroit en quelque façon fâché d’ap¬
prendre des veritez, 8c de faire des expériences qui ruineraient vn beau rai-
fonnement. Mais ces inconveniens ne fe peuvent rencontrer en nos Mé¬
moires , qui ne contiennent point de faits qui n’aient efté vérifiez par toute
vne Compagnie , compofée de gens qui ont des yeux pour voir ces fortes
de chofes , autrement que la plufpart du refte du monde , de mefme qu’ils
ont des mains pour les chercher avec plus de dextérité 8c defuccés; qui voient
bien ce qui eft , 8c â qui difficilement on feroit voir ce qui n’eft pas; qui
ne s’étudient pas tant â trouver des chofes nouvelles, qu’a bien examiner cel¬
les qu’on prétend avoir trouvées ; 8c â qui l’affurance mefme de s’eftre trom¬
pez dans quelque obfervation, n’apporte gueres moins de fatisfaéfion, qu’vne
découverte curieufe 8c importante : tant l’amour de la certitude prévaut
dans leur efprit â toute autre chofe. Or cét amour eft d’autant plus fort,
qu’il n’eft point combatu par d’autre intereft , puis que la fauffe gloire , que
lefuccés d’vne ingenieufe illufion pourrait avoir emportée par furprife, feroit
fort peu de chofe , eftant partagée entre tant de perfonnes , qui contribuent
toutes â cét ouvrage ; foit par les propofitions que chacun fait des nouveau-
tez qu’il découvre ; foit par l’éclairciffement que fa critique donne aux décou¬
vertes des autres , en les examinant , comme on a fait les fiennes, avec vn foin
qu’vne petite pointe d’émulation ne manque jamais de réveiller entre les Phi-
lofophes. De forte qu’il y a grande apparence, que ce qui a fouftenu vne épreu-
ye de cette force , eft exempt de tout mélange d’impofture 8c de faufleté.
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PREFACE.
Cette exactitude à n’avancer que des chofes qui ont efté avérées , eft ce
qui a tant fait loüer Démocri te entre les Anciens, lors qu’aiant ramaffé dans
plufieurs livres quantité de curiofitez merveilleufes , on dit qu’il marqua
dans fes Recueils , avec Ion cachet , celles dont il conoiffoit la vérité par
des expériences , pour en compofer vn volume , qu'il appella le livre d’Elite.
C’eft auffi a fon exemple que Ton a voulu que ce Recueil fuit vn choix de
tout ce qui a efté trouvé 6c remarqué foigneufement dans les Animaux
qu’on a pu examiner.
Dans ce Recueil on s’eft particuliérement attaché a ce qui appartient à
la ftruCture des parties des Animaux , plutoft qu a ce qui regarde leurs
mœurs , leur nourriture, la manière dont on les prend, leurs propriétez pour
la Medecine , 6c pour les autres vfages qu’on leur attribue , dont tous les
Hiftoriens Naturels ont compofé leurs Volumes , 6c dont nous n’avons
parlé qu’en paffant , 6c félon l’occafion que nous en offroit ce que nous ob-
fervions dans nos fujets. Mais ce deffein de décrire feulement les parties a
efté encore reftraint à celles du dedans ; 6c c’eft pour cela que nous avons
appellé les Defcriptions que nous faifons , Anatomiques , bien quelles con¬
tiennent beaucoup de chofes qui fe peuvent voir fans diffeCtion.
En effet, noftre principal deffein eftant de rapporter, 6c d’amaffer toutes
les remarques que nous avons faites fur les differentes particularitez du de¬
dans des Animaux, nous n’avons pu obmettre les autres Obfervations qui
appartiennent a la forme extérieure, à caufe du rapport que toutes les par¬
ties ont les vnes avec les autres. Mais nous ne nous fommes pas beaucoup
arreftez aux chofes qui n’appartiennent pas directement à cette connoiffance
Anatomique , parce qu’il n’y a gueres que cette exaCte Defcription des
parties Internes , qui manque à l’Hiftoire Naturelle. Nous n’avons pu
auffi nous empêcher quelquefois de nous écarter de ce chemin fi droit 6c
fi ferré, que nous nous fommes propofez de fuivre 5 6c nous avons cru eftre
obligez d’entrer dans les controverfes qui font entre les Naturalises , tou¬
chant la difficulté qu’il y a de fçavoir , fi quelques-vns des Animaux que
nous avons , font précifément ceux dont les Anciens ont parlé ; parce que
les Defcriptions de ces Auteurs font la plufpart très -ambiguës , 6c ne fe
rapportent pas affez entre elles , pour ofter les doutes que l’on peut avoir,
que les Animaux , aufquels ils donnent vn mefme nom , ne foient quel¬
quefois difîerens; 6c que ceux auffi que le vulgaire appelle autrement qu’eux,
ne foient ceux -la mefmes dont ils ont parlé. Les remarques particulières
6c nouvelles que nous avons faites nous ont engagez a cét examen. Mais
nous n’avons prétendu faire valoir nos conjectures , qu’autant que des faits
finguliers le peuvent faire; eftant prefts de nous rétraCter, lors qu’il arrivera
qu’vn grand nombre d’obfèrvations contraires nous fera voir que ces pre¬
mières avoient efté faites fur des fujets , dont la conformation eftoit extraor¬
dinaire,
PREFACE.
dinaire , 6c par confequent peu fuififante , 6c incapable d établir vne con-
clufion générale. Mais nous avons eftimé que des chofes de cette nature
oouvoient eftre mifes dans des Mémoires, qui font comme des magafins,où
on ferre toutes fortes de chofes, pour s en fervir dans le befoin.
Or quoiqu’on ne fefoit arrefté qu’à cette defcription , 6c à cette pein¬
ture naïve , que nous avons tâché de faire avec fimplicité, 6c fans orne¬
ment, 6c qu’on n’ait point eu d’autre intention, que de faire voir les chofes
telles que nous les avons veuës , 6c de mefme qu’en vn miroir , qui ne met
rien du fien , 6c qui ne reprefente que ce qui lui a efté prefenté : nous
n’avons pas biffé néanmoins d’ajoufter quelquefois des refléxions , quand
nous l’avons jugé à propos , fur les particularitez qui le meritoient ; 6c cela
en forme d échantillon feulement, 6c comme les prémices des fruits qui fe
pourront recueillir, lors que par l’amas de toutes les obfervations qui fe peu¬
vent faire, cét Ouvrage fera en eftat de fournir vne matière fuffifante, pour
en former vn corps entier 6c accompli. En forte qu’il faut entendre , que
nous ne voulons point que les refléxions qui font faites ici par avance paf-
fent pour des décifions , mais feulement pour des elfais de ce qu’on peut
erer de cette forte de travail.
Il y en a qui ont trouvé à redire au merveilleux ouvrage de l’Hiftoire
des Animaux d’Ariftote , parce qu’il leur femble que cét Auteur en parle
oluftoft en Philofophe qu’en Hiftorien. Mais ce n’eft pas le fentiment de
a plufpart des curieux, qui eftiment qu’il ne s’eft que trop renfermé dans le
caraêïere d’vne fimple relation ; 6c que c’eft grand dommage qu’il ne fe foit
pas davantage expliqué fur toutes les chofes qu’il auroit pu découvrir, à l’ai¬
de de la lumière admirable qu’il avoir pour toutes fortes de fciences: 6c l’opi¬
nion de Hierocles eft fort probable , qui dit que les dix livres que nous
avons de l’Hiftoire d’Ariftote ne font qu’vn abrégé qu’Ariftophane Bibn-
tin a fait des cinquante volumes dont Pline a parlé , dans lefquels eftoit
contenu tout ce qui peut appartenir à l’entière 6c parfaite conoiffance des
Animaux.
Mais comme il eft impoffible de philofopher (ans avancer des propofi-
tions générales , qui doivent eftre fondées fur la conoiflfance de toutes les
chofes particulières , dont les notions vniverfelles font compofées ; 6c que nous
avons encore long-temps à travailler , avant que d’eftre inftruits de toutes les
particularitez qui font neceflaires pour cela: nous croions qu’on ne s’arreftera
pas beaucoup aux raifonnemens que nous avons mêlez parmi nos expérien¬
ces , 6c qu’on jugera aifément que nous ne prétendons répondre que des
faits que nous avançons , 6c que ces faits font les feules forces dont nous
voulons nous prévaloir contre l’autorité des grands Perfonnages qui ont
écrit avant nous ; puifque parlant d’eux avec tout le refpedl qu’ils méritent,
nous reconoiffons que les défauts qui fe voient dans leurs Ouvrages , n’y
PREFACE.
font que parce qu'il eft impoffible de rien trouver qui ait aquis la dernière
perfection; quoi que ces Ouvrages en approchent affez poureftre inimitables,
5c pour faire avoir a tous ceux qui font intelligens 5c raifonables , vne fingu-
lière vénération pour les excellens genies qui les ont produits. Car nous
croions rendre vn plus grand honneur au mérité des Anciens, en faifant voir
que nous avons découvert quelques legeres fautes dans leurs ouvrages , que
fi , à la manière de ceux qui fe défient de leur propre lumière, 5c ne fondent
jamais le jugement qu’ils font du prix de chaque chofeque fur des préjugez,
nous ne les eftimions que parce que nous croions qu’ils font faits par de
grands Perfonnages , 5c non pas à caufe de la conoiffance que nous avons
de ce qu’ils ont de bon 5c de mauvais : parce que de mefme que la plus
grande loüange que cent aveugles pourroient donner à vne beauté ne feroit
pas fi avantageufe que la plus médiocre d’vn feul homme qui auroit de bons
yeux ; l’approbation auffi quVn commun confentement de tous les fiécles a
donnée aux ouvrages des grands Perfonnages ne fçauroit eftre bien fondée,
s’il ne paroift quelle a efté donnée avec difcretion, 5c en confequence d’vn
examen , par lequel il a efté vérifié que ce qu’il peut y avoir de défectueux
n’eft rien en comparaifon du nombre infini des belles 5c excellentes choies
qui s’y rencontrent.
Nous eftimons que ceux qui feront capables de ces refléxions , n’auront
pas la malignité de fe prévaloir de l’autorité qu’on donne au grand nombre
de ceux, qui n’en eftant pas capables , veulent que l’on ait comme eux vne
vénération aveugle pour les ouvrages 5c pour les fentimens des Anciens ;
ôc nous eiperons que les gens raifonables n’en abuièront pas , pour rendre
odieufe la liberté que nous nous fommes donnée , de dire que nos Defcri-
ptions font exaétes , parce que nous ne propofons rien que ce que nous
avons vu ; 5c que mefme nous prétendons qu’elles font plus exaétes que
celles des Anciens, qui font faites la plufpart fur les rapports d’autruy ; puifque
nous n’affectons point hors de propos de marquer les erreurs de ces grands
Hommes, 5c que nous ne faifons qu’avertir le Leéteur , que nos Obferva-
tions ne fe rapportent pas avec les leurs. Car nous n’avons pas jugé que
cette comparaifon de noftre diligence avec leur peu d’exaétitude , fuft vne
vaine oftentation 5c tout-a-fait inutile; puis qu’elle peut contribuer à vne in-
ftruétion plus précife, 5c qui imprime mieux les images des chofes, lorfque
leur véritable delcription eft diftinguée , 5c marquée par J’oppofition de celle
qui eft fauffe : ou du moins cela fait conoiftre , fuppofé que les obfervations
contraires fuffent toutes deux véritables , qu’on peut conclure , qu’a l’egard
de ces particularitez dont nous fommes en différend , la nature eft varia»
ble 5c inconftante.
C’eft pourquoi nous avons choifi vne manière de faire nos Defcriptions
toute particulière. Car au lieu que les Anciens 5c la plufpart des Modernes
traitent
PREFACE.
traitent la doétrine des Animaux comme celle des Sciences , parlant toûjours
généralement , nous n’expofons les chofes que comme eflant finguliéres : 6c
au lieu d’affurer, par exemple, que l’Ours à cinquante-deux Reins de chaque
codé , nous difons feulement qu’vn Ours que nous avons diffequé avoit la
conformation tout-a-fait particulière 5 6c en la décrivant , fi nous témoignons
eflre eltonnez que perfonne n’ait fait cette remarque , 6c que mefme ceux
qui ont fait l’Anatomie de ces Animaux n’en ayent rien dit, c’efl parce que
nous fuppofons que la Nature, qui fe joüe rarement dans la conformation des
parties principales, a formé les Reins des autres Ours de la mefme façon que
nous les avons trouvez en noftre fujet.
Dans la Defcription des Animaux rares , 6c qui viennent des Païs étran¬
gers, nous avons apporté vn grand foin à bien dépeindre leur forme extérieu¬
re , 6c à marquer la grandeur 6c la proportion de toutes les parties qui fe
voient fans diffeétion; parce que ce font des chofes prefque auffi peu co¬
mtes que tout ce qui efl enfermé au dedans. Les Animaux qui nous font
familiers font décrits autrement. Car on compare la grandeur, la forme, 6c
la fituation de leurs parties, tant les exterieure^que les intérieures , à celles de
l’Homme, que nous eftabliffons comme la réglé des proportions de tous les
Animaux: non pas que nous eftimions qu’il foit abfolument mieux propor¬
tionné que la plus difforme de toutes les Belles : parce que la perfection de
chaque chofe dépend du rapport qu elle a à la fin pour laquelle elle eft faite ;
6c qu’il eft vrai que les Oreilles d’vn Afne, 6c le Groin d’vn Pourceau, font
des parties auffi admirablement bien proportionnées, pour les vfages aufquels
la Nature les a deflinez, que toutes celles du Vifàge de l’Homme le font, pour
luy donner la majefté 6c la dignité du Maiftrede tous les Animaux. Mais il
a falu convenir d’vne mefure 6c d’vn Module, de mefme que l’on fait en Ar¬
chitecture : 6c confiderant tout l’Univers comme vn grand 6c fuperbe Edi¬
fice, qui a plufieurs appartenons d’vne ftructure differente , on a choifi les
proportions du plus noble pour regler tous les autres. De manière que
quand on dit, par exemple, qu’vn Chien a la Tefle longue, le Ventricule petit,
6c la Jambe tout d’vne venue , c efl feulement en comparant ces parties avec
celles qui fe trouvent de mefme efpece en l’Homme. Nous décrivons auffi
toutes les parties du Corps Humain, quoi qu’il ny ait pas tant de chofes nou¬
velles à en dire, que de celles des autres Animaux 5 eflant fort difficile d’a-
joufler quelque chofe aux Anciens 6c aux Modernes, qui ont traité cette ma¬
tière avec toute l’exa&itude imaginable , 6c avec vn fuccés comparable a la
grandeur 6c à la dignité du fujet. Nous avons joint à vn grand nombre d’ob-
fervations particulières que nous avons faites, toutes les autres remarques qui
nous font communes avec les autres Auteurs , 6c que nous ne donnons point
ootir nouvelles; mais feulement comme eflant en quelque forte confidera-
3les, a caufe de la certitude 6c de la foy que les témoignages de tant de
o
PREFACE.
perfonnes qui ont contribué à ces Defcriptions, peuvent donner aux faits que
nous avançons.
Cette exaétitude fi précife a rapporter toutes les particularitez que nous
remarquons , eft accompagnée dvn pareil foin , pour bien faire les Figu¬
res tant des animaux entiers , que de leurs parties externes , ôc de toutes
celles qui font cachées au dedans. Ces parties, après avoir efté confiderées,
ôc examinées avec les yeux aidez du fecours des Microfcopes , quand il en
eft befoin , font deflinées fur le champ par vn de ceux-là mefme , à qui la
Compagnie a donné la charge de faire les Defcriptions par écrit ; ôc elles
n’ont point efté gravées, que tous ceux qui ont efté prefens aux Diffeétions
n’ayent trouvé qu’elles eftoient tout-à-fait conformes ace qu’ils ont veu. On
a jugé que c’eftoit vne chofe bien avantageufe pour la perfeétion de ces Fi¬
gures , d’eftre faites d’vne main qui fuft conduite par d’autres conoiffances
que par celles de la Peinture , lesquelles ne font pas toutes feules fuffifantes,
parce que l’importance en ceci n’eft pas tant de bien reprefenter ce que
l’on voit, que de bien voir comme il faut ce que l’on veut reprefenter.
Nos Mémoires eftant ainfi/-compofez, on peut efperer qu’ils fourniront
de matière à vne Hiftoire Naturelle , qui ne fera pas indigne du plus grand
Roy qui ait jamais efté : ôc que fi pour égaler en cela Alexandre , comme il
l’égale, ôc le furpaffe me fine en toute autre chofe, il lui manque vn auffi grand
perfonnage qu’Ariftote , le foin que Sa Majefté a eu de fuppléer à ce dé¬
faut , par le nombre des perfonnes qu’Elle a choifies pour cét emploi , ôc
par l’ordre qui fe tient pour faire les chofes avec vne entière exaétitude , fe¬
ra que cét Ouvrage, qu’il a voulu qu’on entreprift, ne fera peut-eftre pas in¬
ferieur à celui qui à efté fait pour Alexandre 5 quoi qu’on ne puiffe pas dire
qu’il foit parti des mains d’vn Philofophe comparable à Ariftote, fi ce n’eft
que la grandeur de la puiflfance qui conduit toutes les entreprifes de Sa
Majefté fafife élever quelque jour vn Genie extraordinaire, qui fe ferve de
nos Mémoires avec vn fuccés qui égale celui des grands Politiques, ôc des
vaillans Capitaines , que fon régné merveilleux a fournis au fiécle où nous
vivons.
Description
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Explication de la figure du Lion.
L eft reprefenté vivant dans la figure d’en bas, la tefte tournée à cofté,ainfî qu5il la
.porte quelquefois, nonobflant la roideur de fon col Les ongles, quoy que très-grands,
ne paroifTent point , eftant couverts du poil qui eft fort long à l’extrémité des pattes.
La forme que la queue a fous le poil ne fe voit point aufti, à caufe de la differente
longueur du poil, qui la fait paroiftre d’égale groffeur depuis le commencement juf-
qu’au bout.
arties que la
A. Eft la crefie du Crâne.
B B. Le Zygoma.
CC. La grande & la petite Canine.
D. Les Dents Incifives.
E. L’apophyf Coronoide de la mâchoire inferieure.
FFF. Les Dents Molaires.
G. E extrémité du Rayon.
H. V extrémité du Coude.
Il II. Les os du Carpe.
1 1 1 1. Les quatre os du Métacarpe,
z z zz. Les quatre os de la première Phalange des doits.
3333. Les quatre os delà féconde Phalange.
OOO. Les derniers os des doits. On en a reprefenté un feparé 3 & hors de fon articulation , lequel
auec deux autres marquez, z. 3. qui font aufii f parez, du refte de la patte 3 doit compofer
un des doits. Il faut remarquer la courbure que L’os marqué 3. a en fon extrémité } qui fait
un Condyle ou faillie 3 pour donner lieu au dernier os qui luy efi articulé , de fe fiechir en
haut.
K K K. V ne portion de la peau de la langue uu'è auec le microfope.
L L L. De petites éminences qui font proche de la racine de chacune des pointes qui font fur la langue.
M M M. Les pointes dont la langue efi h e ri fée.
N. Une des pointes feparée de la peau 3 afin de faire uoir fa cavité.
O O. La Veficule du Fiel.
P. Le conduit de la Bile.
Q. La Vefiie.
RR. Les Profitâtes.
SS. Les ligament y qui joints auec l’Vrethre compofînt le corps de la Verge.
T. Le commencement de l’Vrethre.
X. Le Balanus.
Y. Le Cryfialin qui eft oit gafté.
2. L’autre Cryflalin qui eft oit fain.
r. La Langue.
A. Le cartilage Ehyroide du Larynx.
©. Le cartilage Cricoide.
A. Le cartilage Arytenoide.
S. La Glotte.
2. L’Epiglotte.
<I>. La partie la plus baffe du Ventricule.
Ÿ. L’orifice inferieur du Ventricule.
<*.. L’Oefophage.
fi fi. L’affere oArtere.
y. L’oreille gauche du Coeur .
<s\. Le Cœur.
C. L’artere Soufclaviére droite .
a, La Carotide droite.
ôa La Carotide gauche.
k. L’artere Soufclaviére gauche.
m. V ne portion du Diaphragme.
ft. V orifice fuperïeur du Ventricule .
y F Deux boffes qui e fiaient au devant du Ventricule.
11345678. Les huit Lobes du Poumon .
âijfeflion peut faire connoifire
Dans les p
DESCRIPTION
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DU N LION-
Va nt que d’ouvrir noftre Lion , nous en avons examine
foigneufement toutes les parties externes , luivant la méthode
que nous nous fommes propofé d’obferver pour toutes les
defcriptions des autres Animaux. Nous avons trouvé que la
groffeur de la telle , qui eft remarquable dans cét Animal , con-
fiftoit principalement en l’abondance extraordinaire de la chair
qui la couvre , &£ en la grandeur des os qui compofent les
mâchoires. Que la poitrine tout de mefme , qui paroill large ,
ne l’eftoit qu’à caufe du poil long & épais qui l’environnoit, le
Sternon ellant ferré, & beaucoup plus en pointe , qu’il ne l’eft en la plufpart des Che¬
vaux & des Chiens : & que par la mefme raifon la queue ne fembloit eftre d’égale
groffeur , depuis vn bout jufqu’à l’autre , qu’à caufe de l’inégalité du poil dont elle
elloit environnée , qui ctoit plus court vers le commencement , où la chair & les os
font plus gros , &C qui s’alongeoit à mefure que ces parties vont en diminuant vers
le bout. Et que ce long poil qui eft autour du col &c de la poitrine , n’eftoit different
de celui du relie du corps que par fa longueur , n’ayant rien qui tint de la nature
du crin.
Les ongles n’avoient point d’étuis , ainli que Pline dit qu’ils en ont pour empefcher qu’ils
ne foient vfez en marchant; mais plûtoll il paroiffoit que ces Animaux, ainfi que remar¬
quent Plutarque & Solin , pourvoyent à cela en les retirant entre leurs doits , par le
moyen de l’articulation particulière de la derniere jointure , qui étoit telle que le pé¬
nultième os, en fe recourbant en dehors, donnoit lieu au dernier qui lui eft articulé, &
à qui l’ongle eft attaché, de le fléchir en deffus &c à collé plus facilement qu’en deffous,
ellant retiré en haut par le moyen d’vn ligament tendineux , qui attache enfemble les
deux derniers os en leur partie fuperieure & externe feulement ; & qui fouffrant vne
diftention violente lors que le doit eft fléchi en dedans , étend cette derniere articu¬
lation au (li tollque les mufcles flechiffeurs viennent àfe relafcher, & fortifie l’aélion des
mufcles extenfeurs : en forte que l’os qui eft à l’extrémité de chaque doit ellant prefque
toujours recourbé en enhaut, ce n’eft point le bout des doits qui pofe à terre , mais le
nœud de l’articulation des deux derniers os ; &C ainfi les ongles demeurent levez en
haut en marchant, &c retirez entre les doits, à fçavoir tous ceux des pattes droites vers
le collé droit de chaque doit , &c tous ceux des pattes gauches vers le collé gauche ; la
flexion des doits pour le marcher n’eftant faite que par les tendons du mufcle Sublime, &C
/
* DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION.
ceux du mufcle Profond n’agiflant que lors qu'il eft befoin d’alonger les ongles " qui
fortent d’entre les doits, quand le dernier article elt fléchi en deflbus. Cette ftru&ure
merveilleufe ne s’eft point trouvée au pouce, dont la derniere jointure ne fe flechifloit
qu’en deflous , parce que ce doit ne pofoitpoint à terre, eftant plus court que les autres,
& n’ayant que deux os à l’ordinaire.
Il y avoit quatorze dents à chaque mâchoire, à fçavoir quatre IncifiVes, quatre Ca¬
nines , & lîx Molaires. Les Incifives eftoient petites , St les Canines fort inégales , y
en ayant deux grandes St deux petites. Les grandes , qui eftoient longues d’vn pouce
Stdemi, en maniéré de deffenfes, font les feules qu’Ariftote prend pour Canines-, mais
chacune de ces grandes Canines eftoit accompagnée d’vne autre petite & pointue, qui
étoit à cofté des Incifives, St qui laifloit en la mâchoire d’en haut, entre elle St la grande,
autant d’efpace vuide de chaque cofté, qu’il en eft befoin pour loger le croc de la grande
Canine de la mâchoire inferieure, dans laquelle il y avoit aufli vn elpace entre la grande
Canine St la première des Molaires, deftinépour loger la grande Canine delà mâchoire
fuperieure,mais qui eftoit beaucoup plus grand, afin que la mâchoire inferieure fe pût
avancer en devant quand il eft befoin. Les Molaires eftoient aufli fort inégales, princi¬
palement en la mâchoire fuperieure , ou celle qui eft après la Canine eftoit aufli petite
que les Incifives. Les autres Molaires eftoient fort grandes , ayant trois pointes inégales,
qui faifoient comme vne fleur de Lys.
Le col eftoit fort roide, ainfi que l’ont "remarqué les Auteurs ; mais la diflection nous
a fait voir dans noftre Lion , que cela ne procedoit point , comme ont dit Ariftote
St Elian , de ce qu’il n’eft que d’vnos, mais bien de ce que les apophyfes Epineufes des
vertebres du col eftoient fort longues , St liées avec des ligamens fi forts St fi durs,
qu’il fembloit que ce ne fuft qu’vn os. Scaliger dit avoir obfervé la mefme chofe en la
diffeétion de deux Lions -, St il eft croyable qu’Ariftote l’a ainfi entendu , quand il a dit
en fa Phyfionomie , que le corps du Lion eft remarquable par la grofleur St par la fer¬
meté de fes articles.
La Langue eftoit afpre , St heriflèe de quantité de pointes d’vne matière dure , St
pareille à celle des ongles , dont elles avoient aufli la figure ; ces pointes eftant creu-
îes en leur bafe , St recourbées vers le gofier. Elles eftoient longues de prés de deux
lignes , St elles avoient vers leur bafe de petites éminences rondes , faites de la peau
charnue de la Langue.
Les yeux eftoient clairs St luifans après la mort f St l’on voyoit par le trou de
l’Uvée le fonds de la Choroïde , qui eftoit comme doré. La Conjonétive eftoit
noire. Il y a apparence que ce qui a fait dire , que les Lions dorment les yeux
ouverts, eft que fans fermer les paupières , ils les peuvent couvrir avec vne membrane
épaifle St noiraftre couchée vers le grand angle , laquelle en fe hauflant St s’alongeant
vers le petit, peut s’eftendre fur toute la Cornée, ainfi qu’on voit aux oifeaux, St princi¬
palement aux Chats, qui ont vne fi grande conformité avec le Lion, que nous avons
trouvé y avoir quelque fondement à la fable de l’Alcoran , qui dit que le Chat nafquit
premièrement dans l’Arche de l’efternument du Lion. Car la ftruéture particulière
des pattes , des dents , des yeux , & de la langue , que nous avons obfervée dans le Lion ,
fe trouve lufeftre commune avec le Chat-, St les parties internes de ces deux Animaux
n’ont pas moins de reflemblance , quoy qu’Albert dife le contraire,
A la première ouverture , la peau ne nous parut point extraordinairement dure, ni
impénétrable , comme dit Cardan -, mais on la trouva attachée par quantité de fibres
dures St nerveuïès , qui naifloient des mufcles , St .penetroient le pannicule char-
neux.
L’Oefophage n’eftoit point aflez large pour faire que le Lion puifife avaler , ainfi
que difent les Auteurs , les membres des animaux tous entiers -, car il n’avoit pas plus
d’vn pouce St demi de large, St eftoit referré par le trou du Diaphragme à l’ordinaire, qui
n’eftoit point ouvert St élargi, comme il l’eft en la plufpart des Poiflons St des Ser-
pens, qui avalent aifément tout ce qui peut entrer dans leur gueule.
Le
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION. 3
Le ventricule eftoit long de dix-huit pouces , & large de lix , fitué de haut en bas,
tournant vn peu vers le collé droit, & le relevant au Pylore. Il y avoit en la partie fu-
perieure & anterieure deux bolTes inégales.
Tous les inteftins enfemble avoient vingt-cinq pieds de long, le Colon dix-huit pou¬
ces, & l’appendice du Cæcum trois.
Le Pancréas eftoit pareil à celui des Chats 6c des Chiens , 6c les grofles glandes du
Mefentere , qui font appellées Pancréas par Afellius , eftoient auffi femblables à celles
de ces animaux.
Le Foye, en qui nous trouvalmes fept Lobes comme aux Chats , eftoit d’vn rouge h
brun, qu’il approchoit fort du noir; il eftoit aufli fort molafte. Sa partie cave au deftous
de la velîcule du fiel eftoit remplie de bile elpanchée dans fa fubftance , & dans celle
de toutes les parties circonvoifines ; ce qui fut la feule chofe qui nous donna quelque
foupçon de la caufe de la mort de cét animal , que nous jugeafmes eftre la maladie , à
laquelle feule Pline dit que les Lions font fujets , qu’il appelle œgritudinem faftidij : car
foit que cela s’entende de l’ennui mortel qu’il a de fa captivité , comme cét Auteur
l’exprime , ou que cela lignifie le dégouft qui le fait mourir faute de manger , on fçait
que la rétention de la bile peut caufer l’vn & l’autre.
La Veficule du Fiel avoit fept pouces de long fur vn 6c demi de large. Sa ftruélure
eftoit aflez particulière, eftant anfraétueufe vers les conduits de la bile, & comme fepa-
rée en plufieurs cellules : les Chats l’ont toute pareille.
La Ratte eftoit longue d’vn pied, large de deux pouces , 6c épaifle de demi-pouce.
Elle n’eftoit pas fi noire que le Foye, nonobftant la réglé generale que Galien donne de
la couleur de la Ratte, qu’il dit eftre tousjours plus noire que le Foye, principalement
aux animaux qui font d’vn tempérament chaud 6c fec , 6c qui ont les dents pointues.
De forte qu’il y a beaucoup d’apparence que cette noirceur du Foye eftoit extraordi¬
naire en ce fiijet , 6c qu’elle n’eftoit pas naturelle. Le Rein eftoit prefque rond , ayant
trois pouces 6c demi de long fur deux 6c demi de largeur 6c d’épaifleur : il pefoit fept
onces 6c deux gros.
Les parties de la génération avoient cela de particulier, que l’Urethre n’eftoit point
recourbée , mais toute droite depuis la Veiïie jufques à l’extrémité de la Verge-, 6c que
le commencement des ligamens , qui avec l’Urethre compofent le corps de la Verge,
eftoit fort éloigné des Proftates , qui font au commencement du col de la Veftie. En
forte que l’Urethre, qui en tout avoit onze pouces, ne fortoit dehors, jointe à ces liga¬
mens , que de la longueur de trois pouces 6c demi : ce qui nous fit douter de la vérité
de ce qu’Ariftote dit fur la Phyfionomie du Lion , à fçavoir qu’il a par excellence , 6c
plus que tous les autres animaux , les marques vifibles 6c apparentes de la puilfance , 6c
rie la perfeétion de fon fexe.
La raifon de cette ftruélure nous parut eftre fondée fur la largeur extraordinaire des
os Pubis, le long defquels il faut que l’Urethre defcende depuis la Veftie, dont le fond
doit pafler au deflus de ces os , jufques à leur partie inferieure , de laquelle naiflent
ces ligamens qui compofent la Verge. Cette conformation fait que le Lion jette fon
vrine en arriéré , 6c non pas en levant la jambe , à la maniéré des Chiens , comme
dit Pline , 6c qu’il s’accouple avec la Lionne de mefme que les Chameaux , les Liè¬
vres , 6CC,
En ouvrant le Thorax on remarqua, que de tous les cartilages du Sternon qui avoient
efté coupez , il fortoit deux ou trois gouttes de fang , qui faifoient voir que ces parties
ne font point fi folides , que leurs cavitez foient imperceptibles , comme veulent quel¬
ques Auteurs , puis qu’ils font penetrez par des vaifleaux fanguinaires , comme on voit
à tous les animaux quand ils font encore jeunes.
Le Mediaftin eftoit parfemé de quantité de grands vaiftèaux. Les membranes qui le
compofent , $C qui eftoient percées comme vn réfeau , fe joignoient, 6c ne laifloient
point de vuide que vers le Diaphragme , au droit de la pointe du Cœur , où il y avoit
vne cavité aflez grande 6c ample. On obferve la mefme chofe aux Chats.
B
4 DESCRIPTION ANATOMIQUE D'UN LION.
Le Poulmon fut trouvé avoir fix Lobes au cofté droit, & trois au gauche. Tous les
cartilages annulaires de lAfpre artere faifoient le cercle entier, à la referve de deux ou
trois au delTous du Larynx, aufquels fur leur grandeur, qui eft de plus de quatre pouces
de tour, il n’y avoit pas à dire plus de deux lignes qu’ils ne fuffent entiers. La largeur ÔC
la fermeté de cét organe de la voix , nous fembla pien capable de former le bruit
épouvantable des rugiflemens.
Le canal Ladée Thorachique eftoit fort petit, & couché fur vn long filet de graifle,
qui s’eftendoit tout le long , &c au collé du corps des vertebres , & qui avoit deux li¬
gnes de large.
Le Coeur, qui fut trouvé fec & fans eau dans le Péricarde, eftoit beaucoup plus grand
à proportion qu’en aucun animal , ayant fix pouces de longueur , & quatre de largeur
vers la bafe, & Unifiant en vne pointe fort aiguë. Safubftance nous parut molafie avant
que de l’avoir ouvert : mais on reconnut que cela provenoit de ce qu’il a fort peu de
chair, & qu’il eft tout cave , fes ventricules eftant fi amples, que le gauche qui defcend
jufques a la pointe, ne laifloit que deux lignes d’épaifteur à la chair qui le couvre en cét
endroit -, vers la bafe il n’en avoit que fept , & le Septum en avoit prefque autant. Les
Oreilles du Cœur eftoient fi petites, que la droite , qui eft la plus grande , n’avoit pas
demi-pouce. La ftru&ure du Cœur des Chats n’eft point fi particulière, car il eft plus
emoufle par la pointe, & charnu à l’ordinaire. La proportion des rameaux que l’Aorte
amendante jette eftoit telle, que les Carotides avoient autant de grofteur que le rameau
foufclavier gauche, & que le relie du droit dont elles fortent : ce qui eft confiderable
veula petitefle du Cerveau. La mefme chofe fe voit aux Chats, à la referve qu’ils
ont beaucoup plus de Cervelle , à proportion de leur grandeur.
La Cervelle n’avoit pas plus de deux pouces en tout fens. Elle eftoit enfermée dans
vn crâne de l’épaiftéur de demi-pouce à l’endroit le plus mince , & de prés d’vn pouce
au droit du front. Le fommet eftoit eflevé comme la crefte d’vn cafque, pour donner
origine aux mufcles des Temples, qui couvrent les deux collez du fommet delà telle , &
laifi'ent au milieu du front cette enfonçure , qu’Ariftote remarque dans fa Phyfiono-
mie ellre particulière au Lion. Chacun de ces mufcles eftoit long de cinq pouces,
large de quatre & demi , épais de deux , &C pefoit vingt onces. Cette telle ainfi garnie
de chair , & compofée d’os fi fermes par leur ftru&ure &£ par leur fubftance , nous fit
penfer que fi l’Ours a la telle fi tendre & fi foible , qu’il peut ellre aifément tué d’vn
fouffiet, comme dit Pline , il y a apparence qu’il feroit bien difficile d’aflbmmer vn Lion ;
&C que cela n’eftoit pas ignoré par Theocrite, qui fait dire à Hercule , que tout ce qu’il
pût faire au Lion Neméen avec fa Mafiuë,fut de l’eftourdir , &c qu’il ne le fit mourir
qu’en l’eftranglant avec les mains.
L’Os qui fe trouve aux brutes entre le grand & le petit Cerveau au droit de la future
Lambdoïde , eftoit long d’vn pouce & demi, large de dix lignes, & épais de deux, de
figure plus quarrée que n’eft celui qui eft au crâne des Chiens, des Chats, &c.
La Glande Pineale eftoit diaphane , &C fi petite, qu’elle n’avoit qu’vne ligne de long,
& deux tiers de ligne de large en fa balè.
Les nerfs Optiques paroiftbient beaucoup plus gros après leur jonélion que devant:
ce qui provenoit de ce que les trous par lefquels ils entrent dans l’orbite ne font pas
ronds, mais en fente-, ce qui les eflargit en les aplatiftant. Eftant fortis par le trou de
l’orbite, ils s’alongeoient jufques au globe de l’œil, de la longueur de deux pouces &£ de¬
mi. On remarqua que la cavité de cette orbite n’eftoit pas par tout garnie d’os en de¬
dans, mais qu’elle eftoit percée vers lesTemples, entre l’Apophyfe de l’os du front, & cel¬
le du premier os de la mâchoire , qui ne fe joignoient pas non plus qu’aux Chats , aux
Chiens , &c.
Le globe de l’œil avoit feize lignes de diamètre. La Cornée eftoit épaifte du tiers d’vne
ligne par le milieu , &£ alloit tousjours en épaififtant vers fa circonférence , jufques à
avoir vne demi -ligne , à la maniéré du verre oculaire des lunettes. L’Iris eftoit de cet¬
te couleur pâle, que l’on appelle Ifabelle. Le Tapis de la Choroïde paroifloitd’vn jaune
plus
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION. s
plus doré , qui n’avoit rien de certe verdeur, que la plufpart des Auteurs donnent:
aux yeux du Lion. Le revers de l’Uvée anterieure, à l’endroit où elle elt couchée fur
le Cryflalin , efloit' tout-à-fait noir. Le Cryflalin fut trouvé fort plat, & fa plus grande
convexité, contre l’ordinaire , efloit en fa partie anterieure : ce qui s’obferve auffi aux
yeux des Chats. La figure du Cryflalin efloit telle, qu’il fembloit écorné par vne enfon-
çûre qu’il avoir à collé , &: qui rendoit le Cryflalin de l’oeil gauche , où cette enfon-
çûre efloit la plus grande, comme de la forme d’vnCœur : mais l’vn de ces Cryflalins,
qui commençoit à eflre gaflé par vn glaucoma, nous fit foupçonner que cela efloit con¬
tre nature , & particulier à noflre fujet. L’humeur aqueufe fe trouva fort abondante, en
forte qu’elle égaloit prefque la fixiéme partie de l’humeur vitrée. Cette abondance fut
jugée eflre la caufe de la clarté qui demeure aux yeux après la mort , qui fe ternifïent
lors que la cornée fe rétrefïit & fe plifïe par le défaut de cette humeur qui la tenoit
tendue.
La derniere obfervation a eflé , que veû le temps qu’il faifoit pendant la difïeélion ,
qui efloit chaud & humide , & la difpofition à la pourriture qui devoit eflre dans le
corps d’vn animal mort de maladie, que tous les Auteurs difent avoir l’haleine fi mau¬
vaise, qu’il infeéte tout ce qu’il approche, jufques à faire que les autres animaux ne tou¬
chent point au relie de la chair dont il a mangé -, neantmoins il ne nous parut rien qui
marquait aucune corruption extraordinaire, fon odeur eflant moins forte que n’eft celle
d’vn Cerf, dont on fait la curée peu de temps apres qu’il a eflé tué; &quoy qu’on trou¬
vait des vers fur fa chair le quatrième jour , on jugea qu’ils s’efloient engendrez des
mouches , parce qu’vn morceau de la langue enfermé dans du papier fe fecha pendant
vne nuit, tk devint fort dur fans avoir aucune odeur. Ce qui fit dire que fi le Lion
efl fujet à la fièvre , elle n’efl point caufée par la corruption des humeurs, n’efl
qu’Ephemere , quoy que l’on die qu’il l’a toute fa vie : &: fit voir auffi que la bile efl
vn Baume dans le corps des animaux, quirefifle à la corruption, & qui fait que les Lions,
dans lefquels elle domine, vivent fi long-temps.
On fit encore vne autre .reflexion fur la petiteffe de la Cervelle de cét animal, duquel
les Hifloriens Naturels rapportent tant de marques d’efprit de jugement en fai-
fànt comparaifon avec l’abondance de celle d’vn Veau, on jugea que le peu deCervelle
efl plus la marque la caufe de l’humeur farouche & cruelle , que du manque d’efprit.
Cette conje&ure fut fortifiée par l’obfervation qui avoit eflé faite quatre jours aupara¬
vant fur le Renard marin, où on n’avoit prefque point trouvé deCervelle, quoy qu’on
eflime que la fagacité & Padrefle qu’il a , lui ont fait donner ce nom entre les Poif-
fons, dont tout le genre efl communément mal pourveû de Cervelle , de mefme qu’il
a peu de difpofition à la fociété , ôc à la difeipline dont les animaux terrefles font ca¬
pables.
6
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D UN AUTRE LION
CE Lion elloit très-grand, qnoy que fort jeune. Il avoit fept pieds &C .mi de long,
à fçavoir depuis le bout du mufle jufques au commencement de la queue , &C
quatre pieds &C demi de haut, c’ell à dire depuis le haut du dos jufqu a terre.
Nos obfervations ont elle prefque toutes pareilles à celles que nous avions déjà faites
fur le premier Lion, mais entre autres chofes l’étrefîiflement & le peu de capacité du
Thorax dont nous avons déjà fait la remarque, nous fembla conflderable en ce fujet-cy:
Car il n’avoit en dedans, d’vne colle à l’autre à l’endroit le plus large, que fept pouces,
dont le cœur en occupoit quatre, en forte qu’il n’en reftoit que trois pour les Poumons,
le Péricarde, le Mediaftin,&: les vaifleaux du Cœur. Le Péricarde elloit aufli fans eau,
& les Intellins courts à proportion du corps, n’ayant que vingt-cinq pieds de long, qui
n’ell que trois fois la longueur du corps. Le Cryftalin elloit aufli plus convexe en de¬
hors qu’en dedans.
Ce que nous avons trouvé de différend eft , que leFoye,qui elloit d’vn rouge li brun
au premier Lion qu’il paroifloit noir, elloit 11 pâle en cetui-cy, qu’il avoit vne couleur
de feuille-morte.
Que les cartilages annulaires du Larynx , qui elloient entiers au premier Lion, qui
pourtant n’elloit pas vieil , fe font trouvez imparfaits à cettui-cy qui elloit plus jeune.
Et nous n’avons pas bien pu refoudre aufli fl nous devions attribuer à la différence
d’âge celle que nous avons obfervée aux pattes , parce qu’à celles du jeune Lion nous
avons trouvé la peau beaucoup moins dure, &C moins ferme qu’à l’autre, en forte qu’à
l’extrémité de chaque doit du jeune , elle elloit li lafche & lî peu adhérente , que l’on
la pouvoit faire couler &c defcendre jufques à couvrir la moitié de l’ongle : ce qui fem-
bloit ellre les étuis dont parle Pline. Mais la vérité eil qu’il n’y a point d’apparence
que cela puifle conferver les ongles , comme dit cét Auteur, parce qu’ils ne s’vfent que
par la pointe, que cette peau ne couvre point.
Nous avons obfervé aufli quelque chofe de nouveau, à fçavoir que l’Epiploon qui
elloit li grand & li ample que fa membrane interne, & qui touche immédiatement
aux Intellins, les envelopoit., & retournoit jufques aux Reins, n’y ayant que la mem¬
brane de deflus qui flottall , ainli que le nom de ces membranes fignifie. Nous avons
déplus remarqué que leur fubllance n’elloit point proprement vne membrane conti¬
nue , mais percée à jour , & en maniéré d’vn tiffu de fibres fort déliées faifant comme
de la gaze.
Que le Rein , qui avoit quatre pouces de long fur deux & demi de large , elloit parfe-
méfur fa fuperficie externe de quantité de vaifleaux couverts de la membrane pro¬
pre du Rein.
Que le Poumon elloit galle, fec, blafard, & plein de tubercules. Qtf en l’œil l’Iris elloit
vifiblement pliffée par des rides circulaires , qui elloient l’effet de la dilatation en la
prunelle, arrivée par la conftriélionde la membrane qui fait l’Iris. Ce pliflement eft vne
chofe quefl’on fuppofe ordinairement, mais qui ne fe voit pas fans difficulté ; & il elloit
d’autant plus effrange dans ce fujet , que l’humeur aqueufe eftant fort abondante, cette
membrane n’avoit pas fujet de fe rétreffir par la fecherefle. L’humeur vitrée elloit
prefque aufli coulante que l’aqueufe. LeTapis del’Uvée elloit doré par le milieu com¬
me à l’autre Lion , mais il avoit vne verdeur par les extremitez que nous n’avions
point trouvé en l’autre, quoy que nous cruflions quelle y dûft ellre , à caufe que les
Anciens appelloient les yeux des Lions Charapom , c’eft à dire, pleins d’agrément, à
caufe au’ils trouvoient que les yeux verts elloient les plus beaux.
1 ' La
DESCRIPTION AN AT OMIQTJE D’UN LION. 7
La Retine eftoit affez blanche & affez opaque, pour faire juger quelle devroit nuire
à la réception des efpeces, s’il eft vray quelles paffent plus avant.
L’endroit où. la vifion fe fait ordinairement eftoit traverfé par vn vaiffeau rempli de
fang, qui paflbit auffidans le nerf Optique, où il faifoit vne cavité, & fembloit former
ce pore ou conduit , dont quelques Auteurs ont crû que les nerfs Optiques eftoient
percez , pour donner paifage aux e/prits qui font portez en l’œil , ou aux efpeces qui font
receuës dans le Cerveau.
L’obfervanon des vaifleaux qui font vifibles & en grande quantité fur la fuperficie
du Parenchyme du Rein, qui eft vne chofe extraordinaire , nous fournit la matière de
deux reflexions , dont la première eft : Que ces vaiflfeaux , qui font les rameaux des
troncs de l’arterë de la veine Emulgente, font voir aifément à l’œil vne vérité que
nous avions déjà reconnue en des fujets humains , par l’injeétion du lait dans les vaif-
feaux Emulgens, après avoir ofté au Rein fa membrane propre. Cette vérité eft que
les rameaux des Emulgentes ne finiffent pas au milieu du Rein, ainft que Higmorus
a eftimé,fuivant Yefale-, mais qu’ils font portez jufques à la fuperficie externe: Car la fe-
paration de l’vrine qui fe doit faire par filtration , demande que le fang fbit porté
par les arteres le plus loin qu’il eft poflible, afin qu’il y trouve vne plus grande épaif-
fieur du Parenchyme du Rein à penetrer , & par confequent plus capable de faire vne
filtration plus parfaite.
L’autre reflexion eft , fur ce que ces vaifleaux , qui ordinairement ne font point vi-
fibies dans le Rein , dont la fubftance paroift folide & homogène vers fa fuperficie ex¬
terne , qui eft égale & polie , fe font trouvez fl apparens dans ce fujet. Et nous avons
jugé qu’on pouvoir croire que cela eftoit arrivé par quelque maladie , &£ contre natu¬
re en cét animal : à fçavoir par vne inflammation, ou par vne obftruction , qui avoit
efté caufe de faire dilater infenflblement ces vaifleaux ; cela eftant facile en vn jeune
animal ,où les parties , non encore endurcies , font plus aifées à dilater , & les hu¬
meurs plus bouillantes font plus capables de faire les efforts qui font neceffaires pour
cette dilatation. Gliflfon , qui a remarqué que fouvent les rameaux de quelques vaif-
feaux font plus gros que le tronc mefme qui les produit , dit que cela doit eftre caufé
par vne maladie -, & l’experience fait voir tous les jours par la pulfation qui furvient
aux inflammations , par les glandes qui paroiffent aux Ecroüelles, & par les veines qui
fe font voir dans les yeux en l’Optlialmie , qu’il y a beacoup de chofes que la maladie
rend vifibles &c fenfibîes , en les augmentant , ou en changeant leur nature , & les
faifant devenir dures & denfes , de molles & de rares qu’elles eftoient. Ce que nous
avons obfervé dans les glandes qui en quelques gazelles ont paru former le Parenchy¬
me de leur Foye , qui ne paroiffoient point en d’autres.
Nous cherchâmes en vain dans l’eftomach, ôëdans le poumon de noftre Lion, quel¬
ques marques de la caufe de fa mort que l’on nous dit eftre furvenuë après avoir vuidé
quantité de fang par la gueule. Mais nous avons jugé par plufieurs circonftances , qui
nous ont efté rapportées, qu’vue plénitude extraordinaire & infupportable à vn animal
affoibli d’ailleurs , l’avoit fait malade : Car nous avons fçu que quelque temps avant
qu’il foit mort , il fut plufieurs mois fans vouloir fortir de fa loge, & que l’on avoit de
la peine à le faire manger ; que pour cela on lui ordonna quelques remedes , &C entre
autres de ne manger que des chairs de jeunes animaux , &£ de les lui donner vivans. Mais
que ceux qui gouvernent les belles du Parc de Vincennes,pour rendre cette nourriture
plus délicate, adjoûterent vne préparation allez extraordinaire. C’eft qu’ils écorchoient
des agneaux tout vifs , & ils lui en firent ainfi manger plufieurs : ce qui d’abord le remit,
en lui rendant l’appetit, & quelque gayeté. Mais il y a apparence que cette nourriture
engendra trop de fang , & qui eftoit trop fubtilpour vn animal à qui la nature n’a point
donné Imduftrie d’écorcher ceux qu’il mange : eftant croyable que le poil, la laine, les
plumes, &; les écailles que tous les animaux de proye avalent, font vn affaifonnement,
& vn correétifneceffaire , pour empefcher que leur avidité ne les faffe emplir d’vne nour¬
riture trop fucculente.
D
8
lication
gure de la Lionne \
LA difpolition eft telle , qu’il eft facile de remarquer ce qu’il y avoit de plus parti¬
culier dans cette Lionne. La Telle eft de profil , afin de faire mieux voir la lon¬
gueur du Mufle , qui n’eftoit pas court &c ramafle comme au Lion. Cette attitude
montre aufli plus diftinélement quelle eftoit la petitefle du Col, qui fàifoit que laTefte
eftoit retirée entre les épaules.
Dans les parties que la diffettion peut faire connoifre
A. Eft l’Orifice inferieur du Ventricule.
B. Le fond du Ventricule , fèparé du refte , & faifant comme un autre Ventricule ? tel quil eft aux animaux
qui ruminent.
C C. La Veine G a [trique.
DD. La Ratte.
EE. Plufieurs éminences uers la bafe du Cœur } faites d’une fubftance dure tenace, qui ne refiembloit
point d de la graifie.
FF. Le tronc de la Veine Caue.
G G. Le tronc de la groffe Artère .
HH. Les Vaiffeaux Spermatiques préparant.
1 1. Les T efticules.
K K. Deux appendices , qui paroijfent dire les Franges de la Trompe de la Matrice.
L. La Matrice.
M M. Les Cornes de la tAhCatrice , ou Portières.
N. Le Col de la oLMèatrice.
O. La Vefiie.
P P. Les ligament ronds de la Matrice.
Çfi La Membrane qui fait l’ Iris 3 faifant plufieurs plis circulaires.
R. L’endroit de la Conjonftiue, qui eft noir.
S. L’endroit de la Conjonftiue 3 qui eft blanc.
T- La Membrane qui fait la Paupière Interne.
VV. L’Ongle.
XXX. Le dernier Os , auquel l’Ongle eft attaché.
Y. Une fubftance C artilagineufe & Ligamenteufe } qui est entre l’Os & l'Ongle , & qui re?nplit le uuide
qui eft entre deux,
n b c La Matrice d’une
chacune des Cornes.
femme 3 dans laquelle a, reprefinte le fond. bc. & bc. la cauite qui eftoit dans
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UNE LIONNE
OUtre le chara&ere particulier du fexe de la Lionne , qui eft de n’avoir point
de longs poils autour du col, on en a remarqué quelques autres, qui font qu’elle
avoit le mufle plus long , la telle plus platte par le deflus , & les ongles moins grands
que le Lion.
Cette Lionne eftoit haute de trois pieds depuis le bout des pattes de devant jufqu’au
haut du dos. Elle eftoit longue d’environ cinq pieds , depuis l’extrémité du mufle juf
qu’au commencement de la queue , qui eftoit longue de deux pieds &c demi.
Les Ongles qui eftoient éfilez par le bout, & diviléz en plulîeurs fibres de même que
ceux des Lions , ont efté obfervez en ce fujet avec vn peu plus de foin & d’exaélitude
qu’aux autres. On a remarqué qu’ils font compofez d’vne fubftance fibreufe & tres-
compaéle , à l’égard de chaque fibre , mais que ces fibres font aifément feparables les
vnes des autres : ce qui arrive , ainfl qu’il eft aile de juger , par le défaut de l’humidité
qui les doit joindre , & les coller enfemble -, de même qu’il fe voit au bois fibreux,
qui ne fe fend pas fl aifément quand il n’eft pas encore fec. En effet , cette Lionne,
qui eftoit extraordinairement maigre, avoit les ongles bien plus aifez à éfiler que les
autres Lions qui eftoient plus jeunes &C moins maigres. Aulli la racine des ongles , tk
la maniéré particulière dont nous les avons trouvez attachez aux os des bouts des pat¬
tes, nous a femblé eftre principalement pour fournir l’humeur qui eft neceflaire à ces
parties. Car l’ongle n’eftoit point attaché à l’os immédiatement par toute fa racine: mais
il y en avoit vue partie, à fçavoir le 'dedans qui eftoit creux, qui n’eftoit point attachée
à l’os -, & ce dedans eftoit rempli d’vne fubftance moienne entre le cartilage tk le liga¬
ment. Cette maniéré de liaifon & d’attachement de ces ongles nous a paru donner
tout ce qui eft neceflaire à leur vfage : car fl toutes les fibres , dont ces ongles font
compofez, avoient pris naiflance immédiatement de l’os, elles n’en auroient pas pu ti¬
rer affez d’humidité pour faire cette liaifon, qui rend les ongles folides ; Ôc fi elles avoient
aulli efté toutes attachées à l’os par le moien des ligamens, elles n’y auroient pas efté
liées fl fermement, que lors quelles y font comme foudées fans aucun milieu.
La conformation du Ventricule eftoit particulière, & bien differente en ce fujet, de
celle que nous avons trouvée aux autres Lions que nous avons diffequez , où le Ventri¬
cule eftoit femblable à celui des Chiens & des Chats, aiant vn fond ample &c large vers
l’orifice fuperieur , qui alloit toujours en s’étreflîflant vers le Pylore; mais celui-ci avoit
le fond feparé en deux en quelque façon, comme les animaux qui ruminent. Cette for¬
me particulière du Ventricule ne s’eft trouvée qu’en vn feul des quatre animaux de
cette efpece que nous avons diffequez, à fçavoir deux Lions & deux Lionnes : car dans
les deux Lions , &C dans l’autre Lionne, le Ventricule eftoit pareil à celui des Chiens.
11 eft bien vrai que le Ventricule du premier Lion avoit deux bolfes en fa partie an¬
terieure-, mais cela n’eftoit point confiderable, ni comparable à la divifion qui rendoit
ce Ventricule double, & feparé en deux cavitez. Les Inteftins avoient en tout vingt-
deux pieds quatre pouces de longueur; leReétum n’avoit que quatre pouces, & le Co¬
lon deux pieds.
Le Colon n’avoit point de cellules, mais feulement vn étranglement, qui le divifoit
comme en deux parties , dont l’vne eftoit vn peu plus longue que l’autre. Le Cæcum
eftoit long de deux pouces , avoit le fond en haut, &c l’orifice en bas. Le Pancréas
eftoit femblable à celui des Chiens.
Le Mefentere eftoit feméde glandes livides de la groffeur d’vn petit pois, la plufpart
de figure ovale. Les vaiffeaux y eftoient fort apparens, & beaucoup dilatez , & princi¬
palement les Veines. On y voioit même tres-diftin&ement les Veines Laéfées, divifées
E
io DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LIONNE.
en differens rameaux , donc on conduifoic facilement les troncs jufqu’au Pancréas
d’AIèllius.
Le Baffinet des Reins eftoit rempli d vne glaire rougeaftre, qui pouvoit avoir caufé
vn reflus de ferofité , dont on trouva vne grande quantité dans le Ventre inferieur &
dans le Thorax.
La VelLe eftoit li petite , que quoi qu’on l’euft étendue autant qu’il eftoit poftible
en l’empliffant de vent, elle n eftoit pas plus groffe qu’vn des Reins. Ariftote & Elian
difent que les Lions boivent rarement. Et Albert remarque, que les Lionnes n’alaittent
gueres long-temps leurs petits, faute de cette abondance d’humidité, qui eft neceffaire à
la génération du lait.
Le Foye avoit fept Lobes, fix grands, & vn petit. Vn des grands qui font fituez au
côté droit, eftoit fendu en deux, & élargi comme pour faire place au Rein droit , qui
eftoit plus haut que le gauche, ainfi qu’il eft ordinairement aux brutes. La Veficule du
Fiel eftoit anfra&ueufe , & formée en plufieurs boffes de même que dans les trois au¬
tres fujets.
La Ratte eftoit longue , & en forme de Croiffant. Les rameaux du Vas brève , qui
1 attachent au fond du Ventricule, eftoient plus gros & en plus grandnombre qu’à l’or¬
dinaire.
La Matrice fe divifoi t aufti en deux longues Cornes ou Portières comme aux Chien¬
nes. Ces Cornes eftoient liées & affermies par des ligamens Larges. A leur extrémité, pro¬
che Seau deffous des Tefticules, il y avoit des appendices de figure irreguliere, & comme
déchirées parle bout, qui furent jugées eftre les parties que les Anatomiftes modernes
appellent les Franges de laTrompe de la Matrice dans les Femmes. Ce qui femble jufti-
fier les Anciens d’vne erreur, dont on les accufe.Car cela fait voir qu’ils ont eû quelque
raifon de croire que les Cornes de la Matrice , qu’on appelle Portières dans les brutes,
font la même chofe que ce qu’on appelle Tuba dans les Femmes. Car quoi que la Por¬
tière des brutes fbit vn corps cave , dans lequel la conception & la nourriture de leurs
petits a accouftumé de fe faire, & que le Tuba des Femmes paroiffe folide & fans cavité,
en forte qu’il eft propre à recevoir la femence, & à en faire la tranfcolation dans le fond
de la Matrice , en lui tenant lieu de Proftates , fuivant l’opinion de Galien-, & que la
conception fe faffe ordinairement dans le fond de la Matrice : il eft pourtant vrai de dire
que la ftruéture &; l’vfage du Tuba des Femmes, & de la Portière des brutes, n’ont rien
d’effentiellement different -, puis que de même qu’il y a des exemples de la conception
faite dans le Tuba , nous avons des obfervations qui nous ont fait voir que ce Tuba a
aufti quelquefois vne cavité manifefte. On a mis ici la figure de la Matrice d’vne Fem¬
me, dans laquelle nous avons trouvé deux cavitez manifeftes , qui faifoient des finüo-
fitez longues de huit lignes, & larges de prés de deux en leur commencement, qui du
fond de la Matrice penetroient dans le Tuba.
Au bout de chaque Portière, vnpeuaudeffousduTefticule,ily avoit. vn corps long,
d’vne fubftance nerveufe, qui fut pris pour le ligament rond : car il defeendoit dans
les Aines, & s’ydilatoit en forme de patte d’Oye comme aux Femmes. Son origine eftoit
feulement diffemblable , en ce qu’aux Femmes ces ligamens fortent du corps même de
la Matrice à l’endroit oii commence le Tuba , affez loin du Tefticule. Soranus a écrit
qu’il avoit vu en vne Femme ce ligament rond, qu’il appelle le Cremaftere du Tefticule
des Femmes, qui eftoit attaché proche le Tefticule, de même que nous l’avons obfer-
vé en noftre Lionne.
Le Mediaftin n’eftoit point percé en forme de réfeau comme au premier Lion-, mais
fa membrane eftoit épaiffe & continue.
Le Poumon avoit fept Lobes, trois de chaque côté, &C vn au milieu. Ceux du côté
droit eftoient plus grands que ceux du cofté gauche. Tout le Parenchyme du Poumon
eftoit feirrheux. La veine Coronaire eftoit fort groffe -, mais le Cœur eftoit plus petit
qu’aux deux Lions qui ont efté diffequez. Le dedans du Ventricule gauche eftoit
feirrheux vers rembouchure de l’Artere du Poumon 5 & il fembloit que le Poumon
euft
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LIONNE. n
euft communiqué au Cœur cette maladie. Il y avoir deux Polypes , vn dans chaque
Ventricule du Cœur. Toute la bafe du Cœur en dehors eftoit entourée d’vne fubftance
glaireufe , qui formoit plufieurs boffes inégales , au lieu de la graille qui fe trouve ordi-
nairement en cét endroit.
La langue eftoit armée , comme aux Lions , de Tes grandes pointes en forme d ongles ;
mais elles eftoient moins grandes , moins dures, & moins piquantes.^
Les Ventricules du Cerveau eftoient fort amples -, & la cavité, où entre la Faux, &
qui fepare le grand Cerveau en deux , eftoit aufti fort profonde, aiant dix lignes. La
glande Pineale eftoit fort petite, n aiant pas vne ligne. ;
Le Cryftallin , de mefme qu’aux Lions, eftoit plus convexe en devant qu’en arriéré:
ce qui ne s’eft pas néantmoins trouvé dans l’autre Lionne, où il. eftoit fort plat, & plus
convexe en arriére. La Membrane qui eft pofée dans le fond de l’œil , & couchee fur
la Choroïde , que nous appelions le Tapis , eftoit de couleur Ifabelle , entremeflee de
bleu verdâtre clair. Elle eftoit aifément feparable de la Choroïde , laquelle demeuroiü
entière avec (on épaiffeur ordinaire , apres qu’on avoit enleve la membrane qui for¬
me ce Tapis.
Le nerf Optique eftoit fort prés de l’axe de l’œil. On voioit paroiftre vn trou en fon
milieu, qui difparoifloit lors qu’on jettoit la Retine toute d’vn codé , &C quelle n’eftoit
pas également étendue au tour du nerf Optique fur la concavité de la Choroïde.
F
IZ
Explication de la figure du Caméléon.
IL eft reprefenté vivant, perché fur vn arbre vn peu penché vers le côté qu’il mon¬
tre, afin de faire voir le deflus de la telle , & le deflous du ventre , autant qu’il effc
poffible.
Dans les parties que la chjfiecUon peut fiaire connoifire
A. Efi la V eficule du Fiel.
B. Le Lobe gauche du F oye.
C C. Le droit.
D . H O Efioph âge .
E. Le Ventricule.
F. Le Pylore.
G. Le canal CholidoqUe.
H. La rueine Porte.
I. La ‘veine Cave. *
K K K. Les Intejhns.
L M. Vne Membrane qui tenoit toutes ces parties liées enfimble , & fijpendu'ês.
N. Le premier os du S ter non.
O. Le Lobe gauche du Foje.
P. La partie fùperieure du Poumon , enflée 3 & fiemée de taches rouges.
QC^Q. Le refle du Poumon enflé.
R. LÀJpre Artere 3 liée pour tenir le Poumon enflé.
S S. L'Os Hyoïde.
T. Le Style cartilagineux > auquel la 'Trompe qui Joutient la langue efl attachée.
V V. La Trompe.
XX. La Langue.
Y. La Trompe racourcie.
2 Z. Les Reins.
F r. Les Cornes de la Matrice.
A. Le col de la Matrice.
K K- L’Inteflin.
©0. Les Feux.
AA. Les nerfs Optiques.
n. Le Cerveau.
On n’a pas cru que le Squelete eult befoin d’explication , à caufe de la netteté de la
figure, & de l’exa&itude avec laquelle il eft décrit dans le Difcours.
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN CAMELEON.
IL n’y a gueres cT Animal plus fameux que le Caméléon, Ses admirables propriétez
ont efté de tout temps le fujet de la Philofophie Naturelle, auffi bien que de la Mo¬
rale. Le changement de couleur , &c la maniéré particulière de fe nourrir qu on lui at¬
tribue , ont donné dans tous les Aecles beaucoup d’admiration oC d’exercice à ceu£ qui
s’appliquent à la connoiffance de la Nature : & ces merveilles que les Phyliciens ont
racontées de ce chétif animal , l’ont fait eftre le plus célébré fymbole dont on fe foit
fervi dans la Morale & dans la Rhétorique, pour reprefenter la lâche complaifance des
Courtifans & des flatteurs , & la vanité dont les efprits Amples & légers fe repaiffent.
Son nom mefme dans Tertullien eft la matière d’vne ferieufe méditation fur la fauffe
apparence , & il le propofè comme l’exemple de l’effronterie des trompeurs &C des fan¬
farons.
En effet, on ne fçait point pourquoi les Grecs ont donné vn A beau nom à vne A vile
&C A laide belle, en l’appelant Tetit-Lion , ou Chameau-Lionne Ion l’etymologie d’IAdore.
Gefner dit qu’il a quelque chofe qui reffemble au Lion, fans exprimer ce que c’eft. Pa-
narolus veut que ce loit la queue qu’il a crochue par le bout, à ce qu’il dit , comme le
Lion : mais la vérité eft que ny le Caméléon ni le Lion n’ont point la queue crochue.
Il y auroit plus d’apparence de mettre cette reffemblance à la creffe qu’ils ont l’vn &c
l’autre fur le fommet de la telle, qui leur fait vne efpece de cafque : mais elle neparoill à
la telle du Lion que lors que l’on a ollé les chairs des mufcles des temples. Licetus
croit que ce nom lui a elté donné, parce que comme le Lion chaffe &c dévoré les autres
Animaux , le Caméléon prend les Mouches ; par la mefme raifon qu’un certain ver,
qui chaffe &C prend les Fourmis , qu’Albert a décrit , eft appelé Formicaleon -, & qu’vne
petite Ecreviffe de mer eft nommée Lion, ainfi que Pline & Athenée raportent, parce
qu’elle eft de la couleur du Lion.
Le Caméléon eft du genre des animaux à quatre pieds , & qui font des oeufs , com¬
me le Crocodile &c le Lézard , aufquels il reffemble affez , A ce n’eft qu’il n’a pas la
telle & le dos plat comme le Lézard, qui a aufli les jambes beaucoup plus courtes,
avec lefquelles il court fort vifte fur terre : au lieu que le Caméléon a les jambes plus
longues, & ne va aifément que fur les arbres, où il fe plaift plus que fur la terre , parce
qu’il craint, à ce qu’on dit, les Serpens dont il ne fe peut pas garantir par la courfe , tk
que de là il les épie, attendant l’occaAon qu’ils paffent, ou qu’ils s’endorment au deffous
de lui , pour les faire mourir par fa bave qu’il laiffe tomber fur eux.
Belon a remarqué deux efpeces de Caméléons, dont l’vn fe trouve en Arabie, l’autre
en Egypte. FaberLynceus en adjoûte vn troiAéme, qui eft le Mexicain. Celui que nous
décrivons eft l’Egyptien, qui eft le plus grand de tous : car ceux d’Arabie &c de Mexi¬
que , n’ont pas ordinairement plus de Ax pouces de long,& le noftre qui nous a efté ap¬
porté vivant en avoir onze &£ demi , compris la queue. Pline s’eft abufé de beaucoup ,
quand il a fait le Caméléon auffi grand que le Crocodile , qui eft le plus grand de tous
les animaux ; ou s’il entend le comparer au Crocodile terreftre , il trompe fon leéleur,
parce que le Crocodile terreftre eft vn animal moins connu que le Caméléon , & dont
perfonne n’a jamais parlé que lui , ou fur fon raport. Saumaife attribue cette faute à
la mauvaife traduction que Pline a faite du Livre que Démocrite a écrit du Camé¬
léon , dans lequel, félon le Dialeéte Ionique, le Crocodile eft appelé du nom qui Agnifle
communément le Lézard. La telle du noftre avoit vn pouce &c dix lignes. Depuis la
telle jufqu’au commencement de la queue il y avoit quatre pouces & demi. La queue
eftoit de cinq pouces -, & les pieds avoient chacun deux pouces & demi de long. La
i4 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
gro fleur du corps s’efl: trouvée differente en divers temps : car il avoit quelquesfois de¬
puis le dos jufqu’au deffous du ventre deux pouces ; d’autresfois il n’avoit gueres plus
d’un pouce , félon qu’il s’enfloit , ou qu’il s etreflîfl'oit. Cette enflure & cét étreffiffe-
ment n’eftoit pas feulement du thorax & du ventre , mais elle alloit mefme jufques à
lès bias , a lès jambes, &£ a la queue. Cette particularité qu’Ariftote a remarquée nous
fit penfer à ce que Theophrafte dit du Poumon du Caméléon , à fçavoir qu’il s’étend par
tout fon corps.
Or ces mouvemens contraires de fe renfler 8c de fe rétreffir ne fe faifoient pas
comme aux autres Animaux, lors que pour refpirer ils dilatent leur poitrine, & la ref¬
irent incontinent après fucceffivement , 8c par vn ordre compafîè. Car nous l’avons
veu enfle plus de deux heures , pendant lequel temps il fe defenfloit bien quelque peu,
mais imperceptiblefhent, 8c fe renfloit quelque peu, mais avec cette différence , que la
dilatation eftoit plus foudaine 8c plus vifible , 8c cela par des intervalles longs 8c iné¬
gaux. Nous l’avons de mefme veû demeurer defenflé pendant vn long efpace , 8c bien
plus long-temps qu’enflé.^ En cét eftatil paroiffo.it fi décharné, que l’épine du dos efloit
aiguë , comme fi par l’exténuation des mufcles qui font en dehors le long des vertebres , la
peau euft efté collée fur les apophyfes Epineufes &c fur les Obliques : ce qui faifoit paroiftre
trois éminences. Les codes fe pouvoient compter -, 8c les tendons des bras 8c des jambes
fe faifoient voir fort diftinéf ement. Mais les vertebres, en maniéré de foie, que Gefner 8c
Landius dans Scaliger difent lui avoir veuës fur le dos , ni les épines que Panarolus dit
y avoir elle mifes par la Nature pour fa défenfo , ne nous apparurent point. Quelque
maigre quil foit devenu , fon dos demeura feulement aigu 8c comme trenchant , fans
eftre dentelé, & fans avoir aucunes pointes, fes apophyfes Epineufes eftant carrées par le
bout comme à la plufpart des Animaux. Cette maigreur fe connoifloit encore quand
il fe contournoit le corps ; car il fembloit que c’eftoit vn fac vuide que l’on tordoit : ce
que Tertullien , qui eftoit du pais d’où noftre Caméléon a efté apporté , avoit fort bien
obfervé, quand il a dit que cet Animal n’eft qu’une peau vivante.
Cette peau eftoit fort froide au toucher ; 8c nonobftant la grande maigreur qui vient
d eftre décrite, on ne pouvoir fentir le battement du cœur, qui eftoit encore plus caché
8c plus obfcur que le mouvement de la refpiration. La fnperficie de la peau eftoit iné¬
gale 8c relevée par de petites éminences comme le Chagrin , eftant néanmoins affez
douce au toucher , parce que chaque éminence eftoit fort polie. Ces éminences ou
grains eftoient de groffeur differente. La plus grande partie eftoit comme la tefte d’vne
médiocre épingle, à fçavoir les grains qui çouvroient les bras, les jambes , le ventre 8c
la queue. Il y en avoit d’autres vn peu plus gros, de figure ovale, fur les épaules 8c fur la
tefte -, 8c quelques-vns de ces gros grains eftoient plus élevez 8c pointus , à fçavoir fous
la gorge , où ils faifoient vue rangée en forme de chapelet , qui alloit depuis la lèvre in¬
ferieure jufques à la poitrine. Les grains qui eftoient fur le dos 8c fur la tefte eftoient
joints 8c amaffez les vns contre les autres , tantoft au nombre de fept , tantoft de fix,
de cinq, de quatre, de trois 8c de deux -, laiftant entre ces differens amas quelques in¬
tervalles femez d’autres petits grains prefqu’imperceptibles , qui eftoient d’ordinaire
d’vn rouge pâle 8c jaunaftre, de mefme que le fond de la peau qui paroi ffoit entre ces
amas de grains. Ce fond n’a point changé de couleur que quand l’Animal eft mort, au¬
quel temps les petits points font devenus blanchâtres, 8c le fond fur lequel ils eftoient
femez a changé fa couleur rougeaftre en vn gris brun.
On a reconnu depuis, que tous ces grains, tant les grands que les petits, eftoient for¬
mez en partie par la peau qui s’élevoit en dehors , eftant creufe par dedans au droit de
chaque grain , ainfi que les lames de métail qui font cizelées ou eftampées 5 en partie
auffî par plufieurs petites pellicules fort minces, 8c couchées les vnes fur les autres , qui
augmentoient l’épaiffeur de chaque éminence , 8c qui s’enlevoient aifément quand on
les racloit avec vn fcalpel. Mais tout cela ne faifoit point reffembler cette peau à celle
d’vn Crocodile , comme Ariftote veut avec la plufpart des Auteurs. Car le Crocodile
a fur le dos des écailles fort larges 8c fort épaifl'es, à proportion de celles qu’il a fous le
ventre j
DESCRIPTION ANATOMIQUE D'UN CAMELEON, i;
ventre -, elles font arrangées de fuite : au lieu que les éminences de la peau du Camé¬
léon font femées fans aucun ordre , & de grandeur peu differente,
La couleur de toutes les éminences de noftre Caméléon , lors qu’il eiloit en repos
à l’ombre , qu’il y avoit long-temps que l’on ne lui avoir touché , eiloit d’vn gris
bleüaffre , à la referve du deffous des pattes, qui eiloit d’vn blanc vn peu jaunaftre , &:
de l’intervalle des amas de grains , qui eiloit d’vn rouge pâle & jaunailre , comme il a
ellé dit. Et il y a apparence que la couleur naturelle de la peau du Caméléon , qui lés¬
ion Arillote eft le noir, eftoit dans le noftre ce gris qui le reveftoit par tout lors qu’il
eiloit en repos , & qui eft demeuré à l’envers de la peau quand il a efté écorché;
quoi que le deffus ait confervé quelque temps après , les taches & les differentes cou¬
leurs qui y eftoient au moment qu’il eft mort , mais qui fe font ptefque toutes effa¬
cées quand la peau a efté feiche.
Or ce gris qui coloroit tout le Caméléon expofé au grand jour, fe changeoit quand il
eftoit au Soleil; & tous les endroits de fon corps, qui eftoient frapez de la lumière, pre-
noient au lieu de leur gris bleüaftre, vn gris plus brun & tirant fur le minime. Le relie
de la peau qui n’eftoit point éclairée du Soleil , changea fon gris en plulieurs couleurs
plus éclatantes , qui formèrent des taches de la grandeur de la moitié du doit , qui def-
cendoient de la crefte de l’épine jufques à la moitié du dos ; d’autres parurent aufti fur
les collez , fur les bras & fur la queue. Toutes ces taches eftoient de couleur Ifabelle ,
par le mélange d’vn jaune pâle , dont les grains fe colorèrent, & d’vn rouge clair , qui
eft la couleur du fond de la peau qui paroift entre les grains.
Le relie de cette peau non éclairée du Soleil , Se qui eftoit demeurée d’vn gris plus
pâle que l’ordinaire , reffembloit aux draps mêlez de laine de plulieurs couleurs : car
on voyoit quelques-vns des grains d’vn gris vn peu verdaftre , d’autres d’vn gris mini¬
me , d’autres d’vn gris bleüaftre ordinaire , le fond demeurant comme devant.
Lors que le Soleil ceffa de luire, la première couleur grife revint peu à peu, Se fe ré¬
pandit par tout le corps, à la referve du deffous des pieds qui demeura de fa première
couleur , mais vn peu plus brune. Et lors qu’eftant en cét eftat, quelqu’vn de la Com¬
pagnie le mania pour obferver quelque chofe , il parut incontinent fur fes épaules, Sc
fur fes jambes de devant , plulieurs taches fort noiraftres de la grandeur de l’ongle ; ce
qui n’arrivoit point lors qu’il eftoit manié par ceux qui le gouvernoient: Quelquefois il
devenoit tout marqueté de taches brunes , qui tiroient fur le vert. En fuite on i’envelopa
dans vn linge, où ayant efté deux ou trois minutes , on l’en retira blanchaftre ; mais
non point fi blanc que celui dont parle AldrQvandus , qui difparut, eftant devenu tout
à fait femblable au linge dans lequel il avoit efté mis. Le noftre , qui avoit feulement
changé fon gris ordinaire en vn gris fort pâle , après avoir gardé cette couleur quel¬
que temps, la perdit infenfiblement.
Cette expérience nous lit douter qu’il foit vrai que le Caméléon prend toutes les cou¬
leurs hormis le blanc , comme Theophrafte Se Plutarque difent : car le noftre paroif-
foit avoir tant de difpolition à recevoir cette couleur , qu’il devenoit .pâle toutes les
nuits ; & quand il fut mort , il avoit plus de blanc que d’autre couleur. Nous n’a¬
vons point aufti trouvé qu’il change de couleur par tout le corps, ainft qu’Ariftote a
dit : car quand il prend d’autres couleurs que fa grife, Se qu’il fe déguife comme pour
aller en mafque , ainft qu’Elian dit agréablement , il n’en couvre que certaines parties
de Ion corps.
Enfin, pour achever l’experience des couleurs que le Caméléon peut prendre, on le
mit fur differentes chofes de diverfes couleurs , 8e. on l’y envelopa : mais il ne les prit
point , comme il avoit fait la blanche -, 8e meftne il ne la prit que la première fois que
l’experience en fut faite , quoi qu’on la réitérait plufieurs fois en differens jours.
En faifant ces expériences , nous obfervâmes qu’il y avoit beaucoup d’endroits de la
peau qui ne bruniffoient jamais que fort peu. Pour dire plus certains de cela , nous
marquâmes par de petits points d’encre ceux des grains qui nous paroijToient les plus
blancs lors qu’il paliffoit ; Se nous avons toujours trouvé que lors qu’il devenoit plus
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16 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
brun, & que fa peau fe tachetoit , ces grains que nous avions marquez devenoient toû-
jours moins bruns que les autres.
Sa telle eftoit allez femblable à celle d’vn poiffon , eftant jointe à la poitrine de fore
prés, & par vn col Fort court, qui eftoit couvert par les collez, de deux avances carti-
lagineufes , qui reffembloient aux ouïes des poiffons. Il y avoit vne crefte élevée droite
fur le fommet, & deux autres creiles au deffus des yeux tournées comme vne S cou¬
chée. Entre ces trois creiles il y avoit deux cavitez le long du deffus de la telle.
Son mufeau Faifoit vne pointe obtuFe -, & il y avoit deux carnes qui defcendoient de¬
puis les lourcils jufqu’au bout du mufeau, & qui le failoientrelfembler à celui d vne Gre¬
nouille. Arillote dit qu’il ell femblable au Chœropztbecm , qui ell vn animai inconnu ,
dont le nom lignifie qu’il tient du linge &; du pourceau : mais le mufeau de nollre Ca¬
méléon ne relfembloit ny à celui d’vn linge, ny à celui d’vn pourceau ; car la mâchoire
de delfous avançoit davantage que celle de delfus , qui ell le contraire du groüin de
pourceau.
Sur le bout du mufeau il y avoit vn trou de chaque collé en forme de narine. Belon
femble Faire entendre que ces trous fervent auffi à l’ouïe -, & cela avec autant de raifon
qu* Alcméon a dit , ainfi qu’Ariftote rapporte, que les Chèvres refpirentpar les oreilles,
qui ell vne choie qu’Elian dit n’ellre crue que par les Bergers , quoi que Tulpius allure
dans fes Obfervations , qu’en l’homme mefme il fe trouve vn conduit qui porte l’air
dans la bouche par les oreilles. La vérité ell , que nollre Caméléon n’avoit point d’au¬
tres ouvertures en la telle que ces deux narines, par lefquelles il y a apparence qu’il ref
pire , parce que fa gueule ell ordinairement fermée li exaélement , qu’il femble n’en
point avoir , fes deux mâchoires eftant jointes par vne ligne prefque imperceptible,
quoi que Solin ait écrit qu’il a la gueule inceffamment ouverte : ce qui peut faire croire
que Solin , d>C la plufpart de ceux qui ont peint le Caméléon n’en ont point vu de
vivant -, car ils le font la gueule ouverte , ce qui ne lui ell ordinaire que quand il ell
mort.
Ces mâchoires eftoient garnies de dents , ou plûtoft d’vn os dentefo , qui ne nous a
point paru lui fervir à manger -, parce qu’il avalloit les mouches , & les autres infeéles
qu’il prenoit, fans les mafcher. Elian dit qu’il fe deffend contre le ferpent, à l’aide d’vn
grand fellu qu’il prend à fa gueule ; & il y a apparence que fes dents lui peuvent fervir
pour le tenir plus ferme : mais il faut entendre qu’il le tient en travers , pour empêcher
que le ferpent ne le puiffe engloutir , comme il a de couftume d’avaller les Grenoüil-
les & les Lézards tous entiers car il n’y a point d’apparence d’expliquer cét endroit
d’Elian, ainfi que font Gefner & Aldrovandus, qui conçoivent que le Caméléon fe fert
de ce feftu comme d’vn bouclier ou d’vne épée avec quoi il fe deffend contre le fer¬
pent, comme vn efcrimeur feroit ; car iln’eft pas affez agile pour cela.
La gueule eftoit fendue d’vne maniéré toute particulière : car au lieu que les autres
animaux ont d’ordinaire l’ouverture des lèvres plus petite que celle des mâchoires -, les
lèvres de noftre Caméléon eftoient fendues par delà la mâchoire de la longueur de deux
lignes, & .cette continuation de fente defcendoit obliquement en bas.
La forme , la ftruélure , 8c le mouvement de fes yeux avoit quelque chofe de fort
particulier. Ils eftoient fort gros , ayant plus de cinq lignes de diamètre. Ils paroif-
îoient fphériques, s’avançant en dehors de toute la moitié de leur globe , laquelle eftoit
couverte d’vne feule paupière faite en forme de caliotte percée d’vn trou par le milieu,
ce trou n’ayant pas vne ligne de largeur. Par ce petit trou la prunelle qui eftoit bril¬
lante, brune , & bordée comme d’vn petit cercle d’or , fe voyoit affez aïfément , quoi
qu’Ariftote dife que ce cercle ne fe peut voir qu’aprés que la paupière a 'efté oftée par
la diffeélion. Cette paupière eftoit chagrinée de mefme que le refte de la peau -, &c
quand le corps fe varioit de plufieurs couleurs , faifant des taches qui eftoient en divers
temps de differentes figures , celles de l’œil demeuroient toujours de la mefme forte :
car des barres ou bandes teintes de la couleur qui furvenoit au refte du corps, partaient
du trou de la paupière, & s’épandoient vers la circonférence comme des rayons.
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 17
Le devant de l’œil paroiffoit attaché à la paupière , laquelle ne fe hauffoit & ne fe baiffoit
pas comme aux autres animaux , qui peuvent donner à leur paupière vn mouvement
different de celui de l’œil -, car celui de noftre Caméléon ne fe remuoit point, que la
paupière ne fuivift fon mouvement. C’eft ce que Pline femble avoir exprimé, mais affez
improprement, quand il a dit que la prunelle du Caméléon ne fe remue point, mais que
c’eft tout l’œil qui fe tourne ; car il n’y a point d’animal qui remue la prunelle lors que
tout le refte de l’œil demeure immobile. Mais ce qui eft de plus extraordinaire en ce
mouvement, eft de voir remüer vn des yeux pendant que l’autre eft fans mouvement,
& l’vn tourner en devant, en mefme temps que l’autre regarde en arriéré-, 1 vns elever au
ciel , quand l’autre s’abaiffe vers la terre -, & tous ces mouvemens eftre fi extrêmes,
qu’ils portent la prunelle jufques fous la creftequi fait le fourcil,&ft avant dans les coins
de l’œil , que la veuë puiffe découvrir ce qui eft tout-à-fait derrière & dire&ement de¬
vant, fans que la telle qui eft ferrée contre les épaules foit tournée. Ariftote,qui a dé¬
crit le Caméléon plus exaélement qu’il n’a fait aucun autre animal, a obmis cette par¬
ticularité de ce mouvement extraordinaire des yeux , qui à la vérité n’eft point au Ca¬
méléon de Mexique ; mais il y a apparence que ce n’eft pas celui-là qu’Ariftote a décrit.
Il n’a pas aufti obfervé que le petit trou qui eft à la paupière fe ferme en s’élargiffant de
travers, jufques à ne faire qu’vne fente, en forte que la partie d’en haut fe joint fort exa¬
ctement avec celle d’en bas; car il dit que les bords de ce trou ne fe joignent jamais pour
couvrir l’œil. Pline &£ Solin affûrent aufti la mefme chofe , & prefque tous les Hifto-
riens naturels qui n’ont vu des Caméléons que dans les livres de ces Auteurs.
Cette partie du corps qui s’appelle le Tronc, & qui comprend le thorax ôtle ventre,
n’eftoit à noftre Caméléon qu’vn thorax , fans qu’il y euft prefque de ventre : ce qu’Ariftote
a mieux remarqué que Pline, qui dit que la poitrine du Caméléon eft jointe à fon ven¬
tre -, car cela ne lui eft point particulier, eftant ainfi en tous les animaux , qui n’ont ja¬
mais rien entre la poitrine le ventre. Mais quand Ariftote dit, que la poitrine du Ca¬
méléon , ainfi qu’aux poiffons , eft jointe à l’hypogaftre , qui eft la partie baffe du ven¬
tre , il fait fort bien entendre que les côtes defcendent dans les Iles , ou les autres ani¬
maux n’ont que les apophyfes tranfverfes des lombes , le refte eftant fans os, & pour
cette raifon appelé Yuide par Hippocrate.
Ses quatre Pieds eftoient pareils. Ils differoient feulement en ce que ceux de devant
eftoient pliez en arriére , & ceux de derrière en devant ; & l’on pourroit dire que ce
font quatre bras qui ont leur quatre coudes en dedans, eftant compofez chacun com¬
me d’vn humérus , joint avec deux os femblables à vn radius & à vn cubitus. Solin s’eft
trompé, quand il a dit que les pieds du Caméléon font joints au ventre ; car au noftre
ceux de derrière eftoient articulez avec l’os Ifchion , ceux de devant eftoient attachez
aux omoplates.
Les quatre Pattes eftoient compofées chacune de cinq doits, & reffembloient mieux
à des mains qu’à des pieds. Elles eftoient, tant celles de devant que celles de derrière,
fendues en deux -, ce qui faifoit comme deux mains à chaque bras, & deux pieds à cha¬
que jambe : car bien qu’vne de ces parties n’euft que deux doits, &C l’autre trois , elles
eftoient néanmoins aufti larges l’vne que l’autre , les doits qui eftoient deux à deux
eftant plus gros que ceux qui eftoient trois à trois. Ces doits eftoient enfermez
enfemble fous vne mefme peau comme dans vne mitaine , & n’eftoient diftinguez
qu’en la dernière jointure , à laquelle les ongles font attachez. La difpofttion de ces
Pattes eftoit differente, en ce que celles de devant avoient deux doits en dehors & trois
en dedans, au contraire de celles de derrière, qui en avoient trois en dehors & deux en
dedans.
Avec ces Pattes il empoignoit les petites branches des arbres de même que le Per¬
roquet , qui pour fe percher partage fes doits autrement que la plufpart des autres
oifeaux , qui en mettent toujours trois devant ôc vn derrière , où le Perroquet en met
deux derrière de mefme que devant.
Les Ongles qui étoient vn peu crochus, fort pointus, d’vn jaune pâle, ne fortoient
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18 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
que de la moitié hors la peau ; l’autre moitié eftoit enfermée & cachée deffous : ils
avoient en tout deux lignes & demie de long.
Sa queue reffembloit aflez bien à celle d’vne Vipere, ainfi que Pline remarque , ou à
celle d vn grand Rat ; ce que Marmol qui a écrit 1 Fîiftoire de l’Affrique en Efpaomol,
femble avoir voulu dire, quand il compare cette queue à celle d’vne Taupe, parce que
le peu de reflemblance quil y a entre la queue d vn Caméléon , & celle d’vne Taupe,
doit faire croire que Marmol , fuivant la couftume de la plufpart de ceux qui font les
Relations de ce qu’ils ont vu dans les païs eftrangers, a mêle fans diftindion ce qu’il a
lu avec ce qu il a vu , & qu il a pris ce qu il dit de la queue du Caméléon, dans quelque
auteur Italien , parce que Topo qui en Efpagnol lignifie vne Taupe , lignifie vn Rat en
Or la queue de noftre Caméléon n eftoit femblable à celle d’vne Vipere ou d’vn Rat,
que lors que Ion enflure la rendoit ronde ; car autrement elle avoit tout du long les
trois eminences qui le voyent lur le dos , comme il a efté dit , qui font les rangées des
apophyfes Epineufes, & Obliques des vertebres : outre cela elle avoit encore deux au¬
tres rangées faites par les apophyfes Tranfverfes. Il ne manquoit jamais à entortiller
cette queue autour des branches , &c ehe lui forvoit comme d’vne cinquième main.
Quand il marchoit,il la laifloit rarement traîner fur terre , mais il la tenoit parallèle aux
lieux ou il marchoit.
Son marcher eftoit plus lent que celui d’vne Tortue , mais tout-à-fait ridicule , en ce
que fos jambes eftant fort dégagées, ôc plus longues, &c moins embaraflees que ne font
celles de la Tortue, il les portoit avec vne gravité qui paroifloit affedée, parce qu’elle
ftembloit eftre fans fujet. C eft pourquoi Tertullien dit , qu’on croiroit que le Caméléon
fait plûtoft femblant de marcher, qu’il ne marche en effet.
Quelques-vns eftiment que ce marcher eft vne marque de la timidité que l’on dit
eftre extrême en cét animal. Mais parce qu’il eft certain que la crainte, quand elle n’eft
point affez grande pour ofter tout-à-fait le mouvement , donne vne grande force à ce¬
lui des jambes, dans lefquelles on croit qu’elle fait defcendre toute la chaleur , & toute
la vigueur qui a abandonné le coeur 5 il y a bien plus d’apparence que cette lenteur
eft l’effet d’vne grande précaution, qui le faitagir avec circonlpedion. Car il femble que
le Caméléon choifit les endroits où il doit pofer fes pieds -, Sc quand il monte fur les ar¬
bres , il ne fo fie point à fes ongles, bien qu’ils foient plus pointus que ceux des Ecurieux
qui graviffent fi legerement par tout : mais s’il ne peut empoigner les branches à caufe
de leur groffeur, il cherche long- temps les fentes qui font à l’écorce, pour y affermir fes
ongles.
AYant ouvert noftre Caméléon après fa mort, nous trouvâmes , lors que la peau
qui couvroit le thorax &C le ventre, fut levée , qu’il n’y avoit deftous que des
membranes qui joignoient les côtes enfemble, & qui tenoient lieudemufclesintercoftaux.
Ces membranes qui eftoient fi tranfparentes , que l’on voioit les entrailles au travers ,
eftoient teintes de vert en la région du Foye.
Tout le ventre aiant efté divifé par le milieu jufqu’au cartilage Xiphoïde, le Foye fo
prefenta, hors duquel la veficule du fiel s’élevoit jufques à toucher aux fauffes côtes ;
nous appelions ainfi les côtes qui ne font pas jointes au Sternon , &C qui font d’vne fa¬
çon particulière au Caméléon , ainfi qu’il fera expliqué ci-aprés. Nous trouvâmes la ve¬
ficule entre les deux lobes. Belon la met dans le gauche. Elle eftoit de la groffeur d’vn
pois, prefque ronde, d’vn vert brun. Son colproduifoit le conduit Cholidoque, qui s’al-
loit inferer au deftous du Pylore.
Le Foye qui eftoit d’vn rouge fort brun, & d’vn Parenchyme aflez ferme, dans le¬
quel on difoernoit facilement des cavitez ou conduits , eftoit partagé en deux lobes,
dont le droit paroifloit quelque peu plus grand que le gauche.
Le Ventricule eftoit fous le Foye, & il fembloit n’eftreque la continuation de l’Oefo*
phage, qui s’élargiflbit vnpeu dans le ventre, le long duquel il defoendoit allez droit,
&c
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 19
& fe recourbait feulement vn peu vers le Pylore, où il fe rétreffiflbit ; & là ces mem¬
branes devenoient fort dures. Nous fûmes étonnez de voir que ce conduit fi étroit, &
fait par vne membrane fi dure , pouvoir donner pafiage aux mouches qui efioient
entières dans les inteflins ; &c nous jugeâmes qu’il faloit que le Pylore fufi- capable d Vne
diftention pareille à celle de l’orifice interne de la matrice. Ce Ventricule efioit de
même fubftance , & de même couleur que l’Oefophage ,1’vn &; l’autre efiant compofé
de membranes blanches, & non tranfparentes , comme efioient toutes les autres qui fe
trouvoient dans le ventre. L’Oefophage & le Ventricule avoient enfemble la longueur
de trois pouces & demi. A la fortie du Pylore l’intefiin s ’élargiflbit , & devenoit plus
gros que le Ventricule, faifant trois replis, l’vn au droit du Pylore, le fécond au bas du
ventre, dans lequel efiant defcendu,il remontoit vers le Ventricule, où il faifoit le troi-
fiéme repli, pour redefcendre vers l’Anus. La longueur de toutcét Inteftin efioit de fept
pouces, &: il confervoit fa même groffeur jufques à fon extrémité. Il efioit fort noir
par tout -, & on voioit des membranes dont il efioit lié , qui efioient le Mefentere, dans
lefqu elles on remarquoit des vaifleaux encore pleins de fang. Il y avoit même des fibres
blanches en forme de veines Laétées ; & cette membrane du Mefentere qui efioit fort
tranfparente , avoit en fon milieu vne partie qui s epaiffiflbit , &; devenoit opaque,
comme pour former le Pancréas d’Afellius , ou le Réceptacle de Pecquet. Quoi qu’il
fufi impoffible d’affembler les rameaux des vaiffeaux fanguinaires épandus dans ce Me¬
fentere, Sc de les conduire jufqu’à leur Tronc, on en voioit néantmoins vn qui fut jugé
eftre celui de la veine Porte. La veine Cave fe trouva aulli fous le Foye, couchée fur
les vertebres , & pleine d’vn fàng fort noir.
Il n’y avoit aucune apparence de Ratte :ce qui eft conforme à ce que les Auteurs ont
dit du Caméléon. Us affûrent aufii qu’il n’a point de Reins : néantmoins nous trouvâmes
que le noftre avoit deux chairs couchées en long de haut en bas aux deux cotez de
l’épine, en la région des Lombes & de l’os Sacrum , que nous prîmes pour les Reins.
Ces chairs fe feparoient afiez aifément de l’endroit fur lequel elles efioient attachées,
pour ne pouvoir eftre prifes pour les mufcles P fias -, & elles n’eftoient liées fermement
qu’à l’endroit où l’extrémité de l’Inteftin fe joint au commencement de la matrice.
Cette particularité a fait croire à Moniteur Gaffendi que ces chairs, dont il parle dans
la vie de Monfieur de Peirefc, qui avoit eû la curiofité de nourrir des Caméléons,
pourroient eftre les Tefticules. Elles efioient de la longueur d’vn pouce, larges de
prés de deux lignes par le milieu -, &: elles alloient en s’étreffilfant jufques au bout, fai¬
fant la figure d’vne lancette. Elles avoient d’épailfeur les deux tiers d’vne ligne. Leur
Parenchyme efioit d’vn rouge pâle afiez folide , & abreuvé en dedans de beaucoup
de ferofité ; d’où l’on jugea que c’eftoient plûtoft des Reins que des Tefticules : &C
ce qui fortifia encore davantage cette opinion , efioit vne cavité quelles avoient cha¬
cune en leur milieu , félon leur longueur , formée d’vne membrane afiez dure , qui
pouvoit pafîer pour le baffinet du Rein. Malpighius a obfervé de pareils conduits dans
les Reins des oifeaux, que néantmoins Harveus dit eftre folides, èc fans aucune cavité.
La Matrice ou Portière efioit vn conduit qui aboutifloit à l’Anus. Ce conduit ou
col de la Matrice efioit fitué fur ces chairs , que nous croions eftre les Reins , fk fous
l’extrémité de l’Inteftin comme aux oifeaux , & tout au contraire qu’il n eft d’ordinaire
aux autres animaux, où l’Inteftin eft fur l’os Sacrum , & la Vefiie au deffus du col de la
Matrice. Cette Matrice efioit comme aux brutes compofée de deux cornes , qui for-
toient de fon col , s’alongeoient jufqu’à la longueur de trois pouces & demi , ôe re¬
tournoient au même endroit , faifant comme deux anfes quand on les droit de dedans
la région des Iles où elles efioient pliées. Elles n’avoient pas plus d’vne ligne de large,
quelquefois moins en plufieurs endroits où elles s’éfrefîifibient , faifant comme des
nœuds : mais nous ne trouvâmes point d’œufs , ni dans leur cavité , ni dans les mem¬
branes d’alentour , qui font ce que l’on appelle YOvarium.
La plufpart de toutes ces parties , à fçavoir le Foye , le Ventricule & les Inteftins,
efioient foûtenuës & fufpenduës par vne forte membrane ou ligament, qui en manière
K
20 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON,
d’vn Mediaftin defcendoit de la région du Cartilage Xiphoïde jufqu ’aubas du ventre. Il y
avoit auffi de pareilles membranes, qui du même endroit du Cartilage Xiphoïde s’écar-
toient à droit & à gauche, lefquels eftoient ce que Harveus prend pour le Diaphragme
aux oifeaux , & que Fabricius nie eftre vn Diaphragme , parce qu’elles ne font point
mufculeufes. Et en effet ces membranes eftoient tranfparentes, n’ayant rien de charnu:
elles eftoient feulement doubles, & jointes à plufieurs autres diverfement figurées, com¬
me il apparut lors qu’ayant fait fouftier dans l’Afpre Artere , tous les deux grands vui-
des qui reftoient à droit & à gauche des vifceres fufpendus au milieu , s’emplirent fou-
dainement par l’enflure de ces membranes , qui ne fe difcernoient point avant que l’on
euft foufflé -, & cette enflure n’emplit pas feulement ces cavitez , mais elle jetta dehors
de côté &: d’autre des produdions en manière de veftie de carpe, les vnes de la grof-
feur & de la longueur du doit , les autres plus petites , & de ces grandes il en fortoit en¬
core d’autres petites. Au milieu de ces deux grands amas de differentes produdions
de veflies , qui reprefentoient le Poumon droit & le Poumon gauche , il s elevoit en¬
core vne veftie vnique , qui fembloit tenir lieu du petit lobe , qui fe trouve en beau¬
coup d’animaux au milieu de la poitrine dans la cavité du Mediaftin. Ces membranes
ainfi étendues par le vent eftoient blanches & vn peu tranfparentes , & paroiffoient
fort délicates ; mais elles eftoient fortifiées par des fibres entrelaffées en maniéré de
rézeau. Quand on ceffoitde fouffler, toutes ces membranes retombant & fe colant les
vnes aux autres faifoient difparoiftre toutes ces veflies , qui en effet ne font autre chofe
que des produdions du Poumon.
Gefner dit que des entrailles du Caméléon il n’y a que les Poumons qui font vifi-
bles. Mais Ariftote a remarqué avec plus de vérité, que les animaux à quatre pieds qui
font des œufs ont vn Poumon qui ne fe voit prefque point , fi on ne fouffle dedans pour
l’enfler. En effet, tout ce qui paroiflôit à la place ou doit eftre le Poumon n’eftoit,
avant qu’il fuft enflé, que comme deux petites chairs de couleur de rofe, de la groffeur
d’vne fève, fituées de chaque cofté du Cœur : ce qui a fait dire à Panaroius , que le Ca¬
méléon a les Poumons fort petits. Mais ces petites chairs n’eftoient pas tout le Pou¬
mon ; elles ne pouvoient paffer que pour les membranes du haut du Poumon pliées &
ramaffées , qui en cét endroit eftoient femees de petites éminences rouges , lefquelles,
lors que le vent dilatoit ces membranes , paroiffoient difperfées fur l’étendue de leur fu-
perficie-, 8c lors que les membranes s’abatoient, ces petites éminences rouges fe rapro-
chant l’vne contre l’autre , faifoient cette apparence de chair , qui n’eftoit point vne
fubftance fpongieufe, comme veut Panaroius, mais feulement vn amas de membranes.
L’Afpre Artere eftoit fort courte , compofée de Cartilages annulaires à l’ordinaire.
Elle avoit vn Larynx à fon origine , compofé comme de deux Epiglottes qui fermoient
l’ouverture, faifant vne efpece de Glotte, qui eftoit vne fente tranfverfale, -non droite
comme elle eft aux animaux qui ont quelque efpece de voix , dontjioftre Caméléon
eftoit entièrement privé.
Le Cœur eftoit affez petit, n’ayant pas plus de trois lignes de long. Sa pointe paroiflôit
comme coupée. Les Oreilles du Cœur eftoient fort grandes, principalement la gauche,
& vn peu plus rouges que le Cœur, qui eftoit affez pâle. Les vaiffeaux d’autour du Cœur
eftoient fort pleins de fang.
Le Cerveau fe trouva fi petit , qu’il n’avoit guere plus d’vne ligne de diamètre , &c
n’eftoit pas deux fois plus large que la Moelle de l’Epine , qui eftoit fort blanche , le Cer¬
veau eftant d’vn gris rougeaftre.
Les nerfs Optiques n’eftoient point fi courts, que le Cerveau leur fuft continu & atta¬
ché aux yeux, ainfi qu’Ariftote les décrit. Ils n’eftoient point aufll comme Panaroius les
reprefente , qui dit qu’ils forterît feparément du Cerveau , mais qu’ils ne fe rejoignent
point : car il y avoit deux éminences au Cerveau, qui eftoient les origines , & la pre¬
mière partie des nerfs Optiques -, & ces éminences après s’eftre jointes , fe feparoient en
deux filets longs chacun de huit lignes , qui s’inferoient dans le globe de l’œil hors
fon axe à l’ordinaire. Ce globe eftoit couvert d’vne Conjondive, au deffous de laquelle
eftoit
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. ' 21
eftoit l’infertion des mufcles de l’œil, qui n’eftoient point des fibres, comme dit Pana-
rolus , ni des petites poulies , comme Jonfton veut , mais de la véritable chair mufcu-
leufe.
Sur toute la Conjonctive eftoit vn mufcle Orbiculaire qui colloit la paupière à l’œil,
auquel il eftoit adhèrent, en forte qu’il fervoit à faire que la paupière euft le même
mouvement que l’œil. Son adion particulière eftoit de fermer le petit trou rond de la
paupière. Ce mufcle eftant levé , on voioit l’Iris toute entière , que Jonfton dit man¬
quer au Caméléon. Elle eftoit de couleur Ifabelle , bordée en fon extrémité intérieure
du petit cercle d’or, dont il a déjà efté parlé. La Cornée eftoit fort mince, le devant de
la Sclérotique fort épais &: fort dur, le derrière tres-mince -, la Choroïde , noire fous
l’Iris, & bleüaftre à foppofîte dans le fond ^laRetine , fortépaiffe vn peu rougeaftre;
les Humeurs, toutes Aqueufes , en forte qu’on ne les pouvoit pas aifément diftinguer;
le Cryftallin même fembloit eftre confondu avec les autres Humeurs.
Prés de l’endroit par où les nerfs Optiques entrent dans les Orbites , plufteurs fibres
de nerfs fort déliées entroient auffi , & paflantdans le vuide qui eft au milieu des deux
Orbites, penetroient dans vn grand Sinus qui eftoit dans l’os de la mâchoire fuperieure,
ou font les trous des Narines. Ce Sinus eftoit plein d’vne chair dure, fibreufe, & fort
rouge , au travers de laquelle les conduits des narines paftoient , ces conduits eftant
formez par vne membrane jaune affez dure. Us eftoient obliques, allant depuis l’ouver¬
ture, de la narine en montant dans le Sinus , ils defcendoient en fuite dans le Palais,
qui couvrait par vne production membraneufe affez dure , l’extrémité dechaquè con¬
duit * dans lequel nous ne trouvâmes rien qui puft porter l’air vers quelque organe
pour l’ouïe.
Ariftote a remarqué que la plufpart des poiftons entendent, quoi qu’ils n’aient point
de conduit pour l’ouïe : mais nous n’avons trouvé ni conduit , ni aucune marque dans
les façons de faire de noftre Caméléon , qui nous puft faire croire qu’il euft le fens de
l’ouïe -, en forte qu’il eft vrai de dire , que c’eft vn animal qui ne reçoit, &C qui ne rend
aucun fon.
Les nerfs qui font produits par la Moelle de l’Epine fe voioient affez aifément quand
les entrailles furent ôtées. Us fortoient à l’ordinaire d’entre les Vertebres, &c quelques-
vns de ceux qui fe dévoient diftribuer aux bras fortoient d’entre les Vertebres fuperieu-
res du thorax , parce que les Vertebres du col qui eft fort court , n’en pouvoient pas
fournir affez. Ils entroient dans la capacité du thorax trois de chaque côté, qui s’vnif-
foient, &C en fuite eftant divifez retournoient vers l’Omoplate. Ceux qui font deftinez
pour le mouvement des jambes entroient de même aux cotez de l’os Sacrum , s’vnif-
foient,& fe divifoient en fuite pour fe diftribuer à la jambe. Entre chaque Côte on en
voioit vn, qui eftant forti du bas de ces Vertebres, au haut de laquelle la Côte eft arti¬
culée, traverfoit en montant obliquement vers cette Côte, &; l’accompagnoitjufqu’au
bout.
Ariftote dit que le Caméléon n’a point de chair qu’aux mâchoires &au commence¬
ment dè la queue. Le noftre en avoit par tout le corps, à la referve du bas du thorax
& du ventre, où au lieu des mufcles intercoftaux &: de ceux de Y Abdomen , il n’y avoit
que des membranes tranfparentes , mais doubles & fibreufes , qui furent eftimées eftre
capables d’aider au mouvement que les Côtes doivent avoir pour la refpiration du Ca¬
méléon qui eft fort lente *, le principal organe de ce mouvement des Côtes eftant
vne chair qui defcendoit aux deux cotez de l’Epine proche de leur articulation,
qui pouvoit eftre le mufcle Sacrolumbus. Toute l’Epine, la Queue, le haut du Thorax,
les Bras &; les Jambes eftoient garnies de chairs mufculeufes , rouges , fibreufes , dont les
tendons blancs &; argentez eftoient fi vifibles, qu’il aurait efté fort aifé d’en faire vne
Myotomie, tous ces mufcles eftant fans graiffe, dont nous n’avons trouvé aucune ap¬
parence dans tout l’animal, fi ce n’eft qu’on prenne pour de la graiffe quatre ou cinq
petits grains femblables à du millet, qui eftoient attachez aux membranes qui emplift
foient les intervalles des côtes. Mais la petiteffe de ce fujet qui le rendoic facile à fe
L
22 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON,
deffecher promptement , nous a empêchez de faire nos obfervations auffi particulières
qu’il le mérité.
La dernière obièrvation que nous avons faite, mais qui n’eft pas la moins confidéra-
ble , eft fur fa Langue , dont la ftruélure 6c l’vfage font tout-à-fait extraordinaires. Nous
trouvâmes qu’elle eftoit compofèe d’vne chair blanche affez folide , longue de dix lignes ,
large de trois , ronde, 6 C vn peu applatie vers l’extrèmitè. Elle elloit creufe 6c ouverte
par le bout comme vn fac, femblable en quelque forte au bout de la Trompe dVn Elé¬
phant. Cette Langue elloit attachée à l’os Hyoïde, par le moyen d’vne efpece de Trom¬
pe en forme de boyau , de lix pouces de longueur, 6c d’vne ligne de groffeur, ayant
vne membrane par deffus, 6c vne fubllance nerveufe en dedans. La membrane elloit
couverte de taches tout du long , comme lî elle avoit efté imbue en dedans d’vn fang
noirallre, extravafé,6c inégalement amalfé en plulieurs endroits. La fubllance nerveufe
du milieu elloit folide 6c compare, quoi que fort mollalfe, 6c ne fe divifoit pas aifé-
ment en filets comme les nerfs qui fortent de la moelle de l’Epine. Cette Trompe fer-
voit à jetter la Langue qui lui elloit attachée , en s’allongeant , 6c à la retirer, en s’ac-
courciffant; 6c nous avons cru que quand elle s’accourcilîbit , il faloit que la membrane
qui la couvre full enfilée par vn Stile de fubllance cartilagineufe , fort lice, 6c fort poli,
au bout duquel la Trompe elloit attachée, 6c fur lequel fa membrane fe plilïoit comme
vn bas de foie fur vne jambe : car nous n’avons pu connoillre bien certainement com¬
ment cette Langue peut ellre retirée d’vne autre forte. Ce Stile , qui elloit long d’vn
pouce, prenoit fanaiffance du milieu de la bafe de l’osEIyoïde, de même qu’il s’en trou¬
ve à la Langue de plufieurs oifeaux.
La Langue elloit femée de quantité de vailfeaux apparens ,à caufe du fang qui y elloit
en grande abondance , ainfi que dans tout le refie du corps : ce qui nous fit étonner
qu’Ariftote ait dit que le Caméléon n’a du fang qu autour du Cœur 6c des Yeux ; 6c que
la plulpart des Modernes le mettent au rang des animaux qui ont peu de fang.
Il y a apparence que ce n’ell point le peu de conte que les Anciens ont fait des par-
ticularitez de cette Langue , qui les a empêchez d’en parler ; 6 C que s’ils avoient vu a
quoi le Caméléon l’emploie, ils n’auroient pas pu croire qu’il ne vit que d’air. Car cette
Langue lui fert à la chaffe des animaux dont il fe nourrit -, 5c c’eft vne chofe qui nous
furprit, que la vîteffe avec laquelle nous lui vîmes darder cette Langue fur vne mou¬
che , 6c celle avec laquelle il la retira dans fa gueule avec la mouche , que l’on dit qu’il
ne manque jamais à prendre par le moien d’vne glu naturelle qui fuë inceffamment de
cette Langue , comme nous avons obfervé , 6c qui s’amaffe 6c s’épaiffit dans fa cavité,
qui ne pénétré point dans la Trompe à laquelle cette Langue efl attachée : en forte que
pour avaler ce qu’il a collé au bourde fa Langue, il faut qu’il fe falfe vne efpece d’aétion
Periflaltique par la Langue, dont les parties fficceffivement jointes 6c preflées contre le
Palais, y font couler jufques au gofier ce qui doit ellre avalé. Une quantité de rides que
nous vîmes en travers fur l’extrémité de cette Langue, nous a fait juger que cela fe doit
faire ainfi.
Cependant Marmol , qui dit avoir obfervé quantité de Caméléons vivans , à delfein
de s’éclaircir fur cét vfage particulier de leur Langue , allure quelle ne leur fert point
à prendre les infeétes, 6 c que tout ce qu’il a obfervé de cét Animal ne lui fçauroit faire
perdre l’opinion qu’il a, que fa feule nourriture eft l’air 6c les raions du Soleil.
Néantmoins nous lui avons trouvé le Ventricule 6c les Inteftins remplis de mouches
6 c de vers , apres lui en avoir vu avaler de la façon que nous venons de dire. Nous
avons auffi remarqué que les excrémens qu’il rendoit prefque tous les jours eftoient
mêlez de quantité de bile jaune 6c verd brun , 6c tels qu’ils font aux animaux qui fe
nourriffient d’autre chofe que d’air : ce que Nidermayer , Médecin du Landgrave de
H elfe, qui porta en 1619. vn Caméléon vivant de Malte en Allemagne , avoit déjà ob¬
fervé. Le noftre vuida , même plufieurs fois , des pierres de la groffeur d’vn pois , qu’il
n’avoit point avalées , mais qui s’eftoient engendrées dans fes Inteftins , ainfi que nous
reconnûmes apres les avoir examinées curieufement. Car on trouva que ces pierres
eftoient
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 23
efloient fi legeres , qu’eflant mifes dans le vinaigre diflillé , elles s’élevoient du fond du
vaiffeau quand on l’agitoit , quelles sy diffolvoient , 8c qu’vne qui s’y fendit ënfermoit
en fon milieu la telle d’vne mouche , autour de laquelle la matière pierreufe s’efloit
amaffée.
Cela nous fit juger que la Lienterie que Panarolus dit èflre perpétuelle au Caméléon,
n’efloit point la maladie du noflre, puifque retenant les chofes vtiles, il ne rejettoit que
celles qui font fuperfluës , 8c qui ne doivent point eflre gardées. Il efl bien vrai qu’il
rendoit des mouches , qui paroiffoient prefque auffi entières qu’il les avoit prifes ; mais
on fçait que cela arrive aux Serpens , qui rejettent les animaux entiers comme ils les
ont avalez : 8c perfonne n’ignore que la maniéré de tirer le fuc nourriffier des alimens
efl differente en divers animaux -, que quelques-vns doivent diffoudre ce qu’ils man¬
gent, 8i que pour cela ils le mâchent premièrement, 8c le réduifent en fuite en liqueur
dans leur eflomac -, que d’autres , qui avalent fans mâcher , ont vne chaleur 8c des efprits
affez puiffans pour extraire le fuc dont ils ont befoin , fans brifer ce qui le contient , de
même que l’on voit que le fuc des raifins fe tire auffi bien d’vn râpé où les grains de¬
meurent entiers , que d’vne cuve où ils font écachez.
Par ces obfervations nous crûmes n’avoir pas moins de fujet de douter de la vérité
de la propofition , que les Anciens avoient avancée touchant la nourriture Aérienne
du Caméléon , que nous en avions eu de rejetter celle qu’ils ont établie touchant le
changement de couleur qu’ils ont dit lui arriver par l’attouchement des differentes
chofes dont il approche, après avoir obfervé, qu’à la referve de la ^blancheur que noflre
Caméléon prit dans vn linge, toutes les autres couleurs , dont il fe couvrit , ne lui vin¬
rent point des chofes qu’il touchoit. Et il efl raifonnable de croire , que la blancheur
qu’il receut dans vn linge froid, où on le tint quelque temps caché fous vn manteau,
efloit vn effet de la froideur qui le fait ordinairement pâlir, parce que ce jour-là efloit
le plus froid de tous ceux pendant lefquels nous l’avons vu.
Et afin que les Phyficiens ceux qui étudient la Morale n’aient point regret aux
beaux fujets d’exercer leur Philofophie, qu’ils croioient avoir trouvez dans les particu-
laritez extraordinaires que les Anciens avoient laiffées par écrit fur les merveilles de la
nourriture 8c du changement de couleur du Caméléon, nous croions que les nouvel¬
les obfervations du mouvement de fesYeux, 8c de celui de fa Langue, 8c de la manié¬
ré de changer de couleur félon fes paffions , ne font pas moins capables d’occuper leur
efprit.
Car pour faire entendre que les flatteurs manquent de candeur , 8c que les efprits
vains 8c ambitieux fè repaiffent de rien, il n’efl point neceffaire qu’il foit vrai que le Ca¬
méléon prend toutes les couleurs horfmis la blanche ,8c qu’il ne fe nourrit que de vent:
8c l’on pourra trouver autant de fujet de moralifer , mais avec plus de vérité , fur ce que
Je Caméléon, qui efl fans Oreilles , 8c prefque fans mouvement dans la plufpart de fes
parties , n’a de la promptitude qu’à la Langue à qui rien n’échape , 8c aux yeux qui veu¬
lent tout voir à la fois.
Les Phyficiens auront auffi beaucoup à travailler , avant qu’ils aient éclairci d’où vient
la neceffitéque la Nature a impofée à tous les autres animaux de remuer les deux Yeux
enfemble d’vne même façon. Car le Caméléon fait voir que ce n’efl: point la jonélion
des nerfs Optiques qui fait cette neceffité,ainfi que plufieurs croient. Ils auront encore
affez de peine à dire quelle vertu pouffe fi loin, 8c retire prefque en même temps cette
Langue, 8c même à en trouver des exemples. Car le mouvement des mufcles, que l’on
attribué à la differente pofition de leurs fibres qui les fait accourcir 8c alonger,n’a rien
de proportionné à la vîteffe du mouvement de cette Langue , ni à la grandeur de l’ef-
pace quelle parcourt. Car quand noflre main efl portée avec vîteffe par l’efpace de fept
pouces , qui efl celui que nous avons remarqué que la Langue du Caméléon fait , lac-
courciffement des mufcles qui font remuér la main , ne va jamais gueres que jufques à
la longueur de deux lignes , c’eft à dire la quarantième partie de i’accourciffement de
cette Langue. Et quoi qu’il y ait quelque apparence de dire qu elle efl pouffée , 8c s’il
" ‘ M '
24 DESCRIPTION ANATOM1QVE D’UN CAMELEON.
faut dire ainfi , comme crachée par l’effort du vent dont les Poumons font enflez, &
quelle eft retirée par le nerf qui eft au milieu de la Trompe, qui apres avoir efté alongé
par cét effort , fait revenir en retournant à fon premier eftat, & retire foudainement la
Langue : il y a cette difficulté, que cela ne fè pourroit faire fans beaucoup de bruit, &£
nous avons remarqué que cét élancement de Langue n’en produit point du tout.
Il y a encore vne chofo allez difficile à concevoir , qui efl; ce que devient cette lub-
flance nerveufe qui emplit le milieu de la Trompe , à laquelle fa Langue eft atta¬
chée, & oii elle fe peut ranger quand elle fe retire dans la gueule. Car lors quelle y eft,
la racine de la Langue touche prefque à l’extrémité du Stile cartilagineux , fur lequel ,
fuppofé que la membrane de la Trompe fe pliffe &c s’enfile , comme nous avons dit , ce
nerf ne peut pas eftre enfilé de même, à caufe qu’il eft trop folide & trop compacte : ÔC
cette folidité empêche aufli de croire qu’il fe rétrefliffe , & rentre comme en lui-même
pour revenir de la longueur de fîx pouces qu’il a quand il eft étendu, à celle d’vue ligne
à laquelle il eft réduit eftant raccourci.
On ne peut pas dire aufli qu’il fe recourbe comme le Col de la Tortue, lors qu elle
retire la tefte dans fon écaille , parce que cette courbure fe fait à l’aide de divers muf-
cles qui plient ce Col compofé de plufieurs Vertebres , &C que de tels organes ne fe
trouvent point en la Langue du Caméléon. La Langue que le Piver lance aflêz loin
hors de fon bec, a aufli des organes, dont la fubftance eft bien plus commode pour cette
aétion, que n’eft celle de la Trompe du Caméléon : car ce font des mufcles fort longs,
& repliez par deflus fa tefte , lefquels eftant des parties charnues , ont vne difpofition à
s’alongerSê à s’accourcir, qui dans leur grande longueur peut produire vn alongement
&C vn accourciffement confidérable. De forte qu’on peut dire, que cette aétion fi mer-
veilleufe de la Langue du Caméléon a quelque rapport avec celle des cornes d’vn Li¬
maçon, & qu’vne fi grande longueur eft ainfi réduite prefque à rien en cette Trompe,
par l’augmentation de là largeur , & par vne grande dilatation caufée par la puiffante
&; fbudaine raréfaction du fàng noiraftre&groflier, qui paroift inégalement difperfé dans
toute la longueur de la Trompe. Néantmoins cela n’explique point encore afifez la
chofe , parce que fi la rarefaétion caufe la dilatation qui fait le raccourciffement , elle ne
fçauroit produire en fuite l’alongement dans le même organe : &C il faut fuppofer que
l’alongement vient de la rarefaétion qui fe fait dans l’vne des deux parties dont cette
Trompe eft compofée , par exemple, dans le nerf qui eft au milieu, & que l’accourcif-
fement arrive lors que la rarefaétion fe fait dans l’autre partie , à fçavoir dans la mem¬
brane qui eft au deflus , par le moien d’vne differente fituation des fibres dans l’vne &
dans l’autre de ces parties ; ainfi qu’il y a apparence que l’alongement & l’accourciffe-
ment de la Langue des autres animaux fe fait. Mais la groffeur &c la fubftance charnue
des autres Langues font des difpofitions à faire ces aétions , qui manquent entièrement
à celle du Caméléon, quoi qu’il les faffe fans comparaifon avec beaucoup plus de force;
ce qui rend ce mouvement merveilleux , &c difficile à comprendre.
Mais fur tout, le changement de couleur arreftera long-temps les curieux avant que
d’en avoir découvert la caufe, & de pouvoir déterminer s’il fe fait par Reflexion, com¬
me Solin eftime; ou par Suffufion, comme Seneque a penfé ; ou par le changement des
difpofitions des particules qui compofent fà peau,fuivant la doétrine des Cartefiens. Il
eft pourtant vrai que la Suffufion eft la plus aifée à comprendre, principalement à ceux
qui auront obfervé que la peau du Caméléon a vne couleur naturelle, qui eft vn gris
bleüaftre que l’on lui voit par l’envers quand elle eft écorchée-, que l’onenleve aifément
grand nombre de petites pellicules de deflus chacune des éminences , qui font les feules
parties de la peau qui changent de couleur-, &C que ces pellicules font feparées, ou aifé¬
ment feparables les vnes des autres , au lieu que celles qui compofent le refte de la peau
font collées exaétement enfemble. Car ces chofes aiant efté remarquées, on trouvera
quelque probabilité à croire que la bile, dont cét animal abonde, eftant portée à la
peau par le mouvement des pallions, s’infinuë entre les pellicules, & que félon que la
bile entre fous vne pellicule plus proche, ou plus éloignée de la fuperficie extérieure
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 2 5
des éminences, elle les teint de jaune ou de verdaftre. Car on voit par expérience que le
jaune mêlé avec le gris bleiïaftre fait vne efjDece de vert ; en forte qu’il n’eft pas diffici¬
le de concevoir que la même bile jaune répandue fous vne pellicule fort mince la faffe
paroître jaune, &: qu’eftant fous vne peau plus épaiffe, elle mêle fon jaune avec le gris
bleiiallre de cette peau, pour produire vu gris verdaftre, qui avec le jaune font les deux
couleurs que le Caméléon prend quand il eft au Soleil, où il fe plailf : car lors qu’il eft
émû par des chofes qui l’importunent , il n’eft pas étrange que l’humeur noire &
adufte qui eft dans fon fang eftant portée à la peau, y produife les taches brunes qui y
paroiftent quand il fe fâche ; de même que nous voions que nos vifages deviennent
rouges, jaunes, ou livides, félon que les humeurs, qui font naturellement de ces diffé¬
rentes couleurs , y font portées. Par cette même raifbn , lors qu’vn mouvement
contraire fait rentrer les humeurs , dont la peau eft ordinairement imbue , ou
quelles fe diflipent en forte que d’autres ne fuccedent point en leur place , la peau
devient blanche par la feparation des pellicules qui compofent les petites éminences-,
car cette blancheur leur arrive de même qu’à noftre épiderme , lors qu’eftant deffe-
ché , & feparé par petites lames dans la maladie appellée Tityriafs la peau blanchit ex¬
traordinairement,^ femble eftre frotée de farine. On pourra trouver quantité de telles
raifons probables , avant que d’en avoir rencontré vne dont on puiffe démontrer la
vente.
Mais pour finir nos Obfervations fur le Caméléon par quelque chofe de plus folide
que n’eft cette Philofophie des couleurs , nous rapporterons les remarques que nous
avons faites fur fes Os , dont nous gardons le Squelete , où nous avons remarqué beau¬
coup de particularitez confidérables.
Les Os qui compofoient le Crâne fembloient n’eftre faits que pour foûtenir les muf-
cles Crotaphites qui empliffoient toute la tefte,tant au deffus qu’en dedans, d’ vne chair
blanchaftre & fibreufe. Les trois creftes qui eftoient fur la telle s’affembloient en vne
pointe vers le derrière. Deux de ces pointes qui couvrent les yeux comme des fourcils
laiffoientde grands vuides, faifant chacune vne manière de lygovut . La principale cavité
du Crâne confîftoit dans les Orbites ; car celle où le Cerveau eft contenu eftoit fans
comparaifon plus petite. Ces deux Orbites eftoient ouvertes l’vne dans l’autre, en for¬
te que les yeux fe touchoient en dedans , ainfi qu’il fe voit en plufieurs oifeaux : ce que
Pline a fort bien décrit , quand il a dit que les yeux du Caméléon font fort grands , &:
peu feparez l’vn de l’autre. Car cette petite feparation ne fe peut pas entendre de celle
qui eft à la face entre chaque œil , parce quelle eft tres-grande en tous les Caméléons-,
cette petite diftance des yeux l’vn de l’autre en la face eftant propre à l’homme, de
même que la grande eft particulière au Mouton, félon la remarque d’Ariftote.
Chaque moitié de la mâchoire inferieure eftoit compofée de deux os articulez par
Diarthrofe , l’Apophyfe qui va de l’angle de la mâchoire au condyle qui s’articule avec
l’os des temples , eftant vn os feparé.
L Epine du dos, comprenant la queue , avoit foixante & quatorze vertebres , deux
au col , dix-huit au thorax , deux aux lombes , deux à l’os Sacrum , &C cinquante à la
queue.
La première du col eftoit la feule qui avoit fon apophyte épineufê tournée en
haut, & qui contre l’ordinaire eftoit receuë des deux cotez. Toutes les autres avoient
dans leur corps vne cavité en leur partie fuperieure qui recevoit , dans l’inferieure
vne telle qui eftoit receuë , &C qui faifoit vne efpece de ginglyme. Toutes en general
avoient leurs fept apophyfes , excepté les vertebres de la queuë qui en avoient huit , à
fçavoir deux cpineufes, vne plus grande, & vne autre deffous fort petite, avec les deux
tranfverfes &c les quatre obliques , par le moien defquelles toutes les vertebres eftoient
articulées , les apophyfes obliques fuperieures d’vne vertebre paflant fur les inferieures
de la vertebre qui eft au deffus de foy.
Les Cotes que Gefner met au nombre de teize eftoient dix-huit de chaque côté ,
de trois efpeces, Les deux premières d’en haut n’alloient point jufqu’au Sternon, non
N
2 6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON»
plus que les trois dernières d’en bas. La troifiéme, la quatrième, la cinquième 8c la fixié-
me y eftoient jointes par des appendices qui n’eftoient point cartilagineufes , mais de
même fubflance que les Côtes -, 8c ces deux fortes de Côtes eftoient jointes enfemble
par vn angle qu’elles faifoient , l’vne defcendant en bas , 8c l’autre remontant vers le
Sternon. Les dix autres Côtes n’ètoient point attachées au Sternon *, mais chacune
eftoit jointe à celle qui lui eft oppofée, par l’entremife d’vne appendice commune , 8c
qui alloit de la Côte droite à la gauche , après s’eftre courbée au milieu de la poitrine
èc du ventre.
Le Sternon eftoit compofé de quatre os, dont le premier eftoit fort large, 8c fait en
forme de trefle.
Les Omoplates eftoient ft longues , quelles alloient depuis l’épine du dos jufques au
Sternon , auquel elles fe joignoient fervant de Clavicules. Les os Innominez eftoient
joints par les os Tubis à l’Qrdinaire ; mais l’Ifchion n’eftoit point fermement articulé au
Sacrum par le moien d’vn cartilage : c’eftoit l’os des Iles qui y eftoit attaché par vn ligament
lâche; en forte qu’il apparoift que ces os, de même que les Omoplates , ont vne ftruéture
8c vne liaifon tout-à-fait oppofée à celle qui fe trouve en tous les autres animaux , ou
les Omoplates ne font point attachées au Tronc que par des liens fort lâches, à compa-
raifon des os Innominez : 8c on a obfervé qu’au Caméléon les Omoplates font atta¬
chées fort ferrément au Tronc, ainft qu’il a efté dit; 8c les os Innominez au contraire
font mobiles, de même que les Omoplates le font aux autres animaux.
Les os Innominez faifoient vn trou par devant de chaque côté , mais qui eftoit for¬
mé en partie par l’os Pubis en partie par l’Ifchion.
U Humérus qui s’articuloit avec l’Omoplate par ginglyme , ainft que le Fémur l’eft
ordinairement avec le Tibia , avoit vne apophyfe proche de fa telle pareille à vn
Trochanter ; 8c le Fémur , qui s’articuloit avec l’Ifchion par énarthrofe, n’avoit point de
Trochanters.
Les Jambes tant de devant que de derrière eftoient pareilles , eftant compofées cha¬
cune de deux os qui reiTembloient mieux à vn Radius 8c à vn Cubitus qu’à vn Péroné' 8c
à vn Tibia , parce qu’ils eftoient articulez tous deux au Fémur auftî bien qu’à l’ Humérus ,
8c qu’ils eftoient capables l’vn 8c lautre de faire la Pronation 8 C la Supination.
Les pieds & les Mains, oüplûtoft les quatre Mains, eftoient aufli pareilles, 8c ne dif-
feroient qu’en ce que les Pieds de devant avoient comme vn Carpe compofé de douze
petits os , 8c ceux de derrière avoient quelque chofe qui reffembloit mieux à vn Tarfe,
parce que les os eftoient plus grands que ceux qui fembloient faire le Carpe. Il n’y en
avoit pourtant point qui euft affez de faillie en arriére pour former vn Talon ; ce qui
pourroit eftre vne des caufes qui rendent le marcher du Caméléon ft tardif. Ces os du
Tarfe eftoient au nombre de ftx. Il n’y avoit ni Métacarpe, ni Metatarfe; fi ce n’eft que
l’on vouluft appeller ainft les deux premières Phalanges des doits,parce quelles eftoient
jointes enfemble comme les os du Métacarpe, & du Metatarfe font ordinairement, n’y
aiant que les dernieres Phalanges qui fuffent feparées , 8c qui paruffent des doits. Il y
avoit encore cette différence entre les Pieds Sc les Mains , qu’aux pieds la partie qui a
trois doits eftoit articulée au droit du plus gros os des deux qui font la jambe ; 8c
au contraire aux mains elle eftoit oppofée au plus petit de ceux dont le bras eft com¬
pofé.
Après avoir fait ces remarques, on a obforvé que le Squelete 8c la Peau qu’on a gar¬
dée ont confervé quelque temps vne odeur forte, qui tiroit beaucoup fur celle de poif-
fon qui commence à fe gafter ; 8c que cette mauvaife fenteur , à mefure que ces parties
fe font deffechées, s’eft changée en vne odeur douce 8c agréable, qui approchoit beau¬
coup de celle de la racine d’iris 8c des fleurs de Violettes; 8c qu’enfin toute l’odeur s’eft
perdue , quand le refte de l’humidité a efté confumée.
Pour ce qui eft de l’experience des vertus incroiables que la fuperftition des Anciens
a attribuées au Caméléon, & dont Pline dit que Démocrite a fait vn livre entier , elles
font ft extravagantes au jugement même de Pline , que nous nous fommes rapportez à
ce
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 27
ce qu’il en penfe : & fans éprouver fi nous pourrions exciter des tempeftes avec fa
telle , ou gagner des procès avec fa langue , ou arrefler des rivières avec fa queue , &;
faire les autres merveilles que l’on dit que Dèmocrite a laiflees par écrit ; nous nous
fommes contentez de faire les expériences qui fembloient avoir quelque probabilité,
ellant fondées fur la fympathie ôç fur l’antipathie , telle qu’efl celle que Solin dit dire
fi grande entre le Corbeau & le Caméléon , qu’il meurt incontinent après avoir mangé de
fa chair. La vérité ell qu’vn Corbeau donna quelques coups de bec à noflre Caméléon,
quand on le lui prefenta mort; mais on lui en donna à manger plufieurs parties, & le
cœur même, qu’il avala fans en dire incommodé.
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28
Explication de lafgure du Dromadaire.
IL eft reprefenté dans la figure d en bas en forte que Ion peut voir la hauteur de la
Boffe qui! a fur le dos, qui eft faite pour la plus grande partie par vn long poil qui
s’élève fe dreffe de lui-même. On voit auffi les quatre efpeces deCallofitez qui font
aux parties fur lefquelles il s’appuie quand il eft couché ; à fçavoir les deux Callofitez
des jambes de devant , celle de la cuifté , &: celle de la poitrine. Ses pieds font aufti le¬
vez en forte qu’ils laiflent voir vne partie de la plante.
Dans la wure den haut
A. Eft le premier & le plus grand des quatre Ventricules.
r. VOefophage.
B. Le fécond V entricule.
C. Le troiftéme.
D. Le quatrième.
A. Le Pylore.
E F G H. La Langue.
H G. La partie qui esl afpre de dedans en dehors 3 d caufe de quantité' de petites éminences pointues.
E F. Celle qui a de plus grandes éminences tournées di
EG. Celle qui a aufti de grandes éminences 3 mais qui
E. Le centre des grandes éminences.
I. La Glande Pineale.
K. Le de fous du Pied , qui eft folide } & reveftu dlvne peau molle & délicate.
L. Le de fus 3 qui eft vn peu fendu.
M. La Verge.
N . U ouverture 3 qui eft le pafage du premier & grand Ventricule dans le ficond.
OOOO. Le fécond Ventricule coupé en quatre.
PP P P. Les ouvertures des facs , qui font entre les tuniques du fécond Ventricule.
i meme gens que tes petites.
font tournées a l’oppofte des petites.
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29
DESCRIPTION ANATOMIQ-UE
D'UN DROMADAIRE
NOus appelions Dromadaire FAnimal qui eft ici décrit , quoi que l’vfage com¬
mun {bit de donner le nom de Chameau Amplement à celui qui comme lui n’a
qu’vne BoiTe fur le dos , 5c de Dromadaire à celui qui en a deux , fuivant Solin , mais
contre ce qu’Ariflote, 5c Pline ,5c la plufpart des auteurs en ont écrit , qui font deux
efpeces deChameaux:dont l’vn,qui retient le nom du genre, a deux Boffes, & fe trou¬
ve plus ordinairement aux parties Orientales de l’Alie , 5c eft appellé à caule de cela
Bafîrianus ; il eft aufti plus grand 5c plus propre à porter de lourds fardeaux : l’autre , qui
eft plus petit, 5c meilleur pour la courfe , 5c qui pour cette raifon eft appellé Droma¬
daire , n’a qu’vne Bofle , 5c fe voit plus communément aux parties Occidentales de
l’Afie , à fçavoir dans la Syrie 5c dans l’Arabie. Le Sieur Dipi Arabe, qui eftoit prefent
à noftre diffeélion, nous dit que les Chameaux de fon pais font femblables au noftre.
Il avoit fept pieds 5c demi de haut, à prendre du fommet de la telle jufques aux
pieds; cinq 5c demi depuis la plus haute courbure de l’épine du dos, qui eft la Bofle; ftx
pieds 5e demi depuis l’eftomac jufques à la queue, dont tous les Nœuds ou Vertebres
avoient enfemble quatorze pouces ; Ôe toute la queue comprenant le crin , deux pieds
5c demi. La telle avoit vingt 5c vn pouces depuis l’Occiput jufques au Mufeau.
Le poil eftoit d’vn fauve vn peu cendré. 11 eftoit fort doux au toucher , médiocre¬
ment court, Ôc quelque peu plus qu’à vn Bœuf, à la referve de quelques endroits, où il
eftoit plus long, comme fur la telle, au deflous de la gorge, & au devant du col. Mais
le plus long eftoit fur le milieu du dos, où il avoit prés d’vn pied. En cét endroit, quoi
qu’il foit fort doux 5c fort mol , il fe tenoit élevé , en forte qù’il faifoit la plus grande
partie de la Bofle du dos , lequel lors que l’on abaifloit ce poil avec la main , ne paroif-
foit gueres plus élevé qu’à d’aucuns Chiens ou Pourceaux , qui font des Animaux qui
n’ont pas le dos enfoncé comme les Chevaux , les Vaches ôc les Cerfs l’ont ordinaire¬
ment. Et en effet, il y a des auteurs qui difent que le Dromadaire eft engendré du Cha¬
meau 5e du Pourceau. Cela eft fort contraire à Ariftote , qui affûte qu’il n’y a point
d’ Animal qui ait le dos boflù comme le Chameau. Quelques auteurs difent que cette
Bofle eft vne chair particulière à cét animal, laquelle s’élève fur le dos pardeffus les Verte¬
bres, & qui fe confirme, lors qu’aprés avoir efté long-temps fans manger, il s’amaigrit ex¬
traordinairement. Mais nous n’avons trouvé aucune apparence de cette chair dans
noftre fujet, quoi qu’il ne fuft point maigre; 5c fans cette chair la Bofle, qui n’étoit faite
que par le poil, eftoit beaucoup élevée, ainfî qu’il fe voit dans la Figure.
Outre ces deux fortes de poil , à fçavoir ce long qui eftoit fur le dos , fur la telle 5c
au col,5c le court qui couvroit le relie du corps , il y en avoit encore d’vne troifiéme
efpeceà la Queue, qui eftoit different des autres, tant en groffeur qu’en couleur , ellant
gris ôc fort dur , 5c tout - à - fait femblable au crin de la queue d’vn Cheval.
La Telle eftoit petite, à proportion du corps. Le Mufeau eftoit fendu comme à
vn Lièvre , ÔC les dents femblables à celles des autres animaux qui ruminent , n’aiant
point de Canines ny dlncilives en la Mâchoire d’en haut, quoi que la telle n’ait point
les cornes que la Nature a données à la plufpart de ceux qui ruminent. Cardan dit
qu’elle a récompenfé ce deffaut du Chameau , en lui armant les pieds , qui ont des ta¬
lons comme ceux des Bœufs, au rapport de Pline : mais cela ne fe trouve point , car il
n’a ni corne ni ongle aux pieds qui lespuiflent rendre dangereux, chaque pied n’eftant
garni que de deux petits ongles par le bout , 5c -le deflous , qui eft plat 5c large , ellant
fort charnu, 5c revellu feulement d’vne peau molle, épaiffe , 5c peu calleufe, mais affez
propre à marcher en des lieux fablonneux, tels qu’ils font en Afie 5c en Afrique. Nous
jugeâmes que çette peau eftoit comme vne femelle vivante , qui ne s’vfe point par la
yîteffe 5c par la continuité du marcher , pour lequel cét animal eft prefque infatigable :
P
30 DESCRIPTION ANATOMIQJJE D’UN DROMADAIRE,
car quand Ariftote dit que l’on eft contraint quelquefois de chauffer St de munir com¬
me avec des bottes les pieds de ceux qui font dans les armées , il femble que ce foit
moins pour les foulager des incommoditez quils fouffrent en marchant , que pour les
défendre des bleffures qu’ils pourroient recevoir à la guerre. Et l’on peut dire que cette
molleffe de pied qui obéît St s’accommode à l’inégalité des chemins , lui rend les pieds
moins capables d ’eftre vfez , que s’ils eftoient plus folides , quoi que Pline croie qu’il
n’eft pas poffible que les Chameaux puiffent faire de longues traites s’ils ne font chauf¬
fez. Ses Genoux calleux font beaucoup plus durs , St approchent davantage de la foli-
dité de la corne du pied des autres animaux.
Ariftote a remarqué d’autres particularitez dans le pied du Chameau que nous n’y
avons point trouvées. Il dit qu’il eft fendu en deux par derrière , St en quatre par de¬
vant, St que les entredeux font joints par vne peau comme les pieds d’vne Oye: ce qui
ne s’eft point trouvé dans le noftre , dont le pied eftoit feulement fendu par deftus , à
quatre St cinq doits prés de l’extrémité ; St cette fente n’eftoit point jointe par vne
peau -, mais au deftous de cette fente, qui eft peu profonde, le pied eftoit folide.
Les Callofîtez des genoux eftoient au nombre de fix ; à fçavoir vne à chacune des
jointures des jambes de devant, la première St la plus haute eftanten arriére, à la partie
qui eft proprement le coude-, St la fécondé en devant, St plus bas à la jointure qui repre-
fente le pli du poignet. Chaque jambe de derrière en avoit aufli vne en la première St
plus haute jointure, qui eft celle de devant , St qui eft le véritable Genou.
Ariftote, qui n’a remarqué que quatre de ces Callofîtez , qu’il appelle Genoux, St qui
reprend fans fujet vn ancien Auteur , qui eft Hérodote , d’en avoir mis fix, ajoûte en¬
core vne chofe plus étrange , qui eft de dire que le Chameau ne plie fes jambes qu’en
ces quatre endroits : car la vérité eft qu’il les plie en huit endroits , comme le refte des
autres animaux à quatre pieds, St qu’il n’y a que les deux plis qui tiennent lieu de talon
aux jambes de derrière,' qui n’ont point de Callofîtez.
Ayant fait ouverture d’e ces Callofîtez, pour obferverleur fubftance qui eft moyenne
entre la chair, la graiffe,St le ligament, nous trouvâmes qu’en quelques-vnes il y avoit
vn amas de pus allez épais : ce qui nous fît fonger à ce que quelques Auteurs difent,que
les Chameaux font fujets aux Gouttes ; St nous jugeâmes qu’il fe pouvoit faire que noftre
Dromadaire euft efté atteint de cette maladie, qui s’eftoit terminée par vne fuppuration.
Outre ces fîx Callofîtez, il y en avoit vne fèptiéme beaucoup plus groffe que les au¬
tres , au bas de la poitrine, fermement attachée au Sternon , qui avoit vne éminence en
cét endroit. Elle avoit huit pouces de long, fîx de large , St deux d’épais. Elle avoit
auffi beaucoup fuppuré-, St on jugea que cette partie n’eftoit pas moins fufcêptible de la
Goutte que les Articles, parce que fon vfage eftant de foûtenir foule tout le corps, pen¬
dant que l’on le charge eftant couché contre terre , ce travail peut rendre cette partie
capable de la foibleffe St de la chaleur qui attirent les humeurs fur les articles , St quf
empêchent qu’ils ne les puiffent digerer St refoudre. La grande Sobriété qui eft remarqua¬
ble dans le Chameau, St la Fatigue incroiable qu’il fouffre ordinairement , font voir que
les grands Trauaux peuvent produire la Goutte aufti bien que l’Oifiveté St la Débauche.
Avant que de faire ouverture pour obferver les parties du dedans , nous remarquâ¬
mes que le Prépuce, qui eft fort grand St affez lâche, ne couvre pas feulement l’extré¬
mité de la Verge, mais qu’il fe recourbe en arriére : ce qui peut avoir donné lieu à l’o¬
pinion de ceux qui ont crû que le Chameau jettoit' fon vrine en arriére , comme le
Lion, le Caftor , le Lièvre , Stc. dont la Verge ne fe recourbe point en devant.
LEs parties internes font affez fomblables à celles du Cheval. Le Foye avoit trois Lobes,
deux fort grands, au milieu St au deffous defquels il y en avoit vn qui eftoit plus petit
St pointu. Le ligament qui tient le Foye fufpendu n’eftoit pas attaché au Cartilage Xiphoï-
de, mais au centre du Diaphragme, fur lequel la membrane du Péritoine qui le couvroit,
avoit vnluftrequi le faifoit paroiftre comme doré partout. Le Fiel n’eftoit point contenu
dans vne Vefîcule, mais épandu par le Foye, dans les canaux Cholidoques Hépatiques.
Le
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN DROMADAIRE. 31
Le Ventricule, qui eftoit fort grand, & partagé en quatre, comme aux autres animaux
qui ruminent , n’avoit point cette differente ftruélure , que l’on obferv'e au dedans des
quatre Ventricules, appeliez par Ariftote, Ko/aA, E^yoç, Ki*fv<pdLtoç&CHvvçfov. Ils eftoient
feulement diftinguez par quelques rétreffiffemens , qui faifoient que le premier Ventricule,
qui eft grand & vafte , en produifoit vn autre fort petit, qui eftoit fuivi d’vn troifiéme
moins large que le premier, mais beaucoup plus long; & celui-là eftoit fuivi dVn qua¬
trième femblable au fécond.
Il y avoir au haut du fécond Ventricule plufieurs ouvertures quarrées , qui eftoient
l’entrée d’environ vingt cavitez, faites comme des facs placez entre les deux membra¬
nes, qui compofent la fubftance de ce Ventricule. La veuë de ces facs nous fit croire
qu’ils pourroient bien eftre les Refervoirs ou Pline dit que les Chameaux gardent fort
long-temps l’eau qu’ils boivent en grande quantité quand iis en rencontrent, pour fub-
venir aux befoins qu’ils en peuvent avoir dans lesdefèrts arides où l’on a accoutumé de
les faire paffer, & où l’on dit que ceux qui les conduifent font quelquefois contraints
par l’extrémité de la foif, de leur ouvrir le ventre, dans lequel ils trouvent de l’eau. Il y
a aufîi quelque raifon de dire que l’inftinél qu’Ariftote & Pline ont remarqué avoir efté
donné par la Nature à cét animal, de troubler toujours avec fes pieds l’eau qu’il veut
boire, pourroit bien eftre afin de la rendre moins legere, & par confeqnent moins propre
à paffer promptement dans fon eftomach, & plus capable d’y eftre long-temps gardée.
Les Inteftins eftoient de quatre efpeces. Les premiers à la fortie du quatrième Ven¬
tricule eftoient de moyenne groffeur: ilsavoient fix pieds de long. Les féconds eftoient
comme fraifez , & raccourcis par plufieurs plis , comme le Colon l’eft ordinairement par
le moyen d’vn ligament qui le plifle, & qui fait qu’il eft divife comme en plufieurs cellules.
Ces féconds eftoient aufti d’vne groffeur moyenne, & avoient vingt pieds de long. Les
troifiémes eftoient les plus gros, qui avoient dix pieds de long. Les derniers, qui eftoient
les plus menus, avoient cinquante-fix pieds de long; le tout faifant onze toifes: & on en
auroit trouvé plus de treize, fi on avoir déplié ceux qui eftoient fraifez & raccourcis.
LaRatte eftoit couchée fur le Rein gauche. Elle avoir neuf pouces de long fur qua¬
tre de large, &demi pouce d’épaiffeur.
La Verge , dont on dit que l’on fait des cordes d’arc, avoir dix -neuf pouces de long.
Elle eftoit fort pointue par le bout, qui fe courboit , & faifoit comme vn crochet d’vne
fubftance cartilagineufe , fans aucune apparence de Balanzis. L’extrémité de l’Urethre
eftoit vne membrane fort mince.
Les Poumons n’avoient qu’vn Lobe de chaque coté. Le Cœur eftoit d’vne grandeur
extraordinaire, aiant neuf pouces de long fur fept de large. Il eftoit fort pointu.
La ftruélure de la Langue eftoit allez remarquable , en ce qu’au contraire de toutes
les Langues, qui font par tout afpres de dedans en dehors, par le moien de quantité de
petites éminences qui tendent de dehors en dedans; vne partie de cette Langue-ci les
avoit de dedans en dehors. Car la moitié vers l’extrémité qui eftoit fort mince , eftoit
afpre à l’ordinaire de dedans en dehors ; mais l’autre moitié proche de la racine qui
eftoit fort epaiffe, avoit vers le milieu vn petit rond , comme vn centre entre plufieurs
éminences qui couvraient toute cette fécondé moitié de la Langue, & dont les pointes
eftoient toutes détournées de ce centre , faifant vne afpreté lors que l’on les touchoit
en allant vers ce centre. Parmi ces éminences il y en avoit d’autres difpofées en deux
rangs, en ligne droite, cinq a chaque rang, qui eftoient comme des nombrils , formez
par des plis tournez en rond d’vne ftruélure fort délicate. La figure explique cela plus
clairement que le difcours.
Tout le Cerveau , comprenant le Cervelet , n’avoit que fix pouces & demi de long
fur quatre de large. Le Nerf Optique eftoit percé fuivant fa longueur de quantité de
trous pleins de fang. Les apophyfesMammillaires eftoient fort grandes, &creufes, aiant
chacune deux conduits, dont 1 vn paroiffoit rond, 6 C l’autre en croifîant, par la feélion
tranfverfale. La Glande Pineaîe eftoit de la groffeur d’vne petite aveline , & comme
çompofee de trois autres Glandes, qui laifloient vne enfoncure au milieu.
32
D Ans la Figure d’en bas l’Ours eft reprefenté en deux manières 5 à fçavoir , avec
fa peau d’vn côté, 8c fans peau de l’autre-, pour faire voir plus diftinètement la
forme de fon corps, qui eft remarquable principalement en fes Jambes de derrière.
Dans la figure d’en haut
A B C. EU la Patte droite de devant.
B. En petit Doit qui efi d la place du Pouce .
A. En gros Doit qui eft a la place du petit.
G; Ène Caüofité au Poignet , qui fait comme vn Talon.
DEF. La Patte droite de derrière.
E. rÜn petit Orteil qui eft a la place du gros.
D. En gros Orteil qui ejl a la place du petit.
F. Le Talon couvert de poil.
H I. Les deux Ventricules.
H. EOefophage.
I. Le Pylore. >
KL. Le Rein droit.
M M. L’Eretere.
N. N. La Veine Emulgente. *
O O. E Art ere Emulgente.
P Q. Le méfirne Rein retourné de l'autre côté, & dont vne partie des petits Reins a efté ôtée , pour faire
Voir au dedans la difrihution des vaijfeaux Emulgens & des E référés.
RSTT. En des petits Reins coupé par la moitié.
R. E Artere Emulgente d’vn des petits Reins .
S. La Veine émulgente d’vn des petits Reins.
T T. L’Eretere d’vn des petits Reins coupé en deux félon fa longueur.
Y V. Les Mammelons.
YYY Y. Les moitié z, des Bafinets.
X X. De petits Sinus qui font dans les Baf inets d cofiè des JVLammclons •
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33
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN OURS
LA grandeur 5c lepaiffeur du poil dans lequel tout le corps de l'Ours eft caché de
telle forte qu’il ne femble eftre qu vne malle qui n a prefque aucune apparence
d’animal, l’a fait appeller avec raifon Informe par Virgile -, mais il n’y a perfonne qui ne
le trouve tout-à-fait difforme , lors que la peau lui eftant ôtée, fa véritable figure fe peut
voir fans empêchement. Cette difformité, de même que celle du Singe, qui eft eftimé
la plus laide de toutes les belles, eft fondée fur la reffemblance mai prife qu’ils ont
1 Vn 5c l’autre avec le plus beau de tous les animaux, par la réglé generale ,5c toujours
véritable, que la dépravation des chofes les plus parfaites eft la pire.
Ce qui rend le corps de l’homme admirable , félon l’opinion de Galien , eft la ftru-
ôlure des Pieds 5c des Mains, laquelle diftingue fon corps d’avec celui des autres Ani-
maux, de même que le raifonnement fait la différence des âmes. Cette ftruôture eft
tout-à-fait extravagante dans l’Ours, en ce qu’aiant quelque chofe qui approche en ap¬
parence de ce qui fait la perfection de ces organes, il fe trouve qu’en effet ce qui eft le
plus important dans leur conformation , eft dépravé, ou manque tout-à-fait dans l’Ours.
Galien remarque deux chofes qui font principalement neceffaires pour la commodité
de l’vfage de ces parties -, à fçavoir dans la Main que fes cinq doits foient generalement
divifez en deux parties, y en aiant quatre joints enfemble qui font comme d’vne même
efpece , 5c vn cinquième à part , qui en eft ainfi feparé pour fervir à l’adion principale
de la main qui eft de prendre -, 5i dans le Pied. , qu’il foit compofé du Talon d’v.ne part,
Sc des cinq doits qui lui font oppofez de l’autre, comme les quatre de la Main font op-
pofez au pouce, pour rendre le marcher plus affûré , 5c plus ferme par la differente ap¬
plication de ces deux parties à la figure des chofes fur lefquelles on marche.
Pline, qui a parlé de la reffemblance que les Pieds 5c les Mains de l’Ours ont avec ces
parties de l’homme, ne l’a pas bien entendue, la faifant confifter dans la pofition des
coudes 5c des genoux, qu’il dit eftre au Singe 5c en l’Ours comme en l’homme, 5c au
contraire des autres animaux, qui ont les genoux en arriére 5c les coudes en devant.
Car la vérité eft que tous les Animaux ont ces parties tournées d’vne même façon, quoi
qu’en dife Ariftote ; 5c que ce qui fait que l’on y trouve de la différence, vient de ce
que l’on prend aux brutes les Talons pour les Genoux , 5c le Poignet pour le Coude-,
parce que l’os qui fait le Talon de l’homme , eft tellement alongé aux brutes qu’il eft
pris pour la Jambe, 5c que le Poignet , qui en l’homme eft compofé d’vn amas de huit
petits os prefque ronds , que l’on appelle le Carpe , a dans la plufpart des brutes vn de
ces os fort long, 5c que l’on prend pour la Jambe de devant, quoi qu’il ne foit propre¬
ment qu’vn des os du Carpe. De forte que les Jambes 5c les Bras de l’Ours font feule¬
ment en cela comme en l’homme, qu’ils font charnus, quoi qu’Ariftote dife qu’il n’y a
que l’homme qui les ait ainfi; que l’os du Talon eft court, 5c qu’il forme vne partie de
la plante du Pied-, qu’il y a cinq Orteils amaffez enfemble, 5c oppofez auTalon-, 5c que
fa Main a aufii les os du Carpe prefque égaux, 5c ramaffez comme nous : mais il n’a
point en là main de Pouce fêparé des quatre autres .doits , 5c le plus gros des cinq qui
compofent la Main, 5c qui n’a que cette groffeur qui le puiffe faire paffer pour vn Pou¬
ce , eft placé tout au contraire qu’en l’homme , eftant au dehors 5c à la place du petit
doit, de même qu’au pied où le plus gros Orteil eft auffi en dehors. Pour ce qui eft du
pied il ne pofe point d’ordinaire fur le Talon, qui à caufe de cela eft couvert de poil de
même que la jambe , &C n’a point les Callofitez, ni ce genre de peau particulière qui
munit la plante du Pied , 5c qui marque les endroits fur lefquels il pofe en marchant.
Au contraire , fa Main a comme vn Talon , cette Callofité qui eft en la paume de la
Main, eftant interrompue par la peau peluë , pour recommencer vn peu plus haut vne
R
34 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS.
autre Callofité. Enfin les doits de la main font aufli tres-mal formez , 8c mal propres
pour leurs vfages, eflant gros , courts 8c ferrez Tvn contre l’autre comme aux pieds.
La fubftance de ces parties n’eft pas moins particulière , ni moins remarquable que
leur ftruéture. Pline & Plutarque rapportent que ,'c’éft vn manger excellent -, 8c Mi¬
chaël Herus dit qu’en Allemagne elles font encore à prefent refervëes pour la table des
Princes , à qui on fert des pattes d’Ours falées 8c enfumées. Nous remarquâmes que
cette fubftance bonne à manger doit eflre vn ligament graifieux , fort blanc 8c fort dé¬
licat, épais environ de deux doits , qui occupe le dedans des pieds 8c des mains -, 8c on
peut douter , s’il n’y a point d’apparence qu’il puiiTe fortir quelque humidité de cette
partie , qui ait donné lieu à Elian 8c à Pline , de dire que l’Ours vit quarante jours en
léchant feulement fon pied droit.
Les Ongles de deux Ours que nous avons diffequez, efhoient attachez à la derniere
Phalange des doits de la même maniéré qu’au Lion , aiant par la ftruéture particulière
de cét article, que nous avons décrit dans le Lion , la faculté de tenir fes Ongles élevez
en marchant pour en conferver les pointes ; mais il paroifïbit que nos Ours avoient né¬
gligé de fe fervir de cette faculté , parce que leurs Ongles eftoient vfez jufques à prés de
la moitié. Ils eftoient noirs 8c bien moins grands qu’au Lion, à ce que l’on pouvoit ju¬
ger par ce qui en reftoit. La manière dont ces Ongles eftoient vfez , faifoit voir que
leur fubftance eft bien differente de celle du Lion. Car dans les Lions que nous avons dif¬
fequez les Ongles eftoient aufti quelque peu vfez en vne patte, mais de la même forte
que du bois fibreux feroit vfé; au lieu que ceux des Ours l’eftoient comme du fer :c’eft
à dire, que les Ongles du Lion font compofez de fibres feparables, à caufe qu’ils font
d’vne fubftance heterogene; 8c que les Ongles de l’Ours font d’vne fubftance plus égale
8c plus compaéle.
Les Dents eftoient femblables à celles du Lion, fi ce n’eft qu’elles eftoient beaucoup
plus petites. C’eft pourquoi on dit qu’il n’emploie que fes pattes pour rompre les filets,
8c pour déchirer les toiles des Chafteurs , parce que la grofleur 8ë l’épaiffeur de fes lè¬
vres l’empêche de fe fervir de fes Dents. Ces lèvres ont aufti vne figure aftez extraordi¬
naire, celles d’en bas eftant repliées 8c découpées au droit des deux coins en forme d’vne
crefte de Cocq.
La longueur de tout le Corps eftoit depuis le bout du mufeau jufques à l’extrémité
des orteils, de huit pieds trois pouces -, de cinq pieds 8c demi jufques au commence¬
ment de la queue, qui eftoit de cinq pouces-, & d’vn pied cinq pouces jufques à l’occi¬
put, qui eftoit plat,8c faifoit vn angle avec les os du finciput au droit de la future Lam-
doïde , au milieu de laquelle aboutiftoit vne crefte élevée comme celle d’vn cafque,
mais beaucoup moins haute qu’au Lion, 8c d’ou le mufcle Crotaphite, qui couvroit
pareillement la tefte , prenoit aufti fon origine , eftant toutesfois beaucoup moins
charnu.
Le Thorax eftoit plus large qu’au Lion, 8c aufti fort long , eftant compofé de qua¬
torze côtes. Le col n’eftoit pas court , à proportion de fa largeur comme au Pourceau,
ainfi que difent les auteurs -, car il n’avoit que fept pouces de large fur neuf de long : la
grande épaifleur du poil qui environne 8c qui élargit ce col , eft ce qui le fait paroiftre
court.
L’Os de la Cuifle eftoit plus long à proportion qu’il n’eft ordinairement aux brutes,
8c il eftoit articulé avec celui d£ la Jambe par le moyen d’vne Rotule, que quelques
auteurs difent ne fe trouver qu’en l’homme.
La peau qui eftoit fort dure 8c fort épaifle fur le dos , fut trouvée mince 8c délicate
fous le ventre. Le poil eftoit bien moins rude qu’au Lion 8c qu’au Sanglier , tenant en
quelque façon de la laine , plus crefpé qu’en la Chèvre , 8c beaucoup moins qu’au
Mouton.
Pour ce qui eft des parties du dedans du Corps, l’Epiploon eftoit aftez grand, mais
fort maigre , de même que tout le refte du Corps , qui n’avoit ni dehors ni dedans au¬
cune graifte : ce qui devoir eftre vn effet de la maladie dont il eftoit mort, la conftitu-
tion
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS, 3?
don naturelle de l’animal eftant d’eftre fort gras, 6c l’Hyver eftant la fiiifon en laquelle
il s’engraiffe davantage.
Le Foye eftoit fort grand, 6c divifé en fept Lobes, dont il y en avoit vn bien plus pe¬
tit que les autres. La Veficule du Fiel n eftoit pas la moitié fl grande qu’au Lion ; il y
avoit pourtant beaucoup de bile épanche'e fur les membranes des parties d’alentour.
L’Oelbphage qui n’avoit pas plus de quatorze lignes de diamètre , 6c ne s’élargifloit
point vers l’orifice fuperieur du Ventricule, eftoit fort charnu en dehors jufques au Ven¬
tricule , lequel eftoit extraordinairement petit , quoi qu’Ariftote allure que l’Ours l’a
fort grand de même que le pourceau. Ce qu’il a dit peut - eftre , avec tout le relie des
Auteurs , parce qu’ils ont crû que l’Ours eftant grand mangeur , il devoit avoir vn
grand Ventricule. En nos fujets il n’avoit pas vn pied de long,ôt fa plus grande lar¬
geur qui eftoit vers le haut , n’eftoit que de fix pouces , 6c de deux 6c demi vers le mi¬
lieu, ou il fe rétreflilfoit pour s’élargir en vn fécond Ventricule d’environ trois pouces
6c demi , qui fe relevoit vers le Pylore. Le fond de l’vn 6c de l’autre Ventricule eftoit
dur 6c épais de trois lignes, 6c de cinq vers le Pylore , qui eftoit encore plus dur. Leur
membrane interne n’eftoit pas égale comme elle eft ordinairement, à la referve de cette
legere alpreté que l’on appelle le Velouté ; mais elle eftoit en quelque façon femblable
à celle des Ventricules des animaux qui ruminent, à caufe de plufîeurs éminences qu’elle
avoit , pareilles à celles qui font le ILeùculum 6c 1 ’Echmos , fl ce n’eft que ces éminen¬
ces n’avoient pas dans leur figure la régularité qui fe voit aux animaux qui ruminent.
A l’égard des Inteftins , on peut dire qu’il n’y en avoit qu’vn feul , parce qu’on n’y
voioit point la diftindion qui fe remarque en la plufpart des animaux, par la différence
de leur couleur, de leur fubftance , 6c de leur groffeur. Il n’y avoit auftî aucune appa¬
rence de Cæcum ni de fon appendice, non plus que de replis, ni de cellules au Colon.
Ils avoient en tout quarante pieds de long. Ceux du Lion n’en avoient que vingt-cinq.
Cette vniformité dînteftins peut avoir elle caufe de faire mettre à Theodorus Gaza ,
dans la tradudion du texte d’Ariftote, où il eft parlé des Inteftins de l’Ours , le flngulier
Inteftinum pour le plurier ’afnçc/L • & il y a apparence que cette particularité eftoit incon¬
nue à Scaliger, quand il a repris Theodorus d’avoir pris cette liberté.
La Ratte eftoit petite 6c mince , n’aiant pas plus de fix pouces de long fur deux de
large, 6c moins d’vn pouce d’épaiffeur.
La ftrudure des Reins nous fembla tout- à- fait particulière. Leur figure eftoit
fort longue. Ils avoient cinq pouces 6c demi de long fur deux 6c demi de large.
La membrane Adipeufe , qui eftoit fans graiffe , aiant efté oftée , on trouva vne au¬
tre membrane fort dure 6c fort épaiffe , qui n’eftoit point la membrane propre at¬
tachée au Parenchyme, mais vne membrane qui comme vn fac contenoit cinquante-
fix petits Reins , car on peut ainfi appeller autant de Parenchymes feparez aduel-
lement les vns des autres , couverts de leur membrane propre , 6c liez enfemble en
quelques endroits par des fibres 6c par des membranes fort déliées, qui eftoient pro¬
duites de cellequi les envelope tous en maniéré de fac. Cette connexion eftoit
principalement des petits Reins, qui font en la partie Cave de tout cét amas de Reins;
car vers la partie Gibbe, ils n’eftoient point liez enfemble.
La figure de chaque petit Rein eftoit d’avoir vne baze large en dehors, 6c de s ’étreftîr
vers le dedans de tout le Rein, où ils eftoient attachez comme les grains d’vne grappe
de raifin. Cette baze eftoit en d’aucuns Hexagone , en la plulpart Pentagone , en quel-
ques-vns quarrée. Ils eftoient aulli differens en groffeur ? mais en la plus grande partie
la groffeur eftoit d’vne moienne chaftaigne , en quelques-vns d’vne petite noifette. Cét
amas reprefentoit affez bien vne pomme de Pin quand elle eft meure.
Chacun de ces petits Reins eftoit attaché comme par vne queue compofée de trois
fortes de vaiffeaux,qui font les rameaux des deux Emulgentes 6c de l’Uretere, lefquels
entroient par la pointe du petit Rein , qui faifoit vne enfonçure pour les recevoir, de
même qu’vne pomme reçoit fa queue, à la manière ordinaire* des grands Reins. Ces ra¬
meaux eftoient dilpofez en forte que celui de l’Artere eftoit au milieu de celui de la
S
l6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS.
Veine &C de celui de FUretere, ainfi que Riolan Fa remarqué , qui croit que ces vaif-
feaux font ainfi fituez , afin que FArtere frapant fur FUretere, faffe inceffamment
couler Fvrine par fon battement continuel.
Les troncs de la Veine tk de FArtere émulgente , qui n’eftoient pas plus gros qu vne
plume à écrire, fe divifoient chacun en deux rameaux , & en fuite en plufieurs autres,
jufques à en fournir vn à chaque petit Rein, quoi qu’il y en euft quelquefois deux qui
fembloient eflre attachez comme à vne feule queue: mais cela paroiffoit ainfi , à caufe
que les deux rameaux qui les attachoient entroient dans le petit Rein immédiatement
après la divifion. Ces rameaux penetroient peu avant , & fe perdoient dans le Paren¬
chyme , en forte que la cavité notable que le vaiffeau avoithors le petit Rein ne paroif¬
foit plus, foit que cela arrivait par la divifion prefque infinie, & par confequent imper¬
ceptible , qui fe fait en de petits rameaux qui fedifperfent par le Parenchyme, comme
Laurentius Bellius eftime quil arrive aux émulgentes des Reins de l’homme -, foit qu’en
effet ces vaiffeaux ne paffent pas plus avant , fuivant l’opinion d’Higmorus , & que la
fubftance fpongieufe du Parenchyme boive tk filtre à Fabord le fang de FArtere , pour
le rendre à la Veine pur,&: feparé de fa ferofité, qui coule parles Mammelons dans
les Baffinets de FUretere , de même que le petit lait , lors que le fromage fe caille ,
laiffe la partie butyreufe , & paffe au travers delà caféeufe -, & de même que la leffive
qui efl verfée au haut du cuvier fort par le trou d’en bas , après avoir pénétré le lin¬
ge, fans qu’il y ait aucuns canaux qui Fy conduifent.
La conformation de FUretere eftoit differente de celle des vaiffeaux émulgens: car
quelque peu après fon entrée dans la membrane, qui comme vn fàc enfermoit tous les
petits Reins, il s’élargiffoit, &fa groffeur, qui effoit d’vne plume à écrire, venoit à éga¬
ler celle d’vn doit. Il fe divifoit en fuite en deux rameaux de cette même groffeur, lef-
quels en produifoient d’autres moindres , qui en fourniffoient vn plus petit à chaque
petit Rein. Ce dernier rameau furpaffoit pourtant en groffeur les rameaux de la Veine
tk de FArtere émulgente, qui entroient avec lui dans le petit Rein, & il paffoit plus
avant , tk jufques à prés de la moitié , auquel lieu il fe divifoit en deux , tk quel¬
quefois en trois branches. Chacune de ces branches s’élargiffoit vn peu, &formoit
en fon extrémité vn Baffinet , qui eftoit prefque rempli d’vne Caruncule en forme
de Mammelon -, & à côté de cette Caruncule le Baffinet paroiffoit percé de trois
ou quatre trous , qui n’eftoient que des finuofitez formées par la membrane du
Baffinet , laquelle fe replioit en dedans , faifânt comme d’autres plus petits Baffinets
capables de recevoir feulement la tefte d’vne épingle. Ces Mammelons, qui n’a-
voient que la groffeur d’vn grain de blé , égaloient par leur nombre celle des Mam¬
melons des Reins de Bœuf, qui font gros comme le bout du doit , mais qui. ne
font qu’au nombre de neuf ou dix, au lieu qu’il y en avoit plus de cent en cha¬
cun des Reins de nos Ours. Et il femble que Bartholin n’avoit pas examiné cela ,
quand il a écrit que le Rein de l’Ours eft femblable à ceux du Bœuf, des enfans
nouveaux nez , & d’vn Marfouïn qu’il a diffequé en prefence du Roy de Danne-
marc : car ces Reins, dont parle Bartholin, & aufquels il compare ceux de l’Ours, ont
feulement des fentes en leur fuperficie , qui les font paroiftre à Fabord femblables à
ceux de l’Ours , quoy qu’en effet ils n’ayent qu’vn Parenchyme fèul & continu , ces
fentes ne pénétrant que fort peu avant-, au lieu que les cinquante-fix petits Reins de
l’Ours eftoient actuellement divifez , & avoient chacun toutes les parties dont les grands
Reins font compofez.
Il faut auffi que ceux qui, comme Pline, ont dit que la Verge de l’Ours, fî-toft qu’il
eft mort , s’endurcit comme de la corne , n’aient pas bien examiné la chofè , tk qu’ils
n’aient eû ni lahardieffe de s’éclaircir quelle eft la Verge de l’Ours pendant qu’il eft
vivant, ni la curiofité d’en faire la diffeôtion après fa mort : car ils auroient trouvé que
cette dureté eft naturelle à cette partie en l’Ours , de même qu’au Chien , au Loup ,
àl’Efcurieu, à la Belette, & à plufieurs autres animaux, qui ont vn os à l’extrémité de
la Verge, comme Ariftote remarque. Celui de nos Ours eftoit long de cinq pouces tk
demi,
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS. 37
demi, gros de quatre lignes vers les os pubis, dont il eftoit éloigné de cinq pouces, Sc
vn peu courbé.
Le Poumon avoir cinq Lobes , trois au côté droit , & deux au gauche. Les deux
liiperieurs du* côté droit eftoient fort grands : le troifiéme , qui eftoit moien , eftoit
partagé vers fon extrémité en trois pointes. EnlVn de nos Ours les deux Lobes du côté
gauche eftoient fort tuméfiez: le fnperieur qui paroi flôit blanchâtre , eftoit enflé de
quantité de vent : dans l’inferieur il fie trouva vn corps effrange de la grofleur des
deux poings , fiemblable à vne éponge trempée dans de l’encre. Dans l’autre Ours, qui
eftoit fort jeune , la ftruéture du Mediaftin eftoit particulière , eftant percé en plufteurs
endroits de quantité de trous de la largeur d’vne ligne & demie ,& eftant parfiemé d’vn
grand nombre de vaiffeaux , qui eftoient de la grofleur de plus d’vne ligne , en forte
qu’il ne lui manquoit que la graiffe pour eftre fiemblable à vn Epiploon.
Le Cœur , qui avoit fix pouces de long fur quatre de large , eftoit fort fiolide par fia
pointe, dont la chair avoit vn pouce d’épaiffeur : cette pointe eftoit moufle, & non pas
aiguë , comme au Lion.
L’Afipre Artere avoit tous fies Anneaux imparfaits, & non pas entiers comme au pre¬
mier des Lions que nous avons diflequéz : mais ces Anneaux dans nos Ours eftoient
beaucoup plus larges qu’au Lion, aiant plus de cinq pouces de tour.
La langue eftoit large & mince comme au Chat Sc au Chien , & garnie par deflus de
fies petites pointes charnues fans aucune afpreté.
Le Crâne n’eftoit point fi fragile que difient les Auteurs : il fut trouvé fort dur fous
la ficie. Il eft bien vrai qu’il n’avoit que la moitié de i’épaifleur de celui du Lion , que
nous avons trouvé de fix lignes à l’endroit le plus mince. L’Os qui s’avance en dedans,
8c qui fiepare le grand Cerveau du petit , eftoit aufli plus mince , Sc d’vne figure plus
irreguliere qu’au Lion.
Le Cerveau en recompenfie eftoit quatre fois plus grand , aiant quatre pouces de
long &c autant de profondeur , fur trois de large -, au lieu que le Lion n’en avoit que
deux en tous fiens. La glande Pineale eftoit fort petite , & prefique imperceptible com¬
me au Lion.
L’Oeil eftoit recouvert d’vne paupière interne qui commençoit au grand coin , ten¬
dant vn peu vers le bas. îl eftoit étrangement petit : fon globe n’avoit pas plus de cinq
lignes de diamètre , & eftoit plus petit que celui d’vn Chat. Le Cryftallin avoit vne fi¬
gure prefique fipherique ; &C celui de l’Oeil gauche du plus grand & du plus vieux de
nos Ours , eftoit gâté par vn Glaucoma, qui l’avoit rendu blanc, & tout-à-fait opaque.
Sa fituation eftoit aufli fort extraordinaire, n’eftant pas placé au droit de l’ouverture
de l’Uvée,mais tiré à côté hors de l’axe de l’Oeil , en forte que même avant la difle-
éfion cela fè reconnoifloit par vne blancheur qui paroifloit au bas de l’ouvertu¬
re de la prunelle en dedans , comme s’il y euft eu vne Cataraéle abaiflée : &;
cela eftoit caufié par la contraéfion des fibres du ligament Ciliaire d’vn côté , &c par
la. diftention du relâchement de celles de l’autre. Ce qui fémbloit eftre fait pour
laifler vn paflage libre aux efipeces vifiuelles au travers des deux autres humeurs 5
cette diftorfion du Cryftallin eftant vraifiemblablement faite de la même manière que
l’on la voit arriver aux yeux des enfans , qui aiant efté long-temps couchez en vn en¬
droit où ils ne peuvent regarder la lumière' qu’obliquement , deviennent louches par
vne difipofition que les muficles de l’œil contraéfent par habitude , & qui change celle
qui leur eft naturelle par l’alongement des fibres dans les vns , éc par leur ac-
conrciflément dans les autres. Cela pourroit faire croire que ces fibres du ligament
Ciliaire font capables d’vne contraction d’vne dilatation volontaire , pareille à
celle des fibres des muficles ; & que cette aétion peut augmenter ou diminüer la con¬
vexité du Cryftallin , félon le befbin que l’éloignement different des objets en peut faire
avoir à l’œil pour voir plus diftinéfement.
L’extrême maigreur de nos deux Ours nous a ofté le moien de faire vne expérience
fur leur graiffe, & de nous éclaircir de la vérité de ce qu’Ariftote,Theophrafte & Pline
T
38 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS,
en rapportent; à fçavoir qu’eftant gardée pendant l’Hyver, elle augmente de gro fleur
&C de poids manifeftement. Ce qui eftant vérifié confirmeroit l’opinion que l’on a ,
que l’Ours eft de tous les animaux celui dans lequel la faculté de croiftre eft plus puif-
fante ; puis qu’eftant au commencement de fa vie prefque le plus petit de* tous, ( car au
rapport d’Ariflote 8c de Pline, iln’eft guere plus gros qu’vne Souris,) il devient cepen¬
dant vn des plus grands :8c que bien qu’il ait elle nourri allez long-temps du lait d’vne
mere qui ne mange rien, (s’il efl vray comme dit Ariftote , que l’Ourfe fait fes petits
lors qu’elle efl prefte de s’enfermer dans fa caverne , ou elle demeure quarante jours
fans manger , 8c qu’en fuite ainfl tous les ans l’Ours demeure vn long efpace fans pren¬
dre de nourriture,) il ne laifle pas de croiftre fl puiflamment qu’au rapport d’Albert, là
croiflance ainfl qu’au Crocodile , dure pendant tout le cours de fa vie ; 8c continue
même encore après fa mort, fl ce que les anciens ont écrit de fa graifle eft véritable.
La conflderation de ces particularitez jointe à nosObfervations, nous a fait juger que
le Tempérament de l’Oars, qui félon Ariftote eft fouverainement humide , doit eftre
entendu d’vne humidité propre à la vie , qui eft celle qui ne fe deffeche pas aifément,
&C qui eft l’effet, non de la Crudité, telle qu’eft l’humidité fuperfluë des excrémens,mais
de la perfeétion de laCoéfion caufée par la bonté du Tempérament des parties, qui font
capables de convertir aifément toute forte de nourriture en vn bon fuc, 8c d’en affinai-
1er 8c changer en leur propre fubftance, ou en diffiper la plus grande partie par l’em-
ploy qu’elles en font vtilement pour l’exercice de leurs fonétions.
Les marques que nos Obfervations nous ont fournies dans l’Ours de cette perfeétion
de Tempérament , font en premier lieu ; Qifvn animal qui mange indifféremment
de toutes fortes de viandes comme l’Ours , 8c qui digéré avec vne même facilité les
chairs crues, le poiflon, les cancres, les inféétes, les herbes, les fruits des arbres, les lé¬
gumes 8c le miel, 8c cela dans vn eftomac fort petit, 8c des Inteftins eftroits, 8c entre
lefquels il ne fe trouve point de Cæcum , doit avoir vne merveilleufe puiffance pour la
Coétion; puis qu’elle eft capable de fuppléer par la bonté du Tempérament, ce qui
manque à la commodité de la ftruéture , qui fe voit dans- les organes que les autres ani¬
maux ont pour rendre ces fonétions plus parfaites , 8c qui pour digerer beaucoup de
nourriture, la gardent long -temps dans de grands réceptacles , & la conduifent par
beaucoup de replis 8c d’anfrâétuofitez , comme nous avons obfervé dans le Chameau,
dont les Inteftins eftoient prefque vne fois auffi longs que ceux de l’Ours, aiant plus
d’onze toifes.
En fécond lieu , le peu de capacité qui fe trouve dans fon Foye& dans fa Rattepour
recevoir les excrémens, marque auffi que l’aétion de la chaleur naturelle eft fl bien ré¬
glée, qu’elle n’eft pas fujette aux defauts ni aux excès, par lefquels la nourriture eftant ou
brûlée, ou cuite feulement à demi, le fang qui en eft engendré a befoin d’eftre purgé de
quantité de parties qui font incapables de nourrir le corps. Car pour ce qui eft du grand
nombre des Reins, quand même la Nature l’auroit fait pour évacüer vne plus grande
quantité de ferofîtez , l’abondance de cét excrément ne devroit point eftre eftimée vne
marque de la foibleffe de la chaleur, 8c de l’imper feétion de laCoétion;mais plutoft vn
effet du peu de tranfpiration infenfible qui fe feit dans l’Ours , à caufe de l’épaiflèur de
l’habitude de fon corps, qui n’y eft pas favorable. A quoi il faut encore adjoûter , que
ce defaut de tranfpiration ne peut eftre vne marque de manque de chaleur , 8c d’vne
pefanteur terreftre ; puifque tout maffif, 8i tout groffier que l’Ours paroift, il n’y a
guere d’animal qui ait vne agilité 8c vne vigueur plus capable de témoigner l’abondan¬
ce 8c la fubtilité des efprits que la puiffance de la chaleur naturelle a accoutumé de pro¬
duire.
En troifiéme lieu , cette faculté fl puiflante qu’il a de croiftre , eft la marque d’vne hu¬
midité bien parfaite, puis qu’elle rend les parties capables de s’étendre , 8c d’augmenter
tellement leur grandeur, fans rien diminuer de leurs forces. Les conjeétures que nous
avons tirées de nos Obfervations , pour rendre croiable cette petiteffe fi extraordinaire
que les Auteurs difent eftre dans lanaiflance 8c dans la première conformation de l’Ours,
font
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS. 39
font fondées for la petkefFe de fes yeux, par la raifon que les yeux dés le commence¬
ment que la formation eft apparente , font ordinairement fi gros à proportion du refte
du corps, que chaque Oeil furpaffe la groffeur de tout le refte de la tefte , de même
que la tefte furpaffe de beaucoup la grandeur du refte du corps : de forte que fuppo-
fttnt, comme il eft raifonnable, que les Yeux de l’Ours eftoient dans la première con¬
formation aufli gros à proportion du refte du corps qu’ils ont accoutumé d’eftre , il eft
aifé de juger par la petitefle qu’ils ont quand l’Ours eft parvenu à fa croiffance , quelle
eftoit la petiteffe de tout fon corps dans la première formation -, ou bien il faudroit fup-
pofer vne chofe qui n’eft pas croiable , à fçavoir que fes Yeux ne font pas crus à pro¬
portion du refte du corps , comme ils font aux autres animaux.
Y
CE.lle qui efb dépeinte dans la figure d’en bas n’a point débandé noire qui fe-
pare le fauve du dos d’avec le blanc du ventre , êc les genoux des jambes de
devant ne font point pelez ; parce que ce font des particularitez qui manquent à quatre
des Gazelles que nous avons dilfequées. Il y en avoit auffi vne » qui eftoit le mâle,
dont les cornes elloient plus courbées vers le dos quelles ne font à cette-cy.
Dans la figure d’en haut
A. Efir l’Oefophage.
B. La membrane du milieu du grand Ventricule.
C. La membrane interne.
D. Cette me fine membrane feparée , & -pendante, pour laijfer 'voir celle qui efl deffous.
E. La Valvule qui ferme le fécond Ventricule.
F. La premiers partie du fécond Ventricule.
G. La féconde partie du fécond Ventricule.
H. Le fac du fécond Ventricule.
I. Le Pylore.
K K. La partie Gibbe du Foye relevée en enhaut.
LL. Le Lobe droit.
M M. Le Lobe gauche.
N. Vn petit Lobe qui eft au milieu.
O. La Veficule du Fiel.
P. L’inteflin Duodénum.
Le Pylore.
R. Le ‘Ventricule veü par dehors.
S. La Rat te.
T. Deux vaijjeaux Lymphatiques.
V V. Les Reins.
X. Vne portion de la membrane. B. veué avec le oDsCicrofcope.
Vne portion de la membrane. C. veué avec le (LMlicrofcope.
A. Le dernier Os du Sternon.
Z. Le Cartilage Xiphoide.
©. Vn des Pieds.
4i
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE CI NQ^ GAZELLES
LE s cinq Gazelles dont nous faifons la defcription nous ont eflé apportées à
divers temps. Il y en avoit vne mâle , trois femelles, & vn fan , qui efloit auffi fe¬
melle. La première que nous avons dilfequée, qui efloit la plus grande &c la plus âgee ,
nous fut apportée avec fon fan, du Parc de Verfailles , ou on nous dit qu elles avoient
toutes deux eflé tuées par vne autre Gazelle male. Nous trouvâmes que 1 épaulé gau¬
che de la mere efloit toute brifée,& que le fan avoit trois jambes rompues. Cela nous
fît faire reflexion fur cequeBelon dit que la Gazelle eflfOryx des anciens, qu’Oppian re-
prefente comme vn animal étrangement cruel & farouche : mais nous ne trouvâmes
point les autres marques, qui félon les Auteurs font particulières à l’Oryx ; comme d’a¬
voir vne feule corne au milieu du front, ainfi que dit Ariflote-, d’avoir tout le poil tour¬
né vers la telle , félon Pline -, d’avoir de la barbe au menton , félon Albert -, & d’avoir
allez de force pour battre les Lions & les Tygres, ainfi qu’Oppian le rapporte.
Car nos Gazelles avoient la façon fort douce, & l’on dit auffi que ces animaux ne fe
mettent point en fureur , fi ce n’efl; quand on touche leurs cornes. Les Auteurs Arabes
appellent la Gazelle JUga^el , c’efl à dire Chèvre ; & elle efl vraifemblablement la
Douas, ou Chèvre Libyque,qui n’efl point autre que la Chèvre Strepficeros, ou Chevreuil
d’Egypte : quoi que Scaliger prétende que le Strepficeros efl vne efpece de mouton.
Elian dit que la Douas Libyque efl legere à la courfe , quelle a le ventre blanc , & le
refie du corps fauve -, que le blanc &; le fauve le long des flancs efl feparé d’vne bande
noire ; quelle a les yeux noirs, &; les oreilles fort grandes. Le Strepficeros , luivant Pline,
efl: vne Chèvre d’Afrique qui a les cornes élevées fur la tefle, fort pointues, rondes, en¬
tourées de plufieurs rides, 6c tournées comme les branches d’vne Lyre -, ou bien , com¬
me Joannes Caius l’entend, qui fe détournent tantofl en dehors , & tantofl en dedans,
en forte quelles décrivent le profil, & le contour d’vne guiterre:mais il y a lieu de dou¬
ter que les Lyres du temps de Pline fuffent de cette forme.
Toutes ces marques aiant eflé trouvées dans ces cinq animaux que nous avons dif-
fequez,on peut dire que le Strepficeros , la 'Dorcas , & la Gazelle font vne même chofe : car
noflre Gazelle efl: vn animal d’Afrique , qui paroifl devoir bien courir , fi on en juge
par la longueur des jambes. Elle efloit de la grandeur & de la forme d’vn Chevreüil,
de poil fauve, à la referve du ventre & de l’eflomac qui efloient blancs , de la queue
qui efloit noiraflre, & d’vne bande vn peu plus noiraflre auffi que le refie du poil
qui defcendoit depuis l’œil jufques au mufeau. Le poil reiïembloit mieux à celui d’vn
Chevreüil, qu’à celui d’vne Chèvre, parce qu’il efloit fort court. Sous ce poil le cuir
efloit parfaitement noir,& luifant à celle qui efloit la plus âgée } aux autres il efloit
grifaftre: & cette noirceur paroifioit à toutes à découvert dans les oreilles, qui efloient
grandes & pelées en dedans , ou le cuir efloit noir & poli comme de l’Ebene, aiant
feulement quelques traces d’vn poil fort blanc, plus dur & plus long que celui du ven¬
tre-, ces traces fortoient du fond de l’oreille , &C s’étendoient vers les bords en s’élargif-
fant. Les yeux efloient grands & noirs ; les cornes efloient auffi noires , rayées en tra¬
vers , longues de quinze pouces , groffes de dix lignes par le bas, fort pointues, aflez
droites, mais vn peu tournées en dehors vers le milieu, tk qui fe raprochoientenfuite en
dedans, félon la forme des branches d’vne Lyre, telles que font celles qui fe voient dans
quelques anciennes fculptures. Celles du mâle efloient vn peu plus recourbées en arriére.
Elles efloient fort rondes aux quatre femelles , mais le mâle les avoit vn peu com¬
primées &c applaties, ce qui les empêchoit d’eflre parfaitement rondes 5 & l’on peut dire
que cette rondeur de cornes a donné à la Gazelle chez les anciens le nom de Strepficeros ,
qui doit plûtofl fignifierdes cornes tournées au tour, que courbées comme celles de tou-
X
42 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE CINQ_G AZELLES.
tes les autres Chèvres le font à l’ordinaire ; cette feule efpece de rondeur eftant particu- "
üere aux cornes de la Gazelle , entre les Chevres , fuppole qu’elle foi t vne elpece de
Chèvre ; parce que les autres cornes de ces animaux font à angles & à pans , de même
que celles de tous les moutons , à la referve de celui de Candie qui a les cornes ron¬
des , comme remarque Belôn , qui dit que même encore de fon temps il eftoit appellê
dans le pais Stripfoceri -, ce qui pourrait bien ellre la raifon qui a fait dire à Scaliger que
le Strepficeros eft vne efpece de Mouton.
Ces cornes eftoient creufes jufques à la moitié, & remplies d’vn os pointu qui lesvat-
tachoit à la telle, par le moien d’vn Pericrane qui le couvrait. Ce Pericrane eftoit fort
dur , fort épais, & abreuvé de beaucoup de fang , de même que le dedans de l’os qui
eftoit fpongieux en manière de D/ploë , la fuperficie externe de l’os eftant fort folide,&:
rayée de quelques canelures félon fa longueur, au contraire des canelures des cornes,
qui eftoient tranfverfales , ainft qu’il a efté dit. A la racine de ces cornes il y avoit vne
touffe de poil plus long que celui du relie du corps. —
Le nez eftoit vn peu camus comme aux Chèvres, mais encore plus au mâle qu’aux
femelles, car il avoit le mufeau moins long, ainft qu’il l’eft d’ordinaire dans la plufpart
des brutes, où les mâles ont toujours la telle plus ronde que les femelles.
Le Palais eftoit garni d’vne peau dure , en forme de longues écailles. Les Dents In-
cilives, qui manquoient à la mâchoire d’en haut, parce que^ cét animal rumine , eftoient
au nombre de huit en celle d’en bas, fort trenchantes, & de grandeur inégale-, les deux
de devant eftant aufti larges que les lix autres, dont la largeur alloit toujours en
diminuant , & eftant aufti beaucoup plus larges en leur extrémité que vers leur ra¬
cine. . .. ..
La Queue aux femelles avoit yn poil long & noiraftre. Elle eftoit plate à fon origi¬
ne, 8c large vers fes premiers nœuds environ de deux pouces, &: elle fe retreftiftbit, ôt ve-
noit à n’avoir pas vn pouce à l’endroit où elle donne naiffance au long poil qui pen-
doit jufques aux jarets. La Queue du mâle n’avoit point ce long poil qui reffembloit
à du crin en toutes les femelles : il eftoit feulement vn peu plus long que celui du relie
du corps, & plus doux que le crin de la Queue des femelles.
Les Jambes de devant au deffous du pli du genoüil eftoient garnies d’vn poil vn peu
plus long,& plus dur qu’au relie de la Jambe. Il eftoit couché & détourné moitié à
droit , moitié à gauche , comme l’Epy d’vn cheval; & en céqendroit la peau eftoit beau¬
coup plus épaiffe qu’ailleurs ; ce qui lui failoit vne elpece de petit couftinet pour s’age-
noüiller,à la manière desCallolîtez qui font aux genoux du Chameau. La Gazelle que
Fabius Columna décrit reffembloit encore mieux au Chameau que la noftre , car elle
avoit cét endroit tout-à-fàit dégarni de poil.
Le pied, qui eftoit fort fendu, muni en fon extrémité de deux grands ongles, outre
les deux petits qui font au Talon , ainli que le pied du Chévreüil , avoit aufti cela de
femblable aux pieds du Chameau, qu’il pofoit moitié fur l’ongle qui ne garniffoit que le
devant, & moitié fur la peau qui couvrait en la partie pofterieure vne chair ronde, &C
bien plus épaiffe qu’elle n’eft aux pieds des Cerfs, des Chevreüils,& des autres animaux
qui ont le pied fourché. Et cette chair eft vraifemblablement plus propre à marcher
fur les fablons de la Libye , que dans les terres des autres païs qui font pierreufes , ainft
que nous connûmes au pied d’vne de nos Gazelles, qui eftoit fort tuméfié , pour avoir
efté bleffé en cette partie tendre &c dégarnie d’ongle.
Nous avons aufti remarqué que ces pieds font fendus d’vne manière particulière ,
parce que les deux ongles, qui fe pouvoient éloigner beaucoup l’vn de l’autre, eftoient
joints par vne peau qui s’étendoit affez aifément : ce qui nous a fait douter fi la Ga¬
zelle ne ferait point l’animal qu’Elian dit eftre appellé Km par les Poètes Grecs, à
qui il donne beaucoup de marques qui fe voient dans la Gazelle, mais entre autres cho-
fes il dit que fes pieds, qui font femblables à ceux d’vne Chèvre , font formez de forte
qu’ils lui aident à nager. Cette peau eftoit moins longue dans les pieds du mâle , dont
les ongles ne s’écartoient pas tant qu’aux pieds des femelles.
Nos
DESCRIPTION ANATOMIQUE DE CINQjGAZELLES. 43
Nos Gazelles n’avoient que deux Mammelles , qui n’avoient chacune qu’vn Mam-
melon. Il y avoit à côté & au deffous des Mammelles dans les aines deux cavicez com¬
me des Jfàcs peu profonds, où la peau efloit fans poil , de même qu’elle l’eft au tour des
Mammelons ; mais cette peau eiloit moins licêe,eftantalpre,&; comme à grains d’orge.
Ces cavitez eltoient remplies d’vne cralfe femblable à de la cire : ce qui peut avoir
donné occafion à l’erreur de Joann. Agricola Ammonius , qui a pris la Civette pour
vne Gazelle, à caufe des poches que la Civette a pour contenir fa liqueur odorante -, la
Civette & la Gazelle eftant d’ailleurs des animaux tout-à-fait diffemblables , & ces ca¬
vitez ou facs qui fe voient en la Gazelle aiant bien plus de rapport avec ceux que les
Lièvres ont en ce même endroit, qu’avec ceux de la Civette. Le male avoit ces ca¬
vitez ou facs de même que les femelles.
Ces particularitez que nous avons remarquées dans ces femelles n’eftoient toutes que
dans trois de nos Gazelles ; la quatrième différait des autres, en ce quelle n’avoit point
de couflinet aux genoux , quoy que d’autres plus jeunes en euffent ; mais elle n’avoit
pas cét endroit pelé comme celle de Fabius Columna, à laquelle elle reffembloit d’ail¬
leurs, à caufe qu’elle avoit cette bande noiraftre le long de chaque flanc, qu’Elian a re¬
marquée dans la Dorcas Libyque : le mâle avoit aufli cette même bande.
POur ce qui eft des parties du dedans , Y Epiploon dans toutes les cinq Gazelles efloit
garni d’vne graiffe dure rougeaftre , qui couvrait & enfermoit prefque tous les
vaiffeaux qui font en cette partie, en les fuivant, & les accompagnant dans toutes leurs
divifîons. Cét Epiploon ne nageoit point fur les Inteftins, mais il les envelopoit jufques
par derrière, excepté en vn de nos fujets, dans lequel vers le côté gauche l’Inteftin Iléon
eiloit attaché au Péritoine , par vn grand nombre de fibres. Dans les autres il defcen-
doit de la partie anterieure & moienne du Ventricule, à laquelle il efloit attaché , & paf-
fant dans le fond du bas ventre , fous la plus grande partie des Inteflins , venoit s’atta¬
cher au centre du Mefentere , & montant plus haut , retournoit à la partie inferieure
du Ventricule. Le Cartilage Xiphoïde efloit quatre fois plus grand à proportion qu’il
n’eft aux autres animaux , aiant vn pouce tk demi de large , & débordant de chaque
côté de l’os du Sternon auquel il efl attaché , &: fe tournant en rond pour finir en vne
double pointe obtufe.
Le Foye efloit femblable , quant à fa figure , à celui de l’homme , eftant partagé
en deux grands Lobes , outre lefquels il y en avoit deux petits, dont l’vn , qui efloit le
moins petit , s’alongeoit jufques fur le Rein droit, qu’il couvrait à moitié -, l’autre efloit
au milieu fur l’épine. Il y avoit dans la partie cave du Foye du fan deux rameaux Lym¬
phatiques , gros de prés d’vne ligne. Ils paroiffoient comme notiez fort prés à prés , à
caufe de l’inégalité qu’vn nombre prefque infini de Valvules leur donne en les rétreffif-
fant ; de forte que comme de petits Chappelets de cryftal ils attachoient le tronc de la
Veine Porte à l’orifice fuperieur du Ventricule.
La fubftance du Foye nous parut bien particulière , eftant comme compofée d’vne
infinité de petites glandes , quelques-vnes plus , quelques autres moins groffes que des
grains de chénevy. Elles eftoient d’vn rouge bien plus pâle que ce qui les joignoit en-
femble. Ces glandes fembloient percées chacune par le milieu, à caufe d’vne petite fente
rouge quelles avoient,dont il fortoit du fang quand on les preffoit. Ce qui les feparoit
les vnes des autres efloit d’vn rouge pareil à celui des petites fentes , mais cette partie
ne rendoit point de fang. Les glandes de la partie cave eftoient beaucoup plus groffes
que celles de la partie gibbe.
Malpighi Médecin de Meiïine , qui tient que tous les Parenchimes font compofez
de plufieurs glandes , n’explique point comment il a reconnu que les Foyes qui paroif-
fent ordinairement d’vne fubftance continue &C homogène, font en effet divifez en plu¬
fieurs parties feparées les vnes des autres , ni de quelle grandeur elles font : car quand il dit
que ces glandes reffemblent à des grains de raifin qui forment vne grappe, on peut dou¬
ter fi ces grains de raifin fignifient la figure ou lagroffeur des glandes, qu’il dit néanmoins
y
44 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE CINQjC AZELLBS.
eftre hexagones dans le Foye des Chats , ôc differentes en chaque animal. Nous avons
jugé qu’il fe pouvoit faire que les glandes qui compofoient les Foyes de nos Gazelles
eftoient devenues apparentes par quelque maladie , parce qu’elles eiloient bien plus
vifibles dans les vnes que dans les autres , ÔC que même il y avoit vUe de nos Gazelles
ou ces glandes ne paroiffoient point, ÔC dans lefquelles le Foye s’eft trouvé d’vn Paren-
chime égal , homogène ÔC. continu à l’ordinaire -, en forte qu’il y a lieu de croire que
ces glandes , qui , lors que l’animal eft en famé , font fpongieufes ôc imbues du fang qui
eff dans tout le Parenchime du Foye , ne femblent point dire feparées les vnes des au¬
tres , comme elles le parodient lors qu’eftant endurcies par la maladie , ôc à caufe de
cela recevant moins de fang, leur fub fiance differente les fait mieux diftinguer par la
diverfité de couleur , qui en la partie glanduleufe eft plus blanchaftre faute de fang , ôc
plus rouge dans celle qui eft entre les glandes , à caufe du fang qu’elle contient.
Mais ce qui confirme la penfée de Malpighi , eft la figure régulière que nous avons
remarquée en ces glandes, qui eft prefque toujours approchante de l’hexagone* ÔC les
petites fentes dont toutes eftoient percées en leur milieu : car cela fait voir que ce n’eft
point que le Foye fe foit endurci par vne concrétion fchirreufe ÔC contre nature , de
fa fubftance amaffée fortuitement en plufieurs morceaux, comme il arrive à l’huile
quand elle fe gele , mais que chaque glande en s’épaifliffant a confervé fa figure natu¬
relle.
La Ratte eftoit de figure ovale, fort mince, toute attachée, & collée fur le cofté gau¬
che du Ventricule, à la referve d’environ la largeur d’vn travers de doit de la partie
de devant , qui en eftoit feparée ; en forte que les vaiffeaux appeliez communément
Vas brève, qui font ordinairement le lien qui attache la Ratte avec le Ventricule, n’ap-
paroiffoient point, eftant confondus ÔC cachez dans les membranes de l’vn ÔC de l’antre
de ces Vifceres. Dans toutes les cinq la Ratte eftoit violette par deffus , bleue par deffous,
&par toutfemée de points blanchaftres, qui pouvoient eftre pris pour des glandes pa¬
reilles à celles du Foye , n’eftoit qu’elles n’avoient pas vne figure régulière.
La Gazelle, qui eft vn animal qui rumine , n’a que deux Ventricules , qui paroiffent
bien diftinguez ÔC feparez l’vn de l’autre par des retreffiffemens confidérables , comme
il s’en voit aux autres animaux qui ruminent. Mais la vérité eft aufti que ces deux
Ventricules eftoient plus diftinguez que les quatre ne le font dans les autres animaux:
car outre le retreftiffement , ôc les differentes quaiitez des membranes qui font ordinai¬
rement la diftinélion des quatre, il y avoit vne Valvule qui feparoit ces deux , ÔC on
trouvait dans les membranes qui les compofoient toutes les diverfes figures ÔC les fub-
fiances particulières que ces quatre ont accoutumé d’avoir.
Le premier ÔC le plus grand qui reçoit la nourriture immédiatement de i’Oefophage,
eftoit fort ample ÔC fort large par le haut , ÔC fa figure eftoit pointue par le bas. Il eftoit
garni en dedans de deux membranes pofées l’vne fur l’autre , qui font celles dont fe re-
veftent feparémentles deux premiers Ventricules, que l’on appelle en François la Tance
ÔC le Bonnet. Ces deux membranes eftoient fort aifées à feparer l’vne de l’autre. L’ex-
terieure, qui fait la fuperficie interne, ÔC qui eft celle qui eft propre à la Pance appellée
Ko;aA fMyàto par Ariftote, eftoit comme vn velouté compofé d’vne infinité de petites
particules, aiant la forme de Mammelons, qui avoient trois fois plus de longueur que
de groffeur -, ÔC cette groffeur ne paffoit pas celle d’vne médiocre épingle. L’autre mem¬
brane qui eftoit fous cette première , eft celle qui eft propre ôc particulière au fécond
Ventricule, appellé KiKpvQcLtoç par Ariftote, ÔC Réticulum par les Latins, à caufe qu’elle a
des éminences qui reprefentent vn rézeau , qui a fait appeller ce Ventricule le Bonnets
parce que ce rézeau reflemble au bonnet de lacis, dont les femmes enfermoient autre¬
fois leurs cheveux. Ces éminences en maniéré de rézeau eftoient comme engrélées, ÔC
bordées de petits grains par le bout.
Ce grand Ventricule , que nous ne contons que pour vn , parce que fes deux diffe¬
rentes membranes eftoient étendues également, ôc de même forte l’vne fur l’autre par
toute fa capacité, peut néanmoins paroiftre double , en ce que fa partie fuperieure , qui
eft
description anatomique DE CINQ_GA.ZELLES. 4y
eft beaucoup plus large que l’inferieure , en eftoit en quelque façon feparée par vn re~
treftiffement, mais qui eftoit peu confiderable.
Au haut de ce grand Ventricule vers le côté droit , ou il fe retreffiffoit en maniéré
de Pylore, il y avoit vne ouverture qui eftoit le paflàge au fécond 5 8c cette ouverture
eftoit fermée par vne membrane, en forme d’vne grande Valvule faite comme vn petit
fac , pour empêcher ce qui eft vne fois forti du grand Ventricule d’y rentrer. Ce fécond
Ventricule , depuis fon entrée jufqu a fon milieu , eftoit femblable au troifiéme des
Bœufs 8c des Moutons, appelle par Ariftote, Omafum par les Latins, 8c Millet en
François, parce qu’il eft plein comme de feuillets difpofez félon fa longueur , qui font
bordez de petites éminences femblables à des grains de Millet , qui ont paru afpres 8c
pleines de pointes à ceux qui lui ont donné fon nom Grec , qui lignifie vn Heriffon.
Cette afpreté, qui n’alloit que jufques à la moitié, ne cefloit qu’infenfiblement , 8c non
pas tout à coup. La couleur de cette première partie du fécond Ventricule le rendoit
encore different du premier grand Ventricule , en ce quelle eftoit d’vn rouge vn peu
violet , au lieu que le premier eftoit blanc à l’ordinaire.
La fécondé partie de ce Ventricule eftoit beaucoup plus ample que la première , 8c
cela reffembloit au quatrième des autres animaux ruminans, appelle' H par Ariftote,
Abomafum par les Latins , 8c la Caillette en François , parce que c eft en ce Ventricule
que s’amaflè la prefure qui fert à faire cailler le lait. Elle avoit aufti quelques inégalitez
8c éminences en maniéré de feuillets , mais qui eftoient licées 8c polies. Elle formoit
de plus à fon entrée vn grand fac, par le moien d’vn repli qu’elle avoit au deffous de la
première partie du fécond Ventricule -, 8c vers fa fortie elle s’élevoit 8c fe retrefliffoit
pour faire le Pylore. Cette ftru&ure des deux Ventricules qui s’eft trouvée pareille
dans toutes les femelles, avoit quelque chofe de different d’avec le mâle , dont le pre¬
mier 8c grand Ventricule n’avoit point de pointe par le bas-, 8c quoi qu’il euft fes deux
membranes feparables comme aux femelles, celle de deffous n’avoit point de replis en
forme de rézeau, ni de Valvule à l’entrée du fécond Ventricule, qui avoit vne éminen¬
ce ou boffe qui n’eftoit point aux femelles.
Les Inteftins des femelles eftoient difpofez en forte que le Jéjunum 8c l’Ileon eftoient
repliez fort menu par plufleurs petites cellules , 8c attachez le long du Colon , qui leur
fervoit de lien pour arrefter ces replis en maniéré d’vne frai fe. Le Colon n’avoit aucu¬
nes cellules. Les petits Inteftins avoient prés de quatre lignes de diamètre, 8c le Colon
plus de fix. Les Inteftins du mâle avoient leurs anfraéhiofitez d’vne autre manière : car
les vns eftoient pliffez comme le Colon l’eft aux hommes, faifant vne infinité de petites
cellules-, les autres eftoient pliez en longueur comme le font les trompettes, chaque re¬
pli aiant environ quatre pouces.
Les rameaux des veines Mefaraïques eftoient fort gros, 8c attachez au Colon par
quantité d’autres petits rameaux qu’ils y envoioient -, 8c chaque gros rameau paffant vn
peu outre , diftribuoit aufti de la même manière de petits rameaux aux petits Inteftins.
Le Cæcum avoit fept pouces de longueur , 8c vn pouce en groffeur.
Les Reins eftoient prefque ronds: le droit eftoit fous le petit Lobe droit duFoye,8c
le gauche fous la pointe du Ventricule. La fituation de ceux du mâle eftoit fort ex¬
traordinaire -, car le gauche eftoit fur l’Aorte , 8c le droit eftoit fi haut, qu’il furpaffoit le
gauche de deux ponces.
A l’origine de i’Artere Spermatique droite du mâle , il y avoit vn corps glandu¬
leux couché fur le tronc de la Veine Cave , pour fervir comme de couftinet à cette
Artere.
La Matrice fe feparoit en deux cornes , comme aux autres Brutes. Elle avoit
par dedans quantité d’éminences comme des Mammelons , fept ou huit dans chaque
corne -, 8c à l’orifice interne il y avoit vne Caruncule en dedans qui le couvroit.
Il y avoit deux grands vaifleaux qui alloient aux Mammelles. La Veine qui eftoit
plus groffe alloit droit au Mammelon , confervant toujours fa même groffeur , 8c fe
perdant tout-à-coup , fans jetter aucuns rameaux apparens. L’Artere alloit à la poche
Z
4 6 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE CI NQ_G AZËLLES.
ou fac qui eft proche du Mammelon, où elle fe divifoit en cinq ou fîx rameaux, com¬
me vne patte d’Oye.
Le Poumon avoit quatre Lobes au côté droit, 8c deux au gaucheTls eftoient enl’vne
des Gazelles tous adherens tant les vns aux autres qu’avec les Côtes 8c. le Diaphragme,
auquel le Foye eftoit auffi tellement collé, que Ton Parenchyme y demeuroit attaché, 8c
fe déchirok plûtoft que de s’en feparer.
En ce même fujet la Veine Azygos eftoit auffi groffie que la Veine Cave.
Toutes nos Gazelles avoient le Cœur long 8c pointu, celui de la plus grande aiant
quatre pouces 8c demy de long fur deux 8c demy de large. Les Ventricules du Cœur
de celle qui eftoit morte d’vn coup qui lui avoit brifé l’épaule, eftoient prefque rem¬
plis comme d’vne chair dure ÔC folide, laquelle eftoit vn corps eftrange, 8c feparé de la
fubftance du Cœur 8c de fes Vaifleaux. Le Péricarde eftoit immédiatement attaché au
Sternon 8c au Diaphragme par deux forts ligamens. La pointe du Cœur eftoit tournée
vers le Cartilage Xiphoïde.
Le Cerveau avoit peu d’anfraéfuofitez , 8c n’eftoit que legerement enfoncé, 8c divifé
en deux , à l’endroit de la faux. Les deux Ventricules fuperieurs eftoient ouverts l’vn
dans l’autre en la partie anterieure du Septum lucidum , par vn trou large de deux tiers
de ligne.
Le globe de l’Oeil qui eftoit fort grand , aiant vn pouce de diamettre , eftoit recou¬
vert d’vne paupière interne : la Cornée eftoit en ovale. Le tapis del’Uvée avoit la cou¬
leur d’vne Nacre verte, 8c la Retine en cét endroit eftoit traverfée du rameau d’vne
Veine qui jettoit plulieurs branches; le tout eftant plein d’vn fang noiraftre. Le rameau
eftoit de la grofteur d’vne grofle épingle, 8c il fe glifloit dans i’épaiffeur de la Retine.
"ji 0
q.0
Explication de la figure du Chat-Pard.
O, N peut remarquer dans ia figure d’en bas, que cét animal eft tout-à-fait fembla-
ble au Chat, excepté qu’il a le col vn peu plus court à proportion , & la queue
beaucoup plus petite. Il différé aufli en cela mefme du Léopard , qui a le col long
délié, & la queue fort grande, ainfi que les Naturaliftes le décrivent.
Dans la figure d’en haut
AA. Efit le fond du Ventricule.
B B. La V âne Gastrique.
C C. La membrane qui attache enfimble les deux orifices du Ventricule.
D. La Ratte. *
E. Le tronc de. la ‘veine Ca<ve.
G. Le tronc de l'Aorte.
H. L’artere Moment en que Supérieure 3 qui eït mal nommée Inferieure dans le texte.
I. Les veines & artères Lombaires.
Kl K. Les Vreteres.
L. La Vefiie.
N N. Les Profitâtes.
O O. Les Peins.
V. La Verge.
CK^ La Membrane propre du Pein.
R R. Des V aiffeaux apparens fur la fuperficie du Parenchime du Pein.
S S. Deux grands Sinus dans l’os Frontal.
TT. Deux autres Sinus dans l’os Occipital.
V V. Le grand Cerveau.
X. Le Cervelet.
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_ _ _ 49
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN CHAT PARD
ON croit que le Chat-pard eft vn de ces Animaux qui font engendrez par le mé¬
lange de deux differentes efpeces, Si quil doit eftre mis au nombre des nouveau-
tez que l’Afrique produit tous les jours -, fuivant le fentiment d’Ariftote , qui ren¬
dant raifon de la fécondité que l’Afrique a pour les Monftres, dit que la fechereffe
de fes deferts oblige les belles fauvages à s’affenibler aux lieux où il y a de l’eau : Sc •
il fuppofe que cette affemblée donne occalion à ces differens Animaux de s’accou¬
pler , Sc d’engendrer vne nouvelle elpece, lors qu’il arrive qu’ils font égaux en gran¬
deur , Si que le temps qu’ils ont accoutumé de porter leurs petits n’ell pas beaucoup
different.
Mais fuivant ces raifons d’Arillote , l’animal dont nous parlons femble ne pouvoir
eftre engendré d’vn Léopard Si d’vne Chatte, ni d’vn Chat Si d’vne Panthère, qui fui¬
vant la plus commune opinion eft la femelle du Léopard : car ni la ftature de ces ani¬
maux, ni le temps pendant lequel ils portent leurs petits ne font point pareils-, le Léo¬
pard Sc la Panthère eftant des animaux beaucoup plus grands , Si d’vne efpece qui
porte fes petits bien plus long-temps que les Chats.
Noftre Chat-Pard n’avoit que deux pieds & demi, depuis le bout dumufeau jufqu’au
commencement de la queue. Il n’eftoit haut que d’vn pied Si demi , à prendre du haut
du dos jufqu’au bout des pattes de devant. La queue n’avoit que huit pouces.
Il n’y avoit rien dans toute fa figure extérieure qui ne fe trouve dans le Chat, fi ce n’eft
que fa queue n’eftoit pas affez longue à proportion du refte du corps, dont la grandeur
furpaffoit à la vérité celle des plus gros Chats , mais elle eftoit aufli bien au deftous de
celle des Léopards Si des Panthères. Il n’avoit pas non plus le col long Si délié com¬
me ces animaux, au contraire il l’avoit en quelque forte plus court à proportion que
les Chats ; ce que nous reconûmes venir en quelque forte de ce qu’il eftoit extraordi¬
nairement gras.
Mais en cela il nous a encore femblé répugner à la nature du Léopard , qui félon
Galien eft le plus maigre de tous les animaux -, fi ce n’eft qu’on fuppofe que noftre
Chat-Pard ait efté engendré d’vn Léopard Si d’vne Chatte , Si non pas d’vn Chat Sc
d’vne Panthère -, parce qu’on remarque qu’ordinairement, lors qu’il y a mélange d’efpe-
ce , ce qui en eft engendré a plus de reffemblance à la mere qu’au pere , principalement
en ce qui regarde la forme Sc l’habitude du corps.
La groffeur du poil eftoit aufli à proportion de la longueur de même qu’elle eft aux
Chats , mais il eftoit vn peu plus court. La couleur qui regnoit prefque par tout le
corps , eftoit le Roux ; le ventre feulement Sc le dedans des jambes de devant eftoit
Ifabelle , la gorge Sc le deffous de la mâchoire inferieure eftoit blanc. Par tout il y
avoit des taches noires, longues fur le dos , &C rondes fur le ventre Sc fur les pattes , à
l’extrémité defquelles les taches eftoient fort petites , Sc femées fort prés à prés. Il y
avoit fur les Oreilles des bandes fort noires qui les traverfoient-, Sc au refte elles reflem-
bloient tout-à-fait à celles d’vn Chat. Les poils delà barbe eftoient plus courts qu’aux
Chats à proportion du corps -, Si il n’y en avoit point aux fourcils Si aux joues , où les
Chats en ont.
En ouvrant le ventre on trouva vne quantité extraordinaire de graiffe , car tous les
intervalles des mufcles du ventre inferieur en eftoient remplis -, Sc fous le Péritoine il y
en avoit vn morceau plus gros que le poing ,qui enfermoit la Veine Ombilicale. Les
deux tuniques de l’Epiploon qui en eftoient aufrî fort garnies , defcendoient jointes en-
femble à l’ordinaire , Si s’étendoient jufques dans les aines -, Si fe repliant fous les inte-
ftins, les embraffoient, Si les tenoient fufpendus comme dans vn fac.
Bb
jo DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAT-PARD.
Les Inteftins eftoient prefque tous d’égale gro fleur, & a voient deux tiers de pouce de
diamètre. Le JLêÏÏum Se le Colon eftoient plus gros que les autres feulement dVn tiers de
pouce. Ces deux gros Inteftins enfemble eftôient longs de douze pouces ; les autres
depuis le Pylore jufqu’au Cdcum avoient environ fept pieds. Le Cæcum avoit vn pou¬
ce & demi de long , Se deux tiers de pouce dans fa plus grande largeur. Il fe terminoit
en vne pointe obtule.
Le Ventricule, qui eftoit fort grand, & fort ample, avoit dans la fmuofité, qui eft à la
plufpart des Brutes entre l’orifice fuperienr & l’inferieur , vne membrane fort char¬
gée de graiffe qui joignoit enfemble ces deux orifices , ïk qui conduifoit le tronc de la
Veine Gaftrique jufqu’au bas de la finuofitë, fans toucher aux membranes du Ventricu-
• le -, la Veine Gaftrique eftant dans cette membrane de la même maniéré que les vaif-
feaux font dans le Mefentere, & jettant fes rameaux dans le Ventricule de même que
les vaifteaux du Mefentere les jettent dans les Inteftins, ou que le Vas breve les produit,
pour s’inferer au fond du Ventricule, & dans la Ratte.
Le Pancréas eftoit attaché, & fe couloitle long du Duodénum fk de l'Ileon , & n’avan-
çoit pas fort avant fous le Ventricule.
La Ratte avoit quatre pouces de longueur, & quinze lignes dans fa plus grande lar¬
geur. Elle eftoit de couleur de Rouge brun, & fa figure repreièntoit affez bien vne feuille
de Chefne , eftant découpée en plufieurs endroits.
Le Foye eftoit partagé en fix grands Lobes , dont il y en avoit trois qui eftoient re¬
coupez chacun en deux. Sa fubftance eftoit molaffe , & il fembloit qu’elle fuft com-
pofée de plufieurs glandes , de même que nous l’avons déjà remarqué dans le Foye des
Gazelles. Cela fe reconnoiflbit par deux couleurs differentes , qui fe voioient dans ce
Foye 5 le fond eftant noiraftre,ô£ tacheté d’vn rouge Clair & Jaunaftre : mais ces taches
n’avoient point vne figure femblable &£ régulière comme celles qui ont efté obfervées
dans le Foye des Gazelles.
La Veficule du Fiel eftoit dans le plus grand Lobe de ceux qui eftoient recoupez en
deux : fa couleur droit fur le jaune. Sa grandeur eftoit proportionnée à celle de tout
l’animal , de même que les Reins , dont la membrane propre fe feparoit facilement,
quoi que les vaifteaux qui eftoient étendus en grand nombre fur la fuperficie exté¬
rieure du Parenchyme , & qui eftoient fort gros & fort enflez , paruffent au travers de
cette membrane, de même que fi elle euft efté fort ferrée deffus le Parenchyme : car
ces vaifteaux eftoient fi vifibles , qu’ils fembloient appartenir à cette membrane , quoi
qu’en effet ils fu fient enfermez dans la fubftance du Rein ; ce qui a déjà efté remarqué
dans le jeune Lion.
Pour ce qui eft des parties de la Génération elles eftoient bien défectueufes & im¬
parfaites-, car hormis la Verge, les Proftates,& la Caruncule qui eft dans l’Urethre , il
n’en paroifloit aucun veftige. Il y auoit feulement vn vaiftêau qui pouvoir eftre pris pour
vn des Déferens; mais on ne pût fçavoir certainement fi c’en eftoit véritablement vn,
parce qu’il n’y avoit point d’apparence de Tefticules , & qu’on ne pût découvrir d’où
il venoit. A l’égard des autres vaifteaux Spermatiques , on ne les trouva point , quoy
qu’on les cherchai! avec tout le foin poflible : car on douta fi l’on ne les avoit point
rompus par mégarde, comme il y a lieu de croire que fit Hofmannus, quand il difle-
qua vne femme à qui ces deux arteres Spermatiques ne furent point trouvées , quoy
qu’elle euft eû plufieurs fois des enfans. Pour s’éclaircir fur ce doute, on prefla la veine
Cave, & on fit monter le fang qui y eftoit contenu depuis les rameaux Iliaques jufqu’aux
veines Emulgentes. On fit auffi la même compreflion à l’Emulgente gauche , fans qu’il
fortift aucune goutte du fang qui y eftoit en abondance , & fort coulant. On lia
auffi la greffe Artere vn peu au défions de l’Emulgente ; &C aiant foufflé dans le
tronc , il ne fie perdit point de vent. Il eft vray qu’aiant lié le tronc au deffus de la
divifion des Iliaques, le vent fe perdit par la Mefenterique Inferieure , qui eftoit rom¬
pue : mais ce rameau aiant efté lié, l’air ne fortit plus lors qu’on fouilla, & que tout le
tronc s’enfla.
Ce
DECSRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAT-PARD. 51
Ce défaut de vaiffeaux Spermatiques &c des autres parties qui font abfolument necef-
faires pour engendrer , s’accordoit affez bien avec l’abondance de la graiffe dont tout
cét animal elloit plein , à la maniéré de tous ceux qui par vue caufe externe ont efté
mis en ellat de ne pouvoir engendrer , & dans lefquels les relies de la nourriture ne
fçauroient ellre empîoiez qu’à produire de la graille.
Cela nous donna quelque foupçon que nollre Chat-Pard pouvoir avoir elle châtré
lors qu’il elloit encore jeune, fuivant lacouftujne que les Turcs ont d’en vfer ainli, au¬
tant qu’ils peuvent, envers tous les mâles qu’ils tiennent dans leurs maifons,ou ils noms
rident alfez fouvent des Chat-Pards, principalement dans la Barbarie; y aiant quelque
apparence que les vailfeaux Spermatiques pourroient avoir efté confumez & effacez par
l’âge, de même que les Anaftomofes du cœur le font dans les animaux peu de temps apres
la naiffance , lors que ces parties n’aiant plus d’aélion ni d’vfage , le deffechent, & s’abo-
liffent enfin entièrement. Mais la vérité eft que nous ne trouvâmes aucune cicatrice à
la peau du ventre ; & que conliderant que les vaiffeaux Ombilicaux ne laiffent pas de
demeurer, quoi que retreffis , lors qu’ils ne font plus les fondions aufquelles ils eiloient
empîoiez avant la naiffance ; & que les vaiffeaux Spermatiques fervant à autre chofe
qu’à la Génération , n’ont point occalion de fe deffecher faute d’emploi , lorfque celui ,
auquel ils font principalement deftinez vient à ceffer , puis qu’on voit ordinairement
qu’ils jettent plufieurs rameaux en paffant pour la nourriture des parties voifmes ; nous
demeurâmes dans l’opinion ou nous avions premièrement efté, que ce defaut d’organes
Il importans devoit venir d’autre part , & que la Stérilité qui eft ordinaire à quelques-
vns des animaux qui ont efté engendrez du mélange de deux efpeces differentes , de¬
voit avoir dans noftre fujet vne caufe bien particulière. Car ce qui rend les Mulets
fteriles n’eft point le défaut d’aucun des organes qui font neceffaires à la Génération,
puis que la différence qui fe peut rencontrer dans la conformation de la matrice des
Cavalies Se de celle des Alneffes ne fcauroit, ainfi que quelques-vns prétendent, fon¬
der cette caufe de ftenlité;laCavalle , a qui il manque quelque chofe qui fe trouve dans
l’Afneffe , n’eftant privée d’aucune des parties qui font absolument neceffaires pour la
Génération, puis quelle engendre ;& la différence des organes n’eftant point vne raifon
de fterilité , puis que la différence des organes qui eft entre l’efpece des Chevaux &C
celle des Afnes n’empêche point la génération des Mulets, qui proviennent du mé¬
lange de ces deux efpeces.
C’eft pourquoi Ariftote , fuivant Empedocle , attribue feulement ce défaut au Tem¬
pérament de ces animaux , dont* les parties ont contraélé vne dureté qui les rend inca¬
pables de contribuer à vn nouveau mélange : ce que cePhilofophe explique par la com-
paraifon du Cuivre & de l’Etain , qui étant feparément affez duéliles &c allez malléa¬
bles pour eftre empîoiez en plufieurs & differens ouvrages , ne font plus en eftat
d’eftre maniez , & de recevoir vne nouvelle forme , à caufe d’vne dureté caftante ,
d’vne aigreur , que la maffe compofée de ces deux métaux acquiert , lors qu’ils font
fondus enfemble.
De forte que s’il eft vrai que les Loups Cerviers , qu’on tient eftre engendrez du
Loup & de la Panthère , ainfi que les Dogues du Léopard & de la Chienne , & la pluf-
partdes autres animaux qui font nez du mélange de deux efpeces, ne laiffent pas d’eftre
féconds 5 il faudrait croire que la conformation de noftre Chat-Pard lui eftoit particu¬
lière & accidentelle ; & que le défaut des parties qui lui manquoient, &C qui le rendoient
incapable d’engendrer , ne venoit point de ce mélange d’efpeces , qui en changeant la
Conformation des parties ne la peut pas corrompre au point de la rendre inhabile aux
fonétions, & qui eft encore moins capable de faire vne Mutilation; mais qui peut plus
facilement caufer vn vice dans le Tempérament, qui eft vne fuite fort naturelle du Mé¬
lange ; & enfin qu’il y a apparence que fi le Mulet eft le leul que la confufion des efpe¬
ces rend fterile , il faut aufti qu’il y ait quelque chofe de particulier dans ceux qui l’ont
engendré, qui ne fe rencontre pas dans les autres. C’eft ce qu’ Ariftote a remarqué dans
le Cheval & dans l’Afne, qui ont Tvn & l’autre beaucoup moins de force pour la Ge-
Cc
y* DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAT-PARD.
nération que tout le refte des animaux , puis qu’en ce genre , qui eft de ceux qui vivent
peu , 8e qui par confequent devraient eilre plus promptement engendrez , les femelles
portent bien plus long-temps ce quelles ont conçu, & ont bien plus de peine à bidon¬
ner fa derniere perfection que les autres, à caufe', comme dit ce Philofophe, de la du¬
reté de leur matrice , qui eft comme vne terre que la fechereffe 8e l’aridité a rendue
fterile.
Car cela eftant, il fe trouve que le Mylet eft fterile , non feulement par la rgifon gé¬
nérale de la répugnance qui fe trouve toujours dans le mélange des differentes efpeces,
mais aufli par le défaut particulier qui eftoit dans l’vne 8e dans l’autre des efpeces qui
fe font affemblées pour l’engendrer , 8e qui n’ont pas pu furmonter cette répugnance
auffi puiffamment que les Léopards, les Chiens , 8e les Renards , qui font des animaux
affez féconds, pour pouvoir tranfmettre à leur pofterité les puiffantes difpofitions qu’ils
ont pour la Génération, nonobftant la reftftance que le mélange des efpeces differentes
y peut apporter.
La Verge eftoit extraordinairement petite, n’aiant depuis la tuberofité de l’Ifchion
qui eft fon origine , jufqu’au bout , qu’vn pouce 8e demi , 8e qu’vue ligne 8e demie de
diamètre. Il ne s’y eft point trouvé d’os.
LeDiaphragme eftoit fort charnu, 8e fapartienerveufe tres-petite. Le Péricarde, dans
lequel il rfy avoit point d’eau , eftoit extrêmement ferré furie Cœur - ce qui eftoit peut-
eftre arrivé par le gonflement de cette partie, qui à la maniéré de toutes les chofes qui
fe gelent , s’eftoit enflée : car cette diffeôlion fut faite l’onzième jour de Janvier de fan-
née 1670. dans laquelle on a reffenti vn froid plus grand qu’en aucune autre dont on
euft mémoire. Les Ventricules du Cœur eftoient remplis d’vne grande quantité de fang
glacé 8e endurci , qui ne l’ eftoit pourtant pas dans les Veines, peut- eftre à caufe de fa pe¬
tite quantité, qui fe dégele aifément dans les parties qu’il faut manier affez long-temps
pour en faire la di fié cl ion 8e la préparation. Le Cœur eftoit plus rond 8e moins pointu
qu’aux Chats 8e aux belles farouches , à caufe, ainft qu’il y a apparence , que la diftention
extraordinaire 8e l’élargiflément des Ventricules avoit fait retirer la pointe vers la
bafe.
Le Poumon avoit huit Lobes , quatre au côté droit , trois au gauche , 8e le huitième
au milieu dans la cavité du Mediailin joignant le Diaphragme.
L’os du Front avoit deux Sinus affez grands , qui eftoient quarrez 8e longs , fort prés
l’vn de l’autre. Il y avoit deux autres Sinus dans l’os Occipital : ils eftoient de forme
triangulaire, 8e éloignez, eftant à droit 8e à gauche du'petit Cerveau. L’os qui feparoit
ces deux Cerveaux avoit deux pointes.
Le grand Cerveau eftoit divifé en deux par la Faux qui eftoit fort large, & qui y en¬
trait bien profondément. Les Anfraéluofitez s’étendaient en longueur depuis le petit
Cerveau jufqu’au devant. A l’endroit ou eft ordinairement la glande Pineale on ne
trouva qu’vn petit point de la groffeur de la pointe d’vne épingle, qui fut pris pour cette
glande.
L’Orbite de l’Oeil eftoit fermée 8e offeufe tout autour , l’os des Temples 8e celui de la
Joue fe joignant : mais la partie interne 8e fuperieure eftoit ouverte , de maniéré que le
globe de l’Oeil touchoit aux mufcles des Temples.
Le globe de l’Oeil avoit onze lignes de diamètre par le milieu -, la Cornée en avoit
neuf. Il y avoit vne Paupière interne, qui eftoit fttuée dans le grand Coin de l’Oeil, 8c
qui s’avançoit vers le petit.
L’humeur Aqueufe, qui eftoit en tres-grande quantité, ne fè trouva point gelée, quoi
que la Vitrée 8e la Cryftalline le fuffent fortement : ce qui fait voir que cette humeur
eft improprement appellée Aqueufe, 8e que fafubftance eft plûtoft Spiritueufe 8e com¬
me Etherée ; parce que la congélation appartient particulièrement aux liqueurs aqueu-
fes -, celles qui font grades 8e oleagineufes n’eftant capables que de Coagulation , de
même que celles qui font Spiritueufes 8e Etherées ne fouffrent ni la Congélation ni la
Coagulation : de forte qu’il y a apparence que cette fubftance , qui eft enfermée au de¬
vant
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAT-PARD. 53
vant de l’Oeil, ne tient rien de l’eau que la tranfparence &c la fluidité, parce quelle avoit
befoin d’vne tenuité &C d’vne fubtilité extraordinaire, pour fervir à laRefra&ion qui fe
doit faire dans le Cryftallin , dont lafubftance eft plus denfe,en établiflant la diverfltéde
milieu , qui efl; neceflaire à cette operation.
La Choroïde eftoit brune , &c la Retine blanche. Le Tapis eftoit auflî d’vn blanc
bleüaftre. A l’endroit du nerf Optique on remarqua vn point noir. Le nerf entroit dans
l’Oeil prefque au droit du milieu du Tapis. Le Cryftallin avoit cinq lignes de diamètre,
fa partie pofterieure n’eftoit pas fl convexe que l’anterieure.
Explication de la figure du Renard <EMarin.
DA n s la figure d’en bas il eft couché de telle forte , qu’on peut voir les deux
Creftes qu’il a fur le dos, l’Oeil, la Narine, & les cinq ouvertures des Bronchies,
avec les Dents qui font au côté droit toutes d’vn feul os , ne faifant qu’vn rang ,
d’vne autre maniéré qu’au côté gauche , où elles font feparées les vnes des autres ,
difpofées en plufieurs rangs , ainfi qu’il fe voit dans la figure d’en haut.
Dans la figure d’en haut
A. Eft le Cœur .
B C. Le Lobe droit du Foje.
B. La Veficule du Fiel 3 dont on ne voit qu’vne petite partie , par ce qu’elle eft enfermée au dedans du Foje.
DE. Le Lobe gauche.
F. La Ratte.
G H. Le Ventricule.
G K. L’InteJlin Duodénum.
KL. Le grand Intejtin.
M. L’Aorte afcendante.
N. L’Oreille du Cœur.
O. La Cornée plifée fur le Crjftallin.
PP. Le rebord de la Sclérotique.
Le Nerf Optique.
R S T, Le grand înteflin , dont on a ôté vne moitié des tuniques qui font fa cavité } pour faire voir la
Membrane qui fait en dedans, la vis en coquille .
R. V extrémité du Duodénum.
S. Le commencement du Redtum.
T . La Membrane qui fait la vis en coquille.
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN RENARD MARIN.
NO u s avons trouvé dans ce Poiflbn toutes les marques par lefquelles les Auteurs
defîgnent celui qu’ils appellent Renard Mann , à la referve de quelques particu¬
larité/, que l’on prétend 1 avoir fait ainfi nommer. Car ils difent qu’il a beaucoup de
rapport avec le Renard Terreftre, à caufe de fa Queue , de fa Finefle, de l’Odeur, êc du
gouft de fa chair: mais aucun de la compagnie n’a remarqué qu’il fentift autrement que
la plufpart desPoiffons de Mer. Sa chair a efté trouvée d’affez bon gouft, pour faire qu’il
puilfe eftre pris, comme il l’a efté par quelques Auteurs, pour YAccipenfer, ou du moins
pour faire dire quelle n’eft point femblable à celle du Renard , que l’on fçait eftre af-
fez mauvaife -, & on n’a point crû que cét animal deuft avoir beaucoup de Finefle,
s’il eft vrai que la cervelle y ferve , parce que l’on ne lui en a prefque point trouvé.
Quant à la Queue elle eft à la vérité allez eftrange,mais elle ne reflemole en rien à celle
d’vn Renard.
Le Renard Marin eft mis par les Auteurs dans le genre des Cetacees cartilagineux
non plats , que l’on appelle Galeodi. Leurs différences génériques font d’avoir deux
Foyes, cinq Ouïes ou Bronchies de chaque coté , & des pointes pendantes aux Nageoi¬
res qui font fous le ventre aux cotez du nombril aux mâles. Ces Poiffons font de fix ef-
peces nommées Ca ni cul a , Jlcantw , Mujlelm, G ale xi as , Afterias , Alopecias , qui eft nô¬
tre Renard Marin, dont la différence fpecifique, quant à la figure, fe prend de fa queue,
qui reprefente parfaitement bien vne Faux.
La longueur de tout ce Poiftôn eftoit de huit pieds & demi , Sc fa plus grande lar¬
geur au droit du ventre de quatorze pouces. Sa figure eftoit telle, que depuis la pointe
du mufeau jufques environ au milieu de toute fa longueur, il avoit la forme ordinaire
d’vn Poiflon : car il aîloit en s elargiffant jufques au ventre , &c puis il fe retreftiffoit
jufqu’à l’endroit où hniroit la queue d’vn autre Poiffon. Mais c’eft là que commencoit
la flenne, qui eftoit prefque aulîi longue que tout le refte du corps, & faite en maniéré
de Faux recourbée vers le ventre. A l’endroit où cette Faux commencoit, il y avoit
vne Nageoire vnique audeflbus, que Salvian dit eftre au deflus, où il y avoit feule¬
ment vne éminence, qui eftoit vne articulation qui faifoit que l’épine fe pouvoit fléchir
en cét endroit plus facilement en haut èt en bas qu’en tout le refte du corps, où la flé-
xion n’eftoit aifée qu’à droit &C à gauche.
Il y avoit deux Creftes élevées fur le dos , vne grande au milieu , &C vne autre plus
petite vers la queue, quoi qu’Ariftote , au rapport d’Athenée, die qu’il n’a aucune crefte
fur le dos. Il y avoit trois Nageoires de chaque côté. Les deux d’auprès de la tefte eftoient
grandes, &C reprefentant les aîles d’vn Oifeau plumé, qui eft peut- eftre ce qui a fait dire
à Ariftote qu’il y a vn Renard, qui comme la Chauve-Souris, a des aîles faites de peau.
Ces Nageoires étoient longues de quinze pouces, & larges en leur bafe de cinq. Celles
qui étoient au milieu du ventre étoient de grandeur moienne. Elles étoient à côté du nom¬
bril, &avoient chacune vne pointe pendante : ce qui eft le propre des mâles en cette forte
de Poiflbns, comme il a efté dit. Les dernieres proche de la queue eftoient fort petites.
La Peau eftoit licée & fans écailles; les Creftes & les Nageoires eftoient dures, & com¬
poses d’arreftes ferrées par la peau qui les couvroit, dont la couleur eftoit égale par
tout d’vn gris fort brun , bleüaftre comme de la bourbe , non pas blanche par le ven¬
tre comme au Renard Marin de Salvian.
L’ouverture de la Gueule étoit de cinq pouces , & armée de deux fortesde dents. Le
côté droit de la Mâchoire fuperieure jufques à l’endroit où font les Canines des autres
animaux , avoit vn rang de dents pointues , dures &c fermes , eftant toutes d’vn feul os
en forme de foie ; mais cét os étoit beaucoup plus dur que le refte des os qui tiennent
Ee
j6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN RENARD MARIN.
du Cartilage dans ces fortes de Poi fions. Les autres dents qui bordoient le relie de
cette mâchoire 3c toute l’inferieure faifoient fix rangs par tout, 3c étoient mobiles 3c
attachées par des membranes charnues. Leur figure étoit triangulaire vn peu aiguë, 3c
leur fubflance étoit beaucoup moins dure que celle des autres qui font en forme de
fcie, principalement aux rangs de dedans, ou elles étoient fort fragiles, 3c moins dures
que le Cartilage , en forte qu’il y en avoit quelques-vnès qui ne paroiflfoient que com¬
me vne membrane endurcie.
La Langue étoit toute adhérante à la mâchoire inferieure , 3c compofée de plufieurs
os articulez fermement les vns aux autres par vne chair fibreufe. Elle étoit reveftuë
d’vne peau dure, 3c couverte de petites pointes luifantes, qui la rendoient fort afpre de
dedans en dehors, 3c fort licée, 3c gliffante du dehors au dedans. Ces pointes veuës avec
le Microfcope étoient tranfparentes comme du cryftal, 3C paroifioient avoir trois lignes
en leur longueur, 3c vne 3c demie en leur bafe.
Le Coller étoit fort large, & l’Oefophage ne l’étoit pas moins que le Ventricule, dans
lequel les Auteurs difent que ce Poilfon cache fes petits quand ils ont peur, en les ava¬
lant pour les revomir en fuite ; 3c c’ell la raifon qui a fait dire à Elian 3c à Plutarque,
que l’adrelfe que ce Poilfon a de fe défaire de l’ameçon qu’il a avalé, efb de le vomir avec
fon Ventricule , qu’il retourne , comme dit Elian , ainli qu’vn habit : ce qui efh
bien plus probable que ce que les autres difent , à fçavoir qu’il achevé d’avaler la ligne
jufques à ce qu’il ait trouvé vn endroit alfez foible pour la couper avec fes dents , parce
qu’il n’a point de dents propres à couper.
Ce Ventricule étoit long environ de quinze pouces, 3c large de cinq , aboutilfant au
bas à vn Pylore fort étroit, qui étoit comme vn étranglement , faifant le pafiage du Ven¬
tricule à l’Inteftin. Cepalfage ou conduit, qui n’avoit que trois lignes de long, 3c vne 3c
demie de diamètre, étoit fort licé,& gliflant,de même que l’Oefophage, mais le dedans
du Ventricule étoit inégal , 3c femblable à celui des animaux qui ruminent, que l’on ap¬
pelle Réticulum. On a trouvé dans le Ventricule vne branche de l’herbe Marine nom¬
mée Varec , de la longueur de cinq pouces , 3c vn Poilfon de pareille longueur fans telle,
fans écaille , fans peau & fans entrailles, le tout aiant efté confumé, à la referve de la
chair mufculeufe, qui étoit demeurée entière.
Après le Pylore l’Inteftin s’élargilfoit vn peu julques à avoir quatre lignes de diamètre,
pendant la longueur de cinq pouces -, ce que l’on peut prendre pour le Duodénum , quife
dilatoit en fuite pour former vn grand Intellin , qui avoit la longueur d’environ dix-
huit pouces fur trois de large. Sa partie inferieure , qui eftoit lice , 8c longue de fept
pouces , eftoit le Retfum. La fuperieure qui avoit environ treize pouces , eftoit d’vne
llruéture fort particulière -, car au lieu des circonvolutions ordinaires des Inteftins , la
cavité de celui-cy eftoit entrecoupée tranfverfalement de plufieurs feparations com-
pofées des membranes de l’Inteftin repliées en dedans. Ces feparations étoient à demi
pouce prés l’vn de l’autre , 3c tournées en vis comme la coquille d’vn Limaçon, ou d’vn
efcalier fans noyau : ce qui fait, ainfi qu’il eft aifé de juger, que la nourriture s’arrefte,
3c eft fort long-temps à pafier, quoi que le chemin foit allez court.
Le Foye occupoit toute la longueur du côté droit du ventre. Il eftoit partagé en
deux Lobes • ce qui a fait dire aux Autheurs que ce Poilfon a deux Foyes. Le plus long
de ces Lobes avoit vingt pouces , l’autre dix-huit, l’vn 3c l’autre n’en aiant que cinq de
large: fa couleur eftoit rougeaftre, 3c il eftoit rayé tout le long , & en travers par des
lignes obfcures. Le Fiel eftoit enfermé au haut du grand Lobe dans la fubftance du Pa¬
renchyme , 3c n’eftoit pas appliqué au delfus dans vneVelicule ; mais on voioit feule¬
ment paroiftre fa couleur verte au travers de la tunique du Foye. Les deux Lobes pe-
foient cinq livres & demie. La Veficule avoit au dedans comme des feüillets compofez
de fa tunique : le Fiel quelle contenoit a ellé trouvé avoir plus d’acidité que d’amer¬
tume.
La Ratte eftoit attachée au bas du Ventricule. Elle eftoit double de même que le
Foye , 3c finifiant en deux pointes inégales , dont la plus longue eftoit de cinq pouces.
Sa
DECSRIPTION ANATOMIQUE D’UN RENARD MARIN. j7
Sa couleur eftoit femblable à celle du Foye , eflant feulement vn peu moins obfcure
6c moins brune. On a remarqué auprès de la Ratte vne partie attachée àl’Inteftin,
que l’on peut dire eftre le Pancréas , parce qu’elle eftoit comme gianduleufe , mais elle
eftoit plus noire que la Ratte.
On trouva vers le nombril vne partie renfermée au dedans, longue environ de deux
pouces , 6c pointue par le bout , qui fut jugée eftre la partie qui fait le fexe , lequel on
avoit déjà reconnu par les deux pointes dont on a parlé , 6c que les Auteurs difent ne
fe trouver qu’aux mâles.
Les Oiïyes qui font cinq de chaque côté, avoient cela de commun entre elles , que
leur ouverture, qui eft environ de deux pouces 6c demi , s’élargiffoit prefque d’vne fois
autant en dedans, pour fe retreftir à vn trou pareil à leur ouverture : ce qu’elles avoient
de different , eft que les trois du milieu étoient plus grandes , 6c garnies par le dedans
de Bronchies. Les deux dernieres qui font vn peu plus petites , principalement celle
qui eft la plus éloignée de la tefte , avoient cela de particulier , quelles étoient lices, 6c
fans ces feüilletures dont les Bronchies font compofées.
Le Cœur étoit fans Péricarde ; mais il y avoit vne Membrane pareille à celle du Pé¬
ricarde qui revêtoit &envelopoit l’Aorte. Lagroffeurdu Cœur 6c fa figure étoit d’vn œuf
de poule. Son Ventricule qui étoit vnique comme à tous les animaux qui ne refirent
point, avoit cinq Valvules, trois Sigmoïdes à l’embouchure de l’Aorte ,& deux Triglo-
chines à celle de la veine Cave. Le Cœur avoit auffi vne feule Oreille fort grande, 6c le
commencement de l’Aorte étoit ceint d’vn anneau charnu de dix lignes. L’Aorte af-
cendante après avoir jette quelques rameaux pour le Cerveau , fe confumoit, 6c fe
perdoit prefque toute fous la Langue.
La Tefte n’eftoit prefque qu’vne maffe de chair , étant couverte des mufcles des
Temples, qui avoient plus de quatre pouces d’épaiffeur. Le Crâne n’étoit pas plus gros
que le poing : il eftoit épais par deffus de prés de deux doigts. Cette épaiffeur étoit cavée
par trois Sinus caverneux 6c inégaux. Ils étoient prefque tous vuides, ne contenant qu’vn
peu de mucofité meflée de fang. Le Cerveau qui étoit fort petit, 6c qui avoit peu d’an-
fraôluofitez , étoit fi molaffe 6c fi fondu , qu’on ne pût faire aucune obfervation fur
fà ft ru cl ure.
La Moelle Epinière, qui jetto.it tout le long par les trous qui font entre les Vertehres,
des filamens de nerfs de la groffeur d’vne épingle, eh produifoit à fon commencement
au fortir du Crâne trois paires qui étoient de la grofîénr d’vne ligne 6c demie , deux
defquelles alloient fc divifer aux mufcles des Temples , 6c à ceux qui remuent les gran¬
des Nageoires de devant : la troifiéme paire fe couloir tout le long de l’Epine , confer-
vant toujours fa même groffeur , bien quelle jettaftde temps en temps dans les chairs de
petits rameaux femblables à ceux qui fortoient de la Moelle Epiniere.
Les Yeux qui étoient plus gros que ceux d’vn Bœuf n’étoient que demi fperiques,
étant plats en devant , 6c la Sclérotique faiiânt comme vne coupe. Cette Membrane
étoit allez mince, mais il dure qu’elle peut plûtoft pafferpour vn os que pour vne Mem¬
brane. La Cornée au contraire étoit fî tendre, quelle étoit pliffée, 6c enfoncée fur le
Cryftallin, qui etoit parfaitement fperique, ainli qu’il fe trouve d’ordinaire aux Poiffons ;
néanmoins en l’vn des Yeux il étoit quelque peu aplati.
L’Uvée anterieure n’étoit point noire , ni fort obfcure en dedans , mais feulement
grife , comme elle eft en dehors , ou elle fait l’Iris. La Choroïde étoit de pareille cou¬
leur , 6c fon fonds avoit ce luftre de Nacre qui eft aux animaux terreftres, 6c que nous
appelions le Tapis , mais avec des couleurs moins vives. La Retine étoit parfemée de
vaiffeaux fanguinaires fort apparens.
CePoiffon étoit fort charnu, & on lui a trouvé en plufieurs endroits de la graiffe de
plus d vn pouce d’épaiffeur : ce qui fortifie bien l’opinion d’Archeftratus, qui dans Athe-
née affure que le Renard'Marin eft ce Poiffon que ceux de Syracufe appellent Cyna
Piona , a caufe de l’abondance de la graiffe qu’il a : ce qui eft contre le (èntiment d’Epæ-
netus, qui dit dans ce même Auteur, que les Poiffons cartilagineux n’en ont point.
Ff
ure du Loup-Cervier.
CE qu’il y a de pins considérable dans la figure d’en bas eft le poil noi
houppe que chaque Oreille a fur le bout, & la rondeur de la Telle de
le refte de la forme de l’animal , qui n’a rien qui tienne de celle du Loup.
Dans la figure d’en haut
A. EJï vn dès Reins.
B C. La Langue .
D D. Les Integumens du bas ventre*
E E. Le Foje.
F. La Veftcule du Fiel.
G. Le Ventricule.
H H. La Ratte.
III. Les vaijfeaux qui font ce que l'on appelle le Vas Brève.
K K K. L’Epiploon.
LL. Les Intefms.
0
m
4
, qui fait la
même que
*
T9
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN LOUP CERVIER
QUelques-vus ont eftiméque cét animal eftoit appelle Loup-Cervier, à caufede
fa figure ôc de fa couleur , fuppofant qu’il a* la forme d’vn Loup, de même qu’il
reffemble en quelque façon au Cerf par la couleur de fon poil. Cette même raifon a
fait croire à d’autres qu’il eft le Thos des Anciens, parce qu’Oppian dit que leThos a la
forme de fôn pere qui eft le Loup , tk la couleur de fa mere qui efl la Leoparde. Mais
la vérité eft que le Loup-Cervier n’a rien qui reffemble au Loup -, &C que le peu qu’il
tient du Léopard ou du Cerf eft fi commun à quantité d’autres animaux, qu’il y a plus
d’apparence , ainfi que plufieurs croient , qu’on lui a donné le nom de Loup-Cervier,
parce qu’il chaffe les Cerfs de même que le Loup dévoré les Moutons.
Celui que nous avons diffequé n’avoit point le mufeau long & pointu comme le
Loup , mais moufle 8t court , ce qui le faifoit plûtoft reffembler à vn Chat. La lon¬
gueur de toute la Telle eftoit de fept pouces, celle du Col de quatre : le refte du corps
avoit vingt-quatre pouces, fans comprendre la Queue qui n’en avoit que huit -, le tout
faifant trois pieds fept pouces. La hauteur depuis l’extrémité du dos jufqu’au bout des
pattes de devant étoit de vingt pouces , & il y en avoit vingt-trois depuis l’Os Sacrum
jufqu’aux extrémitez des pieds de derrière.
Les Pattes de devant avoient cinq doits *, celles de derrière n’en avoient que quatre.
Tous ces doits étoient armez d’ôngles crochus , pointus, & articulez de même qu’aux
Lions, aux Ours, aux Tigres & aux Chats que nous avons diffequez.
Le Dos étoit roux, marqué de taches noires. Le Ventre ôë le dedans des Jambes étoit
d’vn gris cendré , aufti marqué de taches noires , mais différemment ; car les taches du
Ventre étoient plus grandes, moins noires, ôëplus éloignées les vues des autres que cel¬
les du Dos, des Jambes & des Pattes, dont le dehors étoit roux de même que le Dos.
La plus grande partie du Poil , à fçavoir celui qui paroiffoit roux, &£ celui qui paroiffoit
gris cendré, étoit en effet de trois couleurs , aiant la racine d’vn gris brun , &: l’extré¬
mité blanche : mais cette blancheur de l’extrémité occupoit vne fi petite partie du poil,
qu’elle n’empêchoit pas de voir fa principale couleur, qui eftoit celle du milieu , & elle
faifoit feulement paroiftre toute la fùperficie du corps comme enfarinée. Le poil, qui
faifoit les taches noires , n’eftoit que de deux couleurs , n’aiant point de blanc à l’extrémi¬
té, & eftant feulement moins noir vers la racine , laquelle néanmoins étoit plus brune
que celle de l’autre poil.
Les dents Canines , qui eftoient au nqmbre de quatre, eftoient longues à la mâchoire
d’en haut 'de huit lignes : les deux de la mâchoire d’en bas n’eftoient que de fix lignes.
Entre les Canines il y avoit en chaque mâchoire fix Incifives, & celles d’en haut étoient
aufti plus longues que celles d’en bas. Il y avoit dix Molaires, cinq de chaque côté, à fca-
voir deux en haut, &C trois en bas à chaque mâchoire.
La Langue avoit quatre pouces & demi de long, & vn pouce &C demi de large. Elle
eftoit couverte de pointes de même qu’au Lion & au Chat. Ces pointes depuis le bout
de la Langue jufqu’à la moitié eftoient fort dures &c fort aiguës, & eftoient tournées
vers la racine de la Langue. Celles qui eftoient depuis la racine jufqu’au milieu eftoient
tournées à l’oppofite, & eftoient plus moufles, & moins dures.
Les Oreilles , qui eftoient fort femblables à celles d’vn Chat, avoient chacune au haut
qui eftoit en pointe, vne Houppe de poil fort noir , qui nous parut eftre vn charaétere
affez particulier au Loup-Cervier , pour le diftinguer de plufieurs autres animaux qui
font décrits dans les Hiftoires des Anciens , comme le Thos, le Chaos, & le Panther,
que les Auteurs modernes ont pris pour le Loup-Cervier-, mais dans pas vn defquels
G§
6o DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LOUP-CERVIER.
on n’a remarqué cette Houppe, qu’Elian dit eftre fur le bout des Oreilles du Lynx de la
même maniéré que nous l’avons trouvé en noftre fujet , & aux autres Loups-Cerviers
qui font au Parc de Vincennes.
Il eft alfez difficile de deviner pour quelle raifon les Auteurs modernes ont pris le
Loup-Cervier pour le Thos des Anciens , dont quelques-vns , comme Theocrite, ont
feulement dit que c’eft vne eipece de Loup -, & d’autres , comme Homere , qu’il
mange les Cerfs : car on prétend que cét Auteur a décrit en quelque façon quelle eft
la nature des Thos, en les comparant à vne multitude de Troyens, qui preffiant
Vlyffe dans vn combat font mis en fuite par Ajax,qui le vient dégager: Mais il fait en¬
tendre par cette comparaifon que les Thos font des animaux foibles,& peu courageux,
puis que s’étant affemblez pour manger vn Cerf qui a efté bleffé par vn Chaffeur , ils
l’abandonnent à vn Lion qui furvient. C’eft pourquoi ils font interprétez par le Scolia-
fte Vantheria , qui font vne efpece de Loup foible & timide. Ariftote dit auffi de même
que Theocrite, que le Thos eft fembiable au Loup, qu’il eft leger à la courfe, & qu’il
faute fort loin , quoi qu’il ait les jambes courtes.
Mais il y a d’autres raifonspour faire croire que le Loup-Cervier n’eft point le Thos,
qui font bien plus puiffantes. Car outre que nous n’avons point trouvé que noffire Loup-
Cervier euft les jambes courtes, les autres marques auffi que les Anciens donnent au
Thos lui manquent , n’aiant point la figure d’vn Loup, ainfi qu’Ariftote & Oppian le
dépeignent , n’étant point foible & craintif, ainfi qu’Homere le décrit , n’aiant point
vne autre couleur l’Hiver que l’Efbé , & n’étant point du genre des animaux qui aiment
l’homme, qui ne lui font point de mal , & qui ne le fuient point : car on fçait que
ces charaéteres , par lefquels Ariftote & Pline défignent le Thos , ne fie trouvent point
dans le Loup-Cervier -, la plufpart font contraires à ce que nous avons obfervé
.dans celui que nous avons diffequé.
Il n’y a que le changement de la couleur du poil que nous avons crû d’abord eftre
tel qu’Ariftote le reprefente dans le Thos -, parce que le poil du Loup-Cervier qui
nous a efté apporté vers la fin de l’Automne eftoit bien different du poil de ceux
que nous avions vus l’Efté dans le Parc de Vincennes 5 ces derniers n’aiant point le
dos roux , ni marqué de noir comme le notre , mais feulement mêlé confufément
de noir, de gris & de roux: outre que leur poil eftoit court, gros, &C rude comme
à vn mâtin , au lieu que noftre Loup-Cervier l’avoit long, doux, & fin comme celui
d’vn Chat. Mais nous avons enfin trouvé que cette diverfité en couleur de poil ne
venoit point du changement qui lui arrive félon les faifons,mais de la différence des
elpeces de Loups-Cerviers : car il y en a dont le dos eft roux , marqué de noir, qui
viennent de Mofcovie, tel qu’eftoit le noftre -, d’autres qui viennent du Levant &
de Canada, qui n’ont point de taches fur le dos , tels que font ceux que nous avons
vus à Vincennes.
C’eft pourquoi les Auteurs ne font point d’açcord entr’eux, & il y en a qui fe contre-
difent auffi eux-mêmes fur cette opinion que le Thos foit le Loup-Cervier.* Car quoi
que Scaliger& Gaza interprètent toujours le Thos dans Ariftote Lupus Cervarius , ce que
Gillius & Gefiier font auffi dans Elian-, Scaliger ne laiffepas, quand il parle autre part
du Loup-Cervier , de témoigner qu’il eftime qu’il eft le Lynx mâle ; ce qui peut faire
croire encore qu’il prend le Thos, le Lynx,& le Loup-Cervier pour vnmême animal,
conformément à l’explication de Petrus Crinitus , qui interprète Thoës dans Homere
Lynces , &C à celle d’Euftathius, qui dit que le Thos n’eft point vn animal foible &C timi¬
de , parce qu’il croit que le Thos eft le Loup - Cervier , qui en effet eft fort Sc cou¬
rageux.
Mais Hermolaus fur Pline , dit qu’il ne fe peut affez étonner de l’erreur de ceux
qui prennent le Loup-Cervier pour le Thos: car l’efpece du Loup, qu’on prétend eftre
le Thos , eft vn animal foible & lâche , qui eft appelle par Gaza, par Gefiier , & par Ni-
phus Lupus Canarim , Lupus Armemus , ôc Vanther par le Scoliafte d’Homere -, Oppian
met le Thos entre les petites & chetives belles , telles que font les Loirs, les Efcurieux
&C les
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LOUP-CERVIER. 61
8c les Chats : ce qui eft confirmé par Hefychius, 8c femble eftre affez conforme à l’idée
qu’Homere donne du Thos.
De forte qu’il ne refte qu’à voir fi noflre Loup-Cervier, qui a fi peu de rapport avec
les defcriptions que les Anciens font du Thos 8c du Vanther, en a davantage avec ce qu’ils
ont écrit du Chaos & du Lynx. Hermolaus ne doute point qu’il ne fbit le Chaos de
Pline. Et en effet , quand cét Auteur parle du Loup-Cervier, il en dit la même chofe
qu’il a dit du Chaos, qui eft que Pompée en fît voir dans fon Theatre à Rome , qui
efloient marquetez comme le Léopard, 8c qui àvoient efté envoiez des Gaules , c’eft à
dire, des pais Septentrionaux, ou les Loups-Cerviers, qui ont le poil femblable à celui
du Léopard, fe trouvent en grande abondance.
Mais la difficulté eft fur ce que Pline dit qu’ils avoient la forme de Loup ; ce que
nous ne trouvons point , ainfi qu’il a efté dit, en nôtre Loup-Cervier. De maniéré
qu’il ne refte plus que le Lynx , dont les anciens ne difent rien qui répugné à ce
que nous avons vu dans nôtre Loup-Cervier, dans lequel nous avons aufti trouvé tout
ce qu’ils rapportent du Lynx.
Car outre le bouquet de poil noir qu’Elian remarque fur le bout des oreilles du
Lynx,& que nous avons obfervé eftre de la même manière en noflre fujet,qui eft vne
marque fort particulière , nous avons encore trouvé qu’il a le mufèau court de même
que le Lynx d’Elian ; 8c on fçait que le Loup-Cervier eft fort acharné à la chaffe des
Cerfs, ce qu’Oppian dit eftre particulier au grand Lynx, dont il fait vne efpece differente
du petit qui chaffe aux Lièvres. Car pour ce qui eft de la couleur noiraftre que Pline
donne au poil du Lynx d’Ethiopie , il n’en parle que comme d’vne chofe extraordinaire.
Et enfin pour ce qui eft de fa veuë , que Pline dit eftre plus perçante qu’en pas vn autre
des animaux, nous n’avons rien remarqué qui puiffe empêcher, ni faire qu’on croie que
noflre Loup-Cervier n’ait eu la veuë fort perçante -, joint qu’il n’eft point bien confiant,
fi ce qu’on dit de la veuë du Lynx fe doit entendre de celle d’vne belle farouche, ou.
d’vn homme de ce même nom , qui avoit la veuë fî bonne, à ce que Pline rapporte,
qu’il voioit la Lune quand elle fe renouvelle; ou d’vn autre, qui, comme Georg. Agri-
cola l’explique, avoit réputation de voir au travers de la terre, parce qu’il fçavoit dé¬
couvrir où efloient les métaux les plus cachez.
Pour ce qui eft du dedans de nôtre Loup-Cervier, qui eftoit vne femelle, nous avons
trouvé qu’il avoit le Ventricule pareil à celui des Chats, n’aiantrien d’extraordinaire en
fa ftruélure ni en fa grandeur, qui eftoit proportionnée à celle du refte du corps.
La Ratte qui eftoit couchée le long de la partie gauche du Ventricule eftoit d’vne
couleur vn peu rouge. Sa longueur eftoit de îept pouces, & fà largeur feulement d’vn
pouce. Tout le long de l’vne de fes Faces , à fçavoir de celle qui eftoit vers le Ventri¬
cule, elle avoit vne éminence qui faifoit vn angle.
L’Epiploon, qui couvroit 8c enfermoit les Inteftins, eftoit comme vn tiffu de groffes
cordes de graiffe dure 8c ferme , qui formoient des mailles , dont le vuide eftoit rempli par
des membranes percées d’vne infinité de petits trous , qui faifoient vne efpece de réfeau,
en forte que ces membranes n’auroient pas efté capables de retenir l’eau comme celles
de l’Epiploon des hommçs, 8c de plufieurs autres animaux. Ces cordons de graiffe en-
fermoient 8c couvraient prefque tous les vaiffeaux de l’Epiploon.
Les Inteftins , qui efloient prefque d’vne égale groffeur , avoient tous enfemble neuf
pieds 8c demi de long : ce qui femble avoir efté obfervé par Pline , qui parlant des ani¬
maux qui ont les Inteftins courts, n’en donne que deux exemples, qui font le Loup-Cer¬
vier 8c le Plongeon. Nous avons néanmoins déjà remarqué dans les Lions que nous
avons diffequez, que leurs Inteftins n’eftoient gueres que trois fois plus longs que tout
le corps, qui eft la proportion des Inteftins du Loup-Cervier. Il y avoit vn Cæcum ,
mais il eftoit fans appendice.
Le Foye avoit fept Lobes , qui efloient longs 8c étroits. Le plus long eftoit de cinq
pouces, 8c large de deux &: demi vers la bafe. La Veficule du Fiel eftoit longue de deux
pouces , aiajat feulement demi pouce de large.
Hh
62 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LOUP-CERVIER.
Le Pancréas cTAfellius avoir trois pouces de long, & quinze lignes dans fa plus gran¬
de largeur. Il avoir vne cavité pleine de ferofité glaireufe & corrompue, qui eftoit la
matière d’vn abfcez formé dans le centre du Mefentere.
Les Reins eftoient fituez à vne égale hauteur au droit IVn de l’autre. Ils avoient
deux pouces de long, & vn pouce de large.
La Matrice eftoit femblable à celle des Chiennes & des Chattes. Elle avoit quatre
pouces & demi depuis l’Orifice externe jufqu’à la bifurcation des deux cornes ou por¬
tières , qui eftoient longues chacune depuis la bifurcation jufqu’à leur extrémité où
eftoient les Tefticules, de quatre pouces & demi auffi. Les Tefticules avoient fîx lignes
de long, & quatre de large: ils eftoient compofez de plufieurs glandes.
Le Poumon avoit fept Lobes comme le Foye. Ils eftoient prefque tous défechez
& friables par l’ardeur extraordinaire du fang , qui eftoit noirci par aduftion. Cet¬
te noirceur du fang avoit rendu le Cœur livide , & teint l’eau du Péricarde , en
forte qu’elle eftoit fanglante. Le Cœur eftoit long de deux pouces & demi, Sc lar¬
ge de deux pouces. Les Oreilles, les Vaifleaux, les Valvules eftoient comme au
Chat.
Les mufcles des Temples eftoient grands ÔC forts, aiant huit lignes d’épaifleur , Sc
deux pouces de largeur. Cette grandeur nous afemblé allez confidérable, pour rendre
douteufe la croianceque nous avions que le Loup-Cervier eft le Lynx des anciens-, par¬
ce que lors que Galien parle de la differente grandeur des mufcles des Temples dans
les divers animaux , il ne donne que trois exemples de ceux qui les ont extraordinaire¬
ment petits &c foibles , qui font l’homme , le Singe, &c le Lynx. Mais il y a apparence
que Galien entend parler du petit Lynx d’Oppian,qui ne chafle qu’aux Lièvres, & non
pas de celui qui dévoré les Cerfs, qui eft le Loup-Cervier.
Les Sinus du Crâne eftoient fort grands &C fort ouverts. L’Os qui fepare le grand
Cerveau du petit eftoit pareil à celui que nous avons trouvé au Tigre , au Loup , au
Renard, au Chien, au Chat, & à beaucoup d’autres belles.
A l’ouverture du Crâne les anfraéfuofitez du Cerveau paroifloient au travers de la
dure Mere qui eftoit tranfparente. La partie externe & la fubftance du Cerveau , que
l’on appelle l’Ecorce, eftoit fort blanche & fort fblide. La glande Pineale eftoit fort
petite.
Le Globe de l’Oeil avoit vn pouce de diamètre : il eftoit prefque fpherique , à la
referve de la Cornée, qui s’élevoit vn peu plus en pointe. L’épaifleur de la Cornée,
qui eftoit d’vne demiligne , eftoit égale par tout. Elle eftoit jointe à l’ordinaire avec la
Sclérotique par l’atténuation mutuelle de l’extrémité de ces deux membranes , qui
eftant chacune en cét endroit faite comme le bifeau d’vn miroir , fe joignent de forte
que les deux enfemble n’ont gueres plus d!épaifteur que chacune à part, parce qu’à l’en¬
droit le plus mince de l’vne qui eft fan extrémité répond l’endroit le plus épais de
l’autre.
Ces bifeaux eftoient larges chacun de deux tiers de ligne. La Sclérotique, qui eftoit
blanche par dehors, & vn peu noircie en dedans par l’attouchement de l’Uvée , eftoit
fort mince par le fond, n’aiant pas plus d’épaifteur qu’vn gros papier. Elle eftoit deux
fois plus ép aille en fon extrémité vers la Cornée.
Il y avoit à côté de la Cornée vne membrane comme au Lion, qui fert de paupière
interne, qui couvroit aifément toute la prunelle quand on la pouftbit defiùs. Elle eftoit
de figure triangulaire. Les deux plus petits cotez eftoient attachez à la Conjonétive.
Le troifiéme , qui eftoit le plus grand , pouvoit glifter &c s’avancer fur l’Oeil pour le
couvrir.
L’Iris en devant eftoit d’vn jaune parfemé de quantité de petites lignes rouges, qui
eftoient interrompues, & de grandeur inégale. Elle eftoit noire par la partie pofterieure
qui eftoit couchée fur le Cryftalin.
L’humeur Aqueufe eftoit fort abondante, mais vn peu trouble, eftant noircie par la
diffolution de quelque partie de cette fubftance noire qui eft attachée à l’Uvée.
Le
t.
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LOUP-CERVIER. 6$
Le Cryftalin avoit fept lignes de diamètre , 6c cinq d ’épaifleur , dont trois faifoient
la convexité anterieure, 6c deux la pofterieure. L’humeur Vitrée eftoit fort claire 6c
fort tranfparente.
Le Tapis de l’Uvée , qui eftoit dvn blanc vn peu bleuaftre, eftoit percé par le nerf
Optique , non pas en fon extrémité, comme il fe voit à la plulpart des animaux , mais
prefque en fon centre. Le nerf Optique avoit en fon milieu vn point rouge tirant fur
le noir.
Il
a
64
Explication de la figure du Cajlor.
IL efc reprefenté en bas,aiant vne moitié du corps, qui eft la partie de devant, fur ter¬
re, & celle de derrière dans l’eau ; parce que l’on a obfervé pendant le temps que l’on
l’a nourri qu’il aimoit à plonger fouvent fes Pattes de derrière ôc fa Queue dans l’eau.
Dans la figure d’en haut
AA. Sont les Os Pubis.
B. Le fonds de la Defiie.
C C. Les deux premières Poches , qui font les plus grandes de celles dans lefqueües le Caftoreum eft préparé
& contenu.
D D. Les deux fécondés 3 qui font plus petites.
EE. Deux autres Poches , qui font vne troifiéme elfece ,t$-qui font enfermées dans les fécondés.
D E. Quantité de petits corps ronds élevez^ fur la Juperficie de la fécondé & de la troifiéme e fie ce de
Poche.
F. V ouverture commune à l’ Intestin & au pajfage de la Verge.
G. Le commencement de la Verge.
H H. Les Epididjmes.
1 1 . Les T* esticules.
K K. Les Vaiffeaux Spermatiques préparant.
L L. Les Déferans.
MM. Les mufcles Cremafieres.
N. Une des Pattes de devant.
O O. Le Colon.
P. Le Cæcum.
Le ligament qui attache le Cæcum, & le long duquel plufieurs vaiffeaux fe gliffent tt) fe perdent dans la
Membrane de cét Intestin.
RR. Le Cerveau.
S. Le grand Sinus de la Dure Mere.
TT T T Quatre autres Sinus qui en font produits , & qui feparent le Cervelet en trois .
V. Le Cervelet.
XY. LO s de la Verge .
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DU N CASTOR
IL elloit d’autant plus neceffaire de remarquer exaélement toutes les parties du Ca¬
ftor , que l’on n’en a point fait jufqu’icy de defcription exaéle ; les Anciens n’aiant
prefque rien dit de cét Animal, 8c les Modernes sellant plus arrêtez à parler de fon na¬
turel, qu’à examiner la ftruélure de fon corps.
Celui qu’on a dilfequé à la Bibliothèque du Roi avoit efté pris en Canada, aux envi¬
rons de la rivière de S. Laurent. Il reffembloit à vne Loutre -, mais il elloit plus grand
8c plus gros , 8c pefoit plus de trente livres. Sa longueur elloit d’environ trois pieds 8c
demi depuis le bout du mufeau jufqu a l’extrémité de la queue , 8c fa plus grande lar¬
geur de prés de douze pouces.
Le poil , qui couvroit tout fon corps, à la referve de la queue, n’elloit pas par tout
femblable -, mais il y en avoit de deux fortes, qui étoient mêlées enfemble , 8c qui diffé¬
raient en longueur auffi bien qu’en couleur. Le plus grand elloit long d’vn pouce 8c
demi ou environ , 8c gros comme des cheveux. Sa couleur elloit brune, tirant vn peu
fur le minime , mais fort luifante -, Se la fubftance elloit ferme 8c li folide , que l’aiant
coupé de travers on n’y pût appercevoir aucune cavité , même avec le microlcope. Le
plus court n’avoit qu’environ vn pouce de longueur: il y en avoit beaucoup plus que
de Bautre ; il paroifloit auffi plus délié -, 8c il elloit fi doux, que le duvet le plus fin ne
l’eft pas davantage. Le mélange de ces deux fortes de poils fi differens fe trouve en
beaucoup d’animaux 5 mais il ell plus remarquable dans le Caftor, dans la Loutre, ÔC
dans le Sanglier ; 8c il femble qu’il leur ell auffi plus neceflaire : car ces Animaux ellant
fujets à fe traîner dans la fange , outre le poil court que la Nature leur a donné pour
les deffendre du froid , ils avoient befoin d’vn autre poil plus long pour recevoir la
boue , 8c l’empêcher de penetrer jufqu’à la peau.
Sa Telle avoit cinq pouces ÔC demi de longueur depuis le bout du mufeau jufqu’au
derrière de l’occiput , 8c cinq pouces de largeur à l’endroirtles os qui font l’éminence
des joues. Cette proportion a fait mettre le Caftor par Hérodote entre les animaux
qu’il appelle Tetvagonoprofopa , c’eft à dire, àvifage ou telle quarrée. Ses oreilles reffem-
bloient à celles d’vne Loutre. Elles eftoient rondes 8c fort courtes , reveftuës de poil
par dehors , 8c prefque fans poil par dedans.
On dit que cét animal fe plaift fort à ronger les arbres , 8c qu’il les coupe pour 1e
faire des Loges ; 8c en effet fes Dents eftoient faites d’vne manière tres-propre à cela. Il
en avoit à l’extrémité du mufeau quatre Incifives , deux en chaque mâchoire, de même
que les Efcurieux , les Rats , 8c les autres Animaux qui aiment à ronger. La longueur
de celles d’en bas elloit de plus d’vn pouce-, mais celles d’en haut n’avoient qu’environ
dix lignes ,8c le glilfoient au dedans des autres , ne leur ellant pas direélement oppofées.
Pour ce qui ell de leur figure, elles eftoient demi rondes par devant , 8c fort tranchan¬
tes par le bout, qui elloit taillé en bifeau de dedans en dehors. Leur couleur elloit blan¬
che en dedans-, 8c en dehors, d’vn rouge clair tirant fur le jaune, prefque comme celle
du Saffran bâtard. Les vues 8c les autres eftoient larges d’environ deux lignes à la fortie
de la mâchoire, 8c de plus d’vne ligne à leur extrémité. Outre ces Dents Incifives, il y
en avoit feïze Molaires , c’eft à dire huit de chaque côté , quatre en bas , 8c quatre en
haut. Elles eftoient direélement oppofées les vnes aux autres , 8c n’avoient rien de par¬
ticulier.
Pour ce qui ell des Yeux, nous ne les pûmes pas examiner , parce que les Rats , ou
quelques animaux femblables les avoient mangez.
La ftruélure des pieds elloit fort extraordinaire, 8c faifoit affez voir que la Nature a
deftiné cét Animal à vivre dans l’eau auffi bien que fur la terre. Car quoi qu’il euft qua-
Kk
66 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR.
tre pieds , comme les animaux terreftres , néanmoins ceux de derrière fembloient plus
propres à nager qu’à marcher , les cinq doits dont ils eftoient compofez eftant joints
enfemble comme ceux d’vnOye , par vne membrane qui fert à cét animal pour na¬
ger. Mais ceux de devant eftoient faits autrement : car il n’y avoit point de membrane
qui tint les doits joints enfemble ; 8c cela eftoit neceffaire pour la commodité de cét
animal , qui s’en fert comme de mains pour manger , de même que les Elcurieux. En effet
la proportion de ces doits , leur fituation , 8c la figure de la paume rendent ces Pattes
tout à fait femblables à des mains ; 8c. quand Mathiole dit qu’elles font differentes des
mains d’vn Singe , il fait bien voir qu’il a confondu le Caftor avec la Loutre, qui a les
doits des pieds de devant garnis de peaux comme ceux de derrière : ce qu’il a peut-eftre
inféré de ce que dit Pline , que le Caftor eft entièrement femblable à laLoutre, à la re-
fervede la queue. La longueur des pieds de devant eftoit de fix pouces & demi depuis le
coude jufqu’à l’extrémité du plus grand doit -, 8c de trois pouces depuis le commence¬
ment de la main jufqu’à cette extrémité du plus grand doit. Les pieds de derrière
eftoient plus longs , 8c avoient fix pouces depuis l’extrémité du talon jufqu’au plus long,
qui eftoit le fécond des doits. Outre ces cinq doits, qui eftoient tous garnis par le bout
d’ongles taillez de biais, 8c creux par dedans comme des plumes à écrire, il y avoit en la
partie externe de chaque pied de devant 8c de derrière vn petit os qui faifoit vne émi¬
nence , 8c qu’on auroit pû prendre pour vn fixiéme doit , s’il euft efté fepare du pied;
mais comme il ne l’eftoit pas, il femble qu’il ne fervoit qu’à donner au pied plus de force
8c plus d’afliette.
La Queue eft principalement ce qui a fait mettre le Caftor au nombre des Am¬
phibies : car elle n’a aucun rapport avec le refte du corps , 8c femble plus tenir de
la nature des Poift'ons que de celle des animaux terreftres. Elle eftoit couverte d’vn
épiderme compofé d’ëcailles, qu’vne pellicule joignoit enfemble. Ces écailles eftoient
de l’épaiffeur d’vn parchemin , longues au plus d’vne ligne 8c demie , 8c pour la
plufpart d’vne figure hexagone irreguliere. Celles du deffus de la queue eftoient
fort peu differentes de celles du deffous ; fi ce n’eft qu’entre quelques- vnes de cel¬
les du deffous il fortoit tantoft vn , tantoft deux , 8c quelquefois trois petits poils
qui eftoient tournez de haut en bas, 8c n’avoient qu’environ deux lignes de longueur.
Pour ce qui eft de la couleur , elles eftoient d’vn gris brun vn peu ardoifé ; mais
dans les jointures l’épiderme paroiffoit d’vne couleur vn peu plus obfcure. Quand
on a courroyé la peau de ce Caftor , les écailles de la Queue font tombées , mais
leur figure y eft demeurée empreinte ; 8c cette partie de la peau où eftoient les
écailles eft devenue fort blanche, 8c d’vne fubftance femblable à celle d’vn Poiffon
tel que pourroit être le Marfoüin,ou le Renard-marin. Auffi en diffequant la Queue
nous trouvâmes que la chair en eftoit affez graffe , 8c quelle avoit beaucoup de
conformité avec celle des gros Poiffons.
Au refte la grandeur 8c la figure de cette Queue eftoient tres-remarquables. Elle
avoit environ onze pouces de longueur, 8c à la racine elle n’eftoit large que de
quatre pouces. De là elle ailoit en augmentant infenfiblement de côté 8c d’autre
jufqu’à ion milieu , où elle avoit cinq pouces ; 8c enfuite elle dimunuoit toujours
jufqu’au bout , où elle fe terminoit en ovale. Au contraire elle eftoit plus épaiffe
vers fa racine qu’en tout le refte de fa longueur : car elle avoit en cét endroit prés
de deux pouces d’épaiffeur, 8c diminuoitpeu à peu vers l’autre bout ; de forte que dans
fon milieu elle n’avoit pas plus d’vn pouce d’épaiffeur, 8c fe trouvoit réduite à cinq li¬
gnes 8c demie en fon extrémité. Les bords de fa circonférence eftoient ronds 8c affez
épais , quoi qu’ils fuffent beaucoup plus minces que le milieu.
L’ouverture par où cét Animal rend fes excrémens eftoit fituée entre la Queue 8c
les Os-pubis , environ deux pouces plus haut que le commencement de la Queue , 8c
trois pouces 8c demi plus bas que ces Os. Elle eftoit de figure ovale, longue d’environ
neuf lignes, 8c large de fept. La peau d’alentour eftoit noiraftre 8c fans poil , 8c elle fe
refferroit 8c fe dilatoit aifément, non pas par vn Iphin&er comme l’anus des autres ani¬
maux,
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR. 67
maux, mais fimplement comme vne fente. Cette ouverture eftoit commune à la fortie
de i’vrine auffi bien qu’à celle des autres excrémens : car outre que l’anus ou l’extré¬
mité du Reélum y aboutiftbit y on voioit paroiftre vn peu au deffus , dans la partie an¬
terieure , l’extrémité de la Verge de cét animal.
Nous remarquâmes aux parties latérales du dedans de cette Ouverture commune,
deux petites cavitez, vne de chaque côté, ou nous voulûmes introduire le ftylet ; mais
nous ne pûmes le faire palier du dedans de l’Ouverture vers le dehors ; & à travers la
peau du dehors nous fentîmes deux éminences, que nous reconnûmes en fuite eftre les
Poches ou Veilles qui contiennent le fafioreum : Et comme c’eft ce qu’il y a de plus
remarquable dans cét animal , nous les examinâmes avec vne exaélitude particu¬
lière.
Les Naturalises en ont parlé diverfement. Quelques- vns aiTûrent que le Caftoreum
eft enfermé dans lesTefticules du Caftor -, & Elian dit même que cét animal connoift
faut que les hommes ne le pourfuivent que pour avoir cette liqueur ft vtile dans la Mé¬
decine, arrache fes Teflicules lorfqu’il fe voit prelfé par les ChalTeurs , & les leur aban¬
donne comme pour fa rançon. D’autres tiennent que le Caftoreum ne fe trouve pas
dans lesTefticules du Caftor, mais dans les Poches particulièrement deftinées pour re¬
cevoir cette liqueur.
Pour nous éclaircir de la vérité, nous dépoüillâmes nôtre Caftor de fa peau ; &C apres
l’avoir levée, nous découvrîmes à l’endroit oû nous avions remarqué ces éminences,
quatre grandes Poches fttuées au bas des Os-pubis. Les deux premières eftoient pla¬
cées au milieu , & plus élevées que les deux autres. Elles reprefentoient toutes deux
enfemble vne forme de Cœur, dont le haut eftoit environ vn pouce au deffous des Os-
pubis ; & les cotez, après s’eftre étendus circulairement, s’approchoient pour fe réunir
en la partie fuperieure de l’Ouverture commune. La plus grande largeur de ces deux
Poches priées enfemble, eftoit d’vn peu plus de deux pouces 5 & la longueur depuis le
haut de chacune jufqu’à l’Ouverture commune , eftoit auffi d’environ deux pouces.
Elles paroiffoient extérieurement d’vne couleur cendrée , & rayées de plufieurs lignes
blanchaftres de la figure de celles qu’on voit aux truffes. Leur tunique externe eftoit
fans rides ni replis , & parodiait claire & tranfparente , de forte que fa couleur fembîoit
eftre empruntée de la tunique qui eftoit au deffous. Et en effet, aiant ouvert vne de ces
Poches , nous trouvâmes que la tunique interne eftoit d’vne couleur cendrée ; que de
plus elle eftoit charnue , tk qu’elle avoir au dedans plufieurs replis femblables à ceux
de la Caillette d’vn Mouton , entre lefquels nous trouvâmes les relies d’vne matière
grifaftre, qui avoit vne odeur fetide, & qui y eftoit fi fort attachée, qu’il fembîoit qu’elle
en fît partie. Ces replis s’étendoient dans toutes les deux Poches , qui avaient com¬
munication l’vne avec l’autre, par vne ouverture de plus dVn pouce, &C n’eftoient fepa-
rées que par le fond.
Au bas de ces premières Poches il y en avoit deux autres , l’vne à droit, &C l’autre à
gauche ; chacune defquelles avoit la figure d’vne poire vn peu applatie , ou d’vne
longue amande verte. Elles eftoient longues chacune de deux pouces & demi , &£
larges de dix lignes. Leur plus grande largeur eftoit vers l’extrémité la plus éloignée
de l’Ouverture commune des excrémens , &C venoit aboutir aux parties latérales
de cette Ouverture. De la maniéré que ces deux Poches eftoient fttuées, elles for-
moient conjointement avec l’Ouverture commune la figure d’vn V fort ouvert ,
du dedans duquel les deux premières Poches s’élevoient en forme de Cœur , com¬
me nous avons dit.
Ces deux Poches inferieures eftoient allez étroitement jointes avec les fuperieu-
res aux environs de l’Ouverture commune ; & il y a de l’apparence que la matiè¬
re du Çaftoreum aiant commencé à fe préparer dans les deux Poches fuperieures ,
paffe dans les deux autres pour s’y perfectionner , & pour aquerir plus de confi-
ftance , plus d’onéluoftté , plus d’odeur , & même vne couleur plus jaunaftre , qui
11e paroiffoit que tres-peu dans les Poches fuperieures. Auffi la ftruélure de ces
68 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR.
Poches était fort differente. Il fembloit que les inferieures fuffent compofées de glan¬
des , de même que les Reins des jeunes animaux : car en leur furface extérieure
il y avoit vn grand nombre de petits corps ronds , vn peu élevez , & d’vne gran¬
deur differente , les plus grands n’excedant pas vne moyenne lentille. Ils eftoient
tous recouverts de la membrane qui envelopoit extérieurement toutes les grandes
Poches , laquelle n’eft autre chofe qu’vne continuation de la membrane commune
des mufcles.
Aiant ouvert plufieurs de ces petits corps glanduleux , nous trouvâmes qu’ils
eftoient compofez d’vne chair fpongieufe de couleur blanchaftre tirant fur le rouge,
& qu’ils avoient tous vne cavité confiderable : de forte qu’il fembloit que ce fuf¬
fent autant de petites poches ; mais il n’y avoit point de liqueur au dedans , ni
aucune autre fubftance remarquable.
Comme nous jugeâmes au toucher qu’il y avoit quelque liqueur dans les Poches,
dont ces petits corps faifoient vne partie de la furface , nous en ouvrîmes vne par
le fond , confervant celle de l’autre côté pour en garder la liqueur. Il fortit de cette
ouverture vne liqueur d’odeur defagréable , jaune comme du miel , onétueufe com¬
me de la graiffe fondue , & combulfible comme de la terebentine 5 car elle prenoit
feu eftant expofée à la flamme d’vne bougie. Nous voulûmes voir fl en preffànt il
ne fe feroit point vn reflux de cette humeur dans les Poches fuperieures , ou dans
l’ouverture commune des excrémens -, mais ni l’vn ni l’autre n’arriva.
Aiant en fuite vuidé la liqueur de cette fécondé Poche , nous apperceûmes
qu’en fa partie inferieure il y avoit vne troifiéme Poche longue d’environ quatorze
lignes , & large de flx , qui eftoit encore pleine de liqueur , &C tellement attachée à
la membrane de la fécondé Poche, qu’on ne l’en pût feparer. Elle alloit aboutir en
pointe à la partie latérale de l’Ouverture commune -, mais nous n’apperceûmes point
qu’il y euft aucune iffuë dans les cavitez dont nous avons parlé en décrivant cette
Ouverture j car nous n’en pûmes rien faire fortir par-là. Il y avoit en la furface externe
de la troifiéme Poche, de petits corps glanduleux femblables à ceux que nous avions
remarquez en la fécondé. Nous trouvâmes dans cette troifiéme Poche vn fuc plus
jaune, plus liquide, & mieux élabouré que dans les autres. Il avoit aulli vne odeur dif¬
ferente, & il reffembloit allez à vn jaune d’œuf, mais fa couleur eftoit vn peu plus
pafle.
Quoi qu’on ne fe foit propofé dans ce difcours que de parler de ce qu’on a remar¬
qué dans la diffeétion du Caftor, il ne fera pas hors de propos de rapporter ce qu’on a
depuis peu écrit de Canada touchant le Caftoreum. On mande que les Caftorsfe fervent
de cette liqueur pour fe donner de i’appetit lors qu’ils font dégoûtez -, qu’ils la font for-
tir , en preffànt avec la patte les Veflcules qui la contiennent-, & que les Sauvages en
frottent les pièges qu’ils tendent à ces animaux , afin de les y attirer. Rondelet avoit
bien remarqué que les Caftors lèchent fouvent cette liqueur-, mais il ne parle point des
vfages particuliers qu’on nous a rapporté que l’animai &c les Sauvages en font. *
Pour revenir auxPoches qui contiennent le Caftoreum, on voitparla defcription exaéle
que nous en venons de faire, que ce ne font pas les Tefticules du Caftor, comme fè font
imaginé plufieurs Naturaliftes , dont l’erreur paroiftra encore plus évidemment, par ce
que nous dirons cy-aprés de ces Tefticules.
Sextius , au rapport de Pline, fe moquoit de ceux qui croioient que ie Caftor s’ar¬
rache les Tefticules, lors qu’il eft pourfuivi par les Chaffeurs, &C difoit que cela eft im-
poffible, parce que cét animal a les Tefticules attachez à l’épine du dos. Mais il refu-
toit vne erreur par vne autre. Car, comme a fort bien remarqué Diofcoride , les Tefti¬
cules du Caftor font cachez dans les aines, &C non pas attachez à l’épine du Dos. Ce¬
pendant Amatus Lufitanus & Mathiole, qui ont tous deux commenté Diofcoride , &z
qui difent qu’ils ont diffequé des Caftors en prefence de plufieurs Médecins , affûtent
qu’ils ont trouvé ces Tefticules tellement adherans à l’épine, qu’ils ont eu bien de la
peine à les en arracher avec vn fcalpel. Rondelet eft dans la même erreur, bien qu’il ait
examiné
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR. é9
examiné vn peu mieux que les autres Auteurs les Poches d’où fe tire le Caftoreum , mais
pourtant affez négligemment , pour ne s’eftre point apperçû quelles font au nombre de
quatre -, car il n’en compte que deux. Ilya des Auteurs plus modernes qui n’ont pas
efté plus loin que les autres , fe contentant de fçavoir que les Tefticules & les Poches
du Cailor font des chofes differentes -, & ont affez mal entendu Diofcoride, pour croire
que lors qu’il a dit que les Tefticules du Caftor font cachez dans les Aines , il prenoit
les Poches pour les Tefticules. Mais l’experience nous a fait voir que tous ces Auteurs
fe font trompez, fi tous les Caftors font femblables à celui que nous avons diffequé: car les
Tefticules n’eftoient pas plus en dedans que les Poches -, ils eftoient feulement vn peu
plus haut, aux parties externes & latérales des Os-pubis, à l’endroit des Aînés , où nous
les avons trouvez entièrement cachez, en forte qu’ils ne paroiffoient point au dehors
non plus que la Verge avant que la peau fuft levée. Leur figure eftoit affez femblable à
celle des Tefticules des Chiens, fi ce n’eft qu’ils eftoient plus longs & moins gros à pro¬
portion de leur longueur. Ils avoient vn peu plus d’vn pouce de longueur; leur largeur
eftoit d’vn demi pouce , & leur épaiffeur d’vn peu moins. Pour ce qui eft de l’Epidi-
dyme , & de tous les vaiffeaux neceffaires à la génération, ils ne differoient en rien de
ceux des Chiens.
La Verge nous parut plus finguliere. Elle avoit en fon extrémité au lieu de Balanus
vn Os long de quatorze lignes , & fait en forme de ftylet , qui eftoit large de deux lignes
dans fa baie, & fe retrêffîffant tout à coup, alloit aboutir en pointe. Il y avoit auiïi cela
de remarquable, qu’au lieu que la Verge des Chiens remonte de l’Os-pubis vers le nom¬
bril , celle-ci defcendoit en bas vers le trou des excrémens, où elle fe terminoit. Elle
eftoit, comme nous avons dit, cachée;- de forte qu’avant que d’avoir levé la peau nous
ne l’appercevions point , & nous ne pouvions difcerner de quel fexe eftoit cét animal.
Pour mieux examiner ces parties, nous ouvrîmes le Ventre inferieur ; & aiant fuivi
les vaiffeaux Spermatiques jufqu’à leur origine , nous les trouvâmes femblables à ceux
des Chiens, & des autres animaux. Nous remarquâmes aufti que la Verge eftoit cou¬
chée fur le Re&urn , & quelle paffoit au deffous des deux premières Poches du Qafto-
reum , aufquelles elle eftoit étroitement attachée : que de plus ces Poches reçevoient
leurs veines & leurs arteres des veines & des arteres hypogaftriques , n’y aiant point
d’apparence qu’il y ait d’autres vaiffeaux qui puiffent fournir la matière dont eft formé
le Caftoreum , fi l’on ne veut s’imaginer que cela fe faffe par l’Urethrej ce qui n’eft pas
probable.
Pour ce qui eft des autres parties du bas Ventre , les mufcles de l’Abdomen , le Pé¬
ritoine , l’Eftomach , & la Veflîe , n’avoient rien de remarquable , &; leur ftrudure
eftoit entièrement femblable à celle des Chiens.
Les Inteftins eftoient peu confidérables, à la referve du Cæcum, qui eftoit large de
deux pouces & demi, & long de dix. Il eftoit contre l’ordinaire rangé du côté gauche
au deffous de laRatte, d’où il defcendoit jufqu’à la cavité de l’os des Iles, & s’alloit ter¬
miner en vne pointe ronde , faifant vne appendice de la longueur d’vn pouce : ce fut
ce qui nous fit diftinguer cét Inteftin d’avec les autres. Sa figure n’eftoit pas droite,
mais vn peu courbée, comme le fer d’vne faux. Il y avoit en la partie cave de cette
courbure vn ligament , & vn autre en la convexe , tous deux femblables à ceux qui fe
trouvent ordinairement auColum des Hommes ; fk ces ligamens eftoient accompagnez
de veines & d’arteres qui venoient des mefenteriques , & envoioient d’efpace en efpace
leurs rameaux dans le corps de ce boyau.
Deux doits au deffous du gros bout de la Ratte , il y avoit vn petit corps fpherique
fort extraordinaire , qui paroiffoit de même fubftance que la Ratte , quoi qu’il en fuft
fort éloigné ; il avoit trois lignes de diamètre.
Les autres Inteftins eftoient fi peudifferens entr’eux,que nous nepümes jamais diftin¬
guer leColum. Leur longueur eftoit de prés de vingt-huit pieds. Les aiant ouverts, nous
trouvâmes au dedans huit vers longs &C ronds, femblables à des vers de terre, dont il y
en avoit trois de la longueur de fept à huit pouces, le refte d’environ quatre pouces,
~ v' . Mm
7o DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR.
La Ratte eftoit couchée le long du côté gauche de l’Eftomach, auquel elle eftoit at¬
tachée par huit veines, 8c par autant d’arteres, qui faifoient autant de Vas breve. Sa cou¬
leur eftoit allez rouge: fa longueur eftoit de fept pouces , & fon épaiffeur égaloit pref-
que fa largeur, qui eftoit d’environ dix lignes.
Nous ne remarquâmes rien de particulier au Foye , fi ce n’eft qu’il eftoit partagé en
cinq Lobes, de la même couleur que les Lobes du Foye des Chiens. ‘ &
La Veficule du Fiel eftoit cachée fous la partie cave du Foye entre deux de fes Lo¬
bes. Elle avoit deux pouces 8c demi de longueur, 8c prés d’vn pouce de largeur. Tout
le bas Ventre eftoit inondé d’vne bile épanchée , qui avoit peut-eftre efté la caufe de la
mort de cét animal.
Le Pancréas n’eftoit prefqu’en rien different de celui des Chiens. Sa longueur eftoit
de dix pouces ; mais il n’avoit pas plus de deux pouces en fa plus grande largeur.
^ Quoi que ce Caftor fuft aftez gras , principalement par le ventre & par la queue ,
néanmoins il fe rencontra peu de graifte dans la tunique adipeufe des Reins , 8c dans
1 Epiploon. Chaque Rein avoit environ vn pouce d’épailfeur , prés de deux pouces de
longueur, 8c autant de largeur par le milieu.
Le Cartilage Xiphoide eftoit rond, 8c large de quatorze lignes ; mais aftez mince,
& facile à plier. *
Aiant en fuite ouvert le Thorax nous remarquâmes peu de différence entre toutes
les parties qui y eftoient enfermées, & celles des Chiens. Les Poumons avoient fix Lo¬
bes, trois du côté droit, deux du côté gauche, & vn autre petit qui eftoit dans le Me-
diaftin , proche le centre du Diaphragme.
Ce qu’il y avoit de plus remarquable au Cœur, eft que l’oreille gauche eftoit plus
grande que la droite -, ce qui fe voit encore en quelques autres animaux , mais non
pas dans l’homme, qui a au contraire l’oreille droite du Cœur plus grande que la
gauche.
Nous cherchâmes le trou de Botalle, avec d’autant plus de foin , que plufieurs Au¬
teurs modernes ont aftfûré qu’il fe trouve dans tous les animaux amphibies , 8c même
dans les hommes, qui fe plongent fouvent, 8c demeurent long-temps dans l’eau. Mais
quelque exaôtitude que nous aions apportée à en faire la recherche , nous n’avons ja¬
mais pu découvrir ce trou dans le Cœur de noftre Caftor. Il eft vrai que comme il
avoit efté plufieurs années enfermé à Verfailles, fans avoir la liberté d’aller dans l’eau,
il s’eft pû faire que ce trou fe foit bouché, de même qu’il arrive au Fœtus, lors qu’eftant
forti du ventre de fa mere , il a refpiré quelque temps. En effet il fembloit qu’il y euft
eu autrefois en cét endroit vne ouverture qui fe fuft depuis refermée.
Au deffous de la veine Coronaire nous trouvâmes la Valvule qu’on appelle Noble,
qui occupe tout le corps de la veine Cave , 8c qui eft tellement; difpofée, que le
fang peut eftre aifément porté du Foye au Cœur par la veine Cave , mais qui eft em¬
pêché de defcendre du Cœur vers le Foye le long de la même veine.
Le Cœur eftoit long de deux pouces 8c demi depuis la bafe jufqu’à la pointe, 8c large
de prés de deux pouces.
Dans la difleâion que nous fîmes du Cerveau, la figure des Sinus de la Dure Mere
nous parut finguliere. Le Sinus fuperieur qui venoit du côté de l’os Ethmoïde, divifoit
le Cerveau en partie droite , 8c en partie gauche, 8c s’avançoit en ligne droite jufqu’au
commencement du Cervelet , où eftant arrivé il fe feparoit en deux gros rameaux
prefqu’en forme d’Y Grec , qui alloient à droit 8c à gauche divifer le grand Cerveau
d’avec le Cervelet. Ces deux rameaux en produifoient quatre autres ; deux de chaque
côté, qui en retournant vers l’occiput, partageoient le Cervelet en trois parties inéga¬
les : celle du milieu , qui eftoit la plus grande , avoit dix lignes de longueur , 8c cinq de
largeur , & eftoit faite en ovale. Les deux autres latérales avoient quatre lignes 8c
demi de large , & fix de long. Toute l’étendue du grand Cerveau n’eftoit en ià plus
grande longueur , depuis le nez jufqu’aux Tempes, que d’vn pouce 8c huit lignes , 8c
d’vn pouce 8c demi dans fa largeur.
Aiant
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASTOR. 71
Aiant levé tout le corps de la Dure Mere par la partie anterieure , nous n’y trouvâ¬
mes point de Faux fous le grand Sinus. Il y avoit feulement vne petite cavité qui eftoic
formée par la rondeur du Sinus , & l’on voioit paroillre fous les rameaux de ce Sinus
des traces de (èmblables cavitez.
La feparation du grand Cerveau d’avec le Cervelet, n’efloit reconnoilfable que par
ces fortes de traces, qui n’eftoient pas profondes. Le Cervelet occupoit toute la partie
pollerieure de la Telle. Le Cerveau n’avoit que tres-peu d’anfraéluofitez ; & fa partie
externe paroilfoit plûtofl blanche que cendrée. Le relie du Cerveau elloit femblable à
celui des autres animaux. Les Apophylès Mamillaires elloient alfez grolfes -, mais les
Nerfs Optiques elloient fort petits au fortir de la lubllance du Cerveau, & ils s’alloient
joindre enfemble d’vne manière extraordinaire, àcaufe de la longueur de cette jonétion
qui elloit de fept lignes. En fuite ils le divifoient à l’ordinaire pour aller aux yeux , qui
n’avoient pour orbite qu’vn cercle olfeux.
Pour ce qui effc des chairs des mufcles & de tout le relie du corps , nous n’y avons
rien trouvé de particulier, li ce n’ell que la chair de la Queue, comme nous avons déjà
remarqué, elloit differente de celle des autres parties.
Nu
72
de la figure de la Loutre.
CE qu’il y a de remarquable dans la figure d’en bas efl la flrudture des Pattes , dont
les doits font liez les vus aux autres par des peaux comme à l’Oye ; les Dents
qui font aiguës & differentes de celles du Caftor; &C l’Oreille qui efl petite comme au
Caflor, mais beaucoup plus bafle.
Dans la figure d’en haut
AB. Efi vn Rein couvert de fia membrane adipeufie.
C C C. Sont les petits Reins à découvert , & dont la membrane adipeufie efi ôtée.
DD. Les Vreteres.
E E. Les Vaifieaux. Emulgens.
F. Le Clitoris retiré en dedans.
G G. Les Nymphes.
H. L'Anus.
I. Le Clitoris tiré en dehors.
L. L'Os du Clitoris.
11111111111(111
DESCRIPTION AN ATOMIQUE
DU NE LOUTRE
QUe l qu es' Auteurs ont confondu la Loutre avec le Callor, à caufe de la grande
,reffemblance qui ell entre ces deux animaux -, mais la plufpart demeurent d’ac¬
cord qu’ils font differens en plufieurs chofes. Nous en avons remarqué quelques-vnes
dont nous n’avions point encore ouï parler -, & il y a aulîî quantité de particularitez que
l’on attribue à la Loutre, 5c que l’on prétend lui eltre communes avec le Callor , que
nous n’avons point trouvées dans nollre fujet.
Pline , Belon , 5c prefque tous les Hiftoriens naturels , difent que la Loutre ôc le
Callor font feulement differens par la Queue, qui ell couverte d’écailles au Callor, ÔC
qui ell fort peluë dans la Loutre. Georgius Agricola 5c Albert font les quatre pieds de
la Loutre femblables à ceux du Chien. Tous les autres Auteurs dilent qu’elle les a pa¬
reils à ceux du Callor : nous n’avons trouvé ni l’vn ni l’autre dans nollre Loutre. Hé¬
rodote dit que le Callor ôc la Loutre , de même que les autres animaux qu’il appelle à
teStc quarree , ont cela de commun, que leurs Tefliculesfont propres aux maux de Matri¬
ce, ÔC Brafavole allure qu’ils ont les vnsôcles autres vne même vertu contre l’Epileplie,
la Paralyfie, 5c toutes les maladies des Nerfs : en quoi il paroill que ces Auteurs n’ont
point fait de dillinélion entre les Poches du Callor 5c fes Tellicules , parce qu’on ne fe
îèrt que des Poches aux maladies de Matrice 5c des Nerfs. Arillote a aulli attribué à la
Loutre vne particularité que Pline rapporte du Callor, qu’il dit ellre tellement enragé
contre l’homme , que quand il le mord, il ne quitte jamais prife qu’il n’ait fenti craquer
fous fes dents les os des parties qu’il a failles.
Le mot Grec A oStçov, dont le nom de la Loutre ell dérivé, 5c qui lignifie vn Bain ou
Lavoir, femble la dillinguer du Callor, parce qu’elle ne fe plonge que dans l’eau douce,
5c jamais dans la mer, dont l’eau n’ell point propre à laver, ni à faire vn Bain-, 5c que le
Callor va indifféremment dans la mer 5c dans les rivières.
La grandeur de la Loutre , 6c la proportion de fes parties , la rendoit encore bien
differente du Callor que nous avons diffequé -, car le Callor avoir trois pieds 5c demi
de longueur en comprenant la queue ^ 5c la Loutre n’avoit en tout que trois pieds deux
pouces, 5c fa queue elloit à proportion bien plus longue; ce qui lui rendoit le relie du
corps encore plus petit que celui du Callor. La Telle du Callor avoit cinq pouces 5c
demi depuis le mufeau jufqu’à l’occiput, 8c celle de la Loutre n’en avoit que quatre 5c
demi. Les pieds de devant du Callor avoient fix pouces 5c demi depuis le coude jufqu’à
l’extrémité des doits ,8c ceux de la Loutre n’en avoient que cinq. Les pieds de derrière
du Callor avoient fix pouces depuis le talon jufqu’au bout des doits, & ceux de la Lou¬
tre n’en avoient que trois 8c demi.
Cela rendoit encore nollre Loutre bien differente de celle que Belon décrit, à qui il
fait les jambes femblables à celles du Renard , ÔC feulement differentes en ce qu’elles
font plus groffes -, fi ce n’ell qu’il ait voulu dire qu’elles font plus groffes à proportion
de leur longueur : mais la vérité ell qu’à proportion du relie du corps elles font beau¬
coup plus courtes qu’au Renard , ellant femblables en cela à celles de la Belette , qui a
le corps long, 5c les jambes courtes.
Les pieds de derrière elloient tout-à-fait femblables à ceux du Callor , aiant cinq
doits longs 5c menus, non ramaffez comme ceux des pieds du Chien, 5c les interval¬
les ellant remplis d’vne peau , ainfi qu’ils font aux pieds d’vn Oye. Ceux de devant
elloient pareils à ceux de derrière , 5c fort differens des pieds de devant du Callor :
car ces doits elloient joints par des membranes comme ceux de derrière , à la referve
que les membranes les ferroient vn peu davantage -, mais ils n’avoient point cette ref-
femblance que ceux du Callor ont à vne main ; les cinq doits ellant égaux , aiant cha-
Oo
74 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LOUTRE.
cun leurs trois Phalanges , & le pouce n’eftant point plus feparé des autres doits qu’ils le
font entr’eux.
Le Mufoau , les Yeux, & la forme de toute la Tefte ne la rendoient gueres differente
du Caftor: les Dents feulement eftoient diffemblables , n’eftant point trenchantes,ni fi
fortes que celles du Caftor ; ce qui nous faifoit juger qu’Ariftote a pris la Loutre pour
le Caftor, quand il a exagéré de la maniéré qu’if a déjà efté dit, Feftrange force de fa
morfure : car noftre Loutre n avoir point ces quatre grandes & longues Incifives qui
font particulières au Caftor, & à quelques autres animaux, comme au Lièvre, à l’Efcu-
rieu , & au Rat • toutes les dents eftant faites comme celles du Chien ou du Loup,
& les Canines eftant à l’ordinaire plus longues que les Incifives. De forte que ces dents
faifoient toute la reffemblance que nous avons trouvé que la Loutre a avec le Chien,
quoi que Belon dife qu’elle en a la tefte , & qu’Elian l’appelle Chien de riviere. Les
Oreilles , qui eftoient petites comme au Caftor, eftoient plus baffes que les yeux, & fi-
tuées proche la mâchoire inferieure.
Le poil n’eftoit pas la moitié fi long que celui du Caftor, n’aiant à l’endroit du corps
où il eftoit le plus long, que huit lignes ; au lieu que celui du Caftor en avoit dix-huit.
Sa couleur eftoit en quelque façon differente de celle du Caftor , mais non pas de la
maniéré que les Auteurs l’expriment : car ils difent que le poil du Caftor tire davanta¬
ge fur le gris, & nous avons trouvé le contraire -, noftre Loutre aiant le poil du deffous
de la gorge , de l’eftomac , d>z du ventre beaucoup plus gris qu’il n’eftoit en noftre
Caftor. Le poil de la queue eftoit plus court que par le corps, mais beaucoup plus long
qu’aux pattes. Le refte du poil , à fçavoir fur la tefte & fur le dos , eftoit de couleur
pareille à celui du Caftor , eftant d’vn Chaftain brun , & de deux efpeces , l’vn plus
long , plus brun, plus droit, & plus gros; l’autre plus court, plus gris , plus frifé, & plus
doux.
Pour achever la defcription du dehors , il refte à parler d’vne particularité affez re¬
marquable, & qui diftingue fort la Loutre , non feulement du Caftor, mais même des
autres brutes , qui eft la conformation extraordinaire de l’orifice extérieur de la Ma¬
trice, où nous avons trouvé des Nymphes & vn Clitoris comme aux femmes. Le Cli¬
toris, qui eftoit fitué à la partie fuperieure des Nymphes, &C au-de-là de leur jonétion,
avoit trois lignes de long. Il eftoit compofé de membranes & de ligamens qui enfer-
moient vn os long de deux lignes.
La plufpart des parties qui fe voient par la diffeéfion, eftoient encore plus differentes
de celles du Caftor que les extérieures ne le font. Le Foye, qui n’avoit que cinq Lobes
dans le Caftor, en avoit fix dans noftre Loutre. La Ratte, qui eftoit Cylindrique au
Caftor, &C fort menue, n’aiant que dix lignes de diamètre fur fept ponces de longueur,
eftoit platte dans la Loutre , aiant vn pouce & demi de large fur quatre pouces &C
demi de long. Mais fa connexion eftoit fi particulière , qu’elle n’eftoit pas feulement
differente de celle du Caftor, mais deprefque tous les autres animaux , dans lefqueîs
la Ratte eft ordinairement attachée au Ventricule*, au lieu quelle l’eftoit dans noftre
Loutre à l’Epiploon.
Les Reins avoient trois pouces de long fur deux de large. Au Caftor ils n’avoient
pas deux pouces de long : mais la principale différence eftoit dans la conformation, qui
eftoit fi extraordinaire , qu’elle approchoit de celle des Reins de l’Ours *, ceux de la
Loutre n’en eftant differens que par le nombre des petits Reins, dont les vns & les au¬
tres font compofez : car au lieu de cinquante-deux petits Reins que nous avons trou¬
vez dans l’Ours, il n’y en avoit que dix dans la Loutre , qui eftoient feparez les vns des
autres , aiant chacun leur Parenchyme, leur Veine, & leur Artere Emulgente à part,
avec vn troifiéme vaiffeau , qui eftoit vne branche du Baftinet , que la dilatation de
l’Uretere produifoit, &c dont les dix branches fortoient pour s’attacher à chaque petit
Rein. Ces petits Reins , outre vne membrane commune qui les envelopoit , avoient
quantité de fibres qui les lioient &C les amaffoient en vn tas, qui avoit vne figure vn peu
plus longue que les Reins ne l’ont ordinairement; & il y avoit vn de ces. petits
Reins
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LOUTRE. 77
Reins qui eftoit vn peu plus feparé des autres , & qui allongeoit encore vers le haut
cette figure, en forte que ce petit Rein pou voit eftre pris pour la Capfule Atrabilaire.
Le Pancréas eftoit compofé de glandes Conglomérées comme celui duCaflor, & de
laplufpart des autres animaux, mais elles paroifloient plus diftindtes , & feparées les vnes
des autres qu’à l’ordinaire.
Le Poumon eftoit aufli comme au Caftor compofé de fept Lobes, dont il y en avoir
fix égaux en grandeur, 5c vn feptiéme fort petit, qui fembloit feulement vn appendice
du fixiéme.
Nous cherchâmes avec foin dans les vaifleaux du Cœur ce trou Ovalaire qu’on
eftime eftre dans les animaux , pendant quils demeurent fans refpirer dans le ventre
de leur mere , pour fuppléer à l’vfage que l’on attribue à la Relpiration , qui eft,
d’aider à la Circulation du fang qui fe fait au travers du Poumon , par le moien
de la dilatation, 5c de la compreflion de cette partie. Nous avions déjà fait cette re¬
cherche dans le Caftor, parce que quelques-vns ont eftimé que cét animal avoit befoin
de cette conformation des vaifleaux du Cœur , pour faire qu’il puifle fupporter la cef-
fation de la Retiration qu’il fouffre lors qu’il fe plonge 5c qu’il demeure long-temps
dans l’eau : mais nous ne trouvâmes point que ce trou fuft ouvert, ni qu’il y euft d’au¬
tres conduits qui pûflent donner paflage au fang pour la Circulation que ceux qui font
dans le Poumon. La vérité eft néanmoins que nous remarquâmes quelques veftiges de
cette ouverture , qui fembloit faire connoiftre qu’il y avoit peu de temps qu’elle eftoit
refermée : ce qui nous paroifloit d’autant plus probable, que nous eftions aflurez que
le Caftor avoit efté long-temps enfermé dans fa Loge fans avoir la liberté de fe plonger
dans l’eau , & qu’il pouvoit eftre arrivé que ce trou s’eftoit rebouché de même qu’il
l’eft ordinairement dans tous les animaux peu de temps après la naiflance , lors que la
faculté qu’ils ont de refpirer a rendu ce trou inutile. Mais nous n’avons trouvé dans
noftre Loutre aucune apparence qu’il y euft jamais eu de trou qui pûft donner paflage
au fang de la veine Cave dans l’artere Veneufe: 5c cela s’accorde allez avec la remarque
que tous les Auteurs ont faite que la Loutre eft obligée de temps en temps de s’élever
au delïus de l’eau pour refpirer ; ce que le Caftor ne fait point , aiant vne bien plus
grande facilité à fe palier pendant vn long-temps de la Relpiration.
Les autres parties qui ont efté diflequées avec foin , ne nous ont rien fourni de con-
fiderable, ÔC qui mérité d’eftre remarqué.
pp
Explication de la figure de la Civette.
EL le eft difpofée de forte qu’on peut voir la fîtuation des Poches dans lefquel-
les font les réceptacles de la liqueur odorante , & les trois ouvertures qui font par¬
ticulières à cét animal , 6c qui font plus diftindlement reprefentées dans la figure d’en
haut.
Dans la figure d’en haut
AA. Ef le bout de la Verge tirée par force dehors.
B. U Orifice externe de la Matrice.
C C. V Anus du mâle & celui de la femelle.
DD.. L’endroit ou la Queue ef coupée.
E. One éminence 3 qui eft comme vne efpéce de Clitoris.
FF. Les Loches dans lefquelles font les réceptacles de la liqueur odorante 3 e fiant couvertes de la peau > &
en leur fituation naturelle.
G G. Les mêmes Poches découvertes , & renverfées en embas.
HH. Z es mêmes Poches encore plus découvertes 3 les mufles efiant SteZj.
II. Les deux ouvertures qui pénétrent dans les facs 3 ou réceptacles de la liqueur odorante.
K. V ajfemblage des trois mufcles des Poches.
L. Le conduit dans lequel la Verge ef cachée.
M. Le col de la OMéatrice.
N N. Les Leficules du mâle.
O O. Les Leficules de la femelle. * ' '
PP. Les Portières ou Cornes de la Matrice.
OfiV Les Mufcles Cremajléres.
R. La Vefie.
SS, L’extrémité des Cornes de la Matrice ? qui femblent avoir quelque rapport au Tuba.
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77
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE DEUX CIVETTES
APres avoir fait la diffeélion d’vn Caftor & d’vne Loutre , il fe prefenta vne oc-
cafion d’y joindre celle de deux Civettes , qui moururent l’Hyuer fuivant au
Parc de Verfailles. Nous fûmes bien aifes de pouvoir faire la comparaifon de ces deux
elpeces d’animaux, parce qu’ils conviennent en des organes qui leur font fort particuliers,
qui font les réceptacles dans lefquels il s’amaffe vne liqueur, dont l’odeur eft remarqua¬
ble, pour eftre extrêmement douce dans les vns, & fort defagréable dans les autres.
Nous cherchâmes d’abord s’il n’y avoir point quelque railbn particulière de cette
diverfité d’odeur , mais nous ne trouvâmes point qu’il y en euft apparemment dautre
que la diverfité du Tempérament de ces animaux -, car l’vn eft chaud & fec , boit peu,
èc habite des pais chauds & arides -, l’autre vit tantoft dans les eaux , & tantoft fur la
terre : & comme il a beaucoup d’humidité , à caufe qu’il participe de la nature des
Poiftons , il n’a pas affez de chaleur pour cuire & perfeétionner cette humidité. De
forte que fuppofé que la bonne tk la mauvaife odeur viennent de la coction ou de la
crudité que la chaleur naturelle plus ou moins puiftante opéré dans les humeurs, le Caftor,
dont la chaleur naturelle eft affoiblie, & comme étouffée par l’abondance de Ion humi¬
dité, ne la peut cuire qu’imparfaitement, ni y produire qu’vne odeur fort defagréable.
Les deux Civettes dont nous avons fait la diffeélion , eftoient l’vne mâle & l’autre
femelle , mais tellement femblables en tout ce qui fe voit au dehors , qu’il n’y avoir
même aucune apparence de dillinclion de fexe -, n’eftant pas poftible fans la diffeélion,
de juger qu’elles ne fuffent toutes deux femelles. Car le mâle avoit les parties qui lui
font propres, cachées tk renfermées au dedans • & le vafe ou réceptacle de la liqueur
odorante , dont l’ouverture a efté prife par la plufpart des anciens pour la marque
du fexe de la femelle , eftoit tout pareil en l’vne ïk en l’autre de nos Civettes.
Elles eftoient longues depuis le mufeau jufqu’au commencement de la Queue de
vingt-neuf pouces. La Queue avoit efté rognée à l’vne & à l’autre. Celle qui eftoit Ja
plus longue avoit dix pouces. Les Pieds eftoient fort courts , principalement ceux
de devant, qui n’avoient depuis le ventre jufqu’en bas que cinq pouces. Les Pattes, tant
celles de devant que celles de derrière , avoient chacune cinq doits , dont le plus petit
eftoit en dedans comme à l’Ours ; mais ce petit doit nepofoit pas à terre. Outre ces
cinq doits il y avoit vn Ergot, qui eftoit garni de fon ongle comme les doits. Les Ongles
eftoient noirs , non crochus, & fort peu pointus. La Plante eftoit garnie d’vne peau fort
douce au toucher. Les Oreilles approchoient de la figure & de la grandeur de celles
d’vn Chat; mais elles eftoient moins pointues, &C plus petites: le refte de la Telle n’avoit
rien qui tint de cét animal que les barbes, qui font communes à la plupart de ceux qui
font carnafliers. Car la telle eftoit étroite -, le mufeau long ; la langue douce *, les yeux pe¬
tits, noirs, troubles & longs-, les dents Canines courtes, & peu pointues, en forte quelles
paroiffoient avoir efté rompues : tk il y a apparence que cét animal farouche & co¬
lère fe rompt ordinairement les dents en mordant les barreaux de fer de fa cage. Le Col
eftoit affermi &C fortifié par des ligamens, & par des mufcles extraordinairement forts.
Bartholin a remarqué qu’ils font en plus grand nombre qu’aux autres animaux.
Le poil, qui eftoit court fur la Telle &; aux Pattes, eftoit fort long par le refte du
corps , aiant jufqu’à quatre pouces & demi fur le dos , ou il eft le plus long. A ce long
poil , qui eftoit dur , rude , & droit , vn autre eftoit entremêlé , plus court , plus doux , &C
frifé comme delà laine ,de même qu’au Caftor , mais il n’eftoit pas fi fin : il avoit par
tout vne même couleur , à fçavoir vn gris brun. Le grand poil eftoit de trois couleurs,
&C faifantdes taches tk des bandes, les vnes noires, les autres blanches, & les autres rouf-
faftres. Il y avoit quelques-vns de ces poils qui eftoient de deux couleurs , eftant noirs
78 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX CIVETTES.
vers le milieu ,& blancs tantoft vers la racine, tantoft vers l’autre extrémité. Les quatre
pieds eftoient noirs de même que le ventre &: le deffous de la gorge , contre l’ordinaire
des autres animaux, qui ont toujours le ventre & le deflous de la gorge dvne couleur
moins brune que le refte du corps , quand tout le poil n’eff pas d’vne même couleur.
Le refte du corps eftoit entremêlé de trois couleurs , entre lefquelles le noir eftoit la
principale. 11 y avoit deux grandes taches noires aux cotez du mufeau , qui enfermoient
les yeux, & qui laifloient le refte fort blanc, à la referve du nez qui eftoit noir. Le deflus
de la tefte , depuis les yeux jufqu’aux oreilles eftoit gris , par le mélange du blanc & du
noir qui eftoit dans chaque poil, ainfi qu’il a efté dit , tout le fond eftant noir , & l’ex¬
trémité blanche. Les Oreilles qui eftoient toutes noires par dehors , & feulement bor*
dées de blanc , eftoient remplies par dedans d’vn long poil blanc. Le Col avoit de cha¬
que côté quatre bandes noires fur vn fond fort blanc ; & ces bandes qui commençoient
au deflous des Oreilles , defcendoient obliquement vers l’Eftomac. Le milieu du dos
eftoit couvert de trois bandes-, celle du milieu eftoit noire, Scelles des cotez rouflaftres.
Les Epaules &; les cotez jufques aux flancs eftoient marquetez de beaucoup de noir,&;
de peu de rouffaftre. Les Flancs eftoient bandez de noir de blanc également , mais
ces bandes n’eftoient pas fi continues que celles du Col -,c’eftoientplûtoft des taches que
Pline appelle des Yeux dans la Panthère , mais dont peu eftoient ifolées , eftant atta¬
chées la pluipart les vnes aux autres. La Queue eftoit noire par deflus , & mêlée d’vn
peu de blanc par deffous.
L’ouverture de la Poche ou Sac, qui eft le réceptacle de la Civette, eftoit au deffous
de l’Anus, & non pas fous la queue, ainfi qu’Ariftote la met en fon Hyene , que nous
eftimons avec Belon n’eftre point autre choie que noftre Civette -, ou du moins que noftre
Civette eft vne efpece d’Hyene. Et cela eftant ainfi , il eft affez effrange que ce grand
perfonnage, qui reprend Hérodote de s’eftre trompé, quand il a crû que l’ouverture de
cette Poche eftoit la partie qui marque le fexe de la femelle , &; qui l’excufe fur ce qu’il
eft difficile de n’y eftre pas trompé , fi on n’examine la choie bien exaétement , fe foie
laiffé tromper lui-même, &C qu’il ait écrit en plufieurs endroits, que l’Anus & les parties
de la Génération dans l’vn & dans l’autre fexe font au-de-là de la Poche.
Cette Poche eftoit entre l’Anus & vne autre petite ouverture, dont elle eftoit diftante
de deux pouces & demi-, mais elle eftoit plus proche de l’Anus. Cette Poche avoit deux
pouces &C demi de largeur, & trois de longueur : fon ouverture qui faifoit vne fente de
haut en bas, avoit deux pouces & demi. Par les bords par le dedans elle eftoit revêtue
d’vn poil court &C tourné de dehors en dedans, en forte qu’il eftoit afpre de dedans en
dehors. En écartant les deux cotez de cette ouverture, on voioit le dedans, dont la ca¬
pacité pouvoit contenir vn petit œuf de poule : le fond en eftoit percé à droit & à gau¬
che de deux trous capables de recevoir le doit, qui penetroient chacun dans vn fac re¬
vêtu d’vne peau blanche & inégale comme celle d’vn Oifon. Les éminences qui faifoient
cette inégalité eftoient percées d’autant de pores, dont on faifoit fortir, quand on les
prefloitjla liqueur odorante, que les Arabes appellent Zibet, qui fignifie écume, & d’où
eft venu le nom de Civette.
En effet, cette liqueur eftoit écumeufe en fortant -, ce qui fe reconnoîffoit en ce que
quelque temps après elle perdoit la blancheur qu’elle avoit au commencement. Elle
fortoit , à ce que nous pûmes juger , d’vn grand nombre de glandes qui eftoient entre
les deux tuniques , dont les facs eftoient compofez.
La petite ouverture qui paroifloit au deffous de la grande Poche, eftoit l’entrée d’vn
conduit dans lequel la verge du mâle eftoit cachée -, la femelle avoit vn conduit fem-
blable, qui eftoit le col de la Matrice, dont l’Orifice interne eftoit fi étroit, & fi difficile
à dilater , qu’on eut bien de la peine à y faire paffer vn petit ftylet. L’Orifice externe
eftoit couvert par deux petites éminences vn peu longues, qui fe joignoient, &C faifoient
vn angle, au deffous duquel eftoit vne troifiême éminence qui paroifloit eftre le Clitoris.
A l’ouverture du Ventre on trouva fous la peau depuis les os pubis jufqu’au nombril,
deux éminences de graiffe dure , larges & épaiffes d’vn pouce, & longues de quatre. Elles
enfermoient
DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX CIVETTES. 79
enfermoient les rameaux qui p a (lent des veines & arteres Hypogallriques dans les deux
Sacs qui font la grande Poche , pour y porter la matière dont la liqueur odorante eft
faite , &C qui s’y amaffe. Bartholin a cherché avec beaucoup de loin, & n’a point trouvé les
conduits particuliers, qu’il eftimoit eftre neceffaires pour porter cette matière: mais nous
n’avons point crû qu’il y en deuil avoir d’autres que les Arteres, de même que les Mam-
melles , ni les Reins n’en ont point d’autres qui leur portent la matière du lait, Zk de
l’vrine ; y aiant vne faculté dans les glandes qui font enfermées dans les Sacs du réce¬
ptacle de la Civette , qui leur fait prendre dans les Arteres ce qui elE propre à eftre
converti en liqueur odorante, de même que les glandes des Mammelles s’imbibent de
la matière qu’elles trouvent dans le fang, propre à recevoir le charaélere du lait.
Ces vailfeaux qui alloient aux Sacs du réceptacle elloient fort gros dans le mâle;
mais à peine les pût-on appercevoir dans la femelle. Auffi la Civette du mâle avoit vne
odeur plus forte &C plus agréable que celle de la femelle. Les Auteurs néanmoins difent
prefque tous le contraire ; &C Quadramius dans fon Livre de la Theriaque préféré la
Civette de la femelle à celle du mâle , qu’il dit même 11e valoir rien , fi on ne la mêle
avec celle de la femelle. Nous n’avons point trouvé non plus qu’il fuft vrai que l’odeur
de la Civette fe perfeétionnaft , apres avoir ellé gardée quelque temps , ni qu’eftant
nouvelle , elle euft vne odeur abominable , comme dit Amatus Lufitanus ; car fon
odeur ne nous a pas femblé meilleure après vn an , que quand nous en fîmes la diffe-
élion. Plutarque dit que non feulement la peau, mais encore la chair & les os de la
Panthère fentent bon ; mais nous n’avons pas trouvé que la bonne odeur de la Civette
fe fuft communiquée aux parties du dedans : car il n’y avoit que le poil qui euft vne
bonne odeur, & principalement au mâle, dont le poil eftoit tellement parfumé , que la
main qui l’a voit touché confervoit long - temps vne odeur fort agréable: ce qui femble
appuier l’opinion de Scaliger , de Mathiole, & de plufieurs autres , qui eftiment que le
parfum de la Civette n’eft rien autre chofe que fa fueur ; en forte qu’on la recueille,
ainfi que Marmol affûre , des animaux qui la produifent , après qu’on les a fait bien
courir dans leur cage ; tk qu’on ne l’amaffe pas feulement de leurs Poches , mais en¬
core de plufieurs autres endroits, & principalement d’autour du col :y aiant néanmoins
apparence que quoi que cette fueur forte indifféremment de tout le corps, elle s’amaffe
en plus grande quantité dans les Sacs,& s’y perfeétionne mieux.
Ces Poches ou Sacs avoient des mufcles , dont Bartholin n’a point parlé , quoi qu’il
les ait marquez dans fes Figures. Ceux que nous avons trouvez elloient differens de
ceux qu’il reprefente , tant en nombre qu’en ftruéture. Il en met quatre , qui naiffant
des parties voifines, s’inferent aux Poches. Ceux de nos Civettes n’elloient qu’au nom¬
bre de trois, dont il y en avoit vn, qui aiant fa naiffance à l’vne des Poches, alloit s’infe-
rer à l’autre: les deux autres prenoient leur origine de la partie inferieure de l’os Ifchion,
& chacun venoit fe joindre à fon antagonifte au milieu des deux Poches , &£ s’atta-
choit à la Poche fur laquelle il paffoit pour aller faire cette jonélion.
Il nous a ellé aifé de conjeéturer quelle doit eftre l’aélion de ces mufcles , par leur
ftruélure , &c par leur fituation : car celui qui eft commun aux deux Poches , doit eftre
fait pour les ferrer, en les approchant l’vne de l’autre-, & ceux qui partent des os de l’If-
chion, tirent les deux Poches enfemble ,tantoft à droit , tantoll à gauche, félon qu’vn des
mufcles s’accourcit, pendant que fon antagonifte fe relâche. L’vfage de ces mouvemens
eft vraifemblablement pour exprimer &c faire fortir la liqueur odorante, dont la réten¬
tion eft infupportable à ces animaux, lors que par le temps elle a acquis vne acrimonie
picquante , qui les excite à la faire fortir : car on a remarqué que les Civettes paroift
fent avoir vne inquiétude qui les agite & qui les tourmente , quand elles ont amaffé
quelque quantité de cette liqueur, qu’elles s’efforcent de faire fortir.
L’Epiploon eftoit double & quarré à l’ordinaire , mais fort grand. Il defcendoit juf-
qu aux os pubis , & eftoit compofé de bandes de graiffe qui enfermoient les vaiffeaux.
Ces bandes avoient chacune trois angles , & elloient jointes enfemble par vn tiffu de
fibres en forme de réfeau.
Rr
80 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX CIVETTES.
Les Inteftins n’eftoient pas fort longs, mais principalement les gros, qui tous trois
enfemble n’avoient pas plus de fix pouces. La Ratte au contraire eftoit extraordinai¬
rement longue, aiant plus de fix pouces de long fur deux de large, &C vn quart de pouce
d’épaiffeur. La couleur en eftoit livide, tirant fur le noir.
Le Pancréas eftoit attaché au Duodénum , & s’étendoit vers la Ratte. Il eftoit large
d’vn pouce , & long de quatre.
Le Foye avoit cinq grands Lobes, & vnfixiéme plus petit que les autres, fitué dans
le milieu de fa partie inferieure. Bartholin en compte fept. Le Foye de la femelle eftoit
bien plus pâle que celui du mâle , & il eftoit marqueté d’vne infinité de points d’vn
rouge plus brun.
La fituation des Reins eftoit telle , que le droit eftoit plus haut que le gauche. Ils
eftoient tous deux attachez aux Lombes par vne membrane que nous avons prife pour
la duplicature du Péritoine, qui les tenoit enfermez comme ils font aux hommes , & à
quelques autres animaux. Bartholin croit que cette membrane eft celle qui leur eft par¬
ticulière, & qui envelope immédiatement leur Parenchyme, mais il avoue qu’elle s’en
feparoit plus aifément que la membrane propre n’a coutume de faire.
La Verge eftoit fituée entre les deux Poches dans vn conduit , ainfi qu’il aefté dit.
Elle avoit à fon extrémité vn os long de fix lignes, large d’vne ligne & demie à l’endroit
le plus étroit, & de plus de deux vers fon extrémité, ou il eftoit le plus large, & fendu-,
de maniéré qu’il avoit comme deux telles , entre lefquelles il y avoit vn efpace vuide
en forme de goutiere, pour donner paffage à l’Utethre.
La Matrice eftoit feparée en deux longues cornes , au bout defquelles eftoient les
Tellicules, dont la gro fleur n’excedoit gueres celle d’vn gros pois, dont ils imitoient
aufli la figure, eftant prefque ronds. Ces cornes produifoient encore au-de-là desTefti-
cules des appendices de fubftance membraneufe & graiffeufe, d’vne figure irrégulière,
qu’on pouvoit prendre pour les Franges de la Trompe de la Matrice.
Le Poumon avoit fept Lobes, trois d’vn côté, & trois de l’autre, & vn plus petit que
les autres au milieu dans la cavité du Mediaftin proche le Diaphragme. Le Poumon de
la femelle eftoit corrompu, & rempli de pierres.
Le Cœur eftoit comme aux Chiens. L’embouchure de l’Aorte eftoit endurcie ,
comme cartilagineufe : & il y avoit de la graifle qui accompagnoit les vaifléaux coro¬
naires jufques dans la fubftance du Cœur.
Les Mufcles des Temples eftoient fort épais , & couvroient comme au Lion les deux
cotez du deflus de la telle. Dans l’os Frontal il y avoit fix cavitez ou Sinus feparez les
vns des autres par des os Ipongieux & tres-minces. Le grand Cerveau eftoit leparé du
Cervelet par vn os tranfverfal , comme à la plufpart des brutes. Bartholin a remarqué
dans vne Civette vn os qui feparoit le grand Cerveau en deux , &C bien different de ce¬
lui-ci &; de tous ceux qui fe trouvent ordinairement aux brutes au dedans du Crâne;
car il eftoit en long fuivant la future Sagittale.
La glande Pineale eftoit fort petite, & feulement grofle comme la telle d’vne petite
épingle.
L’humeur Aqueufe de l’Oeil eftoit trouble ; ce qui venoit, à ce que nous avons
jugé, par la diflolution du noir, dont le revers de l’Iris eft enduit. Le Tapis ti¬
roir fort fur le blanc. Les Naturaliftes difent que les Yeux de cét animal éclairent la
nuit comme ceux des Chats. Le Cryftallin eftoit plus convexe en dedans qu’en dehors;
mais ce qu’il avoit de plus remarquable , eftoit vne dureté extraordinaire, qui nous fit
reffouvenir de ce que Pline dit des yeux de l’Hyene, à fçavoir qu’on en tire des pierres
précieufos appellées Hyeniœ.
Cette particularité jointe à quantité d’autres qui fe trouvent communes à l’Hyene
des anciens , & à noftre Civette , nous fit plus incliner à l’opinion de Belon , qui croit
que ce ne font point des animaux differens, qu’à celle de Scaliger, de Ruel, d’Alexan¬
der Benedi&us , de Matthiole, de Léo Africanus, de Busbequius,d’Aldrovandus,& de
prefque tous les Auteurs Modernes, qui veulent que la Civette ait efté inconnue aux
y Anciens,
DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX CIVETTES. 81
Anciens , & que ce Toit vne efpece de Chat : car , ainlî que nous avons remarqué, la lon¬
gueur de la telle & des yeux de la Civette , la petiteffe de fes dents & de fes pieds, la
rudeffe de Ton poil, la douceur de fa langue, la noirceur , & la rectitude de fes ongles,
& la raucité que tous les Auteurs ont remarquée en fa voix, qui la rend plus femblable
à celle des Chiens qua celle des Chats, font des chara&eres tout-à-fait differens de ceux
qui fe voient dans toutes les efpeces de. Chats. Mais au contraire, tout ce que les An¬
ciens ont dit de leur Hyene le trouve dans la Civette, lî on en excepte des chofes incroia-
bles , & tout-à-fait ridicules ; comme de rendre les Chiens muets par fon ombre , ainfi
qu Ariftote & Elian rapportent 5 de fçavoir imiter la parole des hommes, qu’elle appelle
par leur nom , pour les faire fortir de leurs habitations , & les devorer , ainli que Pline ra¬
conte-, &: d’avoir auffî des pieds humains , & point de vertebres au col , de même que
l’animal que Busbequius prend pour i’Hyene des Anciens -, qui font des particularitez
que Léo Africanus n’a point remarquées dans l’animal qu’il propofe pour l’Hyene.
Car la defcription des Anciens , quant à ce qui regarde la forme extérieure , confifte en
trois choies , qui font de relfembler au Loup par la telle , d’avoir vn long poil herilfé le long
du dos , &C vne ouverture particulière lous la queue, outre les deux qui y font ordinaire¬
ment aux femelles des autres animaux. Les deux premières marques que nous avons trou¬
vées fort diftinétement en nollre Civette , quoi que communes à d’autres animaux, nous
ont femblé bien convaincantes, ellant jointes à la troiliéme, qui eft li particulière, qu’on
peut dire qu’on ne connoifl point d’animal ou il s’en trouve de femblable. Car l’ouver¬
ture que les Lièvres, les Gazelles , plufieurs autres animaux ont en cét endroit , n’a
rien qui approche de la figure extraordinaire de celle qui ell à la Civette, & qu’Arillote a
marquée bien dillinétement dans l’Hyene qu’il décrit, en difant que cette ouverture ell
femblable à l’orifice extérieur de la Matrice d’vne Femme.
La feule difficulté qui fe rencontre eft que les Anciens n’ont point parlé de l’odeur de
la Civette : ce qui a fait croire à Gillius qu’elle eftoit la Panthère des Anciens , & à
Caftellus , que c’eftoit vne Hyene d’vne efpece particulière. Mais il faut confiderer
que la plufpart des Hiftoriens naturels ont compofé leurs Ouvrages fur le rapport
d’autrui, Sc qu’il y a fujet de douter fi lesChaffeurs qui les ont inftruits des particulari¬
tez des animaux n’eftoient point affez grofïiers , comme font la plufpart des Sauvages
qui s’adonnent à cét exercice , pour eftre incapables de connoiftre la bonté de l’odeur
de la Civette, &£ relfembler en cela aux belles qui ne diflinguent les différences des
odeurs, qu’entant qu’elles fe rapportent au boire & au manger ; puis que nous fçavons
que l’odeur de la Civette eft defagréable , &C fe nt fort mauvais à plufieurs quand elle
eft nouvelle , & non mélangée avec d’autres parfums : mais fur tout les perfonnes rufti-
ques ne trouvent point que les parfums qui font doux foient agréables , 8>C aiment mieux
l’odeur de l’ail &C de la poix-rézine, que celle de l’encens & du benjoin -, d’où vient que
les Indiens appellent le Rat mufqué Rat puant. Et prefentement en Afrique, fuivant le
rapport de Gregorius à Bolivar, les Negres qui amaffent la liqueur que les Civettes ont
laiffée fur les pierres fur les troncs des arbres , ne la connoiffent point à l’odeur , mais feu¬
lement à vne ténacité graffe & huïleufe,qui leur fait racler les lieux où ils la trouvent,
afin d’en tirer la liqueur odorante qui nage fur l’eau où ils fontboüillir ce qu’ils ont raclé.
Cette incapacité de juger des bonnes odeurs , dont nous foupçonnons les Chaf-
feurs des Anciens, paroifl d’ailleurs affez croiable, parce que les Auteurs ont écrit, que
de tous les animaux il n’y avoit que la Panthère qui eufl vne bonne odeur : car il n’y a
point d’apparence que ces Chaffeurs Biffent dans cette croiance , pour n’avoir jamais
rencontré de Civette, de Fouine, de Genette , de Rat mufqué , ni aucun des animaux,
que ceux qui ont l’odorat plus fubtil & plus délicat trouvent fentir bon : Mais que la
raifon de cela eftoit le defaut de leur odorat , qui n’efloit point le fens dont ils fe fe fer-
voient pour juger que les Panthères euffent vne bonne odeur, ainfi qu’Elian avoue,
mais feulement la penfée que cela devoit eftre ainfi -, cette opinion n’eftant fondée que
fur la force qu’ils voioient que la Panthère avoit d’attirer à elle les animaux, qu’on fup-
pofoit ne pouvoir eftre autre chofe qu’Vne odeur qui leur eftoit agréable.
S f
82
ication. de la figuré de ÎËlant.
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CE qu’il y a de remarquable dans la figure d’en bas , eft la longueur du Poil , là
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I J 1 * n 5 Sk'At' lu ^ ^ 1 9 * ^
- grandeur des Oreilles , & la forme de l’Oeil , dont le grand angle eft beaucoup
fendu , de même que la Gueule qui l’eft bien plus qu’au Bœuf, qu’au Cerf, & qu’aux
autres animaux qui ont le Pied fourché.
Dans la fgure d en haut
AD. Eft le premier & plu? grand Ventricule.
B C. Vne Membrane qui enfermoit le grand Ventricule 3 & qui ferv oit d3 Epiploon.
B. Elufteurs méf iés pleines de vent 3 qui eftoient fur cette Membrane.
D. Le commencement du fécond Ventricule.
E. Le commencement du Colon '.
F. Le Cæcum.
G. La fn de /’ Iléon,
H. Vne éminence qui fè trouve fur le Cœur en maniéré de vis .
II. Vn des Teux.
L. Vn des poils vu avec le Microfcope , qui fait voir les objets trois fois pim gros quils ne font.
MK. Vn morceau du poil coupé en travers 3 & vu avec vn Microfcope , qui groftit beaucoup davatir
tage .
K, La racine du poil , qui eft blanche & transparente,
«!
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DU N ELANT
CEt animal, qui eft appelle Animal Magnum par tous les auteurs Septentrionaux,
EUend par les Alemans, & JLlce par les Naturaliftes modernes , ne nous a point
paru à l’abord eftre l’Alce', dont Cefar parle dans Tes Commentaires , & que Polybe,
Pline , Solin , Paufanias , & Strabon , ont auffi décrit apres lui , parce que noftre
Elant ne s’eft pas trouvé tout-à-fait conforme à la defcription que ces Auteurs donnent
de l’Alce' Néanmoins quand nous avons conlideré qu’ils ne s’accordent point , & que
les defcriptions qu’ils font de l’Alce font plus differentes les vnes des autres, que ce en
quoi elles conviennent n’eft different de noftre Elant j nous avons jugé que toutes
ces contrariétez , qui ne fe trouvent que dans quelques particularitez mal expliquées,
ne font pas capables d’empêcher de croire que noftre Elant , &C tous les Alce\ des
Anciens ne fbient vne même chofe.
Car la raifon de la diverfité de ces defcriptions des Anciens eft , que l’Elant ne vit
qu’en des Païs où ils n’avoient prefque point de commerce. Et Paufanias dit , qu’entre
tous les animaux l’Alce eft le feul qui n’eft point connu des hommes, parce qu’il ne s’en
laiffe jamais approcher , à caufe qu’il les fent de fort loin par la fubtilité extraordinaire
de fon odorat. Mais foit par cette raifon, ou par vne autre, il paroiftque les Auteurs ont
fort mal examiné l’Alce qu’ils ont décrit. Car les vns ont dit qu’il a le poil de differentes
couleurs, comme la plufpart des Chèvres ; les autres, qu’il l’a d’vne même couleur , comme
le Chameau : les vns le font cornu -, les autres fans cornes : les vns difent qu’il n’a point de
jointures aux jambes, & qu’ainfî ne pouvant ni fe coucher, ni fe relever , il dort appuie
contre vn arbre , que les Chafieurs fcient à demi, pour faire tomber l’Elant , & le prendre -,
d’autres que cela n’eft point vrai d,e 1 ’Alcé, mais d’vn autre animal nommé Machlh. Tou¬
tes ces particularitez , quoi que contraires, ne biffent pas de fe trouver dans noftre Elant:
ce qui fait voir que ces defcriptions ne font pas differentes , parce qu’elles font d’ani¬
maux differens , mais parce que ceux qui les ont faites fur le rapport d’autrui n’avoient
pas bien entendu ce qu’on leur avoit dit. Car il eft vrai que nôtre Elant avoit le poil
comme vn Chameau , c’eft à dire ,tout d’vne même couleur par tout le corps ; & on
tient auffi que le poil de tous les Elants eft de diverfes couleurs , mais c’eft en de diffe¬
rentes faifons de l’année. En effet, noftre Elant qui a efté diffequé en Hiver avoit tout
le poil d’vn fauve grifaftre, qui eft la couleur du Chameau -, & les Hiftoriens du Septen¬
trion difent qu’il change en Efté, auquel temps le poil lui devient plus pâle, comme aux
Dains , dont le poil eft plus pâle en Efté qu’en Hiver: &ainfi il y a apparence que Cefar
a dit que l’Alce' a le poil de deux couleurs, fur le rapport de ceux qui l’avoient vu en Hi¬
ver & en Efté , & que cette diverfité lui aiant efté mal expliquée , il l’a entendue de
celle qu’il avoit remarquée dans les Chèvres , dont la plufpart ont en même temps le
poil de deux couleurs.
De même, quand Cefar a dit que l’Alce' n?a point de cornes, & que Paufanias lui en
attribue, ils ont tous deux dit vrai, parce qu’il peut eftre que les Chaffeurs de Cefar n’a¬
voient rencontré que des femelles , qui n’ont point de cornes ; &C que ceux du temps de
Paufanias avoient remarqué que les mâles en ont.
Pour ce qui eft des jambes de l’Alce', qu’on prétend n’avoir point de jointures, bien
que quelques Auteurs difent qu’il y a des Elants en Mofcovie , dont les jambes font
fans jointures , il y a grande apparence que cette opinion eft fondée fur ce qu’on dit
de ces Elants de Mofcovie , auffi bien que de l’Alce' de Cefar, & de la Machin de Pline,
qu’ils ont les jambes fi roides , qu’ils courent fur les glaces fans gliffer -, qui eft vn moien
qu’on dit qu’ils ont pour fe fauver des Loups qui ne les y peuvent fuivre -, 5c auffi à
T t
84 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN ELANT.
caufe de la roideur des coups qu’ils donnent avec leurs pieds, qui font fi forts, que lors
qu’ils manquent le coup qu’ils ruent à quelque belle , ils brifent avec les pieds de der¬
rière les arbres comme des champignons , ainfi qu’Olaus Magnus parle , &; même que
des pieds de devant ils ont fouvent percé desChaffeurs d’outre en outre.
Enfin ce qui fait voir que de cette diverfité de defcriptions , qui n’eft qu’à l’égard
de quelques particularitez , on ne doit pas conclure que l’Elant & Y Alce foient deux
differentes fortes d’animaux , c’eft que les defcriptions mêmes , que les Modernes
font de l’Elant , ne s’accordent point enfemble , & ne font pas auffi tout-à-fait con¬
formes à ce que nous avons remarqué dans nôtre fujet. Car quelques-vns, comme Eraf-
mus Stella, Sigifmundus , difent que l’Elant a le pied folide comme vn Cheval , fui-
vant Pline, qui fait l^i/tv femblable en tout à vn Cheval, à la referve du col & des oreil¬
les , qu’il a autrement proportionnées 5 Menabenus auffi , & Joann. Caius, lui donnent
vne barbe comme à vn Bouc, & difent que le refte de fon poil n’eft pas plus long qu’à
vn Cheval : ce qui ne fe trouve point dans les autres Auteurs , ni dans nôtre Elant , qui
avoit le pied fendu, tout-à-fait femblable à celui d’vn Bœuf. Son poil efloit auffi par
tout, non feulement beaucoup plus long qu’aux Chevaux, mais il furpaffoit même àpro-
portion celui des Chèvres fans aucune apparence de barbe.
Nous n’avons point trouvé non plus ce morceau de chair que Polybe dit, au rapport
de Strabon, fe trouver fous le menton de l 'Alce , ni les crins que quelques-vns lui met¬
tent fur le col, & que Gefner dit avoir vûs dans vne figure d 'Alce, qui lui aeflé envoiée
par Sebaftien Munfter ; mais ces deux particularitez eflant fingulieres à chacun de ces
Auteurs, & perfonne n’en aiant parlé qu’eux , elles ne doivent pas faire préjudice à la
commune opinion, qui ne met point de différence entre l’Elantée Y Alce.
Mais ce qui confirme davantage cette opinion , eft que toutes les particularitez fur
lefquelles les Anciens font d’accord, fe font trouvées dans noftre Elant: car ils convien¬
nent tous que Y Alce efl vn animal à peu prés de la taille du Cerf, auquel il reffemble en¬
core par la grandeur des oreilles , & par la petiteffe de la queue , comme auffi par les
cornes , qui ne fe trouvent point aux femelles des Elants , de même qu’elles manquent
aux Biches. Ils s’accordent encore en ce qu’ils difent que Y Alce efl different du Cerf
par la longueur & par la couleur du poil, par la grandeur de la lèvre fuperieure, par la
petiteffe du col, & par la roideur des jambes.
Noftre Elant avoit plus de cinq pieds & demi depuis le bout du mufeau jufqu’au com¬
mencement de la queue , qui n’eftoit longue que de deux pouces. Il n’avoit point de
cornes, parce que c’eftoit vne femelle ; & le col eftoit court, aiant autant de largeur que
de longueur, laquelle eftoit de neufpouces feulement. Les Oreilles en avoient neuf de long
fur quatre de large: &: il y a fujet de s’étonner, pourquoi ceux qui ont crû que Y Alce des
Auteurs du moien temps , qu’ils prennent pour noftre Elant , eftoit YOnager , ou Afne fau-
vage des Anciens , ne fe font point fondez fur la reffemblance des Oreilles , qui furpaffent
en effet par leur grandeur celles des Cerfs, des Vaches, & des Chèvres, 8c qui n’en ont
point de comparables que celles des Afnes , à qui noftre Elant reffembloit mieux par
ces parties , que par le poil , ni que par les pieds 3 quoi que Scaliger affûre que les pieds de
l’Elant font femblables à ceux d’vn Afne,& que Stella & Sigifmundus difent qu’il y a des
Elants qui ont le pied folide -,mais il y a lieu de croire, fi cela eft vrai, que c’eft vne chofe
auffi particulière à quelques Elants, qu’il eft extraordinaire aux Chevaux d’avoir le pied
fourché, & aux Pourceaux de l’avoir folide , ainfi que Pline rapporte que ces animaux
font en certains Pais.
Quant au poil , la couleur de celui de noftre Elant n’eftoit pas fort éloignée de celle
du poil de l’Afne , dont le gris approche quelquefois de celui du Chameau , auquel
nous avons déjà comparé en cela noftre Elant: mais ce poil eftoit d’ailleurs fort diffe¬
rent de celui de l’Afne, qui eft beaucoup plus court, de celui du Chameau qui l’a
beaucoup plus délié. Ce poil avoit trois pouces de long -, & fa grofièur égaloit celle du
plus gros crin de Cheval. Cette groffeur alloit toujours en diminuant vers l’extrémi¬
té, qui eftoit fort pointue •,& vers la racine elle s’étreffiflbit auffi, mais tout-à-coup, fai-
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN ELANT. 8*
fan t comme la poignée dvne lance. Cette poignée elloit dVne autre couleur que le
relie du poil, ellant diaphane comme de la foye de Pourceau. Cette partie tranfparente
avoit à l’extrémité vne petite telle ou rondeur , qui elloit la racine ; & il femble que
cette partie, qui elloit plus menue &plus flexible que le relie du poil, elloit ainli faite,
afin que le poil , qui d’ailleurs ell allez dur , fe pûft tenir couché , Zk ne demeurait pas
herilfé. Ce poil coupé par le milieu paroiflbit au Microfcope Ipongieux en dedans com¬
me le jonc : ce que Gefner n’explique pas allez bien , quand il dit Amplement qu’il eft
creux. Ce poil elloit long comme à l’Ours , mais plus droit, & plus couché, Zk tout
dvne même efpéce.
La Lèvre luperieure elloit grande, Zk détachée des Gencives, mais non pas fi grande
que Pline la fait à 1 ’Alce, quand il dit que cette Belle ell contrainte de pailtre à reculons,
afin d’empefcher que fa Lèvre ne s’engage entre les Dents. Et nous obfervâmes dans
la dilfeétion , que la nature a autrement pourvu à cét inconvénient , par le moyen de
deux mufcles grands Zk forts , qui font particuliérement dellinez à élever cette Lèvre
fuperieure.
Nous avons aulli trouvé les articulations des jambes fort ferrées par des ligamens
durs Zk épais. Il ell vrai néanmoins que fi l’on peut croire ce qu’on dit de l’Elant,
qu’ellant fort fujet à l’Epilepfie, lors qu’il ell tombé dans l’accès de fon mal , il en ell
délivré , en portant l’vn de fes pieds jufques dans fon oreille , & que la corne de ce
pied ell vn remède infaillible pour l’Épilepfie. Il faut que cét animal ait les jointures
bien plus fouples que celles de YAlce n’ont paru à ceux qui ont crû qu’il n’en avoit
point , Zk que nous ne les avons trouvées dans nollre Elant -, ou du moins il ell necef-
faire que les convullîons dont il ell agité ellant en cét ellat, falfent des efforts bien
étranges fur les ligamens des articles , pour les alonger tellement au-de-là de ce qu’ils
font ordinairement. Mais fi Olaüs Magnus a écrit en Hillorien, & fi ce n’ell point en
raillant qu’il a dit que des deux ongles qui font au bout de chaque pied de l’Elant , il
n’y a que celuy qui ell en dehors au pied droit , qui foit propre à guérir l’Epilepfîe , il
faut encore fuppofer vne diflocation bien plus admirable ; & on peut dire que la gueri-
fon de cette maladie, par le feul attouchement de l’Ongle de l’Elant, lors qu’on en
porte vne bague, n’ell pas plus merveilleufe, ni plus incroyable que la contorfion qu’il
faut concevoir dans ce pied , pour faire que l’Ongle qui ell en dehors puilfe ellre mis
dans l’Oreille: de forte que pour entendre ce qu’Olaüs a voulu dire, il faut croire qu’il
a eu intention de fe railler de la vertu imaginaire du pied d’Elant , Zk qu’il en a vfé fort
prudemment. Car ne voulant pas déclarer ouvertement fon fentiment , qui elloit con¬
traire à celui du vulgaire, qui aime les Spécifiques, entre lefquels l’Ongle du pied d’E¬
lant ell des plus célébrés ; Zk voyant qu’on n’ellime pas tant les Médecins qui font pro-
fellion de fe forvir des remedes, comme d’Inllrumens propres à fabriquer des guerifons,
que ceux qui fe vantent de les jetter , s’il faut ainfi dire, en moule, par des Fébrifuges ,des
Antipleuretiques, des Antipodagriques, & des Antepileptiques -, ce grand homme s’eft
expliqué par vne figure, qui lailfe ceux qui veulent ellre trompez dans leur erreur, fans
les fcandalifer, St qui fait entendre aux autres ce qu’il penfe. Car de mefme qu’on dit
qu’il ne faut point toucher à l’œil que du coude quand il ell malade , pour dire qu’il n’y
faut point toucher du tout-, il a fait entendre qu’il n’y a point d’Ongle d’Elant qui guerilfe
infailliblement l’Epilepfie, en difant qu’il n’y a que celui du dehors du pied que l’Elant
peut mettre dans fon oreille, qui le puilfe faire: car il a ajouté cette condition impollible
à beaucoup d’autres que les Auteurs apportent , & qui font déjà alfez difficiles , mais
abfolument necelfaires , à ce qu’on dit, pour faire que ce remede puilfe agir, comme d’a¬
voir efté coupé tout d’vn coup avec vne hache, l’animal ellant encore vivant, le jour de
S. Gilles , à vn mâle qui ell en rut, Zk qui n’a point encore engendré ; pour faire enten¬
dre que les Impolleurs qui veulent vendre les Ongles d’Elant, ont mis toutes ces con¬
ditions difficiles , afin que ceux qui ont éprouvé que l’Ongle de l’Elant dont ils fe font
fervis ell inutile, puilfent croire que c’ell faute de quelqu’vne de ces conditions, qui ne
manque pas à celui que le Marchand leur prefente.
Vu
U DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN ELANT.
Âpres avoir fait ces réflexions fur la fermeté des ligamens des jointures de l’Elant *
nous avons obfervé la figure de fon Oeil , dont le grand coin eftoit fendu en en bas , beau¬
coup plus qu’il n’ell aux Cerfs , aux Dains , &C aux Chevreuils , mais d’vne façon bien
extraordinaire , qui eft que cette fente n’eftoit pas félon la longueur de l’œil , mais
faifoit vn angle avec la ligne qui va d’vn des coins de l’œil à l’autre. La difle&ion nous
fit connoiftre que cette fente eftoit proportionnée à la glande lacrymale , qui s’eft trouvée
avoir vn pouce & demy de long fur fept lignes de large.
Les parties du dedans avoient quelque chofe d’approchant de celles d’vn bœuf, prin¬
cipalement en ce qui regarde les quatre ventricules les inteftins. Ces parties néan¬
moins avoient cela de particulier, que le premier & plus grand Ventricule eftoit en¬
fermé en partie par vne membrane en forme de fac, qui ayant quantité de vaifleaux
pouvoit palier pour l’Epiploon -, & qu’au lieu des glandes & de la graille qui eft ordi¬
nairement en cette partie, il y avoit feulement vers le haut, des vemes pleines de vent
delà grofleur d’vne chaftaigne. Les Inteftins, qui eftoient longs de quarante-huit pieds,
avoient vn Cæcum fans appendice, qui avoit treize pouces de long, fur cinq de large.
Il eftoit à peu prés de la figure de celuy de l’homme.
Le Foye eftoit petit, n’ayant qu’vn pied de long fur fept pouces de large. Il eftoit
continu fans Lobes , &C mefme fans qu’il y euft aucune apparence de la fiflure qui
eft au droit du Cartilage Xiphoïde. Il eftoit tellement collé contre le Diaphragme,
qu’il n’eftoit pas poflible de rien feparer de fa partie convexe fans la couper. Il n’avoit
point de velicule de fiel , & il eftoit par tout, & jufqu’au fond de Ion Parenchyme,
d’vne couleur grife & livide.
La Ratte eftoit aufli fort petite, n’ayant pas plus de huit pouces de long fur fix de
large. La fubftance de ces deux vifeeres paroifloit fort égale & homogène : Mais les
Reins eftoient en leur furface externe marquetez de deux differentes couleurs, qui
la faifoient paroiftre inégale comme du Chagrin , quoy qu’au toucher on n’y remar¬
quai!: rien de raboteux. Ils n’eftoient point adherans aux Lombes par la duplicature
du Péritoine, mais attachez feulement par leurs vaifleaux.
Le Poulmon eftoit partagé en fept Lobes, dont il y en avoit trois de chaque collé,
& vn au milieu dans la cavité du Mediaftin. Les Lobes inferieurs eftoient chacun deux
fois plus grands que les fuperieurs.
Le Cœur avoit fept pouces de long, fur cinq de large. Sa figure eftoit fort pointue-,
& il y avoit depuis la bafe jufqu a la pointe vne éminence tournée obliquement en vis,
laquelle éminence répondoit au droit de la féparation des deux ventricules , en forte
qu’elle fembloit eftre vn reply de la partie externe du ventricule droit fur le gauche.
Cette éminence, qui fe voit à peine dans le cœur des autres animaux , eftoit extraordi¬
nairement vifible en celui-cy. Le Septum & le refte du Parenchyme du Cœur, qui en-
vironnoit le ventricule gauche, avoient î’épaiffeur d’vn pouce. Les Anneaux de l’Aipre
Artere eftoient imparfaits.
Le Cerveau, comprenant le Cervelet, n’avoit que quatre pouces de long iur deux&
demy de large. La petiteffe de cette partie comparée avec la grandeur de la glande la¬
crymale , qui , ainfi qu’il a efté dit, avoit vn pouce & demy de long , nous fèmbla eftre
vn argument bien capable de confirmer l’opinion de ceux qui croient que la plufpart
des glandes qui font au tour du Cerveau n’en reçoivent point les humiditez , dont elles
font ordinairement abbreuvées, mais qu’elles leur font apportées par les artères, ou par
les nerfs , defquels elles reçoivent la matière , dont elles font la Lymphe. La curiofité
que nous avions de chercher exactement les conduits deftinez pour recevoir & pour
envoyer ces humeurs qui doivent eftre fort vifibles en vne partie fi extraordinaire¬
ment grande , ne pût eftre fatisfaite , à caufe de la corruption du fujet qui avoit efté
gardé fi long- temps, que toutes les parties commençoient à fe diffoudre par la pour¬
riture.
La fiibftance du Cerveau n’eftoit point differente de celle du Cervelet, l’vne & l’au¬
tre eftant très -blanche, & affez ferme, nonobftant la corruption, pour la faire paroiftre
bien
DESCRIPTION ANATOMIQJJE D’UN ELANT. 87
bien faine en vn animal fi fujet à des maladies , donc on met le fiége dans le Cerveau,
qui félon Cardan eft plus froid , plus humide, & plus rempli de pituite en cét animal
qu’en aucun autre.
La Glande Pineale eftoit aufli d’vne grandeur extraordinaire , ayant plus de trois li¬
gnes de long, de même que celle que nous avons trouvée dans le Dromadaire, mais fa
figure eftoit conique à l’ordinaire, au lieu que là glande du Dromadaire avoir la forme
d’vn treffle. Cette grandeur, qui nous fembla tres-confidérable, vu la petitefle du refte
du Cerveau, nous fit penfer que ceux, qui, fuivant Erafiftrate, attribuent à la differen¬
te conformation des organes du Cerveau , les diverfes operations des fens intérieurs,
pourraient fe fortifier dans leur opinion par des obfervations femblables , confiderant
que les Lions, les Ours, & les autres Beftes courageufes &C cruelles, ont cette partie fi
petite, quelle eft prefque imperceptible -, & qu’elle eft fort grande à ceux qui font ti¬
mides comme l’Elant, qu’on tient eftre tellement craintif, qu’il meurt de peur , quand
il a reçu la moindre bleflure , 8C qu’on a remarqué qu’il n’en réchape jamais , quand
il voit couler quelque peu de fon fang.
Nous trouvâmes encore dans le Cerveau une autre partie , dont la grandeur avoit
aufli rapport avec l’Odorat, qui eft plus exquis dans l’Elant que dans aucun autre ani¬
mal, fuivant le témoignage de Paufanias , ainfi qu’il a déjà efté dit: car les Apophyfes
Mammillaires , qu’on eftime eftre les organes de ce fens , eftoient fans comparaifon
plus grandes qu’en aucun animal que nous ayons diflequé, ayant plus de quatre lignes
de diamètre.
Xx
y
88
/ »- f •
Explication de la figure du Coati <$E\4ondi.
LA Figure d’en bas, qui reprefente celuy des deux Coatis qui eft appelle Mondi, fait
voir les differentes couleurs de fon poil, qui eft moins brun fous le ventre, au de¬
vant de l’eftomac, que fur le dos, tk qu’aux pattes. Il eft encore neceffaire d’eftre averti,
que le mufeau eft un peu plus courbé qu’il n’eftoit lorfque la diftedtian a efté faite , afin
de reprefenter la mobilité que l’on y a remarquée, &C la grande facilité qu’il avoit à eftre
élevé en haut. La queue eft recourbée en en bas , parce quelle a efté trouvée difpofée
de cette forte dans l’animal mort. Les Auteurs difent neantmoins que le Coati a de cou¬
tume de porter fa queue fort élevée. On n’a point fait la figure de l’autre Coati; parce
qu’il différé en peu de chofe de cettui-cy, ainfi qu’il eft remarqué dans la defcription.
Dans la figure d en haut
A. Eft la D*nt Canine 3 en forme de dèfenje.
B. U O s de la Verge.
C. La Langue.
D. Le Pied droit de derrière.
E. Les espérons du talon.
F. Le Corps de la Matrice.
G. La portière > ou corne de la Matrice.
H. Le D efticule.
I. Dn conduit en manière d'Epididyme p lifte, & attache' le long du E efticule.
K. Lï endroit ou <vn appendice de cèt Epidàdjme s’ infère d la corne de la Matrice.
L. Le Reèlum.
M. La Veftie.
N. Le ligament qui fufpend la corne de la Matrice .
O. Le Rein.
DESCRIPTION
8?
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE DEUX COATIS
LE Coati eft vn animal du Bréfil, qui eft diverfement décrit par les Naturalises ; &C
leurs defcriptions ne s’accordent pas entièrement avec ce que nous avons obfervé
dans les noftres : ce qui peut faire croire qu’il y en a plufieurs efpeces. Deleri dans fon
voiage du Bréfil lui donne vn mufeau long d’un pied , rond comme vn ballon , & auffi
menu vers le commencement que vers la fin, à peu prés comme la trompe d’vn Elé¬
phant, à laquelle Margravius compare auffi ce mufeau: mais dans fa figure il le fait pa¬
reil à celui de nos Coatis, qui n’ont rien de la trompe d’vn Eléphant que la mobilité, qui
n’eft gueres autre que celle du groüin du Pourceau. Il y a dans la Bibliothèque du Roy,
parmi vn grand nombre d’animaux peints en miniature avec beaucoup d’exaélitude , la
figure d’vn Coati, que quelques-vns de la Compagnie ont vu vivant-, qui bien qu’il ref-
femble aux noftres, en eft different en quelques particularitez affez confiderables, telles
que font la figure des dents tk des pieds, qui eft fort extraordinaire dans l’vn de nos fu-
jets, mais nonobstant cela ils fe font trouvez avoir affez de rapport à la figure que Mar¬
gravius, Laët, ÔC Deleri en ont donnée, & à celle qui eft dans la Bibliothèque du Roy,
pour faire croire qu’ils doivent eftre mis au nombre des Coatis.
Margravius &£ Laët dans leur Hiftoire Brafilienne font deux efpeces de Coati: l’vn a
le poil roux par tout le corps, & eft appelle Simplement Coati-, l’autre n’a que le ventre
Sc la gorge de cette couleur, ils l’appellent Coati Mondi. Nous avons fait la diffeétion
de T ’vne &c de l’autre de ces efpeces de Coati, dont l’vn eftoit mafle, l’autre femelle.
Le Coati Mondi qui eftoit le mafle avoit en tout trente-cinq pouces &C demy ; fçavoir
fix pouces <k demy depuis le bout du mufeau jufqu a l’occiput, tk feize pouces de l’occi¬
put au commencement de la queuë, qui en avoit treize de long. Depuis le haut du dos
jufqu’à l’extremité des pieds de devant, il y avoit dix pouces-, ÔC il y en avoit douze juf¬
qu a l’extrémité des pieds de derrière. Le Mufeau eftoit fort long, &C mobile comme ce¬
lui d vn Pourceau *, mais il eftoit plus étroit &C plus long à proportion. Son mouvement
eftoit auffi plus manifefte qu’au Pourceau, le mufeau fe retournant facilement en haut.
Les quatre Pattes avoient chacune cinq doits, dont les ongles eftoient noirs, longs,
crochus, & creux comme ceux du Caftor. Les doits des Pattes de devant eftoient vn
peu plus longs que ceux des Pattes de derrière, lefqueiles eftoient femblables à celles de
l’Ours, à la referve de ce que toute la Plante eftoit dégarnie de poil, dont le talon de
l’Ours eft couvert. Les paumes & les plantes de ces quatre Pattes eftoient revêtuësd’vne
peau douce, & molle comme au Singe; & cette mollelfe de peau eftoit la feule chofè
que nos fujets euffentdu Singe, auquel nous n’avons point trouvé qu’ils reffemblaffent
d’ailleurs, bien qu’ils nous ayent efté donnez pour des Sagoins, qui font une efpece de
Guenon : Car leur queuë , dont la longueur approchoit en quelque forte de celle de la
queuë des Singes, qui font appeliez Cercofttheci , en eftoit diffemblable par la longueur
du poil , qui eft beaucoup plus court à la queuë des Singes à proportion de leurs corps.
La Plante des Pattes de derrière du Coati Mondi eftoit longue, ayant vn talon, à l’ex¬
trémité duquel il y avoit plufieurs écailles larges d’vne ligne, tk longues de cinq ou fix.
Elles fortoient par derrière, ramaffées enfemble comme la fleur d’vn foucy , lors qu’il fe
ferme la nuit.
Le poil eftoit court, rude, & bouchonné. Il eftoit noiraftre fur le dos , en quelques
endroits de la telle, fk aux extrémitez des pattes, fk du mufeau. Au relie du corps il
eftoit mêlé de noir &; de roux , en forte néanmoins que le deffous du ventre fk de la
gorge eftoit d’vn roux plus haut en couleur en quelques endroits qu’en d’autres. La
Queuë eftoit revêtue d’vn poil de ces deux mefmes couleurs , qui formoient plufieurs
cercles , ou noeuds , l’vn noiraftre , & l’autre mêlé de noir fk de roux.
Yy
90 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX COATIS.
La Langue eftoit coupée de plufîeurs fifliires ou rayes , qui la faifoient reflembler au
deflus d’vne fueïlle d’arbre.
Les Yeux eftoient fort petits, comme à vn Cochon. Les Oreilles eftoient rondes com¬
me celles des Rats, &; couvertes par le deflus d’vn poil fort court, mais plus long en de¬
dans, &c plus blanchaftre.
Il y avoit foc dents Incifives en chaque mâchoire. Les Canines eftoient fort grandes,
principalement celles delà mâchoire inferieure. Leur figure avoit quelque chofe de plus
particulier, n’eftant point rondes, moulfes, Se blanches comme au Chien, au Loup, ou
au Lion, mais trenchantes parle moyen de trois angles, qui formoient à l’extrémité vne
pointe aiguë comme vne alefne. Elles eftoient grifes, Se vn peu tranfparentes. La Gueu¬
le eftoit grande , Se fendue comme à vn Pourceau 5 Se la mâchoire d’en bas eftoit aufli
de mefme qu’au Pourceau , beaucoup plus courte que celle d’en haut.
Or il ne fe trouve aucune de ces particularitez dans le Sagoin ; Se ces deux animaux
n’ayant rien de commun que le Païs où ils naiflent, qui eft le Bréfil, nous n’avons point
rencontré de defeription dans les Auteurs qui ont parlé des animaux particuliers de l’A-
merique Méridionale , qui convienne mieux à ce que nous avons obfèrvé dans nos fu-
jets, que celle de l’animal que Margravius & Laët dans leur hiftoire Braftlienne, appel¬
lent Coati.
Dans la defeription que ces Auteurs font de cct animal, les marques que nous avons
ici décrites, S C que nous avons trouvées dans nos fttjets, fe rencontrent toutes hormis
les dents &C les écailles, qui font aux talons du Coati Mondi, dont ils n’ont point parlé,
& la queue, qu’ils font à leurs Coatis beaucoup plus longue que le refte du corps. Mais
Laët dit que ces animaux ont accoutumé de ronger leur queuë, &c qu’il en a nourry vn
quelque temps, qui fe la mangea enfin toute entière, & qu’il en mourut: il fe pouvoir
faire que les noftres euffent ainfi accourci la leur. Ils difent encore que les Coatis ont les
mains faites comme celles des Guenons: ce qui nes’eft point trouvé dans nos fujets, dont
les pieds néanmoins eftoient d’ailleurs affez femblables à la figure que Margravius a mife
dans fon Livre.
Nous avons trouvé par la difleétion, que fous la peau & entre les mufcles du Coati
Mondi il y avoit beaucoup de graifle blanche, & dure comme du fuif. La Verge eftoit
cachée dans vn conduit, profond d’vn pouce, & large d’autant, dont l’ouverture eftoit
fous le ventre, à quatre doits de l’Anus. Cette Verge eftoit garnie d’vn os, dont la lon¬
gueur furpaffoit de beaucoup à proportion celle des os qui fe rencontrent à la Verge des
autres animaux qui en ont. Il eftoit gros par les deux bouts, 8c de figure femblable à l’os
de la cuiffe d’vn poulet. Le long de la verge il y avoit deux veines fort groffes, ôc plei¬
nes de fang, qui alloient jufqu’au Balanus. Les Tefticules eftoient femblables a ceux des
Chiens.
L’Epiploon eftoit fort petit. Il avoit peu de graifle, & eftoit vn tiflu de fibres &c de fi¬
lets pluftoft qu’vne membrane. Il n’eftoit point couché fur les inteftins, mais retroufle
fur le ventricule. La Ratte avoit deux pouces &C demy de longueur. Elle eftoit de cou¬
leur rouge-brun ducofté de l’eftomac en fà partie cave, & noiraftre par le bord en fa par¬
tie gibbe. On n’a point remarqué de vaiffeaux dans la membrane externe du ventricule,
fi ce n’eft la Coronaire ftomachique, qui paroifloit vers l’orifice fuperieur, 6 C difparoif-
foit aufii-toft, jettant peu de rameaux.
Le Foye eftoit vn peu noiraftre, &C d’vne fubftance fort homogène, fans apparence
de glandes. Il avoit fept Lobes, deux grands au codé gauche, &; cinq autres plus petits
au cofté droit. La Veficule eftoit entre les deux Lobes fuperieurs.
Le Pancréas, qui eftoit attaché le long du Duodénum, tirant plus vers le Rein droit
que vers la Ratte, eftoit fort petit. Le Mefentere eftoit tout rempli d’vne graifle fort
dure , qui enfermoit , & cachoit prefque tous fes vaiffeaux.
Les Inteftins avoient fept pieds de long en tout. Ils eftoient tous d’vne mefme grof-
feur , &; ils n’avoient rien qui les pûft diftinguer les vns des autres : il n’y avoit point
mefme de Cæcum.
Le
DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX COATIS. 9i
Le Rein droit eftoit beaucoup plus haut que le gauche, de forte que deux des Lobes
du Foye le couvroient.
Le Poulmon avoir cinq Lobes -, deux grands au cofté droit, & deux au codé gauche ,
qui eftoient vn peu plus petits -, 6c vn cinquième dans le Mediaftin,
Le Cœur, qui eftoit femblable à celui du Chien, avoit l’Oreille droite extrêmement
grande. Dans le Ventricule droit , 6 c dans l’Oreille droite , on a trouvé une grande
quantité de matière glaireufe endurcie.
LemufcleCrotaphite,enpaffantpardeffous le Zigoma, s’y attachoit, eflant extraor^
dinairement charnu en cét endroit, 6c mefme jufqu’à fon infertion, qui fe faifoit^ar vn
tendon fort large, lequel eftoit enfermé entre deux chairs, beaucoup plus épaiflès que
ne font celles qui fo trouvent ordinairement en cét endroit , 6c qu’on eftime y eftre
miles pour deffendre 6c affermir le tendon du mufcle des Temples.
L’Orbite n’eftoit pas offeufe tout à l’entour, mais elle eftoit fuppléée en la partie
fuperieure, par vn ligament cartilagineux, qui joignoit l’apophyfe de l’os Frontal à celle
du premier os de la mâchoire fuperieure.
L’Os qui fepare le Cerveau du Cervelet, eftoit comme aux Chiens. La Dure Mere
eftoit fort adhérente au Crâne. Les Sinus de l’os Frontal eftoient pleins d’vne matière
femblable à de la graiffe friable. Les apophyfes Mammillaires eftoient fort groffes.
Le Globe de l’œil n’avoit pas plus de quatre lignes 6c demi de diamètre. L’ouverture
des Paupières eftoit plus grande, 6c la Prunelle feule n’eftoit gueres moins large que
tout le Globe de l’œil. Le Cryftalin avoit trois lignes de large, 6c deux 6c demi d’épaif-
feur, 6c eftoit plus convexe en dedans qu’en dehors. Cette groffeur du Cryftalin faifoit
que les deux autres humeurs eftoient en petite quantité. La Choroïde eftoit par tout
d’vne meime couleur , fçavoir d’vn rouge fort brun, fans qu’il y paruft de Tapis, qui
ne manque jamais gueres aux yeux des autres animaux.
L’autre fujet, qui eftoit le Coati fimplement dit, eftoit vne femelle. Il avoit le poil
roux par tout le corps ; fa queue eftoit feulement marquée de plufieurs cercles d’vn
fauve fort brun; 6c l’extremité des pattes, 6c le deffus des oreilles eftoient aufti d’vne
couleur plus brune que le refte : l’extrémité du mufeau eftoit d’vn gris-brun. Il avoit
des mouftaches d’vn poil fort noir, 6c il y avoit du mefme poil à la mâchoire inferieure
6c aux joûës. Les pattes de derrière n’avoient point au talon les appendices en maniéré
d’éperons qui ont efté trouvées au Coati Mondi.
L’Epiploon eftoit fort different de celuy du Coati Mondi, en ce qu’il avoit beaucoup
de graiffe ; qu’il couvroit 6 C embrafloit tous les Inteftins , 6 c qu’il eftoit compofé de
membranes entières 6c non percées en forme de réfeau.
Les Cornes de la matrice, qui alloient jufqu’aux reins , eftoient fulpenduës par vn liga¬
ment attaché à la dernière des fauffes coftes , 6c defeendant le long de la Portière ou
Corne, non -feulement jufqu’au corps de la matrice , mais mefme jufqu a fon col. Ce li¬
gament avoit beaucoup de graiftè fort dure. Il y avoit fur le tefticule qui eftoit proche
du Rein vn vaiffeau ou conduit fait d’vne membrane blanche 6c nerveufe , pliffée en
onde. Ce vaiffeau, qui eftoit appliqué fur le tefticule comme vn Epididyme, defeendoit
le long de fa partie externe 6c latérale, 6c alloit jufqu’à plus de la moitié de la portière
ou corne, auquel endroit il difparoiffoit.
Le Pancréas eftoit double, 6c compofé de deux parties inégales en grandeur, dont la
plus grande alloit fous le ventricule, 6c l’autre, qui eftoit plus petite, alloit vers le Rein
droit.
Le ventricule eftoit de deux fubftances, la partie fuperieure eftant membraneufe , 6c
l’inferieure eftant efpaiffe 6c charnuë. Le refte des parties eftoit femblable à celles du
Coati Mondi
Z z
92
Explication de lafgure du Veau Marin.
LA figure d’en bas fait voir la différence qu’il y a entre les pieds de devant, qui font
enfermez fous la peau à la referve des pattes, & les pieds de derrière, qui font joints
enfemble, ayant la forme de la queue d’vn poiffon. On y peut encore remarquer que les
oreilles femblent avoir efté coupées , n’y ayant point d’oreilles externes.
Dans la jigure d'en haut.
A.
B.
CC.
D.
E.
ffff.
F.
GG.
H.
GI.
KL.
MM.
N.
O O.
P.
QA
R.
S.
T.
A.
vv.
XX.
YZ.
Y.
Z.
a.
b b.
c.
d.
g g;
hii.
h.
iii.
n.
Ejl le tronc de la veine Cave-
Le tronc de l'Aorte.
Les Veines & Arteres adipeufes.
Vn rein S uccenturié.
Le Rein droit dépouillé de la membrane Adipeuf 3 ft) fendu par la partie gibbe.
Quatre petits bafmets particuliers.
Les vaijfeaux Emulgens du Rein droit.
Les vaijfeaux Emulgens du Rein gauche.
Le Rein gauche couvert de fa membrane .Adipeufe.
La veine Spermatique gauche qui entre d l'ordinaire dans ï Fmulgente 3 mais qui a trois autres ra¬
meaux qui l'attachent d la membrane Adipeuf.
Le Ventricule , dont vne moitié ejl ojlée , pour faire voir la fracture de la Membrane interne 3 dont
les rides font ondées en la partie Jùperieure 3 & droites dans l’inferieure.
Le Foye.
La Vefcule du Fiel.
Le Cœur.
La Veine Cave , qui f va couler le long de la bafe du Cœur.
Les Oreilles du Cœur.
L’ Aorte qui forme la Croffe.
L’Artere Axillaire droite.
L' Axillaire gauche.
L’Artere du Poulmon.
Les Carotides.
Les Nerfs Récurrens.
La Veine Cave ouverte d l'endroit où elle efl attachée au Cœur.
Le trou qui pénétré dans le Ventricule droit.
Le trou Ovalaire 3 qui pénétré dans la Veine du Poulmon.
Vn rebord fait par la Membrane intérieure de la Veine Cave.
Vn des poils de la barbe reprefenté trois fois plus grand que le naturel.
Le Cryfallm.
Vne portion de la Sclérotique 3 laquelle avec la Cornée que l’on ne voit point 3 fait la moitié de l'Oeil
coupé en deux.
L’Humeur Vitrée.
L’autre moitié de l’Oeil.
L’extrémité du Nerf Optique 3 qui entre droit dans l’axe de l’Oeil.
Trois Rameaux de Vaifeaux fanguinaïres , qui entrent dans l’Oeil avec le Nerf Optique 3 & qui f
répandent dans la Re fine.
La Langue.
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DTJN VEAU MARIN
ROnde l et a remarqué que le Veau Marin eft de deux efpeces,dont l’vne fe trou¬
ve dans la Mer Mediterranée, & l’autre dans l’Océan. Il ne met point néanmoins
d’autre différence entre l’vne ôc l’autre de ces efpeces que l’habitude du corps , qu’il dit
eftre plus pleine dans le Veau Marin de l’Océan que dans celui de la Mer Mediterranée,
qui eft moins trapu & moins racourci que l’autre. Le Veau Marin dont nous faifons la
Defcription avoit plus de rapport avec cette fécondé efpece qu’avec la première.
Il avoit le col long &: la telle bien moins ferrée contre les épaules qu’elle n’eft au Veau
de l’Océan tel qu’il eft reprefenté dans les figures qui s’en voyent; Sc le refte du corps
efloit aufïi plus aligné. La poitrine efloit large à caufe de la fcituation des Omoplates,qui
eftoient plus en devant quelles ne font aux autres animaux qui ont la poitrine pointue &C
étroite lors que les Omoplates font plus en arriére. Tout l’Animal efloit long de vingt-
huit pouces, à prendre depuis le mufeau jufqu au bout des pieds de derrière , qui félon
la difpofition qu’ils ont naturellement en cét animal, eftoient étendus & joints l’vn con¬
tre l’autre -, ayant en cela feulement la forme de la queue d’vn poiffon, fuivant la Defcri¬
ption d’Ariflote, laquelle eft contraire à celle de Rondelet, qui reprefente le Veau Ma¬
rin tant celui de l’Océan que celui de la Mer Mediterranée fans pieds de derrière, &c qui
reprend Ariftote de ce qu’il a dit que cét animal a des doigts aux pieds de derrière pa¬
reils à ceux des pieds de devant; en forte qu’il femble que Rondelet ait confondu le vé¬
ritable Veau Marin, ou Phoca des Anciens, avec le Bœuf Marin des Indes Occidentales
qui n’a point de pieds de derrière, mais feulement une queue de poiffon mal formée,
dont il fe fert pour nager, ce qu’il fait avec vne tres-grande viteffe, au rapport de Clufi us,
qui dit en avoir vu vn que les Hollandois avoient apporté des Indes.
Le Veau Marin que nous décrivons avoit non feulement deux pieds de derrière, mais
outre cela vne queue longue d’vn pouce & demi , qu’Ariflote compare avec raifon à la
queue d’vn Cerf. 11 eft vrai que les doigts de ces pieds nettoient pas fi formez ni fi diftinéts
qu’aux pieds de devant, & que ces deux pieds alongez ainfi qu’ils eftoient, & ferrez l’vn
contre l’autre, avoient plûtoft la forme de la queue d’vn poiffon, que celle des pieds des
animaux qui en ont, Sc qui fe replient ordinairement fous le ventre. Ces pieds eftoient
femblables à ceux des Plongeons, qui ne peuvent marcher comme les autres oifeaux en
tenant leur corps parallèle à la terre , mais qui font contraints d’aller droit comme
l’homme.
Ariftote dit que les pieds du Veau Marin font femblables à des mains: il a voulu dire
apparemment que les pieds de devant de cét animal, au lieu des trois parties qui com-
pofent le bras de l’homme, fçavoir l’avant-bras, le coude, 8c la main, n’ont que la der¬
nière qui répond à la main de l’homme, en forte que cette partie luy fort immédiate¬
ment de la poitrine. Le Bœuf Marin des Ifles Occidentales, qui eft vne efpece de Veau
Marin d’vne grandeur prodigieufe, y eft appellé Manati j parce que, félon la remarque
d’Oviedo, il n’a que les pieds de devant,' qui font généralement appeliez mains par les
Efpagnols dans tous les animaux. Dans noftre fujet l’avant-bras 8c le coude eftoient en¬
fermez fous la peau qui couvroit la poitrine; & il n’y avoit que les pattes qui fortiffent
dehors. Ces pattes ainfi ferrées & racourcies ne nous ont point femblé pouvoir fervir
à la femelle pour embraffer fes petits , ainfi qu’Oppian dit qu’elle fait lors qu’elle les
mene promener dans la mer: elles paroiffoient mefme, ainfi que les pieds de derrière,
plus propres à nager qu a marcher; quoy-qu’à la vérité ni les vns ni les autres de ces
pieds ne le foient gueres pour aller commodément. Elian a remarqué que les femelles
ont vn grand foin de mener & de ramener fouvent leurs petits tantoft dans la mer 8c
tantoft fur la terre: il y a apparence que c’eft pour leur apprendre à nager 8c à mar-
A A a
94 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN VEAU MARIN.
cher par vn long exercice, qui produit vne habitude capable de fuppléer aux difpofi-
tions que la nature leur a déniées. Il y a apparence qu’Homere appelle les Veaux Ma¬
rins Nef odes -, parce que l’on peut dire qu’ils nagent avec les pieds, 8c qu’ils marchent
avec des nageoires, 8i non pas parce qu’ils font fans pieds, ainfi qu’Euftathius a expliqué.
Ces pieds neanmoins avoient des ongles qui ne font pas neceflaires pour nager comme
ils le font pour marcher. De-forte qu’il paroift que la Nature qui a fait le Veau Marin
pour vivre de mefme que le Caftor fur terre 8c dans les eaux , a donné des organes à
chacun de ces animaux pour aller avec plus ou moins de facilité, félon quelle les a de-
Ilinez à eftre plus ordinairement dans l’vnou dans l’autre de ces élemens: car le Veau
Marin, qui eft plus fouvent dans la mer que fur terre, ne marche pas avec autant de fa¬
cilité que le Caftor; 8c le Caftor ne nage pas ft aifément que le Veau Marin, parce qu’il
n’entre dans l’eau que pour y prendre du poiflon , 8c qu’il n’y fait pas fa demeure ordi¬
naire.
Par ces mefmes raifons le cœur & le poulmon du Veau Marin ont vne conformation
particulière , pour faire que cét animai puifte demeurer long -temps fous l’eau fans ref-
fpirer, ainfi qu’il fera expliqué cy- après: mais le Caftor, qui nefe tient pas long- temps
dans l’eau, n’a point cette conformation particulière du cœur-, du moins nous ne l’a¬
vons point trouvée dans deux Caftors que nous avons diflequez, dont l’vn eftoit de Ca¬
nada , l’autre de France.
La Telle n’eftoit point courte 8c ronde comme Rondelet la décrit, 8c fon mufeau
eftoit allez long pour le faire reflembler à la telle d’vn Veau. Mais les yeux n’eftoient
point femblables à ceux d’un Veau, qui les a élevez, 8c comme hors la telle: car ceux de
noftre fujet eftoient cachez 8c comme plongez dans vn orbite, dont le rebord de delfus
n’eftoit point relevé comme il l’eft au Veau. Ces yeux néanmoins eftoient gros, ayant
quinze lignes de diamètre. Il y avoit vne paupière interne pour couvrir l’œil; elle fe re-
tiroit 8c fe cachoit dans le grand angle.
Il n’y avoit point au delfus des yeux ces longs poils que Rondelet 8c Severinus y
mettent ; il y en avoit feulement aux collez du mufeau, qui eftoient d’vne ligure fort
particulière, eftant quarrez 8c applatis avec des nœuds d’efpace en elpace, 8c fort prés à
prés , ainfi qu’il eft reprefenté dans la figure.
Au-delà des yeux il y avoit des trous pour les oreilles internes comme auxoifeaux,
Sc il n’y avoit point aulfi d’oreilles externes. Ariftote a remarqué que cela eft particulier
au Veau Marin, qui entre tous les animaux qui engendrent vn animal vivant, eft le feul
qui a des oreilles internes, 8c qui n’en a point d’externes.
Toute la peau eftoit garnie d’vn poil court 8c fort femblable à celuy du Veau Ter-
reftre. Silvaticus le compare mal à celuy de la Chevre qui eft très-long. Il eftoit de
couleur entre le gris 8c le fauve, vn peu plus déchargé au droit du ventre, que vers le
dos, qui eftoit parfemé de taches de la grandeur de l’ongle de couleur rouge -brun.
Pline dit que ce poil long -temps après que la peau a efté arrachée conferve vne telle
fympathie avec la mer, qu’il fuit les mouvemens, 8c que tantoft il fe herifle, tantoft il
s’applatit, lors que la mer s’enfle, ou s’abbaifle par le flus 8c par le reflus. Severinus dit
avoir veû ce miracle ; mais il l’exprime avec vn tel excès, qu’il en eft moins croyable. Il
dit que quand le vent du Septentrion fouille, les poils qui s’eftoient élevez au vent du
Midi non feulement fe couchent , mais difparoilfent entièrement. Cardan alfeure que
cette propriété , qui avoit palfé pour fabuleufe , a efté trouvée véritable aux Indes.
L’experience nous a fait connoiftre que cette merveille ne fe voit pas toujours à Paris:
car ayant gardé 8c obfervé cette peau pendant plulîeurs mois, nous avons trouvé que
le poil y eftoit de mefme hauteur 8c de mefme fcituation en tout temps.
La peau eftoit dure 8c épaifte. Pline dit que l’on ne peut tuer le Veau Marin qu’en
luy caftant la telle. Les Hiftoriens des Indes Occidentales difent que la peau du Manati
eftant corroyée a plus d’un doigt d’épaifleur, 8c qu’on en fait des femelles de fouliers.
Les dents qui eftoient longues & aiguës dans toutes les deux mâchoires , eftoient
fort diifemblables de celles du Veau, 8c reflembloient mieux aux dents d’vn Loup. De-
forte
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN VEAU MARIN. 9S
forte que les Efpagnols 8c les Allemans ont raifon d’appeller cét animal Loup Marin. Le
naturel doux 8c groffier du Veau Terreftre a encore fort peu de rapport à celuy du
Veau Marin, que les Naturaliftes difent eftre adroit, hardi, & entreprenant , vivant de
rapine, ayant l’induftrie de s’atrouper avecfes femblables, pour attaquer les plus grands
poilfons , 8c allez de force pour fe batre fur terre mefme contre les Ours : ce qui eft peu
croyable des Veaux de la taille du noftre, 6c ne peut convenir qu’à ceux qui fe pefchent
proche de l’ Angleterre, qui félon Gefner font auffi grands que des Ours; ou plûtoft à
ceux dont parlent Gomara Oviedo, Pedro Cieça, 8c les dernières Relations des An¬
tilles, qui font d’une grandeur fi prodigieufe, qu’il s’en trouve de vingt pieds de long
lür fept de large. Mais les noms font donnez aux poilfons le plus fouvent à caufe de
quelques relfemblances qu’ils ont, à ce que l’on prétend , avec de certaines chofes, foit
que cette relfemblance fe prenne de leur figure , foit qu’elle fe prenne de leurs moeurs.
Ainfi le Mouton Marin a ce nom, parce qu’il eli blanc, 8c qu’il a des cornes recourbées
comme le Mouton Terreftre; & le Veau Marin eft appelle Loup par quelques- vns, à
caufe qu’il vit de rapine. Cependant par cette raifon il devroit eftre appelle Mouton ,
fi on le compare au Mouton Marin ; &c le Mouton Marin au contraire devroit eftre ap¬
pelle Loup , parce qu’au rapport d’Elian , le Mouton Marin chafle les Veaux Marins, 8c
les mange,
La Langue eftoit allez femblable à celle d’vn Veau, eftant large, platte,& fans alpre-
té. Elle eftoit fourchue , & coupée en deux par le bout, ainfi qu’Ariftote l’a remar¬
qué-, mais non pas double, ronde, & menue, comme aux Serpens, 8c aux Lézards, ainfi
que Pline la décri t.
Le Larynx avoit vne conformation particulière, l’Epiglotte eftant plus grande à pro¬
portion qu’aux autres animaux -, elle palfoit de la longueur de demi pouce au-delà de
là Glotte , pour la couvrir. 11 y a apparence que cela eft fait pour fermer plus exacte¬
ment l’entrée de l’afpre artere, lorfque cét animal mange fa proye au fond de la mer,
8c pour empefcher que l’eau ne fe coule dans fes poulmons.
Le Ventricule eftoit long en forme d’vn inteftin qui s’étreffiffoit vers fes deux orifi¬
ces. Severinusle décrit rond comme un œuf d’Autruche, La membrane intérieure eftoit
pliffée , 8c faiibit plufieurs rides. Severinus le décrit fans rides. Ces rides depuis l’orifice
fuperieur jufqu’au milieu du ventricule eftoient par ondes, 8c delà jufqu’au pylore elles
eftoient droites Cela femble avoir quelque rapport avec les ventricules des animaux qui
ruminent, dans lesquels les rides du dernier ventricule font droites, & félon la longueur
du ventricule; au lieu quelles font obliques 8c tranfverfales dans les premiers.
Au dedans de ce Ventricule on a trouvé comme vn peloton de l’herbe Marine ap-
peliée Vareç par les Matelots , qui eft vne efpece de Fucus. Ce peloton eftoit de la grof.
îèur 8c delà figure d’vne noix» Il bouchoit l’orifice fuperieur du ventricule, en forte
qu’il fembloit que ce peloton euft efté pouffé dans cét orifice par l’effort d’vne com¬
pte® on extraordinaire, 8c par le retreffiffement du ventricule.
Le Foye avoir fix lobes, deux grands en deffous 8c en arriére, 8c quatre petits en def
fus 8c en devant» La veficule du fiel eftoit entre le grand lobe droit de derrière 8c le
premier des petits qui font en devant du mefme cofté. Belon dit, fuivant Ariftote, que
le Veau Marin n’a point de fiel, Pline veut qu’il l’ait dans la poitrine -, ce qui ne s’ac¬
corde pas bien avec ce qu’il rapporte, que cét animal vomit fon fiel lors qu’il eft pour-
fuivi par les Pefcheurs , à caufe de la connoiffance qu’il a que l’on ne le veut prendre que
pour avoir ce fiel, qui eft vtile pour la guerifon de plufieurs maladies: car il feroit auffi
peu poffible qu’il vomift ce fiel qu’il auroit dans la poitrine , qu’il eft peu croyable qu’il
puiff'e connoiftre les intentions des Pefcheurs : fi ce n’eft que cette fagacité luy foit
particulière, 8c aux autres amphibies, tels que font le Caftor , les Serpens, 8c les Gre¬
nouilles, que ce mefme Auteur dit avoir foin de fe défaire des chofes pour lefquel-
les on les cherche -, en forte que le Caftor s’arrache les poches où eft contenue la li¬
queur médicinale du Caftoreum , les Serpens avallent la prétieufe dépouille qu’ils, quit¬
tent au Printemps, 8c les Grenouilles vomiffent tous les jours certaine liqueur falutaire
BBb
96 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN VEAU MARIN,
qui s’engendre dans leur corps, de -peur que l’on ne les tue pour avoir cette li¬
queur.
Les Reins n’eftoient point femblables à ceux de la Loutre, ainfi que Rondelet l’a dit,
parce que les Reins de la Loutre font compofez de plufieurs petits reins feparez, qui ont
chacun leurs vaifleaux émulgens 8c leurs vreteres particuliers, ainiî qu’il fe voit dans la fi¬
gure des reins de l’Ours. Les Reins de noftre fujet eftoient plus femblables aux reins du V eau
Terreftre , eftant fendus par deflus feulement en leur furface par des coupeures qui ne
penetroient pas fort avant : mais ces coupeures eftoient beaucoup plus frequentes qu’au
Veau Terreftre, 8c elles faifoient paroiftre ce Rein compofé de plufieurs glandes join¬
tes enfemble. Ces Reins eftoient encore differens de ceux du Veau Terreftre , en ce
qu’outre le grand baftinet qui eft dans la partie gibbe de ce Rein, il y en avoir plufieurs
autres petits femez en plufieurs endroits dans la fubftance du rein , en forte qu’il fem-
bloit que chacun de ces petits baftinets appartenoit à chacun des petits reins particu¬
liers dont le grand eftoit compofé, 8c que le parenchyme de chacun de ces reins par¬
ticuliers eftoit confondu en vne feule mafle. La Membrane adipeufe du rein eftoit
toute femée de vaifleaux fort apparens, qui ont fait dire à Rondelet que les vaifleaux
émulgens n’entrent point dans la cavité du Rein au Veau Marin comme aux autres ani¬
maux, mais qu’ils fe diftribuënt dans tout le corps du rein. La plus grande partie de ces
vaifleaux dans le rein gauche eftoient les rameaux, ou plûcoft les racines de la Veine
Spermatique, lefquels en fe réunifiant formoient trois grofles branches, que le tronc de
la Veine Spermatique, qui fortoit de l’Emulgente, retenoit en paflant. Ce Rein gauche
eftoit accompagné d’vn Succenturié, qui eftoit de la grofleur d’vne aveline, 8c adhérant
immédiatement au tronc delà Veine Cave.
Le Poulmon n’avoit qu’vn lobe de chaque cofté, qui eftoit feulement vn peu coupé
en travers par le milieu.
Le Cœur eftoit rond 8c plat. Ses ventricules ont efté trouvez fort grands , 8c fes
oreilles tres-petites. Le tronc de l’Aorte fortoit du cœur de la longueur de deux pou¬
ces avant que de retourner pour faire la Crofle. Au deflbus de la grande ouverture
par laquelle le tronc de la Veine Cave envoyé le fang dans le ventricule droit du Cœur,
il y avoit vne autre ouverture qui penetroit dans l’artere veneufe, 8c de là dans le ventri¬
cule gauche, 8c en fuite dans l’Aorte. Cette ouverture, qu’on appelle le trou ovalaire dans
le fœtus, fait l’anaftomofe par le moyen de laquelle le fang va de la Cave dans l’Aorte
fans pafler au travers du poulmon -, 5c c’eft apparemment pour vn mefme vfage que ce
paflage fe trouve dans le Veau Marin 8c dans le fœtus, à caufe du befoin que l’vn 8c
l’autre ont de fe pafler de la refpiration, fçavoir le fœtus pendant qu’il eft dans le ventre
de fa mere, 8c le Veau Marin pendant qu’il eft plongé dans l’eau. Ce qui fait voir que
la Refpiration eft neceflaire à la Circulation , & que le fang que le poulmon a receû d’vn
des ventricules du cœur en fe dilatant, eft en fuite poufle dans l’autre ventricule par la
compreflion du Cœur. Et il y a apparence que la facilité que le Veau Marin a de fe
tenir long - temps dans l’eau fans refpirer , doit plûtoft eftre attribuée à cette conforma¬
tion particulière des vaifleaux du Cœur 8c du Poulmon, qu’à la petitefle du Poulmon,
qui eft la raifon que Pline apporte.
Entre ces deux ouvertures qui eftoient dans le tronc de la Veine Cave, il y avoit vne
feparation membraneufe faite par vn repli de la tunique intérieure de la veine.
On a trouvé beaucoup de fang dans les ventricules du cœur, 8c dans le poulmon. Pline
dit que ces parties dans le Veau Marin contiennent moins de fang que dans les autres
animaux. Ce fang ayant efté gardé, s’eft caillé allez ferme.
Ariftote 8c Pline difent que les os du Veau Marin font cartilagineux : nous avons
trouvé que ce font de véritables os qui font très -durs, principalement ceux du crâne.
La dure mere eftoit attachée au crâne, 8c fe redoubloit pour faire la Faux. Il y avoit vn
os entre le grand 8c le petit cerveau de mefme qu’au Chien 8c aux animaux qui
vivent de rapine, 8c qui mangent de la chair, 8c non pas des herbages comme le Veau.
Cét os eftoit plat 8C pointu , 8c non rond 8c maffif, tel qu’eft celui qui fe trouve dans la
telle
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN VEAU MARIN. 97
telle du Lamantin, qui eft vne efpece de Veau Marin des Indes Occidentales, & que
l’on tient eftre vn Os qui a vne vertu particulière pour diftbudre la pierre des reins &;
de la veftie.
Les replis & les cavitez du Cerveau eftoient comme au Veau : mais il y avoit plus
de cervelle à proportion qu’il n’y en a dans la Telle dVn Veau; ce qui efh contre l’or¬
dinaire des poilîbns, qui n’ont que tres-peu de cervelle. La Glande Pinéale eftoit lon¬
gue de deux lignes, & avoit vn peu moins de largeur. Les Naturaliftes ont obfervé que
cét animal ne tient rien de la fbupidite des poiffons , mais qu’il égale la fagacité la plus
fubtile des animaux terrellres. Pline témoigne que l’on en faifoit voir à Rome qui répon-
doient quand on les appelloit, & qui de la voix & du gefte falüoient le Peuple dans les
Théâtres. Gomara raconte d’vn Manati 3 ou Veau Marin des Indes d’vne grandeur pro-
digieufe, qui ellant apprivoifé, venoit quand on l’appelloit par fon nom, & portoit juf-
qu’à dix Hommes fur fon dos dans vn Lac ou vn Prince Indien le faifoit nourrir. Al-
drovande dit en avoir veû vn qui chantoit pour les Princes Chrelliens, & non pour les
Turcs.
Le Cryflallin elloit prefque fpherique à la manière ordinaire des Poiffons , &C fa par¬
tie la plus convexe eftoit en devant contre l’ordinaire. Toute la Choroïde eftoit enduite
d’vne fubftance blanche &: fort opaque. Dans la Retine il y avoit trois rameaux de
vaifteaux remplis de fang ,qui entroient dans l’œil avec le nerf optique, & ferépandoient
dans toute la membrane. Ce nerf optique entroit dans le milieu de l’œil, & fon entrée
eftoit directement oppofée au Cryflallin.
Ces deux remarques font favorables à l’opinion de ceux qui tiennent que la ré¬
ception des efpeces vifuelles fe fait fur la furface de la Retine, &i non fur la Choroïde;
parce que les vaifteaux qui eftant épandus dans la Retine font couchez fur la Choroïde,
doivent, à caufe de leur opacité, s’oppofer au paffage des efpeces vifuelles, & empefcher
qu’elles n’aillent jufqu’à la Choroïde: ce que ces Vaifteaux ne font pas à l’égard de la
Retine, parce quelle les couvre de fa furface qui termine & enferme l’humeur vitrée.
La fituation du nerf optique qui fe rencontre dans l’axe de l’œil , &C qui par confe-
quent reçoit directement les efpeces vifuelles , femble encore faire voir que ce n’eft
point la Choroïde qui reçoit les efpeces, puis qu’il n’y a point de Choroïde au principal
endroit ou les efpeces tombent ; mais que c’eft la Retine qui eft étendue fur le nerf
optique de mefme que fur tous les autres endroits fur lefquels les efpeces peuvent
tomber.
L’Oeil gauche eftoit retrefti , & beaucoup plus petit que le droit; & il s’eft trouvé
gafté, les humeurs eftant à demi fuppurées. On n’a point trouvé dans les yeux de ce
fujet les mille couleurs que les Naturaliftes difent que l’on y remarque.
CCc
S®
Explication de la figure de la Vache de Barbarie .
LA figure d’en bas eft pour faire remarquer la longueur extraordinaire de la telle,
la firuation des yeux qui font fort hauts, le contour des cornes, la longueur du
col , la bofife que les épaules forment fur le dos , celle qui eft au Sternon comme au
Chameau, la petiteffe de la queue, & les autres particularitez qui rendent la figure de
cet animal differente de celle de la Vache ordinaire.
Dans lafgure d'en haut
A.
B B.
CC.
DD.
E.
Eft le grand Ventricule.
Les trois autres Ventricules.
E origine de l’Epiploon.
Le Pancréas.
Ene portion de l’ Afpre Artere dans fa grandeur naturelle.
La partie membraneufè de l’ Afpre Artere fur lamelle l’Oefophare eft appliqué , & qui re¬
garde les Vertebres du Col
Les extrémité z, des demi- anneaux de l' Afpre Artere applaties & élargies } faifant comme des
ailerons qui couvrent les extrémités des ailerons des autres demi - anneaux qui font au
deffous.
La partie creuf ft) canelée des demi - anneaux .
Le Foye.
La Veficule du Fiel.
Le tronc de la Veine Porte attaché au Foye.
Ene moitié du tronc de la Veine Porte détachée du Foye dans fa grandeur naturelle , pour faire
voir fa furface intérieure.
Les emboucheures des rameaux de la Veine Porte qui entrent dans la fubftance du Foye ", avec
les Valvules qui les ferment a demi.
La Fejte veüe dans vn autre afp cri que celui de la figure d’en bas > pour faire connoifire le
contour particulier des Cornes.
LLLLL. Les cinq petits Lobes du Poulmon.
M M. Les deux grands Lobes.
N. Le Ligament qui attache les deux grands Lobes /'vn a l’autre.
eee.
39.
FF.
G.
r.
H.
II.
K.
DESCRIPTION
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DUNE VACHE DE BARBARIE
CEt animal eftoit à peu prés de la grandeur d’vne Vache. Son poil eftoit roux,
plus pâle vers la pointe que vers la racine. Il eftoit vn peu plus court qu’il n eft
ordinairement aux Vaches, & prefque de mefme groffeur vers la pointe que vers la
racine: ce qui eft contre l’ordinaire du poil des animaux , qui le plus fouvent eft plus
gros vers la racine que vers l’autre extrémité. Nous avons néanmoins cy- devant re¬
marqué vne irrégularité oppofée à celle -cy dans le poil d’vn Elant , qui eftoit beau¬
coup plus menu vers la racine que vers fon milieu.
L’habitude du corps, les jambes, &l’encoleûre le faifoient mieux reffembler à vn Cerf
qu’à vne Vache, dont il n’avoit que les cornes, lefquelles eftoient encore differentes de
celles des Vaches en beaucoup de chofes. Elles avoient chacune vn pied de longueur,
&C elles prenoient leur naiffance fort proche l’vne de l’autre, parce que la telle eftoit
extraordinairement étroite en cét endroit -là. Elles eftoient fort groffes, recourbées en
arriére, noires, torfes comme vne vis, &C vices en devant & en deflus , en forte que
les colles élevées qui formoient la vis, eftoient là entièrement effacées. La queue
eftoit plus large en Ion commencement que vers fa fin , à la manière de tous les Qua¬
drupèdes à pied fourché de Barbarie que nous avons dilfequez. Elle n’eftoit lon¬
gue que de treize pouces, en comprenant vn bouquet de crins noirs & longs de trois
pouces qu’elle avoit à fon extrémité. Les Oreilles eftoient lituées non au delïus des
Temples & au deflous des Cornes comme aux Vaches , mais plus en arriére : du relie
elles eftoient femblables aux oreilles de la Gazelle, eftant garnies en dedans d’vn poil
blanc en quelques endroits, le relie eftant pelé, & découvrant vn cuir parfaitement
noir &c licé. Les Yeux eftoient fi hauts & li proches des Cornes, que la Telle paroiffoit
n’avoir prefque point de front.
Les Mammeîons eftoient tres-petits, très- courts, <k feulement au nombre de deux:
ce qui les rendoit differens de ceux des Vaches. Les épaules eftoient fort élevées, fai-
fant vne bolfe au commencement du dos. Il y avoit vne autre boflè oppofée à celle du
dos, fçavoir au bas du fternon, à peu prés comme au Chameau.
Nous avons trouvé que toutes les particularitez qui fe remarquent dans cét animal
fe voient dans le Bubalus qu’Aldrovande décrit, & dont la figure luy a ellé envoyée par
Horatius Fontana. Il n’y a que la bolfe du Sternon dont Aldrovande ni Fontana ne
parlent point. Il y a apparence que cét animal doit eftre plutoll pris pour le Bubale
des Anciens que le petit Bœuf Afriquain que Belon décrit : car Arillote compare le
Bubale au Cerf; Elian dit qu’il eft fort ville à la courlè; Oppian lui attribue des cor¬
nes recourbées en arriére, & Pline dit qu’il relfemble toutenfemble à vn Veau & à vn
Cerf. Or il ne fe trouve aucune de ces marques dans l’animal que Belon décrit , &C
elles font toutes dans celuy dont nous parlons, ainli qu’on le peut aifément connoiftre,
li l’on fait reflexion fur toutes les particularitez qui viennent d’eftre remarquées. Mais
il ne faut pas s’étonner que Belon fe foit trompé, en attribuant à fon petit Bœuf le
nom de Bubale , puifque Pline témoigne que mefine de fon temps ce nom eftoit tres-
équivoque , &c qu’on le donnoit à des animaux qui ne relfembloient point au Bu¬
bale.
Pour ce qui regarde les parties du dedans, l’Epiploon enfermoit Sc couvroit les Ven¬
tricules. 11 eftoit compofé d’vne membrane fort mince, mais continue & non percée. Tes
vaiffeaux eftoient enfermez dans vne graiffe épaifle. Ses attaches eftoient aux deux der¬
niers Ventricules1, fçavoir depuis le Pylore jufqu’au fécond Ventricule, à la partie fupe-
rieure qui touche le Diaphragme, &c de là il s’étendoit fur les deux premiers, en fe repliant
vers le collé gauche.
DDd
ioo DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE VACHE DE BARBARIE. ;
Les Ventricules eftoient au nombre de quatre. Le premier & plus grand eftoit ve¬
louté par l’affemblage d’vne infinité de petites tetines,quifaifoient la furface extérieure de
la membrane interne de ce Ventricule, ainfi qu’elle eil à la plufpart des autres animaux
qui ruminent : mais cette membrane eftoit aifément feparable de l’externe comme à la
Gazelle. Le fécond Ventricule avoir fa membrane interne en forme de refeau-, 8c ce re-
feau, comme aux Moutons, n’eftoit rien autre chofe que les replis de cette membra¬
ne , qui eftoit plus lâche que l’externe-, 8c ces replis eftoient de differentes figures, les
vnes triangulaires , les autres quarrées , 8c les autres pentagones. Le troifiéme avoit à
l’ordinaire fa membrane interne encore plus lâche que le fécond , 8c les replis qu’el¬
le faifbit eftoient plus élevez , mais ils eftoient tous difpofez en long , faifant com¬
me des feuillets crenelez par la tranche. Le quatrième, qui eftoit plus grand lui feul que
le fécond 8c le troifiéme enfemble, eftoit aufti rempli de feuillets-, mais ils eftoient fans
creneleûre, 8c leur fituation eftoit tranfverfale comme pour arrefter 8c retenir la nour¬
riture plus long-temps. Une femblable ftruéture a eftë remarquée dans vn Renard Ma¬
rin, ou la cavité de l’inteftin eftoit interrompue par des membranes fituées tranfverfale-
ment, 8c difpofées comme la coquille ou rampe d’vn efcalier en vis-, 8c cette mefme fi¬
tuation tranfverfale de feuillets a encore efté trouvée dans le Cæcum des Singes, dans le
Colon des Lièvres 8c des Lapins, dans le Colon & dans les deux Cæcum des Auftruches,
8c dans le Jéjunum de l’Homme. La couleur de ce dernier Ventricule eftoit fort diffe¬
rente de celle des autres, eftant d’vn rouge fort brun.
Les Inteftins avoient tous enfemble foixante 8c dix -huit pieds. Le Cæcum eftoit long
de dix- huit pouces, 8c large de trois. Il avoit vn ligament nerveux, qui néanmoins neluy
faifbit point faire de cellules.
Le Pancréas eftoit attaché le long des petits Ventricules. La Ratte avoit quatre pou¬
ces de large fur dix de long. Elle eftoit attachée au Ventricule par toute fa moitié.
Le Foye eftoit rond 8c fans lobes , eftant feulement vn peu fendu en devant 8c en ar¬
riére. On a obfervé dans le tronc de la Veine Porte , de petites membranes en for¬
me de valvules, qui couvroient à demi les emboucheûres des rameaux qui portent le
fang du tronc de la Porte dans la fubftance du Foye, pour empefcher qu’il ne retourne
dans le tronc. Ces Valvules qui n’ont point encore efté veûës dans le Foye d’aucun ani¬
mal, font bien favorables à la pulfation que Gliffon attribue aux rameaux que la Porte
jette dans le Foye: car cette pulfation, qu’il eftime leur eftre communiquée par les Ar¬
tères qui leur font jointes 8c attachées à l’aide d’vne capfule qui enferme la Veine avec
l’Artere, cette capfule ayant vn mouvement particulier de conftriétion, n’eft pas aifé à
concevoir fans ces Valvules • eftant difficile que le fang enfermé dans ces Veines puiffe
former quelque pulfation lors qu’il eft frappé par la dilatation des Arteres voifines , s’il
n’eft enfermé 8c retenu par quelque obftacle voifin, tel qu’eft celui des Valvules-, autre¬
ment il obéira en refluant dans le tronc, & dans les rameaux qui yconduifentlefang : car
l’impetuofité du mouvement de ce fang vers le tronc ne peut fuppléer à cét obftacle,
ainfi que Gliffon prétend, à caufe de la fbibleflé de la tunique des Veines, qui apportent
ce fang dans le tronc : car ces Veines auroient plus de befoin d’vne capfule pour eftre
affermies, que les rameaux qui font dans le Foye, dont le Parenchyme pourroit eftre
fùffifant pour les affermir. De -forte qu’il femble que faute de ces Valvules, le battement
devroit eftre plus grand aux rameaux qui apportent le fang dans le tronc de la Veine
Porte, qu’à ceux qui le diftribuënt dans la fubftance du Foye-, 8c que ce battement de¬
vroit eftre autant contraire au mouvement du fang contenu dans ces rameaux, qu’avan¬
tageux à celuy qui doit eftre diftribué dans le Foye.
La Veficule du fiel eftoit à Pextremité 8c fur le bord de la partie cave au cofté droit.
Elle eftoit attachée par toute fa moitié interne au Foye , 8c la membrane qui faifoit la
moitié de dehors eftoit mince , délicate, 8c toute pliffée, eftant entièrement vuide de
fiel.
Le Poulmon avoit fept lobes : les cinq d’en haut eftoient petits , les deux d’en bas
avoient neuf pouces de long 8c cinq de large* Us eftoient attachez Tvn à l’autre vers leur
milieu
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE VACHE DE BARBARIE. loi
milieu par vn ligament membraneux large d’vn demi -pouce , & long de deux tiers de
pouce.
Les anneaux de l’Afpre Artere qui eftoient imparfaits , laifloient l’efpace de la lar¬
geur d’vn doigt fans cartilage à l’endroit qui regarde l’Epine, & qui touche l’Oefophage.
Ces anneaux eftoient de telle figure, & tellement difpofez, que leurs extremitez appla-
ties, & élargies, formoient chacun comme deux aîlerons, ou oreilles, qui eftoient po-
fées les vnes fur les autres -, en forte que par exemple les aîlerons d’en bas du premier
cartilage eftoient couverts des aîlerons d’en haut du fécond, qui couvroit aufli de fes ai¬
lerons d’en bas les aîlerons d’en haut du troifiéme, qui laifloit encore couvrir fes ailerons
d’en bas par les aîlerons d’en haut du quatrième. Cela continuoit de la mefme manière
dans tous les cartilages de l’Afpre Artere, ainfî qu’il fe voit dans la figure , qui feule
peut faire comprendre cette ftruéhire extraordinaire. Le refte de chaque anneau, qui
eftoit la partie la plus dure, eftoit creux en fon milieu, & laifloit deux éminences a fes
coftez. Cette conformation rendoit icy l’Afpre Artere plus alpre qu’elle n’eft ordinai¬
rement , parce qu’outre l’inégalité des deux differentes fubftan ces qui la compofent,
fçavoir la membrane, &c le cartilage qui fe rencontre dans toutes les Afpres Arteres,
celle-ci avoit encore l’inégalité que les cavitez ou caneleures, qui eftoient dans chaque
anneau , lui caufoient.
A l’Oeil la Cornée eftoit de figure ovale, ainfi quelle eft ordinairement aux autres
Vaches. L’Iris eftoit jaunaftre, tirant vn peu fur le ronge. Le Cryftallin eftoit plus con¬
vexe par derrière que par devant.
EEe
102,
Explication de la figure du Cormoran.
IL faut remarquer dans la figure d’en bas la longueur de la telle, la petitefîe de
l’œil, ôc fa fituadon oblique, la figure crochue du bec, &c la ftru&ure extraordinaire
des pieds qui ont le grand doigt en dehors, tk les autres en dedans, eftant tous quatre
liez enfemble par des membranes.
Dans la figure a en haut
AB.
BC.
B.
DE.
E.
FF.
G.
H.
I.
K.
L.
M.
N.
O.
P.
qq*
Ql
R.
ST.
T.
EEt l’Oeflphage enfle 3 & lie' par en haut.
Le Ventricule au fi enfle'.
Efl l’endroit où
L’ A fpre Artere.
Vn nœud fait d’vn anneau offeux au bas de l’ A fpre Artere.
Deux ligamens mufuleux qui attachent l’A/pre Artere avec les Ve fies du P oulmon.
Le Cœur.
Le Lobe droit du Foye .
Le Lobe gauche.
Le troiféme Lobe , qui efl fus le s deux autres.
La Veflcule du Fiel.
Le Pylore.
Dne portion de l’Oefophage dont on voit le dedans.
L’orifice fuperieur du Ventricule.
Vne portion du Ventricule que l’on voit par dedans.
La couppe des membranes du Ventricule , dont l'interne efl compofée d’vne infinité ' de glandes lon¬
guettes conglomérées » ft) dont les pointes rendent la Jùperficie interne du Ventricule afpre &
comme chagrinée.
Le Larynx. *
La Langue.
Le Pied droit. •
L’Ongle dentelé qui efl au ficond doigt.
l’Oeflphage s’étreflit pour faire l’orifice fuperieur du Ventricule.
DESCRIPTION
loj
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN CORMORAN
CEt oifeau eft appelle Cormoran, c’eft à dire Corbeau Marin , parce qu’il eft or¬
dinairement tout noir, que c’eft vn animal aquatique. Gefner dit que c’eft auftî
par cette raifon qu’il eft appelle Carbo aquations par Albert le Grand. Gaza croit que le
Corax d’Ariftote eft ce mefme Oifeau, non -feulement à caufe du nom Grec, qui fignifie
Corbeau, mais aufti à caufe des autres marques par îefquelles ce Philofophe le défigne,
qui conviennent au Cormoran que nous décrivons.
Il avoit vingt -fept pouces depuis le bout du bec jufqu’à l’extremité de la queue, 8c
trois pieds & demi d’vn bout des ailes étendues jufqu’à l’autre. On en voit de beaucoup
plus grands fur les bords de la Mer. Tout fon plumage eftoit noir, ou gris fort brun, vn
peu verdâtre par les ailes, à lareferve du ventre, & du deflous du col, qui eftoient cou¬
verts de plumes blanches, dont l’extremité eftoit noiraftre: ce qui faifoit paroiftre ces
parties blanches tachetées de brun. Gefner dit qu’en Suiffe ces Cormorans qui y font ap¬
peliez Scharbi , c’eft à dire Charbons, ne laiffent pas d’avoir quelques- vns le ventre
blanc.
Sous les grandes plumes qui couvroient Je corps, il y avoit vn duvet gris extrême¬
ment fin 8£ épais, comme aux Cygnes. Aldrovande dit que l’on prépare les peaux des
Cormorans comme celles des Vautours, & que l’on s’en fert pour couvrir échauffer
l’eftomac.
Les Plumes qui garniftoient le Col eftoient fort courtes, & celles qui couvroient laTefte
encore plus: mais elles eftoient fort épaiffes, & menues comme de la frange. Cela fait
voir que le Cormoran n’eft point le Phalacrocorax, qui eft ainfî appellé, parce qu’il n’a
point de plumes fur la Tefte, & que Pline s’eft trompé, quand il a dit que le Corbeau
aquatique, qui eft le Cormoran, eft naturellement chauve, & que cette particularité
luy a fait donner le nom qu’il a parmi les Grecs. Belon a efté dans la mefme opinion.
Ces Plumes de deffus laTefte eftoient longues de quatre lignes, droites &heriffées. Cela
faifoit paroiftre la Tefte moins platte qu’elle n’eft en effet, quoy-qu’elle le paroiffe beau¬
coup avec ces Plumes.
11 y avoit vers la racine du Bec , tant fuperieur qu’inferieur , vne peau dénuée de
plumes: elle s’étendoit aufti au tour de l’Oeil. Cette peau eftoit rouge. Aldrovande dit
qu’elle eft ordinairement blanche, & Gefner la met de couleur de Saffran. Cette mefme
peau s’étendoit fous le Bec , tk garniffoit la cavité qui y eft ordinairement. Elle eftoit
en cét endroit d’vn jaune pafte.
Le Bec par les coftez eftoit gris méfié de rougeaftre, tk noir par le deffus. Il avoit
trois pouces de long, à prendre depuis l’ouverture jufqu’à fon extrémité. Il eftoit crochu,
& fort pointu par le bout. Ce Bec luy fert à prendre les poiffons ; mais parce qu’il ne
les peut gueres attraper que par derrière, ou par le cofté, fk qu’il ne les avalerait pas
commodément la queue la première, à caufe des nageoires, des creftes, tk des écailles,
qui les empefcheroient d’entrer dans fon go fier , il a accoutumé de les jetter en l’air,
pour les recevoir la tefte la première : ce qu’il fait avec tant d’adreffe, qu’il n’y manque
jamais. On fe fert de cét Oifeau pour la pefche,en luy mettant vn anneau de fer au bas du
col, afin que les poiffons eftant receûs dans l’Oefophage, qui eft fort large, faifant vne
efpece de Jabot, ne puiffent entrer dans le Ventricule, & qu’on leur faffe aifément ren¬
dre gorge.
Il n’y avoit au Bec aucune ouverture pour les Narines , quoy qu’il y en euft dans
le Palais vne affez grande pour laiffer monter les vapeurs à l’organe de l’Odorat.
Les Yeux eftoient petits, & fîtuez fort proche du Bec. Eftant fermez, la ligne que les
deux Paupières faifoient, eftoit vn peuplas oblique quelle n’eft ordinairement aux oifeaux.
F Ff
ïo4 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CORMORAN.
Les Pieds eftoient courts , ny ayant que quatre pouces depuis le Ventre jufqu’à terre?
& il y en avoit fept jufqu’au bout du plus grand doigt. Ces Pieds eftoient fort noirs, 8c
fort luifans, couverts d’écailies longues &c étroites en dedans du pied, & fur le milieu
des doigts. Ces quatre doigts eftoient joints par des membranes, ce que nous avons déjà
remarqué dans vne Oye d’Ecoffe. Ces membranes eftoient picotées comme du cha¬
grin. Ces quatre doigts, qui eftoient tout d’vn rang , alloient en diminuant depuis le
grand jufqu’au petit. Le grand &C le petit faifoient vn angle droit, le grand eftant en
dehors, 8c le petit en dedans. Les deux autres doigts eftoient auffi en dedans, entre le
grand 8e le petit-, ce qui eft contre l’ordinaire des autres animaux à deux pieds, mais
principalement de l’Homme, dont le pied a le grand orteil en dedans, 8 c les autres en
dehors : car cela eft ainft fait pour foûtenir 8e pour affermir plus feûrement le corps
fur les pieds,, dans lefquels la faillie que les doigts ont en dehors eft neceffaire, pour
empefcher qu’il ne panche de cofté ni d’autre -, mais cette faillie eft inutile en de¬
dans, parce que la jambe oppofite foûtient fufîifamment le corps de ce cofté -là. Ces
doigts avoient des ongles pointus & crochus: le plus grand n’avoit pas plus de cinq
lignes. Il y avoit encore cela de remarquable à ces ongles , que ceux du fécond doigt, qui
eft proche du plus grand, eftoient dentelez à chaque pied, au cofté qui regarde le troi-
fiéme doigt. Le grand doigt, qui avoit trois pouces de long , eftoit compofé de cinq
os ou phalanges, celuy d’après de quatre, le troifiéme de trois, & le quatrième, qui eft
le petit , de deux. Ce dernier eftoit long d’vn pouce. Ariftote dit que le Cormoran eft
le feul des Plongeons qui fe perche fur les arbres , 8c qui y fait fon nid. Nous avons re¬
marqué que des pieds tels qu’eftoient ceux de noftre Cormoran , font plus commodes
à fe percher que ne font ceux des autres Plongeons, quoy- que ces pieds ne puiffent fer¬
rer les branches qu’avec deux de leurs quatre doigts, fçavoir avec le plus grand, & avec
le plus petit: mais ce petit eft beaucoup plus grand qu’aux autres Palmipèdes, qui ont
le petit doigt de derrière li court, que ce n’eft que comme vn ergot abfolument inutile
à empoigner les branches.
La conftruétion du Pied de noftre Cormoran ne nous parut pas feulement plus
commode qu’elle n’eft aux autres Palmipèdes, à l’égard delà facilité quelle luy doit don¬
ner pour fe percher , mais elle eft aufti fort avantageufe pour nager : car au lieu que les
autres Palmipèdes n’ont que deux membranes qui joignent les trois doigts de devant,
noftre Cormoran en avoit trois qui joignoient les quatre doigts enfemble: c’eft pour-
quoy ces Oifeaux vont fous l’eau avec vne vifteffe incroyable. Gefner dit que les Pieds
leur fervent auffi quelquefois à prendre le poiflon, &C qu’ils l’apportent au rivage le te¬
nant d’vn pied, 8c nageant de l’autre. Cét vfage particulier, fç avoir d’avoir befoin de
nager avec vn feul pied, peut faire comprendre la raifon de la ftruéture extraordinaire
des Pieds du Cormoran : car fi les doigts & leurs membranes qui forment la patte, avoient
efté en dehors , il auroit efté impoffible à l’Oifeau d’aller qu’en tournant en rond lors
qu’il ne nage que d’vn pied, ainfi qu’il arrive à vn batteau quand on ne rame qu’a¬
vec vn aviron -, au lieu que les doigts eftant en dedans, il arrive que lorfque l’oifeau
nage d’vn feul pied , il pouffe l’eau juftement fous le milieu du ventre, &C ne fait point
détourner fon corps d’vn cofté ni d’autre. Or cette conformation luy eftoit encore d’au¬
tant plus neceffaire, que fes Pieds font plus courts: car s’ils avoient efté plus longs, ils
auroient eû vne facilité qu’ils n’ont pas à fe tourner obliquement fous le ventre, pour
placer le pied au milieu, &c ne pouffer point d’vn cofté plus que d’vn autre.
L’Oefophage eftoit fitué au cofté droit de l’Afpre Artere, fous laquelle il paffoit pour
gagner le Ventricule. Lors qu’on l’enfloit en foufflant dedans, il s’élargiffoit jufqu’à avoir
plus de deux pouces de diamètre. Eftant parvenu au droit de la bifurcation de l’Afpre
Artere, il fe détournoit à gauche, & fe retreciffoit tout- à-coup, ne laiffant pour l’o¬
rifice fuperieur du Ventricule qu’vne ouverture de la groffeur d’vn tuyau de plume.
Ce retreciffement ne paroifloit point lorfque l’Oefophage &C le Ventricule eftoient en¬
flez-, car alors ils ne faifoient que comme vn feul boyau. Ce Ventricule eftoit charnu &C
mufculeux vers le bas-, mais il eftoit membraneux en fa partie fuperieure, peut-eftre
pour
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CORMORAN. ioy
pour s’élargir, 8c pour fe rétrécir félon le befoin qu’il en a pour engloutir les poiffons, 8c
pour les enfermer enfuite dans le Ventricule, où la coétion, qui fe commence dans l’Oe-
fophage, doit s’achever: car c’eft vne chofe furprenante que la grandeur des Poiffons
que l’on voit avaler à ces Oifeaux.
Le Ventricule 8c l’Oefophage paroilfoient de mefme figure 8c de mefme grandeur,
eftant veûs par le dehors , apres que l’vn 8c l’autre eurent elle fortement enflez par le
vent que l’on y avoir fait entrer avec violence: mais le Ventricule eftoit moins large, 8c
n’avoit pas tant de capacité par le dedans , à caufe de l’épaifleur des deux membranes
dont il eftoit compofé , qui faifoient enfemble l’épaiffeur de deux lignes. Le Pylore
n’eftoit pas oppofé à l’Orifice ftiperieur, ainfi qu’il fe voit ordinairement, mais il eftoit
comme enté dans le milieu du Ventricule, laiflant la moitié d’en bas pendante comme
vn fac. Cette partie inferieure eftoit charnue, 8c comme mufculeufe, ainfi qu’à vn Ge-
fier; quoy-que cette membrane charnue n’euft ni l’épaifleur ni la dureté qui fe remar¬
que ordinairement dans le Gefier des Oifeaux. Et il y a apparence que cette partie
eftoit ainfi charnue 8c mufculeufe, pour fervir à exprimer 8c faire monter plus aifément
vers le Pylore ce qui eft defcendu au fond long 8c étroit du Ventricule, lors que la
coétion des alimens y eft achevée ; la chair dure 8c fibreufe des Gefiers eftant faite pour
comprimer plus fortement, 8c comme pour broyer les grains durs 8c fcc s dont les Oi¬
feaux fe nourriffent, 8c n’eftant pas neceffaire à ceux qui ne vivent que de chair, ou de
poiflon comme le Cormoran.
La Membrane externe du Ventricule eftoit blanche, 8c paroiffoit de deux fubftances-,
fa partie externe eftant nerveufe 8c dure par en haut, 8c charnue par en bas, ainfi qu’il a
efté dit , 8c fa partie interne eftant plus mollafle, 8c comme muqueufe, en forte qu’il
fembloit que par le moyen de cette partie interne les deux membranes du Ventricule
fuiïent colées enfemble. La Membrane interne, qui eftoit vn peu rougeaftre, eftoit glan-
duleufe, &compofée d’vne infinité de petites glandes longues d’vne ligne 8c demie, 8c
de la grofléur environ d’vne grofle épingle : ces petites glandes fe touchoient les vues
les autres félon leur longueur, & eftoient attachées 8c comme colées enfemble par vne
fubftance pareille à la leur, mais un peu moins ferme, 8c comme glaireufe. Leurs extre-
mitez eftoient plus fermement attachées , fçavoir celles d’en bas , qui fortoient de la
Membrane externe du Ventricule, 8c celles d’en haut, qui tenoient les vues aux autres,
8c formoient la fuperficie interne du Ventricule, en forte que tous les bouts des glan¬
des rendoient cette fuperficie interne comme chagrinée ; ce qui reprefentoit aflez bien
le Velouté du grand Ventricule des animaux qui ruminent, fi l’on fe figuroit que les
petits Mammelons longuets qui compofent ce Velouté fuflent joints les vns aux autres
comme les glandes Conglomérées le font ordinairement; au lieu que dans les animaux
qui ruminent, ces Mammelons font féparez les vns des autres, eftant feulement atta¬
chez à la membrane interne du grand Ventricule par leurs racines. Nous avons trouvé
dans quelques Auftruches la Membrane interne du Gezier d’vne ftru&ure toute pareille
à celle -cy.
Dans la partie fuperieure du Ventricule vers l’Orifice, il y avoit plufieurs Vers longs
de huit à dix lignes, 8c de la grofléur d’vne épingle moyenne. Ils eftoient blancs 8c
tranfparens , 8c l’on voyoit au milieu de leur corps comme vne veine noiraftre , al¬
lant de la telle à la queue, qui eftoit plus pointue que la telle, qui eftoit plus menue
que le milieu du corps. Au fond du Ventricule il y avoit une matière fembla-
ble à du fang noir à demi caillé. Et il y a apparence que c’eftoit effectivement du fang
qui eftoit tombé en cét endroit , à caufe d’vn coup que l’Oifeau avoit receû fur la
telle.
Les Inteftins eftoient longs de fept pieds. Ils n’avoient point ces deux appendices
qui forment comme deux Cæcums , que Belon dit le trouver dans tous les Oifeaux. Nous
avons trouvé que ces fortes d’Inteftinsmanquoient encore à vne Aigle appelléeHaliaetos,
8c à quelques autres Oifeaux. Tous les Inteftins de noftre Cormoran eftoient d’vne
mefme groffeur, ayant deux lignes de diamètre. Ils eftoient enfermez avec le Ventri-
jo6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CORMORAN.
cule dans vn Epiploon, que Pline dit ne fe trouver point dans ces Oifeaux. Cet Epi¬
ploon avoit beaucoup de graille, dure comme du fuif. Il y avoir auffi fur le Ventricule
& fur la Veficule du Fiel de cette graille attachée , & feparée de l’Epiploon, qui eft vue -
choie allez particulière.
Les Reins elloient enfermez & féparez des autres parties du Bas- Ventre, par le
moyen d’vneMembrane qui les couvrait. Ils avoient vne figure extraordinaire, n’eftant
pas feparez en trois Lobes comme ils font ordinairement aux Oifeaux , mais dentelez
comme vne crefte de Cocq en leur partie gibbe. Ariftote dit que les animaux qui en¬
gendrent des œufs, comme les Oifeaux & les PoilTons, n’ont ni Reins, ni Velïie, horf-
mis la Tortue Marine. Nous n avons point encore trouvé d’Oifeau qui neuft des Reins
& des Ureteres. Pour ce qui eft de la Velïie, la vérité eft qu’ils n’ont point d’autres ré¬
ceptacles pour recevoir l’vrine, que l’extremité du Redum , qui eft ordinairement plus
dilatée aux Oifeaux qu’aux animaux terreftres, & ayant quelquefois vne rondeur fem-
blable à vne Velïie, ainfi qu’il fe voit à l’Aullruche. Le Caméléon, qui n’eft pas vn
Oifeau, mais qui fait des œufs, a auffi des Reins 8c des Ureteres qui conduifent fon
vrine dans la poche du Redum , comme aux Oifeaux.
Le Foye, qui eftoit d’vn rouge clair comme de couleur de chair , eftoit petit. Il
avoit trois Lobes, deux en devant , ainfi qu’il fe voit ordinairement aux autres Oifeaux-,
mais le gauche n’eftoit pas la moitié li grand que le droit : le troifiéme eftoit fous le
gauche, à peu prés de fa forme & de fa grandeur. Tout le Foye eftoit fitué au collé droit.
Le Ventricule occupoit le collé gauche. La Veficule eftoit féparée du Foye, n’y eftant
attachée que par fon col , ainfi que nous l’avons trouvé dans des Aigles: cela fe trou¬
ve auffi en quelques autres Oifeaux. Le fond de la Veficule touchoit au Ventricule. Elle
eftoit longue d’vn pouce , N large de trois lignes.
La Rate eftoit longue d’vn pouce, épailîe d’vne ligne & demie, de couleur vn peu
plus brune que le Foye. Sa figure eftoit d’vn demi difque. Elle touchoit la partie gau¬
che du Ventricule , mais elle n’y eftoit attachée par aucuns vailfeaux apparens. Elle
eftoit fort adhérante au Pancréas , qui fe couloit fort loin , à la manière ordinaire des
Oifeaux, dans la finuofité que forme le premier repli des Inteftins. Il eftoit de cou¬
leur de chair blanchaftre : plufieurs vailfeaux l’attachoient à la partie cave du Foye pro¬
che de l’origine de la Veficule. Son infertion dans l’Inteftin eftoit proche de celle de la
Veficule.
L’Alpre Artere avoit fes anneaux entiers. A l’endroit où elle fe fourche, dans le Tho¬
rax, il y avoit vn grand anneau oifeux fk fort dur. Il y avoit deux Mufcles ou Liga-
mens charnus, qui lioient l’Afpre Artere vers l’endroit où elle entre dans le Thorax.
Ces Mufcles , qui dans la plufpart des Oifeaux attachent l’Alpre Artere au Sternon,
l’attachoient en celuy-cy aux veffies du Poulmon , lors que s’eftant divifez en plu¬
fieurs tendons , ces tendons devenoient membraneux , &C failbient comme vne patte
d’Oye.
Le Cœur eftoit enfermé dans vn Péricarde où il y avoit vne eau claire & limpide. Il
eftoit prefque rond, fa pointe eftant fort moufle. Ses Oreilles elloient tres-petites, prin¬
cipalement la gauche: il ne defcendoit point entre les deux Lobes du Foye comme à la
plufpart des Oifeaux, le Foye eftant tout-à-fait au delfous de fa pointe.
La Langue eftoit fort petite , n’ayant pas plus de trois lignes de long. Elle eftoit dou¬
ble, ayant deux pointes, dont l’vne, qui eftoit ronde &c charnue, tendoit en dehors-,
l’autre, qui eftoit membraneufe 5c cartilagineufe , tendoit vers le Larynx, qui eftoit dur
ôc oifeux.
L’Oeil n’avoit que demi pouce de diamètre. La Cornée eftoit d’vn rouge tranfi-
parent &C tres-vif, femblable à ce bel émail que l’on appelle Rouge -clair. Il y a appa¬
rence que ce rouge eftoit du fang extravafé entre les deux tuniques, dont la Cornée
eftoit compofée: car ces tuniques elloient aifément feparables, fk cét Oifeau avoit efté
aflbmmé de plufieurs coups fur la telle. Le Cryftallin eftoit petit , n’ayant gueres plus
d’vne ligne de diamètre. Sa figure approchoit de la Spherique comme elle eft ordi¬
nairement
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CORMORAN. 107
nairement aux Poiflfons, peut-eftre à caufe que cét animal doit voir clair dans l’eau,
où il va prendre fa proye. Il eftoit vn peu comprime en devant.
Cét Oifeau fut tué à Sceaux, lors qu’eflant entré dans la Cuifine d’vne Hoftellerie, il
s’acharna fur le Cuifmier, qu’il mordit. Il avoit vne aîle rompue, & le crâne enfoncé,
quand on nous l’apporta.
HHh
LA figure d’en bas reprefente les differentes couleurs du poil, la grandeur des yeux,
le contournement des cornes en arriére, & de quelle manière la lèvre fuperieure
elb fendue.
Dans lajïgure d’en haut.
A A. Efi le Lobe droit du Foye.
B. Efi le Lobe gauche.
C. Le g eût Lobe.
D D. Le grand Ventricule.
EF DE. L’Epiploon qui couvre le premier & le troifiéme Ventricule , aufquels il efi attache'. E. efi vne
partie de cét Epiploon* qui eft relevée pour laijfer voir le grand Ventricule.
EF. Le troifiéme Ventricule couvert de l’Epiploon.
G. Le fécond Ventricule.
H. La Pelotte qui a efié trouvée dans le troifiéme Ventricule.
1 1. Les Vaifieaux Spermatiques prèparans.
K K. Les Rameaux des Préparans qui vont d la Vefiie.
LI. Les Rameaux qui vont au col de la Matrice.
M M. Les Rameaux qui vont aux F efiicules.
N N. Les Rameaux qui vont aux Cornes de la Matrice.
O O. Les Eefiicules.
P P. Les Cornes de la Matrice.
La Vefiie.
R. Une éApophifè calleufe d la pointe du Cœur.
S. Le Cryfiallin fendu en trois.
T T, L’Oefophage .
Y. Le Pylore .
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DUN CHAMOIS
LE Chamois dont nous faifons la defcription eftoit vn peu plus grand qu’vne Chè¬
vre. Il avoit les Jambes plus longues ; le Poil en recompenfe eftoit plus court. Le
plus long, qui garniffoit le ventre 5c les cuiffes, n’avoit que quatre pouces 8c demi: fur
le dos il eftoit encore plus court. Le Poil qui couvroit le Dos & les Flancs eftoit de deux
efpeces: car outre le grand Poil qui paroiffoit,il y en avoit vn petit fort court, ÔCtres-fîn,
caché deffous, autour des racines du grand, comme au Caftor. La Telle, le Ventre, 5c
les Jambes n’avoient que le gros Poil. Aux endroits où ce gros Poil eftoit long, comme
au deffus de la telle, au col, au dos, aux flancs, Sc au ventre, il eftoit vn peu frifé , 5c
onde comme aux Chevres.
Le deffus du dos, le haut de l’eftomac, le bas de la gorge, les flancs, le deffus de la
telle, 5c le dehors des oreilles, eftoit de couleur de minime-brun. Il y avoit encore de¬
puis les oreilles jufqu’aux narines, vne bande de la mefme couleur , qui enfermoit les
yeux. Le relie du Poil eftoit d’vn blanc fale 5c rouffaftre.
La Queue n’avoit que trois pouces de long. Les Oreilles en avoient cinq. Elles eftoient
par le dedans bordées d’vn poil blanc. Le relie eftoit ras Sc de couleur chaftain-brun.
Les Yeux eftoient grands: ils avoient vne paupière interne qui fe retiroit vers le petit
coin de l’œil: elle eftoit rouge. C’eftpeut-eftre ce qui a fait dire à Albert que le Chamois
a les yeux ronges. La Lèvre luperieure eftoit vn peu fendue, à peu prés comme au Lièvre.
Les Cornes fortoient au devant du front fort peu au deffus des yeux. La couleur en
eftoit noire. Elles eftoient rondes Sc rayées par des cercles, Sc non en vis. Oppian ap¬
pelle le Chamois Strepficeros , c’eft à dire qui a les cornes tournées. Aldrovande &C Gef-
ner interprètent ce mot qui eft équivoque, Sc croyent avec raifon qu’Oppian a enten¬
du que ces cornes font tournées Sc courbées en arriére, Sc non pas tournées en vis com¬
me elles font au Mouton de Candie que Belon apelie Strepficeros. En effet, les cornes de
noftre Chamois eftoient tournées en arriére : mais parce qu’il eftoit encore jeune , elles
n’eftoient pas crochues comme elles font aux plus âgez , à qui elles deviennent ft cro¬
chues en arriére , Sc fi pointues , que l’on dit que ces animaux les font entrer dans leur
peau en fe voulant grater-, Sc qu’il arrive quelquefois qu’elles y demeurent tellement en¬
gagées, qu’ils ne les en peuvent retirer: ce qui eft caufe qu’ils meurent de faim. On dit
auffi que ces crochets leur fervent à fe retenir quand ils tombent du haut des rochers
fur lefquels ils aiment à courir.
On eft en doute fi le Chamois eft l’animal que Pline appelle 1 \upicapra 3 ou fi c’eft le
Câpre a: car Pline dit que ce font deux efpeces de Chèvres fàuvages. jonfton croit que
le Caprea de Pline eft noftre Chevreuil. Scaliger veut que Caprea foit le Chamois, Scque
le Chevreuil foit le Capreolm que Votton expliquant Columelle ne diftingue point de
Caprea non plus qu’Aldrovande, qui dit que Caprea eft appellé Chevreuil en François:
en forte que \upicapra3 félon Scaliger, eft vn genre commun à Caprea Sc à Ibex. Il y a
néanmoins apparence que le \upicapra des anciens eft noftre Chamois, parce que Pline
dit que le Rupzcapra eft different du Dama 3 en ce qu’il aies cornes tournées en arriére,
Sc que le Dama 3 qui eft vn autre animal que noftre Dain, les a tournées en devant: Sc
d’ailleurs il dit que le Caprea a les cornes branchues, ce qui convient au Chevreuil. Be¬
lon prétend que le Chamois a pris fon nom du Grec Remas: mais la defcription qu’Elian
fait àviRemas 3 le fait paroiftre fort different du Chamois: car il dit entre autres choies que
le Remas a les cornes tournées en devant. Il dit encore qu’il a les oreilles garnies d’vn
poil fort épais, ce qui ne s’eft point trouvé dans noftre Chamois, ainfi qu’il a efté remar¬
qué. Or Scaliger, qui fe plaint avec raifon du peu d’exa&itude que les anciens ont apporté
à décrire, Sc à bien diftinguer les animaux par leurs propres noms , a beaucoup contri-
Ili •
ÎXO DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAMOIS.
bué luy-mefme à la confufion qui fe trouve encore à prefent dans les noms de tous ceux
qui tiennent de la Chèvre , defquels il s’agit icy. Car outre la confufion qu’il fait de
Cape a avec Rupkapa > il a encore donné lieu à Aldrovande & à Gefner de croire que le
Kemas J qu’il prend pour le Chamois, eft appelle Faon en François cette erreur deSca-
liger vient de ce qu’il n’a pas fait la diftin&ion qu’il y a entre Kemas, fuivant fa fignifica-
tion ordinaire , & Kemas, félon celle en laquelle les Poëtes l’employent: car félon la pre¬
mière, il lignifie à la vérité noftre Faon- K.ema$ venant de Koif/Acc 3 qui fignifie dormir, ou
eftre couché, parce que les Faons des belles fauvages n’ofent pas fortir des tanières & des
cavernes où ils dorment Ôëfont couchez ordinairement: mais félon la fécondé lignifica¬
tion qui eft particulière aux Poëtes , au rapport d’Elian , il lignifie vn animal tout -à- fait
different du petit du Cerf, & des autres animaux que l’on appelle Faon en François.
Noftre Chamois avoit des dents incifives feulement en la mâchoire d’en bas, comme
les autres animaux qui ruminent. Elles eftoient au nombre de huit , & inégales ; celles
du milieu eftant beaucoup plus larges que celles qui eftoient aux collez, à peu prés com¬
me à la Gazelle.
Les pieds eftoient fourchez, 8ë creufez par delïbus, & non remplis de chair comme
à la Gazelle-, car la chair eftoit retirée en dedans, de manière que chaque ongle por-
toit en terre prefque de mefrne qu’aux Chevaux, & l’extremité de la corne qui portoit
à terre, eftoit fort aiguë.
La partie anterieure de l’Epiploon eftoit attachée à gauche au premier Ventricule.
En p a liant au codé droit, elle s’attachoit au troifiéme: defcendant de là elle paftbit par
défions la partie inferieure du premier, & en remontant par derrière s’attachoit au fond
de ce premier Ventricule-, en forte que cét Epiploon u’eftcfit point couche fur les Inte-
ftins comme il eft ordinairement.
Il y avoit trois Ventricules. Le premier, qui eftoit le plus grand, eftoit compofé de deux
membranes, dont l’interieure eftoit veloutée , 6 i fe pouvoit aifement fèparer de 1 exté¬
rieure. Le fécond, qui eftoit le plus petit, avoit des rides élevées en dedans, qui formoient
des differentes figures, & compofoient comme vn rezeau. Le troifiéme, qui eftoit d’vne
grandeur moyenne, avoit des feuillets dentelez, comme il y en a au troifiéme Ventricule
des Bœufs. Bartholin a trouvé dans le Chamois dont il a fait la defcription , que les
deux Orifices du Ventricule ( car il ne parle que d’vn Ventricule), eftoiçnt fort pro¬
che l’vn de l’autre; mais ils eftoient fort éloignez dans noftre fujet, ainfi que la figure
fait voir. Le troifiéme Ventricule avoit vn corps étrange, attaché à fa membrane inté¬
rieure. Ce corps eftoit compofé d’vne membrane dure, dans laquelle il y avoit du gra¬
vier enfermé. Gefner dit que les Chamois aiment à avaller le gravier, pour fe nettoyer
la Langue & le Gozier, qu’ils ont ordinairement enduits d’vne pituite qui leur ode i’ap-
petit. Outre ce corps étrange, qui eftoit naturellement adhérant, il y avoit vne boulle,
ou pelotte collée, mais aifément feparable : elle eftoit de la figure d’vn œuf, ayant treize
lignes fur dix. L’vn de fes bouts eftoit comme coupé, & cette coupeure avoit vne legere
cavité par le milieu. Cette Pelotte eftoit de couleur d’Olive-brun. Velfchius dans le Trai¬
té qu’il a fait des boulles quife trouvent dans le Ventricule des Chamois, les appelle Be-
foart d’Allemagne. Cardan les appelle Oeuf de Vache, peut-eftre à caufe que l’on trouve
quelquefois de ces boulles dans le Ventricule des jeunes Vaches, ce qui a efté remarqué
par Pline. Bartholin dit que l’on en trouve fou vent en Dannemarc dans le ventre des Che¬
vaux 8ë des Moutons. Il croit que ces boulles font faites, ou du poil que les Vaches avallent
en fe léchant, ou de la laine que les Moutons fe mangent les vns aux autres, lors qu’ils
paffent l’hiver dans des montagnes couvertes de nege, où ils ne peuvent trouver d’herbe.
La Pelotte que nous avons trouvée ne paroifidit point eftre compofée de poils , mais
de fibres ligneufes: ce qui fe reconnoiffoit par l’inégalité de ces fibres, qui n’eftoient point
d’vne mefrne groffeur, ni d’vne figure vniforme comme font les poils. Il faut encore
confiderer que l’on trouve de ces Pelottes dans le ventre des Cnevaux, qui ne font
point des animaux qui fe lèchent, & dans lefquels elles doivent eftre faites d’autre çhofe
que de poil. Auffi la plufpart des Auteurs , & entre autres Camerarius & Gefner , croyent
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CHAMOIS. m
que ces Pelottes font compofées du refte des herbes que les animaux ont mangées,
dont les fibres les plus dures n’ont pu eftre digérées ; & ils difent que ces fibres font par¬
ticuliérement du Doronic que quelques-vns eftiment eftre vne efpece d’Aconit : car
bien que les feuilles du Doronic foient tendres & molles , elles ont des nerfs fibreux , à
peu près de mefrne que le Plantain. Pline lemble appuyer cette opinion , quand il dit
que les Chamois vivent de poifon de mefrne que les Cailles: car quoy que les Botaniftes
ne foient pas d’accord fur le poifon du Doronic, & que quelques-vns doutent s’il eft
poifon aux hommes , ils conviennent néanmoins qu’il eft poifon à la pluïpart des beftes.
On croit que les Chamois mangent le Doronic , pour fe garantir du vertige , auquel ils
pourroient eftre fujets lors qu’ils courent fur les pointes des hauts rochers. Velfchius afi-
îèure que ces Pelottes ne fe trouvent que dans le premier, ou dans le fécond Ventricule:
celle que nous avons trouvée eftoit dans le troifiéme. Camerarius remarque que c’eft vers
le mois de Novembre quelles s’engendrent: noftre difteétion a efté faite en Décembre.
Tous les Inteftins enfemble, fans comprendre le Cæcum, avoient quarante pieds de
longueur. Le Cæcum eftoit de huit pouces. Le Colon n’avoit pas plus d’vn pied.
La Ratte eftoit ronde, & platte comme vn gafteau: elle eftoit épaifte de huit lignes
dans la moitié qui eftoit adhérante au grand Ventricule • l’autre moitié, qui n’eftoit point
adhérante, alloit toujours en diminuant fon épaifleur jufqu’au bord qui eftoit fort mince.
Le Foye avoit trois Lobes, deux grands, 8c vn petit. La Veficule du Fiel eftoit au mi¬
lieu du Lobe droit. Entre les animaux qui n’ont point de fiel, Pline met les Chèvres, dont
le Chamois eft vne efpece. Celuy que Barthoîin a diftequé n’en avoit point.
Les Reins eftoient longs de deux pouces. La Membrane adipeufe n’eftoit pas jointe
&C ferrée à l’ordinaire fur le corps du Rein, mais elle laiftoitvne efpace vuide entre deux.
La mefrne chofe a efté remarquée par Barthoîin dans fon Chamois. Le haut de la Mem¬
brane adipeufe du Rein droit eftoit attaché au petit Lobe du Foye.
Les Portières de la Matrice eftoient extraordinairement longues, & recourbées avec
plufieurs replis &C circonvolutions. Le Tefticule eftoit joint à l’extremité de la Portière,
qui eft proprement la Trompe de la Matrice des Brutes. Les Vaiftéaux Préparans jet-
toient des Rameaux, non-feulement dans le Tefticule, & dans la Matrice, mais mefrne
dans la Veftie. Les Ligamens ronds prenoient leur origine aux coftez de la Matrice à
l’endroit où elle fe fourche pour former les deux Trompes ou Portières, & defcendoient à
l’ordinaire dans les Aines où iis fe dilatoient, pour faire ce que l’on appelle la Patte d’oye.
Le Po’ulmon avoit huit Lobes, quatre au cofté droit, trois au gauche, ÔC le huitième
au dedans de la duplicature du Mediaftin.
Le Coeur eftoit long & pointu. Vers la pointe il y avoit vne Apophyfe calleufe ,
blanche, dure, &C ronde : elle fortoit hors du Cœur de la grofteur du bout du petit doigt.
Le Cerveau eftoit grand à proportion du Corps, ayant deux pouces de largeur fur
trois de longueur, y comprenant le Cervelet. Les Anfraduofitez eftoient plus frequen¬
tes, &plus diverfifiées qu’elles ne font ordinairement dans les Brutes. Quoy que le grand
Cerveau fuft divifé en partie droite & gauche, par vne longue cavité à l’ordinaire, il
n’y avoit point néanmoins de produétion de la dure - mere , pour faire ce qui s’appelle la
Faux: il y avoit feulement vne ligne tres-peu élevée, qui répondoit à la cavité du Cer¬
veau. Le Lacis Choroïde eftoit fort dilaté par l’affluence du fang qui avoit efté retenu
dans les VaiiTeaux dont il eft compofé. La glande Pinéale eftoit grofle, ayant plus d’vne
ligne de diamètre: fa figure eftoit plus ronde qu’à l’ordinaire.
Le Nerf Optique entroit dans le globe de l’Oeil hors l’axe, beaucoup plus vers le
front que vers la joue. En dedans du globe de l’Oeil, il entroit par l’extremité du Ta¬
pis , qui eftoit de couleur brune.
Le Cryftallin eftoit plus convexe en dehors qu’en dedans. Il eftoit naturellement di¬
vifé eri trois fur la fuperficie de fa partie intérieure. La Membrane Arachnoïde eftoit fort
épaifte & dure, en forte quelle fe feparoit aifément du Cryftallin.
KKk
m
Explication de la figure du, Porc-Epic & du Heriffon.
LA figure d’en bas fait voir la différence de des deux efpeces d’ Animaux qui fontdif»
fèmblables, non feulement par leur grandeur , mais auffi par leurs picquans,qui font
tous d’vneefpece dans le Heriffon, & beaucoup plus courts, à proportion du corps, que
dans le Porc-Epic, qui a des picquans gros & durs fur le dos & fur les flancs, & qui n’a
fur le col, fur la telle, &; aux codez des mâchoires que des fbyes longues , menues,
& pliables. 6
Dans la figure à en haut ,
A.
B.
C.
D.
EFG.
H.
IL
K.
L.
MM.
N N.
O O.
P.
qq.
r.
QCh
R.
SS.
T.
y.
xx.
Y Y.
Z.
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T.
AA.
et et.
9>p>.
y y.
ee.
0.
a a.
nu.
AA.
Efi le Ventricule du Porc-Epic.
L’Intefiin Duodénum , qui peut paffer pour vn quatrième Ventricule .
La grande Patte.
La petite Patte 3 qui e fi collée fur le Ventricule par fin milieu 3 tri) attachée par fin bout d’en bas a
l’Intefiin Iléon ‘vers E.
L’Intefiin Iléon .
L’ Inteflin Cæcum.
L’Intefiin Colon.
L’Oreille externe fèmblable d celle de l’Homme.
Une des grojfes Dents du Porc-Epic.
Les Paraftates.
Les E efiicules du Porc-Epic mafle.
Les Profiates .
La Veffie.
Des Lïgamens qui ajfermiffent les Eefticules 3 & pajfent dans les Cuijfes .
L’Epididyme naturellement fiparé du Eefiicule.
Un morceau de la Peau qui paroi fl comme gaufrée en dedans 3 d caufie quelle efi inégale par des
petites cavitez> en forme de losange. Il y a aufii vn des picquans du Porc-Epic que l’on a
laiffié attaché d ce morceau de Peau 3 pour faire voir comme il efi peu adhérant 3 d caufi de la
petitejfc de fia racine } qui ne pénétré guère s avant dans la Peau.
On des Êuyaux qui ef latent fur le Croupion du Porc-Epic.
Les Peins.
Le Rein Succenturié droit attaché immédiatement d la Veine - Cave & d lEmulgente .
Le Succenturié gauche attaché immédiatement au grand Rem 3 & par le moyen d’vn Vaiffeau d
lEmulgente .
Les deux Cornes de la Matrice.
Les Eefiicules du Porc-Epic femelle.
La Veffie.
Les Lïgamens larges de la Matrice.
Le Rein Succenturié gauche coupé par la moitié. Il est vne fois aufii grand que le naturel
Les Lefiicules du Heriffon mafle renfermez. , au dedans du Ventre 3 ainfi quils font ordinairement
aux femelles des autres Animaux.
LEpididyme.
Les Paraftates.
Les Profiates.
Des Membranes charnues qui fervent de Cremaftéres.
One Membrane tranfparcnte,
La VeJfie.
Des Membranes en manière de Ligamens larges de la Matrice dans le Herijfon mafle. Ces Mem¬
branes fint épaiffes & fort differentes de la Membrane qui eft tranfparente .
Les Vaijfeaux Spermatiques préparant .
La Langue du Porc - Epie.
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE SIX P O R CE PICS
ET DE DEUX HERISSONS.
LE Porc-Epic &: le Heriffon, félon les Anciens, font des Animaux d’un mefme
genre, à eau fe des Eguillons dont l’vn & l’autre font reveftus. Le nom du genre
eit Echinos 3 Echinw. Le Porc-Epic eft appelle Hyflrix par les Grecs & par les Latins. Le
Heriffon eft appelle iflivog en Grec par Oppian, minor Echinus en Latin, comme
ft toute la diftinétion de ces deux efpeces ne confiftoit qu’en la différence de la gran¬
deur. Nous avons remarqué néanmoins que les Animaux de ces deux efpeces eftoient
encore differens par d’autres chofes plus eflentielles , fçavoir par la région où ils naiflent,
par leurs éguillons, fk par la figure du refte de leur corps : car le Porc - Epie naift en
Afrique, le Heriffon eft commun dans l’Europe*, les Eguillons de nos Heriflons eftoient
plus courts à proportion de leur corps que ceux des Porc-Epics ; & la Forme de mefme
que l’vfage de ces Eguillons eftoit auftifort differente, ainfi que de leurs Pieds, de leur
Mufeau, fk de toutes les parties de dedans.
Le plus grand des fix Porc-Epics dont nous faifons la defeription, avoit dix - huit pou¬
ces depuis le Mufeau jufqu’à l’extremité des Pieds de derrière allongez. Us avoient tous
par tout le corps vne foye ou gros poil luifant, femblable par fa groiïeur, fa confiftance,
fa figure, fk fa couleur, à la foye du Sanglier: ce qui a donné à cét Animal le nom de
Hyflrix 3 qui vient de vog c’eft à dire Poil de Porc. Et en effet, cette foye reflem-
bloit mieux à celle du Pourceau qu’à celle du Sanglier , en ce qu’elle n’eftoit point en-
tremeflée d’vn autre Poil plus court, femblable à de la laine qui garnit la racine de la
foye du Sanglier-, mais elle eftoit par tout d’vne mefme longueur & d’vne mefme efpece.
Elle avoit environ trois pouces de long par tout le corps, à la referve du deffus du col,
où elle eftoit longue d’vn pied, fk trois fois auffi greffe qu’allieurs. Cette mefme foye
faifbit auffi comme vn pannache fur la tefte, d’environ huit pouces, & des mouftaches
de fix pouces de long. La foye de ce Pannache eftoit blanche depuis la racine jufqu’au
milieu, fk de couleur de chaftain brun depuis le milieu jufqu’à l’extremité.
Outre cette foye il y avoit encore fur le dos des picquans de deux efpeces, les vns
plus forts, plus gros, plus courts, fk plus pointus, dont les pointes eftoient tranchantes
par deux angles en maniéré d’alefne. Claudian met cette efpece de picquans fur la tefte
du Porc-Epic, fk dit qu’ils luy tiennent lieu de cornes: ce que nous n’avons point trou¬
vé dans nos fujets. Les autres picquans eftoient beaucoup plus longs & plus flexibles:
ils avoient vn pied de longueurs pointes eftoient applaties, fk moins fortes qu’aux autres.
Les plus courts fk plus forts eftoient blancs vers la racine , & de couleur de chaftain
brun en l’extremité. Les plus longs eftoient blancs à la racine & à l’extremité; & dans le
milieu ils eftoient variez de blanc tk de noir par intervalles. Tous ces poils tk picquans
eftoient durs & luifans en leur furface : le dedans eftoit d’vne fubftance fpongieufe tk
blanche.
Il y avoit encore vne autre efpece de picquans dont l’extremité fembloit avoir efté
coupée , le refte eftant creux comme un tuyau de plume ; mais ce qui compofoit ce
tuyau eftoit beaucoup plus mince que n’eft le tuyau d’aucune plume. Ces tuyaux
avoient vn peu plus d’vne ligne de diamètre, & trois pouces de long: ils eftoient blancs
&£ tranfparens comme des plumes à écrire , fk rayez de petites rides félon leur longueur.
Ils eftoient au nombre de douze, fk pofez fur l’extremité du Coccyx, vn peu relevez
en enhaut. Leur racine eftoit tres-menuë, n’ayant pas plus que la groffeur d’vne épingle,
qupy qu elles euffent plus de fix lignes de longueur.
LL 1
ii4 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE SIX PORC-EPICS
Ceux des picquans, qui eftoient les plus forts & les plus courts, eftoient aifez à ar¬
racher de la peau, n’y eftant pas attachez fermement comme les autres: auffi (ont -ce
ceux que ces Animaux ont accouftumé de lancer contre les Chafleurs en fecoüant
leur peau comme font les Chiens quand ils fortent de l’eau. Claudian dit élégamment
que le Porc-Epic eft lu y - mefme Tare, le carquois, & la flèche dont il Xe fert contre les
Chafleurs.
Les pieds de devant n’avoient que quatre doigts ; ceux de derrière en avoient cinq, &
eftoient formez comme ceux de l’Ours, le gros Orteil eftant en dehors. Toute la Jambe
fk le Pied, de mefme que le Ventre, eftoit couvert de la grofle foye dont il a déjà efté
parlé, n’y ayant que la Plante qui en fuft dégarnie. Ces Pieds n’eftoient point femblables
à ceux du Pourceau, comme Albert a dit qu’ils font. Nous avons auffi trouvé que le
Mufeau de nos Porc - Epies n’eftoit point fait comme le Grouïn d’vn Pourceau , ainft
qu’il eft reprelenté par Claudian, à qui neanmoins le Porc-Epic devoit eftre familier,
eftant né en Egypte, ou cét Animal eft fort commun. Ce Mufeau reffembloit à celuy
d’vn Lièvre, la Lèvre fuperieure eftant fendue : celle d’en bas eftoit encore percée,
&C faifoit comme vn eftuy dans lequel eftoient enfermées les deux Dents inciftves de la
Mâchoire inferieure. Ces Dents de mefme que celles de la Mâchoire fuperieure reflem-
bloient à celles du Caftor, eftant fort longues, & fltuées de manière que la partie tran¬
chante de celles d’en bas ne rencontroit point la partie tranchante de celles d’en haut,
en manière de tenaille, ainfi qu’à la plufpart des Animaux*, mais ces parties pafloient
l’vne fur l’autre en manière de cifeaux. Les Dents Molaires n’eftoient qu’au nombre de
fîx à chaque Mâchoire en quatre de nos fujets-, le cinquième en avoit huit. Elles eftoient
courtes, ne fortant pas d’vne ligne & demie hors de l’Os de la Mâchoire. Elles eftoient
coupées par defliis fort également. Il paroifîoit par leur coupe quelles n’eftoient pas en¬
tièrement folides, mais que l’Os eftoit comme replié ou feuilleté, y ayant entre les replis
de la fubftance ofleufe vne autre fubftance noiraftre 8>C fpongieufe. Ces replis n’eftoient
pas feulement en la furface où ils paroiflbient, mais ils eftoient dans toute la Dent, ainft
que l’on a reconnu après l’avoir rompue.
La Langue eftoit garnie par deflus en fon extrémité de plufîeurs petits corps ofleux
en forme de Dents. Les plus grands eftoient larges d’vne ligne : leur extrémité eftoit
tranchante & divifée par trois rayes ou coupeûres, qui faifoient comme quatre petites
Dents inciftves.
Les Oreilles eftoient legerement couvertes d’vn poil fort délicat: elles eftoient fem¬
blables à celles de l’Homme. En l’vn de nos fujets elles s’en font trouvées differen¬
tes par la partie d’en haut, qui eftoit pointue comme on la peint aux oreilles des Sa¬
tyres.
Les Yeux eftoient petits comme au Pourceau, n’ayant que quatre lignes d’vn de leurs
coins à l’autre. La fttuation des coins de cét Oeil eftoit fort extraordinaire , le grand
coin eftant de beaucoup plus haut que le petit.
Au droit de l’Os Tubk proche de XJLnw 3 il y avoit vne tumeur de la grofleur d’vn
oeuf fans poil tk (à ns piquans. Au milieu de cette tumeur de proche de XJhm3 il y avoit
vne petite ouverture moindre que celle de XJhm. Albert dit que le Porc-Epic a deux
lAnus 3 peut -eftre à caufe de cette fécondé ouverture, qui eft affedtée aux parties de
la génération , qui ne font point differentes en dehors aux differens fexes, à peu prés
comme à la Civette de au Caftor , la Verge du malle eftant cachée dans la Poche,
dont on la faifoit fortir par l’ouverture voifine de X*Anus3 lors que l’on prefîoit fur la
Poche.
La Peau eftant écorchée paroifîoit en fà furface interne, inégale par des enfonceûres,
en forme de Iozange, de la grandeur de deux lignes. Toute la Peau au droit du Dos de
des Flancs eftoit adhérente au Mufcle peauflier, qui eftoit fort dl charnu , principale¬
ment le long du Dos, à l’endroit où les forts picquans font attachez. Ce Mufcle avoit
fon origine aux Apophyfes tranfverfes, de aux Obliques des Vertebres du Col. De là il
setendoit le long des Vertebres du Dos, & s’alloit inferer aux Os innominez, eftant
attaché
ET DE DEUX HERISSONS. nj
attaché en paffant aux Vertebres de l’Epine. Il edoit fort adhèrent , non feulement au
cuir, ainfi qu’il a elle dit, mais encore à la Membrane commune des Mufoles. Sur la
furface interne de ce Mufcle il y avoit vne grande quantité de Nerfs qui y edoient cou¬
chez &C entrelacez en forme de rezeau. Le cuir n’edoit pas feulement remué par ces
Mufcles, ainfi qu’il l’ed à la plufpart des brutes , mais il en avoit encore quatre autres de
chaque codé pour remuer feparément differens endroits de la peau , de mefme que le
grand Peauffier ed pour remuer toute la peau. Ces quatre Mufcles nailïoient des Inter-
codaux, où ils avoient une bafe large, qui aboutilîbit en pointe à un petit tendon,
femblable à une chanterelle de Luth. Les tendons de ces quatre Mufcles s’inferoient à la
peau qui couvre les Codez Sc les Flancs.
Le Cartilage Xiphoïde edoit extraordinairement large.
L’Epiploon , qui defcendoit en la partie gauche jufque dans l’Aine, edoit fermement
attaché en cét endroit au Péritoine , 5c ne dottoit pas librement fur les Intedins à l’ordi¬
naire. En l’un des fujets il edoit encore adhérant à la Veille.
Le Ventricule edoit prefque rond, quoy-que divifé en trois poches inégales. Celle du
milieu, qui edoit la plus grande, defcendoit plus bas que les autres. L’Orifice fuperieur
edoit fort edroit. Il edoit au milieu & au droit de la grande Poche. L’Orifice inferieur
edoit fort dilaté, ayant un pouce & demy de large-, en forte que le Duodénum fembloit
edre un quatrième Ventricule joint aux trois Poches qui en reprefentoient trois autres:
mais cét Intedin fe retreciffoit pour faire le Jéjunum qui edoit fort edroit, 5c l’Ileon en¬
core davantage. Le Cæcum edoit fort grand: il avoit fept pouces de long Ô£ deux de
large vers l’Ileon, fe terminant en pointe, &C faifant en toute fa longueur la figure d’vne
faux. 11 avoit trois ligamens félon fa longueur, qui l’accourcidbient, Ô£ faifoient des cel¬
lules comme au Colon des Hommes. Le ligament qui edoit dans la courbeure que cét
Intedin faifoit, edoit fort large, c’edoit une portion du Mefentere, mais il n’edoit atta¬
ché à llntedin que par un codé-, le rede edoit flottant. Le Colon avoit aufli des cel¬
lules , qui n’efloient pas fi bien marquées que celles du Cæcum 3 quoy- qu’il y eud deux
ligamens pour les former. Cét Intedin edoit edroit: il avoit quarante pouces de long-, il
edoit replié en deux, 5c les deux parties edoient edroitement attachées l’une à l’autre
par toute leur longueur.
Le Foye edoit fufpendu au Diaphragme par un ligament membraneux 5e fort large,
lequel naifloit du Cartilage Xiphoïde, 5e defcendant verticalement, s’inferoit depuis la fif-
fure du Foye jufqu’au milieu de fa partie gibbe. Il y avoit fept Lobes, quatre grands,
deux de chaque codé de la fiflure, 5e trois petits, dont l’vn edoit au milieu de la fif-
fure, attaché par une Membrane à la Veine Cave-, le troifiéme edoit en deflous, entre
les quatre grands. Les deux grands Lobes du codé gauche edoient attachez enfemble en
leur extrémité par une Membrane affez forte.
La Veficule du Fiel edoit petite, applatie, 5c prefque vuide.
Le Pancréas edoit fort grand ayant trois pouces 5c demy de long, 5c flx lignes de
large à l’endroit le plus large.
La Ratte edoit differente dans nos fujets. Il y en avoit vn dans lequel nous avons
trouvé deux Rattes. La plus grande, qui avoit cinq pouces de long fur dix lignes de large,
edoit attachée au codé gauche du Ventricule , par les rameaux fpleniques qui font le
Vas breve : elle edoit aufli adhérante à l’Epiploon. L’autre Ratte, qui avoit trois pouces
de long fur huit lignes de large, edoit collée au Ventricule , fans apparence d’aucuns
vaiffeaux qui l’y attachaffent. Elle edoit encore attachée à l’Epiploon par le bout d’en
haut, 5c à l’Intedin Iléon par le bout d’en bas. Dans les autres fujets où elle edoit vni-
que à l’ordinaire, elle avoit fept pouces de long fur dix lignes de large. Elle edoit atta¬
chée immédiatement par fa tede à la partie fuperieure du Ventricule, 5 i par fa partie
cave au codé gauche du Ventricule par le moyen du rameau Splenique , qui jettoit
trois branches dans le Ventricule , & autant dans la Ratte. Les rameaux qui alloient
au Ventricule avoient jufqu’à trois pouces de long: ceux de la Ratte navoient qu’vn
pouce. Dans l’vn de nos fujets la Ratte, outre les attaches du Vas breve 3 ôc des Mem-
MMm
ii6 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE SIX PORC-EPICS
bran es par lefquelles elle tenoit au Ventricule & à l’Epiploon, avoit encore vn liga¬
ment qui la pendoit au Diaphragme. Dans tous nos fujets la Rat te eftoit d’vn rouge fort
brun, principalement en fa partie cave qui regarde le Ventricule, ou elle eftoit preft*
que noire.
Les Reins eftoient doubles de chaque cofté, y en ayant vn Succenturié gros du tiers
du vray Rein. Le vray Rein avoit deux pouces de long & vn pouce de large. Il eftoit
fortfolide, n’y ayant aucune cavité pour le Baffinet. Jl avoit feulement extérieurement
vne cavité ou dépreftion en fa partie anterieure. Le Parenchyme des Succenturiez eftoit
fort different de celuy des vrais Reins, eftant plus mollaffe; il eftoit auflfi compofé de
deux differentes fubftances, fçavoir l’vne charnue & rouge, comme au vray Rein; l’au¬
tre glanduleufe 6c blanchaftre : ces deux fubftances eftoient meflées enfemble , en for¬
te que ce Rein faifoit paroiftre dans fa coupe comme des rayons qui alîoient de la
circonférence au centre , à peu prés de la manière que l’on voit dans le Cervelet de
l’Homme. Au centre de ce Rein il y avoit vne cavité capable de contenir vne moyen¬
ne feve. Les vaiffeaux Emulgens faifoient vn angle aigu avec les troncs de la Cave &
de l’Aorte, ayant leur origine beaucoup plus haut que les Reins, qui paroiffoient tirez
en bas.
La Veflie eftoit fort grande 6c épaiffe, eftant compofée de deux Tuniques qui enfer-
moient entre elles une fubftance fpongieufe, 6c en quelque façon charnue. Dans l’vn des
fujets, ainfi qu’il a efté dit, elle eftoit adhérante par toute la partie pofterieure à la partie
inferieure de l’Epiploon fur lequel elle eftoit couchée. La partie de devant, qui touche le
Péritoine, eftoit moins charnue. En cét endroit elle eftoit flottante, fans avoir d’attache
avec le Péritoine.
LesTefticules des malles eftoient longs & eftroits , ayant feulement quatre lignes
de large fur vn pouce 6c demy de long. Les vaiffeaux préparans s’attachoient à la par¬
tie inferieure du Tefticule, &c formoient vn Epididyme feparé du Tefticule. Cét Epi-
didyme eftoit attaché à vn ligament, qui paffant dans les Cuiffes , fembloit eftre fait
pour affermir le Tefticule , 6c faire l’office que l’on attribue au ligament rond de la
Matrice.
Les Paraftates eftoient extraordinairement grandes: elles eftoient longues de deux
pouces &c demy, &C fe parées en trois branches, 6c en quelques-vns de nos fujets en cinq
en maniéré de branches de Coral. Il y avoit au bout de la Verge vn Os de la longueur
d’vn pouce.
Dans les femelles le ligament large de la Matrice eftoit fortement attaché au droit des
Reins fur les faufiles Coftes. Les Tefticules eftoient d’vne fubftance glanduleufe , fans
apparence de Veffies ni d’Oeufs.
Le centre nerveux du Diaphragme eftoit fl mince & ft tranfparent, que l’on voyoit
les Poulmons au travers. Il y avoit cinq Lobes principaux, qui eftoient chacun refendus
en deux. Les Anneaux de l’Afpre Artere n’eftoient pas entiers. Le tronc de l’Artere
Veneufe &c fe s premiers rameaux eftoient d’vne longueur extraordinaire. Dans l’vn de
nos fujets ayant lié l’Azygos, & introduit vn chalumeau au deffous de la ligature, lors
que l’on a foufflé , la V eine Cave s’eft enflée , commençant à s’enfler par l’Iliaque , à caufe
de la communication d’vn rameau de l’Azygos, qui paffant au-delà du Diaphragme , al-
loit faire anaftomofe avec vn des rameaux de l’Iliaque.
Le Cœur avoit deux pouces de long depuis la bafe jnfqu’à la pointe , 6c quatorze
lignes de large par fon milieu entre la pointe & la bafe, eftant vn peu plus large en cét
endroit qua la bafe : il eftoit moufle par la pointe, 6c la chair du Ventricule gauche
eftoit ferme & dure. Il avoit vne éminence qui le faifoit paroiftre comme tourné en vis.
L’Oreille droite fembloit n’eftre qu’vne dilatation de la Cave. En l’vn des fujets les deux
Oreilles du Cœur eftoient remplies d’vne fubftance glaireufe, blanche, 6c fortfolide, 6c
les Ventricules d’vn fang noir & caillé.
Le Cerveau eftoit à peu prés comme celuy du Pourceau. Il n’y avoit point d’Os entre
le grand 6c le petit Cerveau.
Le
ET DE DEUX HERISSONS. 1x7
Le Globe de l’Oeil n’avoit que quatre lignes de diamètre: il eftoit prefque Sphærique.
La Cornée s’élevoit comme vn demy Globe fur vn autre Globe formé par la Scléro¬
tique. Le Cryftallin eftoit auffi prefque Sphærique en IVn des fujets, eftant plus convexe
en devant qu’en arriére. En ce mefme fojet le Cryftallin avoit comme vn noyau, fa par¬
tie interne eftant dure à la maniéré d’vn cartilage , 6c non moins tranfparente que le
relie. Cette partie ainfi endurcie n’avoit pas la figure Sphærique comme tout le Cry¬
ftallin, mais elle eftoit applatie 6c lenticulaire. Le Nerf Optique entroit par le milieu
du Globe de l’Oeil. L’Uvée eftoit d’vn rouge -brun. La Membrane qui luy eft appli¬
quée au fond de l’Oeil, 6c que nous appelions le Tapis, eftoit blanchaftre, 6c femée de
plufieurs petites pointes rouges. Cette couleur blanchaftre du Tapis faifoit que le trou
de l’Uvée paroilfoit moins brun que l’Iris.
LE S deux Heriflons que nous avons diffequez eftoient vn Malle 6c vne Femelle. Ils
avoient huit pouces depuis le Mufeau jufqu’au bout des Pieds de demeure étendus,
qui n’avoient pas plus de deux pouces. Le Mufeau à l’vn 6c à l’autre eftoit court 6c rond,
relfemblant mieux à vn Mufeau de Chien qu’à vn Mufeau de Pourceau ; en forte qu’ils
eftoient de l’elpece de Heriflon appellée Canine par Matthiole, qui en met deux, fça-
voir l’vne qui tient du Chien, 6c l’autre du Pourceau : 6c cette efpece femble eftre plus
commune que l’autre, parce qu’en Anglois le Herilfon eft abfolument appelle Heg-
gehogg , c’eft à dire Pourceau de haye , 6c 6en yfere Ven\en en Hollandois, c’eft à dire
Pourceau ferré ou armé.
Ils avoient l’vn 6c l’autre la Telle, le Dos, 6c les Flancs couverts d’aiguillons. Le
Mufeau, la Gorge, le Ventre, 6c les Pieds eftoient feulement parfemez d’vn petit poil
fort délié 6c fort clair femé. Hermolaus dit que le Herilfon a des aiguillons par tout
le Corps, hormis au Mufeau 6c aux Pattes : mais nous avons trouvé que cela n’eftoit
vray dans nos Sujets, que lors qu’eftant ramaflez en rond, leur derrière 6c leur Mufeau
approchez l’vn contre l’autre couvroient entièrement leur Ventre.
Tout l’Animal eftoit d’vne mefme couleur ; la Peau, le Poil 6c les aiguillons eftant
d’vn gris-brun jaunaftre. Les aiguillons eftoient longs d’vn pouce 6c demi, 6c fort dif-
ferens de ceux du Porc-Epic: car ils eftoient vn peu applatis, 6c fort femblables aux
piquans des coques des chaftaignes.
Les Pattes eftoient compofées de cinq doigts, dont il y en avoit trois grands au milieu,
6c deux plus petits, vn de chaque collé. Iis avoient des Ongles longs, pointus, 6c caves,
faifant la figure d’vne plume taillée.
Les Dents eftoient difpofées de telle forte, qu’en bas il n’y avoit que des Molaires 6c
des Incifives. Ces dernières n’eftoient qu’au nombre de deux, qui eftoient vn peu plus
longues que les Molaires. En haut il n’y avoit point d’Incilives , mais feulement deux
Canines, qui lailfoient vn efpace vuide dans lequel les Incifives d’en bas fe logeoient.
Les Canines, qui eftoient encore plus longues que les Incifives, avoient auffi chacune
vne place pour fe loger dans la Mâchoire d’en bas, entre les Canines 6c les Incifives, qui
lailfoient vn intervalle pour cela.
La Femelle avoit huit Mammelons, quatre de chaque collé, difpofez en deux ran¬
gées le long du Ventre 6c de la Poitrine, les deux plus hauts eftant fitués fur le Muf-
cle pedtoral.
La Peau ayant efté levée, l’on a trouvé vnMufclePeauffier,qui de mefme qu’au Porc-
Epic eftoit étendu depuis les Os innommez jufqu’au delfous de l’Oreille 6c du Mufeau,
coftoyant l’Epine du Dos fans y eftre attaché. Ce qui fait connoiftre que ce Mufcle
ne fert pas au Herilfon pour fecoüer fa Peau comme au Porc - Epie qui darde lès
piquans par cette aélion, mais pour faire approcher la Telle du derrière, 6c ramalfer
tout le corps comme en vne boule ; ce que le Herilfon a accouftumé de faire lors qu’il
ne fe peut fauver à la courfe : car eftant en cét eftat, il eft couvert de fes aiguillons
de tous collez , 6i les Chiens ne fçauroient le prendre fans fe picquer. Pline dit que
fi nonobftant cette précaution, il fe fent en danger d’eftre pris, il lafehe fon vrine, qu’il
hB DESCRIPTION ANATOMIQUE DE SIX PORC-EPICS
fçait avoir la force de corrompre fa peau , de faire tomber fes aiguillons , comme
pour priver les Chafleurs du principal fruit de leur travail, qui eft cette Peau, dont
les anciens faifoient vn grand eftat, à caufe quelle leur fervoit de vergettes à nettoyer
les habits.
Le Foye avoit fept Lobes, dont il y en avoit vn fendu en deux. La Veficule eftoit au
milieu des deux Lobes fuperieurs , qui eftoient les plus grands. Sa forme efloit ovale.
Elle eftoit longue de huit lignes , fort pleine , & de couleur bleue.
Les Veines La&ées eftoient blanches & fort apparentes dans le Mefentere-, & le Ré¬
ceptacle du Chyle eftoit grand, ample, & rempli.
La Ratte eftoit couchée fur le Ventricule auquel elle eftoit attachée par douze Ra¬
meaux du Vas breve. Elle eftoit longue 8c recoupée comme vne Crefte de Coq. Le
Pancréas auquel elle eftoit attachée, avoit la mefme forme: elle en eftoit feulement dif¬
ferente en couleur, le Pancréas eftant blanchaftre, &: la Rate d’vn rouge noiraftre.
Les Inteftins eftoient tous femblables en fubftance &; en grofleur. Il n’y avoit point
de Cæcum. Ils avoient tous enfemble quatre pieds de long.
Les Reins avoient vn pouce de long & huit lignes de large. Ils eftoient de couleur
d’olive, le droit eftant fitué plus haut que le gauche.
La Veffie eftoit longue d’vn pouce Sc demi, & large d’vn pouce.
Au malle lesTefticules eftoient renfermez dans le Ventre-, ce qui, félon Ariftote, eft
particulier auHerifton,qui entre tous les animaux à quatre pieds qui engendrent vn ani¬
mal parfait St vivant, eft le feul dont les Tefticules foient enfermez au dedans comme
aux oifeaux. Ces Tefticules avoient vn Epididyme fort grand, qui recevoit les Vaifleaux
Spermatiques Préparans divifez en quatre Rameaux, & qui leur eftoient inferez fepa-
rément depuis le bas jufqu’à plus de la moitié de leur longueur. Cét Epididyme n’eftoit
pas feparé du Tefticule comme au Porc-Epic -, il y eftoit attaché par toute fa longueur.
Les Vaifleaux Spermatiques Deferans fortoient par le haut de l’Epididyme. Le Tefticule
& fes Vailfeaux eftoient liez & fufpendus par vn ligament qui pouvoit palier pour vn
Mufcle cremaftere , parce que c’eftoit vne Membrane qui paroilfoit vn peu charnue
proche le Tefticule. Le refte de cette Membrane s’étendoit &£ s’élargilfoit en la ma¬
niéré des ligamens larges de la Matrice. Elle avoit beaucoup de Vailfeaux dont deux
des principaux faifoient vne anaftomofe fort conliderable , en fe croifant au milieu. Us
fortoient des Vailfeaux Spermatiques Préparans, comme de leur Tronc , &C fe diftri-
buoient par toute cette Membrane étendue en manière des ailes d’vne Chauve-Souris,
comme à la Matrice-, en forte que vu la grofleur & le nombre de ces Vaifleaux, qui
n’eftoient point proportionnez à la quantité de la nourriture, dont vne Membrane peut
avoir belbin, on pouvoit croire avec quelque probabilité, que l’ufage de cette ftruâure
eftoit de faire que FArterre Spermatique envoyai! à cette Membrane vne partie du Sang
qu’elle porte au Tefticule, pour eftre préparée dans ce grand nombre de Rameaux ,
dans lefquels ce qui eft de refte, & ne peut eftre employé à la nourriture de la Mem¬
brane, fembloit eftre retenu quelque temps, & perfectionné par cette longue retenue,
pour pouvoir refluer enfuite dans le Tronc de l’Artere Spermatique, & fe nieller avec
le fang qui va au Tefticule; n’y ayant rien qui répugné à ce reflus, dont on doit fup-
pofer la liberté dans toutes les Arterres, qui pour cela font deftituées des Valvules qui
fe trouvent dans les Veines-, St la compreffion que le mouvement de la relpiration caufe
à tous les Vifceres, eftant une caufe impulfîve luffifante pour ce reflus.
Aux deux coftez du col de la Veffie il y avoit des Poches d’vne fubftance moitié
glanduleufe, moitié membraneufe. Elles eftoient fort jaunes : c’eftoit apparamment les
Paraftates. Les Proftates eftoient vn peu au deflous, d’vne grandeur extraordinaire, de
mefme que les Paraftates.
Dans la femelle la Matrice eftoit compofée d’vn Col & de deux Cornes. Le Col
eftoit compofé de deux Membranes : l’externe eftoit épaifle & charnue , l’interne eftoit
plus mince, membraneufe, Sc nerveufe. Les Cornes eftoient inégales, la gauche eftant
plus petite que la droite , dans laquelle il y avoit vn Fœtus.
Le
'4
ET DE DEUX HERISSONS.
119
Le Poulmon avoit cinq Lobes , fçavoir trois de médiocre grandeur au cofté droit,
& deux au gauche, dont lvn eftoit plus grand, & l’autre plus petit que tous les autres.
Ce petit, que la cavité du Mediaftin renfermoit, eftoit fourchu par le bout. Le Cœur
eftoit prefque rond. L’Oreille droite eftoit d’vn rouge prefque noir. La gauche eftoit
blanchaftre.
Le Globe de l’Oeil n’avoit que deux lignes de diamètre : il avoir vne Paupière in¬
terne. Des trois humeurs de l’Oeil on n’a trouvé que le Cryftallin, qui empliftbit tout le
Globe, fans aucune apparence d’humeur aqueufe, ni de vitrée. La Retine touchoit im¬
médiatement au Cryftallin, &c y eftoit comme collée du cofté du fond de l’Oeil , de
mefme que la Cornée le couvroit &; le touchoit en devant. L’Uvée eftoit noire par tout,
fans Tapis. Elle ne faiioit point auiïi de repli en devant pour former l’Iris ; en forte que
l’Oeil, lors que les Paupières eftoient ouvertes, ne montroit que du noir.
OOo
120
Explication de la figure des deux Sapajous & des deux
autres Guenons.
LA figure d’en bas fait voir comment les Mains & les Pieds du Singe font differents
des Pieds & des Mains de l’Homme, le Pouce de la Main eftant petit, &; le gros
Orteil du Pied fort grand, Scies autres Orteils extraordinairement longs. On n’a point
fait la figure du quatrième Singe , qui eft le fécond Sapajou , parce qu’il eftoit entière¬
ment femblable à celuy qui eft icy reprefentè, à la referve du Mufeau, qu’il avoit plus
long.
Dans la figure d’en haut.
À Eft la Veine Ombilicale.
B B. Sont les deux Lobes droits du F oye.
C C. Les deux Lobes gauches.
D. Le cinquième refendu , & faifmt comme deux feuillets.
E. La Veficule du Fiel.
F. Le Canal Cyfique.
G G G. Les trois Canaux Pfepatiques.
4 y 6. Les trois Rameaux qui forcent du premier.
H. Le Canal commun.
I. Le Ventricule.
K. La Ratte.
L. Le Pancréas.
M. Le Cacum.
N. E extrémité de /’ Iléon.
O. Le commencement d.u Colon.
P. SJ ne Glande attachée au bas du tronc de la Veine Cave.
QjQ^ Deux autres Glandes attachées aux Veines Iliaques .
RR. Les Eeficules.
5 S. Les Prof at es glanduleufs.
0. La Ve f fie renouer fee en forte quelle cache la Verge.
T T. La partie gofeneure du Cerveau fans anfraétuoftezo .
V. La Veffie en fa ftuation naturelle } & ouverte pour faire voir la Caruncule T» & tépaiffeur des
P ro fat es j> j.
X X. Les Parafâtes Cyrfoides.
Y. La Caruncule qui ef au commencement de l’Vrethre.
3 3. Les Profates glanduleufs > qui m parafent que comme vn épaiffiffement du col de la Veffie.
l
DESCRIPTION
121
D ESCRIPTION ANATOMIQUE
DE DEUX SAPAJOUS
ET DE DEUX AUTRES GUENONS.
LES efpeces des Singes font en grand nombre. Pline les réduit fous deux genres,
fçavoir ceux qui ont des Queues , & ceux qui n’en ont point. Le Singe qui eft fans
Queue eft appellé fimplement Simia par les Latins. Ceux qui ont une Queue font de
deux efpeces. Les Latins ont emprunté des Grecs les noms qu’ils leur donnent: car les
uns font appeliez Cercoÿytheci , du nom du genre, c’eft à dire, Singes qui ont une Queue -,
les’autres Cynocephali , c’eft à dire, qui ont uneTefte de Chien, à caufe delà longueur de
leur Mufeau. Les différences des Singes fe prennent en François , principalement de
leur grandeur -, car les grands font fimplement appeliez Singes , foit qu’ils ayent vne
Queue , ou qu’ils n’en ayent point ; ou foit qu’ils ayent le Mufeau long comme vn
Chien , ou qu’ils Payent court -, &c les Singes qui font petits font appeliez Guenons.
Les quatre Singes que nous décrivons efloient du genre des Cercopytheques, parce
qu’ils avoient des Queues; mais leur petiteffe ne permet pas qu’ils puiffent eftre rangez
que fous le genre des Guenons.
Ils n’avoient que quatorze pouces depuis le fommet de la Telle jufqu’au commen¬
cement de la Queue, qui avoit vingt pouces. Le Bras avoir quatre pouces. Il y avoit
depuis le Coude jufqu’à l’extremité des Doigts, fix pouces. La Cuiffe avoit quatre
pouces &£ demi: la Jambe en avoit cinq, & le Pied quatre, à prendre depuis le Talon
jufqu’à l’extremité du plus long Doigt. Ils convenoient encore tous en plufieurs
autres chofes,qui font communes prefque à tous les Singes*, fçavoir i. Qtfils avoient
des Cils à chaque Paupière, ce qu’Ariflote a remarqué eflre particulier au Singe, entre
les Animaux à quatre pieds. Ces Cils efloient aufli,fuivant la remarque d’Ariftote, telle¬
ment déliez, que l’on avoit peine à les voir. 2. Que dans la Mâchoire d’en bas il y
avoit une poche ou fac de chaque codé, dans lequel ces Animaux ont accouflumé de
forrer ce qu’ils veulent garder. 3. Que les Dents efloient fort blanches, &C femblables
à celles de l’Homme, à la referve des Canines, qui efloient fort longues en la Mâchoire
d’en haut, &C fort étroites en celles d’en bas, fans avoir de pointe, Sc n’eflant differentes
des Incifives, que parce quelles efloient plus étroites & plus longues. 4. Que les Pieds
efloient prefque femblables aux mains, ainli qu’ils font ordinairement aux autres Brutes ,
les Doigts des Pieds ellant auiïi longs que ceux des Mains -, ce qui n’efl pas en l’Hom¬
me, qui a les Doigts des Pieds les deux tiers plus courts que ceux des Mains. Les Pieds
de nos Singes efloient mefme plus femblables aux Mains de l’Homme que leurs Mains,
à caufe de la conformation du gros Orteil, qui reffembloit à un Pouce, eflant long,
menu , & beaucoup écarté du premier Doigt-, au lieu qu’en la Main le Pouce efloit fi
court, & tellement ferré contre le premier Doigt, qu’il paroiffoit prefque inutile, y. Que
les Parties de la génération dans trois de nos Sujets, qui efloient malles, efloient diffe¬
rentes de celles de l’Homme , n’ayant point de Scrotum dans deux de ces Sujets , &C
les Teflicules ne paroiffant point, à caufe qu’ils efloient cachez dans le ply de l’Aine.
11 eft vray que le troifiéme, qui efloit l’vn des Sapajous, avoit un Scrotum , mais il efloit
tellement racourci, qu’il ne paroiffoit point. 6. Que la Peau efloit fortement adhérante
au droit des Feffes.
Les trois Mafles ne paroiffoient eftre differens entre eux que par la couleur de leur
Poil. Le quatrième Sujet, qui efloit une femelle, efloit du genre des Cynocéphales,
n ayant pas une face plate comme les autres, mais un Mufeau un peu long*, à la manière
des petits Chiens de Boulogne. Sa longue Queue le faifoit eftre néanmoins du genre
PPp
i2z DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX SAPAJOUS
des Cercopytheques comme les autres, dont les différences parmi les anciens eftoient
prifes de la couleur du Poil; les Cercopytheques Amplement dits, eftant ceux qui n’ont
qu’vne couleur, 8c ceux qui en ont plufîeurs eftant appeliez Cep, c’eftà dire, Jar¬
dins, à caufe de la diverfité des couleurs dont ils femblent eftre fleuris, ainfî que difoit
Pythagore au rapport d’Elian.
Le premier de nos Singes eftoit delà première efpece des Cercopytheques, eftant
tout d’vne couleur, fçavoir d’vn roux tirant vn peu fur le verdaftre. Cette mefme cou¬
leur qui regnoit par tout, eftoit feulement quelque peu plus brune fur le Dos,8c plus
déchargée à la Poitrine 8c au Ventre.
Le fécond eftoit de la fécondé efpece, parce quoutre la couleur rouffe - verdaftre du
Poil qui luy cou vr oit le Dos, le Poil qui garnifloit le Ventre, la Poitrine, 8c le dedans
des Cuifles 8c des Bras eftoit gris.
Le troifiéme 8c le quatrième eftoient encore plus diverfifiez de couleur: cette efpece
eft appellée Sapajou. Ces deux Sujets eftoient differens , non feulement en couleur 8c
par la diverfe figure de leurs taches, mais aufli par la forme de leur Mufeau, qui eftoit
long en l’vn, 8c plat en l’autre. Le premier, qui eftoit vn mafle, eftoit blanc au Ventre,
à l’Eftomac, à la Gorge, au dedans des Bras 8c des Cuifles, 8c aux Feffes. Tout le Dos,
depuis les Omoplates jufqu’à la Queue, eftoit d’un rouge - brun. Les Flancs, le dehors
des Bras 8c des Cuifles, les Jambes 8c le deflus de la Telle eftoit noir, 8c chaque Poil
noir avoit encore de petites taches de roux 8c de blanc , y ayant deux taches rouffes
vers l’extremité, 8c toute la moitié vers la racine eftant blanche. Il y avoit au Menton
vne Barbe blanche pointue , 8c longue d’vn pouce. Le Poil fur le Dos eftoit long d’vn
pouce: au tour du Col il avoit vn pouce 8c demi ; il eftoit en cét endroit plus heriflfé
qu’au refte du Corps, 8c il y formoit comme vne fraife. Le Front avoit comme vn
bandeau blanc , fur lequel vn rang de Poil fort noir s’élevoit en manière de Sourcils.
Les Yeux avoient l’Iris d’vn jaune rougeaftre. La Pupille eftoit fort dilatée. La Telle
eftoit ronde avec vne efpece de vifage plat, reflfemblant au vifage d’vn Homme qui
auroit le Nez retroulfé 8c applati.
L’autre Sapajou,qui eftoit femelle, avoit le Mufeau long tirant fur le Cynocéphale.
Son Poil eftoit de trois couleurs, fçavoir roux, gris, 8c chaftain-brun. Le Ventre 8c la
Poitrine eftoient mellez de roux 8c de gris. Les Bras 8c les Jambes eftoient de chaftain-
brun: le dos avoit le chaftain 8c le roux mellez enfemble , de forte qu’en quelques en¬
droits il y avoit plus de roux , en d’autres plus de chaftain; ce qui faifoit de grandes ta¬
ches à peu prés comme aux Chats. Il n’avoit ni le bandeau, ni la barbe de l’autre Sa¬
pajou.
Les Oreilles du premier Sapajou eftoient rondes 8c fi petites, qu’elles ne s’étendoient
pas autour du trou de plus d’vne ligne 8c demie, eftant entièrement cachées fous le Poil.
Ceux qui ont écrit de la Phyfionomie, ont apparemment fondé la -deflus le jugement
qu’ils font des Oreilles petites 8c rondes, qu’ils mettent comme vn ligne d’vn naturel
trompeur 8c malin tel qu’eft celuy du Singe.
Les Auteurs font mal d’accord touchant les parties internes du Singe. Ariftote, Pline
8c Galien difent qu’elles font tout-à-fait femblables à celles de l’Homme. Albert au
contraire afleûre qu’autant que les Singes font femblables à l’Homme par le dehors, au¬
tant en font-ils differens par le dedans ; en forte qu’il n’y a point d’animal, à ce qu’il dit,
qui ait les entrailles fi differentes de celles de l’Homme que le Singe. Les obfervations
que nous avons faites font contraires à l’vne 8c à l’autre de ces opinions, qui font trop
outrées. Nous avons néanmoins trouvé que nos Singes eftoient plus femblables à l’Hom¬
me par les parties du dehors que par celles du dedans , 8c qu’il y a plus d’animaux qui
ont les parties intérieures aufli femblables à celles de l’Homme que nos Singes , qu’il
n’y en a qui reflémblent autant à l’Homme que nos Singes par la figure extérieure.
Les anneaux ou trous du Péritoine eftoient difpofez comme aux Chiens. L’Epiploon
eftoit different de celuy de l’Homme en plufîeurs choies. i. Il n’eftoit pas attaché au
Colon en tant d’endroits, n’ayant point de connexion avec la partie gauche de cét
Inteftin.
ET DE DEUX AUTRES GUE N O N S. 123
Inteiiin. 2. Il avoir vne autre attache qui ne fe trouve point en l’Homme, fçavoir avec
les Mufcles du bas Ventre parle moyen du Péritoine, qui formoit vn ligament -, ce que
nous avons remarqué dans la Biche de Canada. 3. Les Vai fléaux de l’Epiploon, qui dans
l’Homme ne viennent que des Rameaux de la Veine Porte, venoient encore en l’vn de
nos Sujets en partie de la Cave , y ayant vn des rameaux de l’Hypogaftrique , qui fe
mefloit aux rameaux de la Porte. 4. Enfin tout l’Epiploon eftoit plus grand fans comT
paraifbn qu’il n’eft ordinairement dans l’Homme, parce qu’il ne couvroit pas feulement
tous les Inteftins,ce qui fe voit rarement en l’Homme, quoy-qu’en dife Galien, mais
mefme il les envelopoit par deflous , ainfi qu’il fait à plufieurs des autres Brutes , où il fe
voit fouvent que l’Epiploon eft plus grand qu’en l’Homme, principalement dans les ani¬
maux qui courent , &C qui fautent avec beaucoup de legereté; comme s’il eftoit ainfi re¬
doublé fous lès Inteftins, pour les garnir & les deffendre avec le refte des Vifceres contre
les rudes fecouffes que ces parties reçoivent dans la courfe. Il eft vrai que les Membra¬
nes de l’Epiploon eftoient entières & continues comme en l’Homme, & non pas per¬
cées en manière de Rezeau, ainfi quelles font en la plufpart des Brutes.
Le Foye , qui eft vn des principaux Vifceres, eftoit encore fort diflemblable du
Foye de l’Homme, ayant cinq Lobes comme au Chien, fçavoir deux au cofté droit,
deux au cofté gauche, & vn cinquième couché fur la partie droite du corps des Verte^
bres. Ce dernier eftoit encore fendu , faifant comme deux feuillets. En l’vn de nos Sujets
la fubftance du Foye eftoit tachetée de plufieurs pointes d’vne couleur plus obfcure
que le refte, & de figure hexagone-, ce que nous avons vu aflez fouvent dans les Brutes,
éc jamais dans les Hommes. La Vefîcule eftoit attachée au premier des deux Lobes qui
occupoient le cofté droit. Elle eftoit longue d’vn pouce, & large d’vn demi pouce : elle
jettoit vn gros conduit, qui s’inferoit immédiatement au deflous du Pylore. Ce conduit
en recevoit trois autres, qui eftoient au lieu de celuy qui eft vnique en l’Homme, ÔC
que l’on appelle l’Hepatique. Ces trois conduits avoient leurs rameaux difperfez comme
des racines dans tous les Lobes du Foye, en forte que le premier avoit quatre racines,
fçavoir vne dans chacun des trois Lobes droits, & vne dans le premier des gauches : le fé¬
cond &C le troifiéme conduit avoient tous deux leurs racines dans le fécond des Lobes
gauches. Ces Rameaux fe gliflbient fous la Tunique du Foye, en forte qu’ils eftoient ap-
parens, Ôc non pas cachez dans le Parenchyme, ainfi qu’ils font à l'ordinaire. Le Sapajou
avoit cela de particulier en fon Foye, qu’il eftoit marqueté de quantité de points noirs:
ce qui eft contre l’ordinaire des autres Foyes que nous avons vus avec des taches-, car
elles font toujours d’vne couleur plus claire que le refte de la fubftance du Foye. Il y a
apparence que cette noirceur procedoit de la rareté fpongieufe de ces parties ,qui eftant
imbeûës d’vne plus grande abondance de fang que le refte du Parenchyme, en paroif-
foient plus brunes.
Le Ventricule eftoit encore different de celuy de l’Homme , fon Orifice inferieur
eftant fort large &£ fort bas-, car il n’eftoit pas élevé aufïi haut que le fuperieur, comme
il eft à l’Homme, où il n’eft pas appellé inferieur à caufe de fa fituation, mais à caufe
que c’eft par cette ouverture que le Ventricule fe vuide.
Les Inteftins n’eftoient gueres plus femblables aux Inteftins de l’Homme que les au¬
tres parties. Ils n’avbiènt dans les Sapajous que cinq pieds deux pouces de long en tout,
&; huit dans les deux autres Singes. Ils eftoient prefque tous d’vne mefme groffeur.
L’Ileon eftoit à proportion beaucoup plus court qu’en l’Homme. Le Cæcum n’avoit
point d’appendice Vermiforme. Il eftoit fort grand, ayant deux pouces &C demi de
long , ÔC vn pouce de diamètre à fon commencement. Il alloit en pointe , & eftoit for¬
tifié par trois ligamens à la maniéré que le Colon l’eft en l’Homme, pour y former des
Cellules: cette conformation eft tout -à- fait differente de celle du Cæcum de l’homme.
Le Colon avoit les Cellules à l’ordinaire , mais il n’eftoit point replié en S comme à
l’Homme, eftant tout droit. Il n’avoit point le retreciffement qui le fepare du Reéhitn
dans l’Homme. Outre les Cellules on y a remarqué des feuillets en dedans, pareils à
ceux qui fe voient dans le Colon de l’Autruche, & que nous avons depuis -peu remar-
124 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX SAPAJOUS
quez dans le Jéjunum de l’Homme, Ces feuillets s’étendoient tranfverfalement, abou-
tilTant aux ligamens qui font étendus félon la longueur de cét Intellin. II avoit treize
pouces de long fur vn pouce de diamètre.
La Rate eftoit iituée le long du Ventricule comme à l’Homme, mais fa figure eftoit
differente en l’vn de nos Sujets, eftant faite comme le cœur eft reprefenté dans le bla-
fon. Sa Bafe avoit vn pouce. Le Pancréas n’avoit que fa figure qui le fift eftre fembla-
ble à celuy de l'Homme , fa connexion &: fon infertion eftant tout-à-fait particulière ; car
il eftoit fortement attaché à la Ratte, & l’infertion de fon canal dans l’Inteftin, qui dans
l’Homme eft toujours proche du canal de la Bile, en eftoit éloignée de prés de deux
pouces.
Les Reins avoient vne figure &C vne fituation qui n’eftoit pas moins extraordinaire.
Ils eftoient ronds & applatis. Leur fituation eftoit plus inégale qu’à l’Homme , le
droit eftant fans comparaifon plus bas, à l’égard du gauche, fçavoir de toute la moitié
de fa largeur. La Glande appellée le Capfule Atrabilaire, eftoit fort vifible, à caufe que
le Rein eftoit dégarni de graifle. Cette Glande eftoit blanche, &; le Rein d’vn rouge
clair : fa figure eftoit triangulaire.
Ariftote dit que les parties de la Génération du Singe refiemblent à celles du Chien.
Nous avons trouvé dans nos Sujets qu’elles en eftoient differentes aufli-bien que de
celles de l’Homme ; car aux Malles la Verge n’avoit point d’os, comme elle en a au
Chien-, &c les Tefticules, qui dans quelques -vns de nos Sujets eftoient cachez dans
l’Aîne, fans avoir de Scrotum, ainfi qu’il a efté dit, avoient vne figure tres-particuliére,
eftant longs &C étroits , &C n’ayant qu’vne ligne de large fur huit de long. Dans l’vn des
Sapajous ils ont efté trouvez d’vne figure tout-à-fait oppofée, &C prefque aufti éloignée
de la figure de ceux de l’Homme , eftant parfaitement ronds : ils eftoient enfermez
dans vn Scrotum qui les ferroit étroitement contre la racine de la Verge. Les Proftates
glanduleufes eftoient petites. Les Paraftates Cyrfoïdes eftoient fort grandes en recom-
penfe; elles avoient vn pouce de long : leur largeur eftoit inégale, ayant quatre lignes
vers le col de la Veftie, &: vne ligne & demie par l’autre bout, eftant differentes en cela
de celles de l’Homme, qui les a plus étroites proche du Col de la Veflîe. Elles eftoient
compofées comme de plufieurs petits facs, qui s’ouvroient les vns dans les autres. La
Caruncule de l’Urethre eftoit petite, mais fort femblabîe à celle de l’Homme.
Les parties de la Génération de la femelle avoient aufti beaucoup de chofes qui les
rendoient differentes de celles des Chiennes . eftant en cela femblables à celles des
Femmes : il y en avoit aufti qui eftoient comme aux Chiennes, & d’vne autre manière
qu’à la Femme : car l’Orifice extérieur eftoit rond & étroit comme aux Chiennes, 6c
à la plufpart des autres Brutes, & n’avoit ni Nymphes, ni Caruncules. Le Col delà
Veftie avoit aufti fon ouverture autrement qu’à la Femme, eftant fort avant dans le Col
de la Matrice, fçavoir environ vers fon milieu, à l’endroit où commençoient fes rugofi-
tez, qui ne fe voyoient que vers l’extremité du conduit proche de l’Orifice interne. Les
Trompes de la Matrice eftoient encore differentes de celles des Femmes, ôc approchan¬
tes de celles des Brutes, en ce quelles eftoient plus longues à proportion, &: plus repliées
par des contours differens. Le Clitoris avoit aufti quelque chofe de plus conforme à ce¬
luy qui fe voit dans les autres Brutes qui en ont, qu’en celuy de la Femme, eftant plus
grand à proportion, & plus vifible qu’il n’eften la Femme. Il eftoit compofé de deux
ligamens nerveux &C fpongieux, qui naiflànt de la partie inferieure des Os Pubis, ôc
s’avançant obliquement aux cotiez de ces Os , s’vnifloient pour former vn troifiéme
corps qui avoit dix lignes de long. Il eftoit formé par l’affemblage des deux premiers,
qu’vne Membrane allez forte joignoit enfemble, allant de l’vn des ligamens à l’autre,
outre vne membrane dure &: nerveufe qui les envelopoit. Ils fe terminoient à vn
Gland femblabîe à celuy de la Verge du Malle. Les petits Mufcles, qui font attachez à
ces ligamens, fortoient à l’ordinaire de la tuberofité de l’Ifchion. Ces ligamens eftoient
d’vne fubftance tellement rare & fpongieufe,que le vent y pénétrait, & les faifoit enfler
aifément, lors que l’on fouffloit dans le Lacis de Veines &C d’Arteres qui eft en cét en¬
droit.
ET DE DEUX AUTRES GUENONS. ny
droit. Ce Lacis eftoit vifible dans ce Sujet, eftant compofé de Vaififeaux plus grands
qu’ils ne font à proportion dans les Femmes. Il eftoit fitué à l’ordinaire fous la fécondé
paire des Mufcles du Clitoris. Sa figure eftoit pyramidale, aboutiftant d’vne bafe fort
large en vne pointe, qui fe gliftoit le long du troifiéme ligament jufqu’à Ion extrémité,
vers le Gland.
Le refte des parties de la Génération eftoit allez femblable à celles des Femmes. Le
Col de la Matrice avoit fes Mufcles comme à la Femme : car on voyoit vn grand nom¬
bre de Fibres charnues, qui fortant du Sphin&er de l’Anus, s’attachoient aux collez du
Col de la Matrice &: d’autres Fibres pareilles qui venoient du Sphinder de la Veiïie
pous s’inferer au mefme endroit. Le corps de la Matrice, fes Membranes, fon Orifice
interne, fes ligamens tant les Ronds que les Larges, & tous fes Vailfeaux avoient vne
conformation entièrement pareille à celle que ces mefmes parties ont dans les Femmes.
Les Tefticules, qui avoient trois lignes de long fur deux de large, eftoient, comme aux
Femmes , compofez d’vn grand nombre de petites Veficules , & attachez prôche les
Membranes qui font à l’extremité des Trompes , & que l’on appelle leur Frange.
Les Mammelles eftoient femblables à celles de la Femme, tant en ce qui regarde leur
fituation qui eftoit fur les Mufcles Pedoraux, qu’en ce qui appartient à leur compofî-
tion , qui eftoit d’vn~ corps glanduleux, & d’vn Mammelon.
A l’endroit ou la Veine Cave fe divife pour produire les deux Iliaques, il y avoit vne
Glande de la figure & de la grofteur d’vne moyenne olive, ayant cinq lignes de long
fur trois de large , noire en dehors , & encore davantage en dedans. Elle eftoit abreuvée
d’vne humeur Lymphatique, dont fa fubftance Ipongieufe eftoit remplie. Il y avoit dans
ce mefme Sujet, qui eftoit l’vne des deux premières Guenons, deux autres Glandes pa¬
reilles, mais plus petites, vers l’origine des Crurales, vne de chaque cofté.
A l’ouverture de la Poitrine l’on a trouvé à la plulpart vne grande quantité d’eau
répandue dans toute fa capacité. Le Thymus eftoit fort grand. Le Poulmon avoit
fept Lobes, trois au cofté droit, Sc autant au gauche : le feptiéme eftoit dans la cavité
du Mediaftin comme à la plupart des Brutes. Cela fait encore vne notable différence en¬
tre les parties internes du Singe, & celles de l’Homme, dont le Poulmon n’a ordinaire¬
ment tout au plus que cinq Lobes, le plus fouvent que quatre, &: quelquefois que deux.
Vefale avoue n’avoir jamais vu dans l’Homme ce cinquième Lobe qu’il dit eftre dans les
Singes, fuppofant qu’ils n’en ont que cinq. Ce grand nombre de Lobes du Poulmon fait
voir que les Anatomiftes n’ont pas raifon de dire que les Brutes ont le Poulmon divifé
en plus de Lobes que l’Homme, à caufe qu’elles ont la Face &; la Poitrine tournée vers la
terre, puifque le Singe a ordinairement la Face & la Poitrine tournée comme l’Homme.
Le Cœur eftoit beaucoup plus pointu qu’il n’eft ordinairement à l’Homme: ce qui
eft encore du caraétere des Brutes. Il avoit neanmoins dans la face intérieure de fes
Ventricules, ce grand nombre de Fibres & de Colomnes charnues qui fe voyent dans
l’Homme.
La Luette, qui n’eft point dans les autres Brutes, s’eft trouvée dans nos Singes toute
femblable à celle de l’Homme.
Le Crâne avoit vne figure fort conforme à celle du Crâne de l’Homme, eftant rond,
& vn peu applati par les coftez, & n’ayant point cét os triangulaire qui fepare le Cer¬
veau fk le Cervelet dans la plufpart des Brutes.
Le Cerveau eftoit grand à proportion du Corps. Il pefoit deux onces & demie. La
Dure Mere entroit bien avant pour former la Faux. Les Anfra&uofitez de la partie ex¬
terne du Cerveau eftoient allez femblables à celles de l’Homme en la partie anterieu¬
re-, mais en la pofterieure vers le Cervelet, il n’y en avoit prelque point: elles eftoient
en recompenfe beaucoup plus enfoncées à proportion. Les Apophyfes, que l’on ap¬
pelle Mammillaires , qui font les grands Nerfs qui fervent à l’Odorat , n’eftoient pas
mollalfes comme en l’Homme, mais dures &membraneufes. Les Nerfs Optiques eftoient
aufll d’vne fubftance plus ferme & plus dure qu’à l’ordinaire. La Glande Pinéale eftoit
de figure conique, & fa pointe eftoit tournée vers le derrière de la Telle.
RRr
iz6 DESCRIPTION ANATOMIQUE DE DEUX SAPAJOUS
Il n’y avoit point de Rets admirable : car la Carotide edant entrée dans le Cerveau,
fe gliffoit par vn féal & vnique tronc de chaque collé du rebord de la Telle du Sphé¬
noïde pour percer la Dure Mere , &: fe didribuër à l’ordinaire dans la bafe du Cer¬
veau.
Pour achever la defcription des parties tant externes qu’internes des Singes que nous
avons diffequez, en les comparant avec celles de l’Homme, nous avons fait vne recher¬
che exa&e de tous les Mufcles de ces Animaux, que nous avons trouvez la plufpart
conformes à ceux de l’Homme: de-forte que nous ne rapportons icy que les chofes qui
fe font trouvées particulières à nos Sujets.
Les Mufcles de la Face, dans celuy qui tenoit du Cynocéphale, avoient beaucoup
de rapport avec ceux des Chiens -, & dans les Singes qui avoient la Face plate comme
l’Homme, il ne laiffoit pas d’y avoir quelques Mufcles pareils à ceux des Brutes: com¬
me entre autres les Maffeteres Sc ies Crotaphites , qui edoient beaucoup plus grands à
proportion qu’en l’Homme.
Les Mufcles de l’Os Hyoïde, de la Langue, du Larynx, & du Pharynx, qui fervent
la plufpart à articuler la parole, edoient entièrement femblables à ceux de l’Homme,
beaucoup plus que ceux de la Main-, dont néanmoins le Singe, qui ne parle point, fe
fert prefque avec autant de perfe&ion que l’Homme : ce qui fait voir que la parole eft
vne aélion plus particulière à l’Homme , & qui le didingue davantage des Brutes que la
Main , qu’Anaxagore , Aridote, &: Galien ont edimé edre l’organe que laNature a don¬
né à l’Homme comme au plus fage de tous les animaux, peut-edre faute d’avoir fait cette
reflexion. Car le Singe fe trouve pourveû par la Nature de tous ces Organes merveil¬
leux de la parole avec tant d’exa&itude , que mefme les trois petits Mufcles qui pren¬
nent leur origine de l’Apophyfe Styloïde, ne luy manquent pas, quoy-que cette Apo-
phyfe foit extrêmement petite. Cette particularité fait encore voir que ceux là n’ont pas
raifon, qui tiennent que les agens exercent leurs a&ions, parce qu’il fe rencontre qu’ils
ont des Organes pour cela: car félon ces Phiiofophes les Singes devroient parler, puis
qu’ils ont les indrumens neceffaires à la parole.
Dans les Mufcles de la Tede & du Col, il n’y avoit encore rien de particulier que
les flechiffeurs de la Tede, qui dans l’Homme s’inferent aux Apophyfes Madoïdes: car
ils edoient attachez à la partie latérale & poderieure de l’Os Occipital, parce que la
Tede du Singe n’a point d’Apophyfes Madoïdes. Entre les Mufcles des Bras il n’y avoit
que le Palmaire qui eud quelque chofe de remarquable. Il edoit extraordinairement
gros. Le grand Dentelé, qui dans l’Homme ne prend fon origine que de l’Omoplate,
naiffoit encore dans nos Sujets de la quatrième , cinquième, & fixiéme Vertebre du
Col.
Le Mufcle droit, qui dans l’Homme ne va que jufques au bas du Sternon, montoit
jufqu’au haut, paffant fous le Peéloral Sc fous le petit Dentelé. Il n’edoit charnu que juf-
qu’à la moitié du Sternon, le rede n’edant qu’vn pur Tendon.
Dans la Cuiffe celuy des Quadrigemeaux qui fervent à écarter la Cuiffe appellé Py-
riforme, edoit beaucoup plus petit qu’en l’Homme - & au lieu de prendre fon origine
de la partie inferieure 8c externe de l’Os Sacrum, il fortoit de 1 Ifchion proche (a cavité
Cotyloïde. Les Mufcles Feffiers avoient vne figure differente de ceux de l’Homme,
edant plus courts, à caufe que les Os des Iles au Singe font beaucoup plus étroits qu’en
l’Homme. Il y avoit fur les Mufcles Pfoas deux autres petits Mufcles, qui ne fe trouvent
point en l’Homme. Chacun de ces Mufcles ayant mefme origine que le Pfoas, venoit par
vn long Tendon s’inferer à la partie fuperieure & interne de l’Os Pubis.
Parmi les Mufcles de la Jambe , celuy de fes flechiffeurs, qui s’appelle Biceps, n’avoiü
point vne double origine comme en l’Homme. Il fortoit tout entier de la tuberofite de
f Ifchion , & s’inferoit à la partie fuperieure du Péroné. Cette Tede vnique edoit en ré¬
compensé fort groffe ÔC fort rohude.
Le gros Orteil avoit des Mufcles fomblables à ceux du Pouce de la Main, de mefme
qu’il en a i’adion : ce qui n’ed point au Pied de l’Homme, où le gros Orteil a des
^ Mufcles
ET DE DEUX AUTRES GUENONS. n7
Mufcles fort differents de ceux du Pouce de fa Main , parce que l’a&ion de ces deux
parties eft fort differente dans l’Homme.
On peut ajouter à l’hiftoire des Mufcles du Singe, la defcription de la Poche qu’ils
ont dans la bouche. Elle eftoit compofée de Membranes 6c de Glandes, 8c de beaucoup
de Fibres mufculeufes S c charnues. Sa fïtuation elloit fur le dehors de chaque Mâchoire
inferieure, allant obliquement depuis le milieu de la Mâchoire jufqu’au deffous de fon
angle , paffant fous vne portion du Mufcle appelle Treflarge. Elle elloit longue d’vn
pouce 8c demi, 8c prefque auflï large vers fon fond. Elle s’ouvroit dans la Bouche entre
le bas de la Joue 8c le bas de la Gencive. C’eft dans cette Poche que les Singes ont ac¬
coutumé de ferrer ce qu'ils veulent garder-, 8c l’on peut croire que les Fibres mufcu¬
leufes quelle a, fervent à la refferrer, 8c à la relâcher, pour recevoir, 8c pour faire fortir
ce que ces animaux y mettent en referve.
r
SSf
u8
Explication de la figure du Cerf de Canada & de la Biche
de Sardaigne.
LA figure d’en bas fait voir la difproportion qui eft entre le Cerf & la Biche, le
Cerf eftant prefque vne fois auffi grand que la Biche. Elle fait auffi voir de quelle
manière le Bois du Cerf eft couvert de peau , & comment la Biche a le dos & les flancs
marquez de plufîeurs taches de differentes figures.
Dans la figure d’en haut.
A A. Efi le Foje.
B. Le grand Ventricule du Cerf.
C. Le petit Ventricule.
D. E extrémité' du Vaiffeau Spermatique préparant.
E. Le Corps du Eefiicule.
F. Le Vaifeau Spermatique déférant.
G H H. L’Epididjme.
I. La Matrice.
K K. Les Cornes de la Matrice.
L L. Les Ligamens ronds de la Matrice .
M. La Vejfie.
N. Vne des Cornes de la Matrice ouverte pour faire voiries deux feuillets E El, qu’elle a en dedans .
O O. La Carotide ouverte pour faire voir les Lignes transverfdles quelle a en dedans.
PP. La fugulaire ouverte pour faire voir les fix rangs de Valvules quelle a 3 fçavoir quatre mar¬
que ou elles font trois à trois j & deux marquez^ K y où elles font deux a deux.
SS. Vn morceau de la Jugulaire en grand , pour faire voir plus difiinttement vn rang des trois
Valvules marquées V.
XYZn. Le bout d’vn des Andouillers du Cerf.
X. V endroit qui efi découvert 3 vne portion de la Peau e fiant levée 3 pour faire voir les Sillons dont
le Bois du Cerf efi ordinairement creufé 3 pour donner place aux Vaiffeaux de la Peau qui
le couvre.
Y. Le morceau de la Peau qui efi levée , & au dedans de laquelle on voit les Vaiffeaux dont elle
efi pleine.
Z H. Le refie de l' Andouiller qui efi couvert de la Peau peluë.
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN CERF DE CANADA
ET DUNE BICHE DE SARDAIGNE.
LE Cerf eftoit très -grand, ayant quatre pieds depuis le haut du dos jufqu’à terre.
Son Bois avoit trois pieds de long, & les Andouïllers vn pied. Il y en avoit fix à
chaque Bois, qui eft le plus grand nombre que les Cerfs portent, félon Ariftote &C
Pline , ce qui n’eft pourtant pas vray en ce pais, ou l’on trouve des Cerfs qui en ont
jufqu’à vingt -deux.
Tout le Bois eftoit couvert d’vne peau fort dure, garnie d’vn poil épais & court,
de mefme couleur que celuy qui couvroit le Corps: il eftoit détourné en forme d’épy
en plulieurs endroits. Pline appelle fort improprement ce poil , des plumes molles
comme un duvet. Toute cette Peau avoit vne grande quantité de Veines &C d’Arteres
remplies de beaucoup de Sang, qui les enfloit en dedans du cofté de la Corne , qui
eftoit toute fillonnée pour donner place aux vaifteaux , de la mefme manière que le
Crâne eft fillonné en dedans félon la diftribution des vaifteaux de la Dure-Mere. Gef-
ner a cru que les filions qui fe voyent fur la furface des Cornes du Cerf , font faites
par des vers qui s’y engendrent FEfté , & qui la rongent; ce qui n’a aucune vray-fem-
blance. Pline aufti n’avoit pas bien examiné la nature des Cornes du Cerf, quand il a dit
qu’elles eftoient comme la Ferule & comme la Canne: car les tiges de ces plantes , qui
font ou creufes, ou moelleufes, expriment mal la folidité qui eft particulière aux Cornes
du Cerf.
Démocrite a mieux philofophé fur la génération de ces Cornes : car il dit que dans
le Cerf, parce qu’il a beaucoup de làng, & qu’il devient fort gras au commencement
de l’Efté, la nature conlume vne partie de la nourriture dont il eft trop chargé, en l’en¬
voyant par des vaifteaux qu’il a en très-grand nombre, & d’vne grofteur confidérable,
à l’endroit ou les Cornes naiflent. Et en effet , c’eft vne chofè furprenante que l’abon¬
dance du fang que nous avons trouvée entre cette peau & le bois qui en eftoit couvert,
lors qu’arrachant cette peau, les Tuniques des Veines qui eftoient tres-déliées venoient
à fe rompre.
Cette obfervation nous a fait faire réflexion fur la differente génération des Cornes
des Animaux, qui eftant de deux natures, fçavoir les vnes caves, & les autres folides,
ont auflî deux manières denaiftre & de croiftre: car celles qui font folides, & fans cavité,
comme celles du Cerf, font immédiatement attachées à l’Os frontal , duquel elles fem-
blent naiftre , cét Os eftant beaucoup plus rare &: plus fpongieux qu’aux autres ani¬
maux, ainfi que Démocrite a remarqué. Mais fl la première origine ou germination du
Bois du Cerf vient de quelque fubftance qui fort de l’Os , fon accroiftèment dépend
principalement de la peau qui le couvre , & qui luy fournit vne grande quantité de
nourriture par le grand nombre de vaifteaux qu’elle contient.
Les Cornes qui font caves comme celles des Bœufs, s’engendrent & croiflent d’vne
manière toute oppofée: car elles ne font point attachées immédiatement au Crâne, mais
elles ont chacune leur cavité remplie par vn Os qui eft vne appendice de l’Os frontal ; &C
cette Appendice de mefme que le refte du Crâne eft couverte du Pericrane , par le
moyen duquel ces Cornes tiennent au Crâne, &: s’engendrent & croiflent de ce quelles
reçoivent des Vaifteaux du Pericrane: car fur le Pericrane qui revet l’appendice de l’Os
Frontal il fe fait vne croufte , apparemment par la tranfludation d’vne matière contenue
dans les Vaifteaux de cette Membrane, que nous avons trouvez dans la cavité des Cor¬
nes des Gazelles fans comparaifon plus gros, plus remplis de fang, & en plus grand nom¬
bre, qu’ils ne font dans le refte du Pericrane qui couvre les autres Os de la Telle. De- forte
TTt
ISO DESCRIPTION ANATOMIQUE D’VN CERF DE CANADA
qu’il faut entendre que de mefme que les Cornes Solides prennent leur nourriture & leur
accroiffement par leur fuperficie externe, celles qui font caves la prennent par la fuper-
ficie interne : car lors que la première croufte commence à s’endurcir fur la produéiion
du Pericrane qui couvre les Appendices pointues de l’Os Frontal, en s’endurciffant a
peu prés de la manière que les Ongles s’endurciflènt aux bouts des Doigts, il s’engendre
entre cette première croufte & le Pericrane vne autre croufte qui fe colle à la première,
qui la poulie ; & ainfi fucceflivement il s’engendre plulieurs crouftes les vues fur les
autres, à peu prés de la mefme forte que les coquilles des Limaçons, & les écailles des
Huiftres s’engendrent & fe compofent de plulieurs lames ou feuillets collez les vns aux
autres. C’eft ce qui fait que les Cornes Caves font ordinairement ridées goderonnées
comme les coquilles , & qu’elles fe féparent aifément en plulieurs feuillets.
Ariftote a donné quelque idée de cette manière de la génération des Cornes Caves,
en difant qu’il entre dans leur cavité quelque chofe de dur, qui naill du Crâne -, ce qui fe
doit entendre de l’Os qui entre dans la cavité des Cornes: mais il ne parle point du Pe¬
ricrane auquel la Corne eft immédiatement attachée, & d’où il y a apparence qu’elle
prend fa naiffance fa nourriture.
La génération des Cornes Caves efb encore differente de celle des Cornes Solides,
par la differente qualité de la matière , qui eh: plus aqueufe dans les Cornes Caves ,
plus terreftre dans les Solides. Les Cornes creufes s’amolliffent aifément eftant appro¬
chées du feu, comme n’ayant point leur concrétion par l’exficcation tk la confomption
des parties aqueufès, mais par le figement d’vne matière qui n’auroit point vne con-
fiftance fi ferme fans le froid qui l’a endurcie ; & les Cornes Solides font de la nature de
l’Os duquel elles naiffent, eftant d’vne matière terreftre, qui, félon Ariftote & Pline,
s’endurcit fur la Telle des Cerfs par la chaleur du Soleil. Ariftote fait encore vne remar¬
que qui donne à connoiftre que la matière des Cornes du Cerf eft terreftre, feche, &C
de nature de pierre: car il dit que l’on a quelquefois pris des Cerfs, fur le Bois defqueîs
il s’eft trouvé du Lierre qui y avoir pris racine comme il fait fur les pierres : fk les Na-
turaliftes ont obfervé que le Lierre naift fouvent dans les lieux où l’on a enterré des
Cornes de Cerf. Cette penfée peut encore eftre confirmée parla confédération de cette
excroiffance qui eft particulière au Cerf appellé Lacryma Cervi, qui luy fort, à ce qu’on
dit, du grand coin de l’œil, eftant fortement attachée à l’Os, d’où elle naift félon Sca-
liger : car cette excroiffance eft tellement femblable à vne pierre, que quelques -vns
croyent qu’elle en eft vne en effet, & quelle ne vient point du Cerf, bien loin d’ajoûter
foy à ce que les Auteurs difent de fa génération, fçavoir qu’elle fort du coin des yeux
du Cerf, lors que pour fé guérir des vers qu’il a dans les Inteftins , il a mangé des fër-
pens, qu’il s’eft plongé dans l’eau jufqu’aux yeux. L’Os qui fe trouve à la bafe du
Cœur du Cerf , eft encore vne marque que cét Animal abonde beaucoup en vn fuc ca¬
pable de fe convertir aifément en vne nature offeufe & comme pierreufe.
Les Inteftins eftant pris tous enfemble, avoient quatre- vingts-feize pieds de long»
Les grefles eftoient de foixante & fix pieds, tk les gros fans le Cæcum avoient vingt
pieds. Le Cæcum avoit vn pied dix pouces de long êk fix pouces de large vers fa bafe.
Il alloit en diminuant vers fa pointe à l’ordinaire. Cette longueur extraordinaire des In¬
teftins , qui eft proportionnée à la grandeur du Ventricule, aux Animaux qui vivent
d’herbages, ne fe trouve point dans ceux qui fe nourriffent de chair-, parce que les her¬
bages n’eftant pas fi faciles à eftre changez en fang, & cette nourriture luy fourniffanc
bien moins de matière que la chair, il eftoit neceffaire que les Ventricules fuffent ainfi
amples, pour contenir vne grande quantité d’herbes, & que les Inteftins fuffent longs à
proportion, pour donner lieu à la chaleur naturelle d’agir long -temps fur la nourriture
retenue fk conduite par de longs détours.
Il y avoit deux Ventricules , fçavoir vn grand &C vn autre plus petit, qui fembloit
eftre le Duodénum élargi. Le grand Ventricule eftant enflé avoit cinq pieds de tour»
Il eftoit compofé comme de plufieurs autres Ventricules amaffez en vn , à caufe de
quatre ou cinq baffes qu’il avoit jointes enfemble par vne Membrane qui les aflèmbloit,
& faifoit
ET D’UNE BICHE DE SARDAIGNE. 131
Sc faifoit former à ce Ventricule plufieurs Cellules. Sur cette Membrane il y en avoit
vne autre qui couvroit 5c enfermoit tout le Ventricule. Cette Membrane eiloit adhé¬
rante par derrière au Ventricule ; par devant elle ne luy eiloit attachée que par le haut,
ellant du refte tout-à-fait féparée, 5c fort tendue , à caufe d vne quantité de vents qu’elle
enfermoit avec le Ventricule 5c les Intellins qu’elle couvroit auffi comme vn Epi¬
ploon. La partie fuperieure qui couvroit le Ventricule eiloit mince, dure, tranfparen-
te, fans grailfe, fans glandes, 5c fans vailfeaux apparens: la partie qui defcendoit pour
enfermer les Intellins avoit quelques vailfeaux 5c quelque grailfe, mais en très -petite
quantité.
La Ratte eiloit ronde, mince, 5c tout-à-fait adhérante au grand Ventricule. Elle avoit
fix pouces de diamètre. Les vailfeaux qui font le Va* brève elloient tout-à-fait imper¬
ceptibles. La partie gibbe 5c fuperieure eiloit attachée au Diaphragme par trois forts
Ligamens.
Le Foye n’avoit qu’vn Lobe, 5c eiloit feulement fendu par devant, 5c tout continu
par derrière. Le collé droit s’allongeoit vn peu plus que le gauche , 5 C faifoit vne pointe
vers le Rein. Il n’y avoit point de Velicule du Fiel.
Le Rein eiloit fort grand, ellant long de cinq pouces , 5c large de trois. Il n’y avoit
point de Rein Succenturié.
La Verge n’avoit point d’Os. La Membrane propre du Tefticule eiloit immédiate¬
ment attachée à la fubllance glanduleufe, en forte quelle en eiloit abfolument infépa-
rable, 5c plus qu’à l’ordinaire des autres Animaux. Cette Membrane eiloit parfemée
d’vne infinité de vailfeaux remplis de fang, dont les vns elloient droits 5c gros comme
vn fer d’aiguillette-, les autres elloient ondoyez, 5 C comme frifez fort menu, de la grof-
feur d'vne chanterelle de Luth. La fubllance glanduleufe du corps du Teflicule eiloit
jaune -, celle de l’Epididyme eiloit d’vn rouge pafle livide. L’alfemblage des Vaif-
feaux Préparans entortillez 5c confondus , faifoit un Tuyau de la grolfeur du doigt,
qui produifoit l’Epididyme , lequel couvroit ôc embralfoit le haut du corps du Telli¬
cule de mefme que fait le Calice d’vn Gland. Cëtte portion en forme de Gland pro¬
duifoit vn corps de la grolfeur du doigt, qui defcendoit le long du corps du Tellicule, y
ellant attache", 5c faifoit vers le bas comme vn Mammellon, d’où il retournoit le long
du cofté oppofé à celuy par lequel il eiloit defcendu, 5c formoit le vailfeau déférant,
qui eiloit de la grolfeur d’vne plume de Cygne.
Le Poulmon avoit fept Lobes, quatre au codé droit , 5c trois au gauche. Le Coeur
eiloit fort grand, prefque rond & mollalfe, parce que les Ventricules elloient fort am¬
ples. Il y avoit vn Os à l’ordinaire des Cerfs.
NO u s joignons la defcription de la Biche à celle du Cerf, pour faire voir en quoy
ces deux Animaux convenoient, 5c en quoy ils elloient dilfemblables , outre la
différence du fexe.
La hauteur de cette Biche eiloit de deux pieds huit pouces, à prendre depuis le
dos jufqu’à terre. Le Col eiloit long d’vn pied. La Jambe de derrière, à prendre de¬
puis le Genou'il jufqu’à l’extremité du Pied, eiloit de deux pieds, 5c jufqu’au Talon d’vn
pied.
Le Poil eiloit de quatre couleurs, fçavoir fauve, blanc, noir, 8c gris. II y en avoit de
blanc fous le Ventre 5c au dedans des Cuilfes 5c des Jambes: fur le dos, il eiloit d’vn
fauve brun: furies flancs, d’vn fauve ifabelle: l’un 5c l’autre fauve au tronc du Corps
eiloit marqué de taches blanches de differentes figures: le long du Dos il y en avoit
deux rangs en ligne droite -, le relie eiloit femé fans ordre. Le long des Flancs il y avoit
de chaque collé vne ligne blanche. Le Col 5 C la Telle elloient gris. La Queue eiloit
toute blanche par delfous, 5c noire par delfus, le Poil ellant long de fix pouces.
L’Epiploon eiloit attaché au Péritoine au droit du Nombril, 5c enveloppoit les In-
te fli ns jufqu es par delfous. 11 eiloit compofé de membranes Tort déliées, 5c de vailfeaux
menus fans grailfe : il eiloit double.
LVVu
132 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CERF DE CANADA
Le Foye eftoit petit, 8c femblable à celuy du Cerf, en ce qu’il n eftoit point féparé
en plufieurs Lobes , ayant feulement la fiffeure , qui eft ordinairement en haut vers le
milieu, 8c vne autre en deffous, tirant au cofté droit. Il n’y avoit point auffi de Veficule
du Fiel.
Les quatre Ventricules eftoient mieux diftinguez 8c fé parez les vns des autres qu’ils
n’eftoient au Cerf, où l’on n’en voyoit diftinéfcement que deux. Le premier & plus grand
Ventricule avoit en dedans vne Membrane aifément réparable de celle de dehors com¬
me à la Gazelle. Cette Membrane interne eftoit afpre par vne infinité de Mammel-
lons, ainfî qu’elle fe voit ordinairement aux Animaux qui ruminent. Tout ce grand Ven¬
tricule eftoit reflerré en plufieurs endroits, 8c féparé en differentes poches comme au
Cerf : il eftoit rempli d’herbes , parmi lefquelles on a trouvé plufieurs pièces de cuir, de
femelles de fouîiers de la grandeur d’un Ecu blanc, quelques morceaux de plomb de la
grandeur de l’ongle , qui paroifloient vfez, 8c rongez, 8c quelques fragmens d’ardoife.
Cela peut faire croire que ces fortes d’Animaux amaffent à la hafte leur nourriture dans
les champs, 8c qu’ils attendent à l’éplucher à loifir lors qu’ils ruminent. Le fécond, troi-
fiéme, 8c quatrième Ventricule n’eftoient point differents de ceux du Mouton.
Les Inteftins eftoient très-longs comme au Cerf, mais moins à proportion. Ils avoient
en tout quarante pieds. Il y en avoit de deux fortes: les premiers, qui faifoient environ
le quart , eftoient grifaftres, 8c pliez par des replis de fix pouces de long : les autres
eftoient d’vn rouge brun , 8c pliffez fort menu par cellules. Le Mefentere eftoit com-
pofé de Membranes fort déliées.
LaRatte eftoit couverte d’vne Membrane dure, épaiffe, Ôcblanchaftre: fa figure eftoit
ronde; elle eftoit comme celle du Cerf, fortement attachée au Ventricule, 8c au Dia¬
phragme.
Les Cornes de la Matrice eftoient longues 8c recourbées en plufieurs anfraétuofitez.
Leur extrémité eftoit appliquée au Tefticule qui eftoit petit. Au dedans de chacune
de ces Cornes il y avoit deux replis de la Membrane interne , qui formoient des feuil¬
lets difpofez félon la longueur de la Corne, à peu prés de la mefme manière que l’on
en voit dans le troifiéme 8c dans le quatrième Ventricule des Animaux qui rumi¬
nent.
Le Cœur eftoit extf&ordinairement grand 8c mollaffe: fes Ventricules eftoient ten¬
dus par vne quantité de fan g caillé qui les rempliffoit. Le Poulmon avoit fept
Lobes.
Les Troncs des deux jugulaires, tant de l’interne que de l’externe, avoient chacun
feize Valvules difpofées en fix rangs éloignez environ de deux pouces l’vn de l’autre.
Les quatre rangs d’en haut eftoient de trois Valvules chacun : les deux d’en bas n’en
avoient que deux , mais elles eftoient plus grandes que celles des rangs d’en haut. La
difpofition de ces Valvules eftoit telle que l’ouverture des Sacs qu’elles formoient,
eftoit tournée du cofté de la Tefte, pour arrefter , ainfi qu’il y a apparence , la trop
grande impetuofité du fang qui tombe en retournant du Cerveau dans les Rameaux
axillaires. Ceux des modernes qui ont ignoré quel eft le mouvement du Sang dans les
Veines, ont donné céf vfage à toutes les Valvules de ces vaiffeaux, la fituation defquel-
les fe trouve eftre contraire au mouvement 8c au cours du Sang de la manière qu’ils
l’entendent, 8c favorable au cours qu’il a effeélivement pour la Circulation, c’eft à dire,
pour fon retour vers le Cœur. Bartholin a remarqué deux Valvules dans vne des Jugu¬
laires. Riolan, qui eft le premier inventeur de ces deux Valvules , affeûre qu’elles ne
fe trouvent jamais que dans la Jugulaire interne, quoy-que nous en ayons toujours
trouvé dans l’externe de mefme que dans l’interne: Mais cette fituation des Valvules
contraire au mouvement du fang vers le Cœur , n’a point encore efté veûë que par
Amatus Lufitanus, qui en a obfervé de cette nature au commencement de l’Azygos,
8c qu’il croit fervir & empefteher que le fang de l’Azygos ne retourne dans le Tronc de
la Cave-, mais cette conformation eft extraordinaire , quoy-que die cét Auteur, qui af¬
feûre l’avoir vue mille fois; parce que tous les Anatomiftes, d’vn commun confente-
ment,
ET D’UNE BICHE DE SARDAIGNE. iS3
ment, témoignent avoir toujours vu le contraire, &: n’avoir jamais rencontré de Valvu¬
les dans les Veines, dont la fituation ne fufl favorable au mouvement du fang vers le
Coeur.
Les Carotides ayant efté ouvertes en long, on a remarqué qu’elles avoient plufîeurs
rayes comme des coupeûres tranfverfàles , qui interrompoient la continuité des Fibres,
qui font félon la longueur de la Membrane interne de cette Artere : ce qui paroilïoit
eftre fait pour nouer ces Fibres , 8c les fortifier de mefme qu’il fe voit aux Fibres du
Mufcle droit du Ventre, qui font ainfi interrompues par les lignes tranfverfales , que
l’on appelle les Enervations. On a cherché fi la mefme chofe fe trouveroit dans l’ Ar¬
tere crurale, mais elle efloit lice & égale, Sc n’avoit point ces coupeûres.
Le Globe de l’Oeil avoit vn pouce & demi de diamètre. Le Cryflallin efloit plus
convexe en derrière qu’en devant.
XXx
134
Explication de la figure de la Peintade.
LA Peintade qui efl: reprefentée dans la figure d'en bas, n’a point de bouquet à la
racine du Bec, comme celle dont la Tefte efl reprefentée en grand dans la figure
d’en haut. A l’égard des autres particularitez, les dix dont on a fait la defcription, avoient
toutes ce que celle-cy a de remarquable, fçavoir la Queue tournée en embas comme
elle efl aux Perdrix 5 le Col &: les Jambes plus longues que les Perdrix ne les ont*, les
Pieds garnis de membranes à la manière des Oifeaux Aquatiques *, la Tefte couverte
d’vn Cafque $ le deffus du Bec garni de deux appendices ; & tout le Plumage noir,
ou gris-brun, parfemé de marques blanches.
Dans la figure d'en haut.
AB. Efl vne des Plumes de I Aile. A 3 efl la -partie de la Plume qui efl decouverte. B 3 efl celle qui efl
recouverte par vne autre Plume.
C D. 'Vne des Plumes du Ventre. C 3 efl la partie de la Plume qui couvre le duvet marqué D.
EFG. La Tefle en grand. E 3 est le bouquet qui s’élève a la racine du Bec. F 3 le Cafque ou Bonnet
G , les Barbes charnues.
g. Le trou de l’Oreille.
H H. Les petits Muficles de l’ A fpre Artere.
1 1. L’ Artere du Poulmon fieparée en deux branches.
K K. Les Carotides , dont la gauche fimble fbrtir immédiatement du Cœur .
L. La Croffe de l’Aorte détournée au collé droit .
M N. Le Cœur.
N. L’Oreille droite.
OO. Le Foje.
La Vèflcule du Fiel.
Le Conduit qui porte la bile dans l’Inteflin.
L’ Int ef tin.
Le Ventricule ou Gefier.
Les Veines Iliaques.
Vn Eeflicule vnique attaché d la bifurcation des Veines Iliaques.
Les Veines Emulgentes.
La continuation du Eronc de l’ Aorte par-deld les Veines Iliaques.
Les Arteres Iliaques qui fervent d’ Emulgentes.
Les Reins.
Les Vreteres.
%
R.
S.
TT.
V.
XX.
Y.
aa.
b b.
c c.
$
DESCRIPTION
\
13 s
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE DIX PEINTADES
LES Oifeaux que nous décrivons font d’vne efpece de Poulie appellée Peintade,
à caufe de la juflefle des figures qui femblent avoir efté peintes fur fon Plumage,
ces figures n’eftant point irrégulières 6c comme faites au hazard , ainfi qu’en la plufpart
des autres Oifeaux. Quelques -vns des Anciens fe font fondez fur cette mefme raifon
dans le choix des noms qu’ils ont donné à ces Poulies : car elles font appellées Varia
par Yarron 6c par Pline, 6c Guttatœ par Martial, à caufe des marques blanches dont
tout leur corps efl diverfifié 6c femé comme de plusieurs gouttes. Leurs Oeufs font aufîi
peints, 6c marquetez de blanc 6c de noir: tant cette forte de marqueture efl vne chofe
naturelle 6c perpétuelle à ces Oifeaux, que cette particularité distingue des Poulies com¬
munes , qui dans le genre des Oifeaux font prefque les feuls qui nont point le Plumage
toujours avec les mefmes couleurs dans leur efpece, les Poulies efiant indifféremment
blanches, noires, grifes, fauves, ou méfiées de toutes ces couleurs. Les autres Auteurs
ont donné aux Peintades des noms pris du Païs ou elles naiffent ordinairement, qui efl:
l’Afrique, en les appellant Poulies d’Afrique, de Barbarie, de Numidie, de Guinée, de
Mauritanie, de Tunis, de Pharaon , c’eft à dire d’Egypte. Margravius dit qu’elle efl:
appellée Quefele au Royaume de Congo. Pline rapporte qu’elles font aufli appellées
Meleagrides , parce qu’à ce qu’on difoit de fon temps, elles paffoient tous les ans d’A¬
frique en Bœotie, & venoient fe battre prés du Tombeau de Meleagre, dont la Fable
feint que les Sœurs furent changées en ces Oifeaux. 11 y en a qui croyent que Meleagris
efl: le Coc-d’Inde: ce qui fera examiné dans la fuite.
Les dix Peintades dont nous avons fait la difleétion, efloient de la grandeur, 6c à peu
prés de la forme d’vne Poulie ordinaire. Quelques -vns trouvent quelles reffemblent
mieux à la Perdrix-, mais la longueur de leur Col, & de leurs Jambes, qui furpafloit mef¬
me celle du Col 6c des Jambes des Poulies, ne nous ont point fait approuver cette ref-
femblance: nous avons feulement trouvé qu’elles avoient la Queue courbée en embas
comme la Perdrix, 6c non pas retrouflce en enhaut comme la Poulie. Mais elles n’ont
point de caraétere plus particulier de Poulie que les Appendices charnues qui leur pen¬
dent aux deux coftez des Joues, qui ne fe trouvent en aucun autre Oifeau, 6c qui mef¬
me dans la Peintade ont quelque chofe de different de celles qui font aux Poulies, ainfi
qu’il fera expliqué cy- après.
Tout leur Plumage n’eftoit que de deux couleurs, fçavoir de blanc 6c de noir. Le
blanc eftoit parfaitement blanc par tout : le noir eftoit aufli en quelques endroits par¬
faitement noir, mais en la plufpart il eftoit affoibli, 6c tirant fur le gris-brun.
Le haut du Col au lieu de Plumes, eftoit feulement garni d’vn duvet noir, qui refi-
fembloit mieux à du Poil qu’à des Plumes. Ces Poils longs d’environ deux lignes,
efloient tournez en enhaut contre la fituation ordinaire du Poil 6c des Plumes. En l’vn
de nos Sujets, vers le derrière de la Telle, ces Poils efloient longs de prés d’vn pouce,
&C faifoient comme vne houppe. Le bas du Col avoit de petites Plumes de gris-brun
marqué de blanc. Ces Plumes alloient infenfiblement croiflant en grandeur jufqu’à la
Poitrine, ou elles avoient prés de trois pouces de long fur vn pouce de large. La moitié
de^ ces Plumes vers la racine 6c des deux collez du tuyau eftoit garnie de barbes en ma¬
niéré de duvet gris -blanc, longues de plus de demi -pouce de chaque collé. Chaque
duvet ou barbe eftoit effilée, 8c divifée comme en plufîeurs brins de loye très -fine
vers fon extrémité. Prés du tuyau les racines de chaque barbe efloient jointes en-
femble par les crochets dont les barbes des Plumes qui fervent à voler, ont accoutumé
deftre attachées, 6c qui font décrites dans l’Autruche. L’autre moitié de ces Plumes
YYy
i$6 DESCRIPTION ANATOMIQUE
eftoit compofée de ces mefmes fortes de barbes, qui font plus dures &£ plus fermes. Elles
elloient d’vn gris-bun parfemé de marques blanches rondes , de deux lignes de diamètre
pour le plus. Elles faifoient par vn ordre égal , trois rangs à chaque collé de fix à cha¬
que rang ; en forte que la fixiémë de chaque rang, qui eftoit commune au rang oppofé,
dont elle faifoit aufli la fixiéme,fe rencontrait fur la queue du tuyau. Ce tuyau, qui eftoit
noir, devenoit blanc à l’endroit de la marque, comme fi l’on avoit jette fur vn cuir noir
des gouttes d’eau forte qui l’eulfent déteint: ce qui explique la penfée de Martial, par
qui les Peintades font appellées Guttatœ.
Les Plumes des Aîles eftoient marquetées d’vne autre façon, ayant de deux fortes de
marques , dont les vnes eftoient rondes, Sc les autres longues. Ces marques eftoient
blanches, fur vn fond brun de trois differentes manières: car à l’endroit où la Plume eft
couverte d’vne autre Plume, ce fond eftoit Amplement gris-brun; au refte de la Plume
ce fond eftoit abfolument noir au tour de la marque blanche -, le refte eftoit méfié de
points blancs &C de points noirs.
Clytus Milefîen difciple d’Ariftote , qui décrit la Peintade dans Athenée avec vne
grande exaéhitude, s’eft principalement étendu furies particularitez de la figure ÔC de
la couleur des marques de ces Plumes, &c jufqu’à avoir obfervé que le noir qui borde les
marques fe mefle réciproquement avec le blanc en forme de fcie, ce qu’il eft affez diffi¬
cile de comprendre , fi l’on ne voit oes Plumes, ou leur figure: c’eft pourquoy nous les
avons fait peindre fort exactement.
La Queue, ainfi qu’il a efté dit, «eftoit vn peu recourbée en deflbus comme aux Per¬
drix. Les Jambes eftoient couvertes de petites Plumes couchées , & comme collées fur
la peau : elles eftoient de gris-brun, marquetées de blanc comme toutes les au¬
tres.
La Telle eftoit fans Plumes. La Paupière fuperieure avoit feulement de longs poils
noirs, qui fe relevoient en enhaut. Au deflus de la Tefte il y avoit vne Crefte, ou manière
de Cafque, que les Auteurs modernes comparent au Bonnet du Doge de Venife. Cette
Crefte eft appellée Cutacée par Margravius: nous avons trouvé quelle eftoit feulement
reveftuë par deflus d’vne peau feche &£ ridée de couleur de fauve-brun , qui s’étendoit
depuis le bec jufqu’au derrière de la tefte quelle couvroit, eftant échancrée au droit
des yeux -, mais le dedans eftoit d’vne fubftance fpongieufe , moins dure que l’os , &C
reffemblant, comme dit Clytus, à vne chair deffechée &C endurcie comme du bois: ce
qui peut faire croire que d’Alechamp & Cafaubon n’ont pas eu raifon de corriger les
anciens exemplaires d’Athenée, où il y a que cette Crefte eft r cwjjj* ZvteetÂç 3 en mettant
?o %pci$[jLa3 au lieu de ?> owfxoi: car quoy-que la couleur de cette Crefte ait rapport à quel¬
que bois , il eft vray de dire que fa fubftance a plus de rapport à toute forte de bois
que fa couleur , parce que les couleurs des bois font bien plus differentes entre elles
que leurs fubftances. D’Alechamp s’eft encore peut-eftre trompé, quand il a dit que
cette Crefte eft particulière aux malles ; car nous l’avons trouvée en tous nos Sujets
tant malles que femelles.
L’Oeil eftoit grand & ouvert. Le Poëte Sophocle , au rapport de Pline, alfeûre que
l’Ambre jaune eft fait des larmes qui coulent des yeux des Peintades qui font au-delà
des Indes.
Le Bec eftoit femblable à celuy d’vne Poulie. Nous avons trouvé en deux de nos Sujets
fur le milieu de la racine du Bec, vn bouquet compofé de douze ou quinze filets de la
longueur de quatre lignes, & de la grolfeur d’vne petite épingle, de couleur & de fub¬
ftance pareille à de la foye de Pourceau. De chaque collé du Bec vne peau bleuaftre s’é¬
tendoit vers l’Oeil , quelle entouroit , &c devenoit noire en cét endroit. Belon dit abfo¬
lument qu’elle eft blanche autour de l’Oeil. Cette peau formoit les Paupières , Se re-
veftoit deux appendices d’vne fubftance moitié charnue, & moitié cartilagineufe : elles
pendoient aux deux collez des Joués, eftant attachées à la Mâchoire fuperieure, & non
à l’inferieure, comme elles font aux Poulies, & comme Selon les a fait peindre dans fa
Peintade. Nous les avons trouvées de differentes figures en nos Sujets : car en quel-
' , . ques-
DE DIX PEXNTADES. 137
ques-vns elles eftoient ovales, en d'antres quarrées , en d’autres triangulaires. Elles
eftoient auffi de couleur differente. Margravius dit Amplement qu elles font rouges.
Nous avons remarqué quelles eftoient ronges aux femelles, de bleues aux malles ; quoy-
que tous les Auteurs difent que cét Oilèau n’a aucune marque extérieure qui falfe la
diftinélion du fexe. Columelle fonde fur cette différence de couleurs vne diftinétion
entre la Poulie Afriquaine ou Numidique, de le Meleagris , difant que la Poulie Afri-
quaine a fes appendices rouges, de que le Meleagris les a bleues: mais il n’y a point
d’apparence qu’vne telle différence puilfe conftituer des efpeces diverfes , puifque ces
couleurs peuvent changer aifément en vn mefme individu par de legeres occalions, ainll
qu’il fe voit au Cocq- d’Inde, à qui la Greffe devient rouge, quand il eft en colere, dC
qui l’a ordinairement bleue.
A cofté des appendices en arriére, on voyoit à découvert l’ouverture de l’oreille qui
eft cachée aux autres Oifeaux par les plumes qui garniffent la tefte : cette ouverture
eftoit extraordinairement petite, peut-eftre parce quelle eft découverte.
Les Pieds, qui, ainli qu’il a efté dit, eftoient fort hauts, eftoient de gris-brun.
De grandes écailles les couvroient en devant-, de ils n’avoient par derrière qu’vne peau
raboteufe par vne infinité de petites éminences pareilles à celles du chagrin. Les trois
Doigts de devant avoient jufqu’au tiers de leur longueur , des peaux qui les joignoient
enfemble comme à l’Oye. Le Doigt de derrière eftoit court , de les malles n’avoient
point d’Ergot au derrière du Pied.
Apres avoir fait ces remarques fur la Peintade, de après avoir leu ce que les Anciens
ont écrit de l’Oifeau appellé Meleagris , nous eftimons qu’il eft bien difficile d’eftre de
l’opinion de Turnerus, de Belon, de Gefner, d’Aldrovande, de de tous les Auteurs qui
ont écrit de ces Oifeaux, de qui veulent que le Meleagris des Anciens foit le Cocq-
d’Inde, de non pas la Poulie Afriquaine, ou Peintade: car il eft aile de vérifier que tout
ce que les Anciens ont dit de l’Oifeau Meleagris fe trouve dans la Peintade, de que rien
de tout cela ne fe voit dans le Cocq-d’Inde, qui au contraire a des chofes particulières
qui ne font point dans le Meleagris des Anciens. Car les particularitez que Clytus attri¬
bue à l’Oifeau Meleagris, fçavoir le Bonnet de couleur de de fubftance ligneufe, les bar¬
bes ou appendices des joues, les marques blanches en grand nombre femées prés à prés
régulièrement de avec fymmetrie furies plumes, de la figure &; de la grandeur d’vne Len¬
tille, les jambes fans ergots au malle, &lareffemblance parfaite du malle & de la femelle,
fe voyent dans la Peintade, de ne fe trouvent point dans le Cocq-d’lnde. Ce que Pline dit
de l’Oifeau Meleagris, convient encore fort bien à la Peintade, de nullement au Cocq-
d’Inde: car il dit que Meleagris eft vn Oifeau qui vit dans les Lacs de dans les Rivières:
or les peaux que la Peintade a entre les doigts des pieds ne fe trouvent qu’aux Ani¬
maux qui aiment les lieux aquatiques, ou l’on fçait que le Cocq-d’Inde ne fe plaift point.
Enfin, dans l’exaéte defcription que les Anciens ont faite de Meleagris, il eft impollible,
s’il eftoit le Cocq-d’Inde, qu’ils euflènt obmis les chofes remarquables de particulières
qui fe voyent dans le Cocq-d’Inde, de qui ne fe trouvent point dans la Peintade, telles
que font la manière d’étaller fa queue, de traifner fes ailes contre terre, d’allonger de de
laifler pendre la Crefte qu’il a fur la tefte, d’avoir le col raboteux de tout-à-fait dénué
de plumes, de d’avoir vn bouquet de crin noir à l’eftomac.
Pour ce qui regarde les parties du dedans, nous avons trouvé l’Oefophage, ainfiqu’à
la plufpart des Oifeaux, rangé au cofté droit de l’Afpre Artere. Il s’élargiffoit avant que
d’entrer dans la Poitrine, de faifoit vn jabot de la groffeur d’vne balle à jouer à la paulme
lors qu’il eftoit enflé ; en fuite il fe retrecifloit pour paffer au travers de la Poitrine. Cette
partie retreffîe avoit deux pouces de demi de long. Tout cét Oefophage eftoit femé d’vne
grande quantité de vaifleaux,qui n’eftoient pasfi vifibles dans le conduit, qui de la dilata¬
tion que nous avons prife pour vn jabot, paflbit jufqu’au Gefier, ce conduit eftant d’vne
fubftance plus dure, plus blanche, de plus nerveufeque le relie. Le Gefier eftoit comme
à la Poulie. On 11e l’a trouvé en la plufpart rempli que de gravier. Sa Membrane interne
eftpit fort pliflée , de aifément féparable de la partie charnue. Sa fubftance eftoit fembla-
ZZz
i3B DESCRIPTION ANATOMIQUE
ble à de la colle -forte; en forte que cette Membrane eftant feparée du Gefier* fe defle^
choit aifément* &: devenoit dure tk caftante comme du verre.
Les Inteftins avoient trois pieds de long fans compter les deux Cæcum, qui avoient cha¬
cun fix pouces. Le Duodénum eftoit fans comparaifon plus large que les autres, ayant plus
de huit lignes. Les Cæcum n’eftoient pas d’vne largeur vniforme comme à la plufpart des
Oifeaux, mais alloient en s’élargiffant. Ils eftoient attachez par les Membranes du Me-
fentere , fk en recevoient des vaiifeaux comme les autres Inteftins. Il n’y avoit point de
Pancréas.
Le Foye eftoit partagé en deux Lobes , qui avoient par en haut chacun vne cavité pour
recevoir la pointe du Cœur. La cavité' du Lobe droit eftoit plus grande, & plus enfoncée
que celle du gauche, parce que la pointe du Cœur eftoit tournée vers le cofté droit.
L’extremité inferieure des Lobes eftoit attachée au Diaphragme qui defcend du haut en
bas , Sc aux Veilles que le Poulmon forme aux Oifeaux dans le bas Ventre. Dans la
plufpart de nos Sujets le Foye eftoit fcirrheux,& rempli d’une grande quantité de grains
durs de couleur jaune, fk gros les vns comme des pois, les autres moindres. Nous n’a¬
vons trouvé de Velicule du Fiel que dans deux de nos Sujets. Dans l’vn elle eftoit lon¬
gue de neuf lignes fur fix de large. Elle jettoit vn conduit par fon fond , qui s’inferoit
à l’Inteftin proche du Pylore. En l’autre elle eftoit longue d’vn pouce tk demi, & large
de quatre lignes, eftant attachée à la partie cave du Lobe droit, tk elle jettoit vn con¬
duit qui fortoit de fon milieu , tk non de fon extrémité inferieure , fk ailoit s’inferer à
l’Inteftin , quatre doigts au deflous du Pylore. Dans les autres Sujets qui eftoient fans
Veficule, l’on a trouvé le rameau Hépatique fort gros tk fort manifefte. Il eftoit long
de cinq pouces, & s’inferoit dans l’Inteftin fix pouces au - delà du Pylore.
Vers la partie fuperieure du Gefier il y avoit vn corps de figure ovale de la lon¬
gueur de neuf lignes, de couleur de rouge -brun, de fubftance ferme. 11 avoit conne¬
xion avec le Tronc de la Veine- Porte, avec celuy de la Cave tk celuy de l’Aorte,
avec les Inteftins, tk avec le Ventricule par des Rameaux très - vifibles. Quelques
Auteurs modernes ont remarqué que les Oifeaux dont le Ventricule eft charnu font
fans Ratte. Nous avons néanmoins jugé que ce corps ne pouvoit eftre autre chofe
qu’vne Ratte, tant à caufede ces connexions, que de la fympathie qu’il paroiftbit avoir
avec le Foye, à caufe que l’on a trouvé que dans tous les Sujets où le Foye eftoit fcir-
rheux, cette partie l’eftoit de la mefme manière-, quoy-que la fubftance dure & com¬
pare de ce corps dans les Sujets où il n’eftoit point fcirrheux, fk fa figure fi régulière¬
ment ovalaire puflent faire croire que c’eftoit vn Tefticule: mais il y avoit deux autres
corps ronds de quatre lignes de diamètre, couchez fur les Lombes, tk attachez aux
Troncs de la Veine Cave & de l’Aorte, qui eftoient les véritables Tefticules. En vn des
Sujets ce corps rond eftoit vnique, fk attaché fur l’endroit de la divifion des Iliaques.
L’air ayant efté pouffé avec vn foufltet dans l’Afpre Artere, on fit enfler toutes les
Veffies qui reçoivent l’air apres qu’il a paffé au travers du Poulmon, fk dont il y en a qui
defcendent dans le bas Ventre des Oifeaux, on obferva que le Péricarde s’enfloit aufli.
Cette remarque peut eftre de quelque importance pour découvrir les vfages de la Refpi-
ration, fk les vtilitez que l’air eftant introduit par fon moyen dans la Poitrine, peut ap¬
porter au Cœur par la compreflion qu’il y peut caufer , par l’impreftion de fes qualitez,
par la réception des fumées qu’il exhale inceffamment dans l’embrafement continuel dans
lequel il eft, ïkc. ^
La Membrane du Péricarde n’eftoit pas jufte, & ferrée au Cœur comme elle eft a
l’ordinaire , mais elle eftoit beaucoup allongée vers la pointe , faifant vn fac ou appen¬
dice de plus d’vn demi -pouce de longueur. En l’vn des Sujets cette appendice eftoit
beaucoup plus longue -, car defcendant entre les deux Lobes du Foye , elle s’alloit atta¬
cher au Gefier.
L’Afpre Artere, après avoir pénétré dans la cavité du Thorax, avoit deux petits Muf-
cles qui luy eftoient attachez à fa partie anterieure , fk qui fe détournant de cofté ÔC
d’autre , & vn peu en embas, s’attachoient par plufîeurs fibres aux vaiifeaux du Cœur.
? Ces
DE DIX PEINTADES. 139
Ces Mufcles eftoient longs chacun de prés d’vn pouce, ronds comme vne corde , & de
la gro fleur des deux tiers d’vne ligne. Nous avons trouvé ces mefmes Mufcles en beau¬
coup d’Oifeaux : en la plufpart ils attachent l’Afpre Artere au Sternon.
Les Poulmons efloient des chairs (pongieufes , 8c percées de plufieurs petits trous
à pafler la telle d’vne petite épingle , femez régulièrement autant plein que vuide ,
recouverts d’vne Tunique fort déliée. Ils efloient d’vn rouge- pafle tirant fur le cendré ,
ayant deux pouces tk demi de long fur neuf lignes en leur plus grande largeur, & cinq
lignes en leur plus grande épaifleur.
Le Cœur avoir vn pouce de demi de long fur vn pouce de large: vers fa baie il eftoit
fort pointu. L’Aorte eftant fortie du Ventricule gauche, fe détournoit à droit eftant en¬
core dans le Cœur, de couverte de l’Oreille droite, en forte qu’elle paroifloit lortir du
Ventricule droit, de elle faifoit fa crofle en cét endroit, pour defcendre au coflé droit.
Par cette mefme railbn la Carotide gauche fembloit aufli fortir du Cœur, quoy qu’elle
fortift du Tronc. La diviflon du Tronc de l’Aorte qui forme les rameaux Iliaques, eftoit
vn pouce de demi plus bas que la diviflon des Iliaques de la Cave. Ces rameaux efloient
beaucoup plus petits que ceux de la Cave. Ils fervoient de rameaux Emulgens, les
Reins y eftant attachez. Les rameaux Emulgens de la Cave fortoient aufli des ra¬
meaux Iliaques de la Cave-, de après s’eftre attachez aux Reins, pafloient outre, de mef¬
me que les Arteres. Le mefme Tronc de l’Aorte, après fa diviflon en rameaux Iliaques,
continuoit, de defcendoit jufqu’à l’Anus, jettant
pour former les Crurales.
Le Cerveau n’avoit rien de particulier. On a feulement obfervé qu’il y avoit deux
Apophyfes ofleufes de la grofleur d’vne petite épingle, tk longues de deux lignes, qui
fortant des deux codez du Crâne, venoient fè joindre, tk faire vn angle entre le grand
de le petit Cerveau.
Le Cryftallin eftoit plus convexe en dedans l’Oeil qu’en dehors.
plufleurs Rameaux a droite de a gauche,
A A Aa
W° ' • '
Explication de la figure de l’Aigle.
A figure d’en bas ne reprefente que l’vne des Aigles qui font icy décrites , parce
quelles eftoient prefque toutes femblables. La principale différence eftoit aux
Plumes du Col , qui n’eftoient compofées que d’vn duvet fort long & fort délié dans
le Maûe ; au lieu qu’aux Femelles elles eftoient en manière d’Ecailles. Il faut encore re¬
marquer que la grandeur de lOngle du Doigt de derrière n’a pû eftre reprefentée telle
qu’elle paroiftroit , fi ces Ongles n’eftoient pas cachez comme ils font neceffairement
par le tronc fur lequel FAigie eft perchée.
T * > * | i <
k. - • ■ t -
Dans la Jigure d'en haut.
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G G G.
i x 3.
H.
I.
K.
L. ,
M.
N.
O.
P.
R.
S.
TTVX.
Y Y.
Eft le Tronc de la Veine Porte .
Le Col de la Veficule du Fiel.
Le Canal Cyftique.
Le Canal Hépatique.
La Ratte.
Le Pancréas.
Les Rameaux de la Veine Porte & de l’Artere Cœliaque , qui vont d la Ratte & aux Inteftins .
Les trois Canaux Pancréatiques.
L’AJpre Artere.
L’Oefophage enflé.
En corps glanduleux attache' au haut de l’Oefbphage.
Le Ventricule. - -, :
La Ratte.
Les Rameaux qui fè distribuent d la Ratte aux Intestins. .
Le Pancréas.
La Langue.
U Oeil.
H ne des Plumes de la (forge qui neSt composée que de filets en forme de duvet . & qui a deux
tuyaux comme deux branches qui fbrtent d’vn autre tuyau qui en eSt comme le tronc.
La Moelle de l’Epine fendue & fiparée comme en deux branches qui Je rejoignent en fuite.
La me fine Moelle coupée en travers 3 pour faire voir comme les deux parties EE} qui fiparent
en deux le Eronc de la Moelle en devant > font jointes par la partie pofterieure X 3 pour
former la Cavité V
Deux petites Appendices qui tiennent lieu de Cacum , ayant en dedans vne cavité fort petite .
DESCRIPTION
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE TROIS AIGLES
CE s trois Aigles effoient prefque femblables en grandeur, en figure, & en plu¬
mage. Les parties du dedans effoient differentes en quelque chofo, principalement
parce qu’elles effoient de different fexe. La plus grande, qui elloit vne Femelle , avoir de¬
puis l’extremité du bec , jufqu’à celle de la queue , deux pieds neuf pouces ; du bout
d’vne aile jufqu’au bout de l’autre, quand elles eltoient étendues, fept pieds & demi.
Le Bec avoir deux pouces & demi de long , fans comprendre la courbeure qui avoir
neuf lignes. Toute la Telle, comprenant le bec, avoit quatre pouces & demi ; le Col
cinq pouces &c demi-, la Jambe compris la Cuiffe, jufqu’à l’extremité des Ongles, quinze
pouces. Elle pefoit dix livres. Tout fon plumage elloit d’vn challain prefque noir, à la
referve du bas du col en devant, & du ventre , qui elloit d’vn blanc faili par vn gris
rouffaftre. Les Pieds effoient petits à proportion du Corps, &C d’vn gris bleuaftre. Le Bec
elloit tout noir.
Les deux autres , dont l’vne elloit Malle, St l’autre Femelle , 8c qui effoient vn peu
plus petites, avoient le Bec noir par le bout, jaune vers le commencement, &C bleuaftre
par le milieu. Les Pieds effoient jaunes, couverts d’écailles de differentes grandeurs-,
celles du deffus des doigts ellant grandes en table, principalement vers lextremité;
les autres ellant fort petites. Les Ongles effoient noirs, crochus, & fort grands, fur tout
celuy du doigt de derrière , qui elloit prefque vne fois auffi grand que les autres.
Le Plumage elloit de trois couleurs, fçavoir challain - brun , roux, &C blanc. Le deffus
de la Telle elloit meflé de challain & de roux. La Gorge & le Ventre effoient mellezde
blanc, de roux, &C de challain: les Ailes avoient beaucoup de challain, peu de roux, 8c
encore moins de blanc. Les Tuyaux des grandes plumes des Ailes avoient neuf lignes
de tour. Les plumes de la queue effoient fort brunes vers lextremité , ayant quelque
peu de blanc vers leur origine. Les Cuiffes & les Jambes jufqu’au commencement des
Doigts, effoient couvertes de plumes moitié blanches, &; moitié roufles, chaque plu¬
me ellant rouffe par le bout, & blanche vers fon origine.
Les Naturaliftes difent que les Aigles ont ainlî les Jambes garnies de plumes , tant
pour les munir contre les coups du bec &C des ongles des Oifeaux , quand elles les pren¬
nent dans leurs ferres , que pour les défendre du froid des neges, auquel elles font expo-
fées fur le haut des montagnes où elles le tiennent ordinairement. Belon qui a décrit plu-
fieurs efpeces d’ Aigles, les a toutes dépeintes avec les jambes dégarnies de plumes.
Outre les grandes plumes qui couvroient le Corps , il y avoit à leur racine vn duvet
fort blanc &c fort fin, de la longueur d’vn pouce. Ce duvet eft encore auffi pour munir
les Aigles contre le froid , auquel elles font fort fenfibles : ce qui fait que les Fauconniers,
lors qu’ils fe fervent des Aigles pour le haut vol, leur oftent vne partie de ce duvet &C
des autres plumes qui leur garniffent le Ventre, afin qu’elles ne s’élèvent pas trop haut,
en ellant empefchées par le froid de la moyenne région de l’air. Les autres plumes qui
couvroient le dos & le ventre de nos Aigles , avoient quatre &C cinq pouces de long.
Celles qui couvroient les cuiffes en dehors, avoient jufqu’à fix pouces, & elles Ibrtoient
de trois pouces au-delà du talon. Celles dont la gorge &c le ventre effoient garnies au
Malle avoient fept pouces de long trois de large: elles effoient molles, n’ayant des
deux collez du tuyau qu’vn long duvet, dont les fibres n’eftoient point acrochées en-
femble, comme elles font ordinairement aux plumes fermes qui font arrangées en écaille.
Ces Plumes effoient doubles : car chaque tuyau , après eftre fortide la peau environ deux
lignes & demie, jettoit deux tiges inégales, l’vne ellant vne fois plus grande que l’autre;
Nous avons remarqué la mefme choie aux plumes du col &; du ventre d’vn Perroquet,
de dans toutes les plumes d’vti Cazuél. Belon dit que l’Oifeati qu’il appelle Cocq de bois,
BBBb
i4* DESCRIPTION ANATOMI QJJ E
&C qu’il croit eftre le Tetrix d’ Ariftote, a de ces fortes de plumes, & qu’il n’a point vu
qu’aucun autre Oifeau en ait,
L’Oeil qui eftoit enfoncé dans l’Orbite, &C couvert par vne faillie de los du front qui
fâifoit comme vn fourcil avancé , eftoit de couleur ifabelle fort vive , &; ayant l’éclat
d’vne topafo. La Cornée s’éievoit avec vne grande convexité fur la Sclérotique, qui fai-
foit vn rebord relevé autour delà Cornée. Ce rebord eftoit dur & offeux. La Conjonéti-
ve eftoit d’vn rouge fort vif. Les Paupières eftoient grandes, chacune eftant capable de
couvrir tout l’Oeil. Outre les Paupières fuperieures & inferieures, il y en avoit vne in¬
terne , qui fe retiroit dans le grand coin de l’Oeil , &C qui eftant étendue vers le petit,
couvroit entièrement la Cornée.
Ariftote ÔC Pline font fix efpeces d’ Aigle, qui font Tygargus , Morphnos, Percnopteros ,
Melanaëtos , Haliaëtos 3 & fhryfaëtos ; mais ils ne conviennent pas tout-à-fait dans la défi-
cription qu’ils en font , principalement en ce qui regarde la grandeur: dans le refte de
la defcription ils n’ont pas pu eftre fi differens à caufe des noms que les Grecs leur ont
donnez, par lefquels ces efpeces font défignées , en leur attribuant des marques qui les
diftinguent. Ces marques nous ont aufti fait trouver l’efpece à laquelle nous croyons
que nos Aigles doivent eftre rapportées, tant à caufe des particularitez qui les font con¬
venir avec cette efpece, qu’à caufe que les particularitez des autres efpeces leur man¬
quent. Ainfi nous avons jugé que deux de nos Aigles qui eftoient les moins grandes,
pouvoient eftre rangées fous la derniere efpece, qui eft la véritable Aigle, appellée com¬
munément Royale en François, Gnefios par Ariftote, &C Chryfaëtos & Afîerias par Elian,
à caufo que la couleur roufte & comme dorée de leurs Plumes, eft exprimée par le nom
Grec Chryfaëtos 3 & que les taches qu’elles avoient fur le Ventre &: fur les Cuilfes, repre-
fentent les Etoilles lignifiées par le nom Mflerias, que tous les Interprètes difent n’avoir
efté donné à cette efpece d’Aigle, qu’à caufe de ces taches rouftes. D’ailleurs ces Aigles
ne peuvent eftre ni le Tygargus, c’eft à dire Aigle à la queue blanche ; ni le Morphnos,
c’eft à dire Aigle dont tout le plumage eft de couleur obfcure ; ni le Melanaëtos ,
c’eft à dire Aigle toute noire*, ni le Percnopteros 3 c’eft à dire Aigle dont les ailes font ta¬
chées de noir-, ni le Haliaëtos, c’eft à dire Aigle qui demeure proche de la Mer, que
l’on dit avoir les pieds bleuaftres: parce que ces deux Aigles, ainfi qu’il paroift par la
defoription , n’avoient point la queue blanche , n’avoient point tout le plumage de cou¬
leur obfcure, n’eftoient point toutes noires, n’avoient point les ailes tachées de noir, &C
n’avoient point les pieds bleuaftres; en forte que noftre grande Aigle, qui avoit les pieds
bleuaftres, pourroit eftre l’Aigle qui vit proche de la Mer appellée Haliaëtos par cette rai-
fon, outre qu’elle n’avoit point les plumes dorées comme les autres; qu’elle avoit les ailes
fort brunes, ainfi qu’Ovide la décrit dans la Metamorphofe du Roy Nifus, qui fut chan¬
gé en cét Oifeau ; qu’elle avoit la gorge & le ventre blanc , fuivant la defcription de
l 'Haliaëtos faite par vn anonyme qu’Aldrovande cite ; que fes pieds eftoient prefque tous
couverts d’écailles quarrées , y en ayant beaucoup moins en table qu’aux autres Aigles :
ce que Belon dit eftre particulier à cette efpece d’Aigle, à laquelle Ariftote attribue ce
que l’on dit de toutes les Aigles , fçavoir quelles rejettent ceux de leurs petits qui ne
peuvent regarder fixement le Soleil.
On pourroit faire quelque difficulté fur la grandeur qui eftoit médiocre dans nos deux
Aigles Royales, ne pefant chacune que fix livres-, au lieu que l’Aigle Chryfaëtos 3 qu’Al¬
drovande décrit, en pefoit dix. Mais il faut confiderer que nos Aigles eftoient jeunes,
ainfi qu’il paroifloit aux plumes blanches quelles avoient au col, aux ailes , & à la queue,
qui changent de couleur aux Aigles quand elles vieilliflènt , & deviennent de couleur
dorée ou chaftain-brun , ainfi que Gefner a remarqué ; joint qu’ainfi qu’il a efté dit, Ari¬
ftote & Pline ne font pas d’accord fur la grandeur des Aigles de differente efpece ; Ari¬
ftote faifant celle qu’il appelle Çnefios , qui eft celle qu’Elian & Pline appellent Chryfaëtos ,
la plus grande de toutes, & Pline difant qu’elle n’eft que d’vne grandeur moyenne, & que
celle qui eft appellée Percnopteros 3 eft la plus grande.
Pline dit que les Oifeaux n’ont point d’Epipioon: néanmoins nos deux Aigles Roya¬
les
DE TROIS AIGLES. 143
les avoient vne membrane , qui en forme de fac enfermoit les Intedins , le Foye , 8c le
Ventricule; ce que Cortefius a auffi remarque faifant la didé&ion d’vne Aigle: nous
avons trouvé vn pareil Epiploon dans d’autres Oifeaux, Cette membrane naiffoit de
celles qui forment les Veilles qui font dans le bas Ventre aux Oifeaux, 8c qui s’en¬
flent par la Refpiration. Elle avoit beaucoup de graille , 8c principalement au droit du
Ventricule-, ce qui pouvoit faire croire que cette graille avoit le mefme vfage dans
cét Oifeau que dans les Animaux terrellres, où l’on croit quelle fert dans l’Epiploon
à Fomenter par fa chaleur celle du Ventricule -, du moins on remarque que les Ani¬
maux qui fe nourrilfent de chair ont l’Epiploon garni de beaucoup de grailfe.
L’Oefophage qui edoit au collé droit de l Afpre Artere s’élargilfoit jufqu’à avoir
deux ponces 8c demi de diamètre , 8c fix pouces de long lors que l’on fouffloit de¬
dans. Vers le haut il y avoit vn corps glanduleux dur 8c fermement attaché à la mem¬
brane : il elloit de la grolfeur d’vn pois-, on ne l’a trouvé que dans l’vn des Sujets. Au
deffous de l’endroit où l’Alpre Artere fe fepare en deux l’Oefophage s’étrecilfoit, 8c paf
foit dellous, puis s’élargilfoit pour former le Ventricule qui luy elloit femblable en gran¬
deur, en figure , 8c mefme en fubllance : car l’vn 8c l’autre elloit compofé de mem¬
branes dures, folides, blanches, 8c parfemées deplulieurs vailfeaux par le dehors. Le
dedans elloit different-, le bas de l’Oefophage, qui formoit vn Jabot, elloit compofé
de petites glandes , qui vers le bas avoient la grolfeur d’vn grain de navette , 8C
alloient toujours en diminuant , jufqu’à devenir infenfiblement imperceptibles. Le
Ventricule avoit quelques rides , qui fe multipliant vers le fond , le rendoient plus
épais que vers le haut. Ces deux cavitez, tant celle du Jabot que celle du Ventricule,
edoient fort amples, 8c proportionnées à la voracité de cét Oifèau , que les Natura-
lifbes difent ellre fi extraordinaire , qu’il ravage tous les lieux voifins , qui fufïifent à
peine à luy fournir la proye qui ell neceffaire pour fa nourriture. Audi remarque-
t-on qu’il ne fe rencontre point deux Aigles en vn mefme quartier. Elian rapporte
que les Aigles n’ellant pas contentes des grands Oifeaux qu’elles prennent, comme des
Grues 8c des Oyes, elles chaffent les Lapins, les Lièvres, 8c les Chévreaux, qu’elles
enlevent, 8c quelles emportent; 8c que mefme elles ont l’adreffe de tuer des Tau¬
reaux, en les faifant tomber dans des précipices, pour les manger, après qu’ils s’y font
brifez par leur cheute.
Les Inteflins efloient petits , à la manière des Animaux voraces , 8c qui fe nour-
riffent de chair , au contraire de ceux qui ne vivent que d’herbages , 8c principale¬
ment de ceux qui ruminent, où ils font ordinairement longs 8c amples quatre 8c cinq
fois plus qu’aux autres. Dans nos deux Aigles Royales ils efloient menus 8c courts,
Sc n’avoient point de Cæcum dans le Mafle. La Femelle en avoit deux longs chacun
de deux pouces. Dans l’Aigle Haliaëtos 3 au lieu de Cæcum, il y avoit deux petites
boffes fort peu apparentes en dehors , mais qui ne laiffoient pas d’avoir en dedans
deux poches formées par des Tuniques en manière de Valvules. Le Reétum fe re-
treciffoit tout- à -coup proche de l’Anus, 8c faifoit en fuite vne poche de la grof-
feur 8c de la figure d’vn œuf, à l’extrémité de laquelle les Ureteres s’inferoient : on
voyoit au deffous de cette poche la petite bourfe de Fabrice, dont la figure efl dans
la Planche de l’Otarde.
La Ratte aux deux Aigles Royales efloit ronde en dehors , plate en dedans 8c
du codé du Ventricule, auquel elle efloit immédiatement adhérente: c’efloit au codé
droit quelle edoit attachée. Elle avoit huit lignes de diamètre. Sa couleur edoit vn
rouge beaucoup plus brun que celuy du Foye , qui edoit d’vn rouge fort vif Ses
Vailfeaux qu’elle recevoit de la Porte 8c de l’ Artere Cœliaque edoient gros 8c vari¬
queux. A F Aigle Haliaëtos elle edoit fituée fous le Lobe droit du Foye, 8c attachée
au troifiéme repli de l’Intedin par des rameaux de la Veine -porte 8c de F Artere
Cœliaque, comme aux deux autres
A cette mefme Aigle le Pancréas edoit fitué comme à la plufpart des Oifeaux dans le
premier repli de flntedin, mais il avoit vne figure tout-à-fait extraordinaire. Il edoit
CCCc
144 DESCRIPTION ANATOMIQUE
rond par le bout d’en bas, faifant comme vne telle; le relie elloit plus plat fk plus menu»
Cette telle elloit percée pour donner partage au Canal Hépatique , qui fans avoir au¬
cune communication avec les Canaux Pancréatiques, s’alloit inferer dans l’Intellin. Les
Canaux Pancréatiques elloient au nombre de trois : il y en avoir deux qui s’inlèroient
dans l’Inteftin entre le Canal Cyllique & l’Hepatique; le troifiéme s’inferoit au-deffus
de l’Hepatique. L ’infertion de ces Canaux avoit deux choies particulières; la première
elloit que leur infertion fe faifoit dans le Duodénum, au lieu quelle le fait ordinaire¬
ment aux Oifeaux dans l’extremité du premier repli des Intellins, qui appartient au Jéju¬
num. La fécondé Particularité eft que l’emboucheûre de tous ces Canaux elloit recou¬
verte chacune de fon Mammelon , au lieu qu’ordinairement il n’y a qu’un Mammelon
pour tous les Canaux, tant Pancréatiques que Cylliques & qu’Hepatiques. Le Pancréas
aux deux Aigles Royales, elloit aurti fitué fort proche du Pylore, mais il elloit attaché
à l’Intellin par vn Canal fi délicat & fi court, qu’il elloit difficile à voir : par l’autre bout
il tenoit à la Ratte qui elloit attachée à la partie fuperieure, ÔC au collé droit du Ven¬
tricule, ainfi qu’il a efté dit.
Le Foye elloit beaucoup plus grand à ces deux Aigles qu’a l’autre: aux vues & aux
autres le Lobe gauche elloit le plus grand. La Veficule elloit aurti tres-grande atomes les
trois , ayant la grorteur & la figure d’vne groffe Challaigne. Elle elloit jointe au Lobe
droit du Foye feulement par fon col, qui elloit vn conduit gros d’vne ligne & demie.
Le Canal Cyllique fortoit du fond , à l’oppofite du Col. Ce Col elloit joint au Foye en
deux differentes manières : car aux deux Aigles Royales il pendoit au bout du Lobe
droit qui elloit le plus court, ainfi qu’il a efté dit: cela faifoit que la Veficule elloit toute
hors du Foye. En l’autre Aigle , le Col elloit attaché au milieu de la partie cave du Lobe
droit à l’ordinaire.
Aux deux Aigles Royales, les Reins elloient petits, ayant feulement huit lignes de
diamètre: ils elloient ronds & applatis, de couleur tannée vn peu rougeallre. L’Aigle
Haliaëtos les avoit à peu prés comme les autres Oifeaux , qui les ont ordinairement fort
grands à proportion des autres Animaux, & d’vne figure particulière.
Les Tellicules à l’Aigle Royale marte, elloient deux petits corps glanduleux, enfer¬
mez dans des membranes. Ils elloient chacun de la groffeur d’vn pois, vn peu applatis, de
couleur de chair, tirant fur le jaune.
Les Femelles avoient l’Ovaire tk le conduit de l’Ovaire à l’ordinaire des Oifeaux , fk
tel à peu prés qu’il eft dépeint dans la ligure de la Demoifelle de Numidie.
La Langue elloit cartilagineufe par le bout, & charnue par le milieu, ayant à fa ra¬
cine deux pointes dures, femblables à celles qui font au bas du fer d’vne fléché. Elle elloit
large de cinq lignes, longue d’vn pouce &c deux tiers, à prendre depuis l’ouverture du
Larynx jufqu’au bout, qui n’eftoit point en pointe comme à laplulpart des Oifeaux qui
ont le bec droit, mais qui elloit quarré comme au Perroquet.
Les petits Mufcles, qui attachent l’Afpre Artere, ne prenoient point leur origine de
la fécondé Clavicule comme à la plufpart des Oifeaux , mais de la partie interne du
haut du Sternon.
Le globe de l’Oeil dans la Femelle avoit dans fa plus grande largeur vn pouce & demi
de diamètre. Celuy du Malle avoit trois lignes moins. La Cornée avoit vne convexité
qui la faifoit élever fur le relie du globe de l’Oeil qui elloit applati en devant, ainfi qu’il
ell ordinairement aux Oifeaux & aux Portions , qui n’ont pas le globe de l’Oeil fi Iphæ-
rique que les Animaux Terreftres. La Cornée dans l’vn des yeux du Malle n’eftoit point
tranfparente , mais elle avoit vne blancheur opaque. Entre la Cornée 8>C le Cryllallin ,
on a trouvé dans ce Sujet toute l’humeur Aqueufe endurcie &; comme pétrifiée, de l’é-
paiffeur de deux lignes. Cette Catara&e elloit pofée fur l’Iris, qui elloit de couleur mi¬
nime , &C qui fembloit en avoir efté altérée. Le Cryllallin elloit large de quatre lignes 8c
demie, fk épais de trois & demie, eftant plus convexe en dedans qu’en dehors. Dans la Fe¬
melle il y avoit aurti vn des Yeux galle, toutes les humeurs & les membranes du dedans
eftant corrompues, en forte que tout elloit fondu en vne eau rouffe , fans qu’il y euft
apparence
DE TROIS AIGLES. 14 s
apparence ni deCryftallin,ni d’humeur Aqueufe, ni d’humeur Vitrée. Le trou de l’Uvée
eftoit fermé par vne membrane mince, dure, 8e tranfparente. Cortefius qui a obfervé
cette membrane dans les yeux d’vne Aigle , dit quelle ne fe trouve que dans l’efpece
appellée Oflifrage , qu’Ariftote appelle à caufe de cela Epargemos , c’eft à dire qui a
comme vn nuage fur les yeux. Noltre Aigle eftoit néanmoins fort differente de l’Offi-
frage, qui n’eft pas vne véritable Aigle , mais vne efpece de Vautour, dont le plumage
eft, félon Ariftote, d’vn gris blanchaftre: ce qui n’a aucun rapport avec noflre Aigle.
Le Nerf Optique eftoit extraordinairement mollafle en cét Oeil. La membrane qui
eft particulière aux Oifeaux, & qui fort du Nerf Optique , faifant comme vne bourfe
qui va s’attacher par l’autre bout au ligament Ciliaire, eftoit fort noire, & mefme plus
que la Choroïde. Quoy-que nous l’appellions membrane, parce quelle paroiftoit vne
membrane pliiïee , ce n’eftoit pourtant qu’vn amas de grofles fibres noires , qui en
avoient quelques- vnes de rougeaftres enfermées au milieu , &C qui eftoient apparem¬
ment des Vaifleaux. Le Nerf Optique d’où cette Membrane fbrtoit, eftoit applati, fai¬
fant comme vne fente de la longueur de trois lignes. La bafe de cette membrane qui
eftoit de figure triangulaire, avoit la mefme largeur, & cinq lignes de fa bafe à fa pointe.
La Retine eftoit fort épaifle &c fort opaque, principalement dans le fond de l’Oeil , où
elle eftoit pliffée & ridée. En cét endroit il n’y avoit point de tapis fur la Choroïde.
On a fait vne remarque dans l’vn de ces Sujets, fur la ftruéture de la Moelle Epiniere,
que l’on croyoit d’abord eftre particulière à ce Sujet , mais que l’on a reconnu depuis
eftre commune à d’autres Oifeaux. On a trouvé que vers le milieu du dos la partie ex¬
térieure de la Moelle fe fend & fe fepare en deux, & fe rejoint en fuite ; la partie inté¬
rieure demeurant entière, 8-C eftant feulement dilatée: ce qui fait la figure d’vne fronde.
Cette féparation de la partie extérieure, & cette dilatation de l’exterieure, eftoit de la
longueur d’vn pouce &c demi, Sc de la largeur de huit lignes dans ce Sujet, &C aux au¬
tres Oifeaux à proportion. On a toujours trouvé la Cavité que les deux parties écartées
Liftent au milieu , remplie d’vne humeur blanche tk gluante , qui paroiftoit eftre de l’hu¬
meur lymphatique épaiffie.
Si le principal vfage des Ventricules du Cerveau eft de recevoir leurs excremens,
on peut dire avec quelque probabilité, que cette Cavité qui eft particulière aux Oifeaux,
eft comme vn Ventricule de la Moelle Epinière, qui eftant enfermée dans des os qui
n’ont pas vn mouvement libre, tel qu’eft celuy de l’Epine flexible des autres Animaux,
elle n’a pas les moyens que cette agitation luy pourroit donner, de fe dégager de ces ex¬
cremens, &c de les diftiper ; en forte qu’elle a befoin de quelque réceptacle pour les re¬
cevoir. Cette penfée nous donnera lieu de chercher s’il y a quelques conduits particu¬
liers pour la décharge de ces fuperfluitez.
DDDd
1^.6
DE S deux Cocqs Indiens, on a reprefenté dans la figure d’en bas celuy dont le
Bec n’avoit point de bofTe , mais qui avoit trois pointes par le bout ; & qui n’a-
voit point de Plumes blanches au deflus de la Queue, parce que l’autre fe trouve peint
& décrit dans Aldrovande.
A. Eft v ne des Plumet de la Crefte dans fia grandeur naturelle.
B. ‘Une autre des Plumes de la Crefte , dont les fibres font enfermées jufqu’a la moitié dans cvn canal
membraneux.
C. Le Bec, qui na point de bojfe , vu par le dejfus dans fa grandeur naturelle , & divifé en trois par
le bout.
A. Le Bec qui avoit vne bojfe.
D. Le Foje.
E. La Ve feule Ovale.
F. Le Rameau Cyftique.
G. Les deux Rameaux Hépatiques.
H. Le Pancréas vnique.
I. Le Canal Pancréatique.
K. L’Afpre Artere applatie , mais moins repliée que l’autre.
L. L’Afpre Artere la plus repliée.
M M. Les Reins.
N N. L’ Aorte.
O P P. La Veine Cave, qui fe divife en deux Rameaux PP, couchez, furies Reins 3 aufquels ils font at¬
tachez, , & frvent d’Emulgens.
QAff Les Rameaux de l’Aorte qui font les Arteres Crurales.
R S. Les Vreteres.
T V. Les Vaijfeaux Deferans.
X X. Les Eejticules.
Y Y. Les Epididymes.
Z Z. L’ extrémité du Rectum.
r. La Verre attachée an Rectum , & relevée en enhaut , pour laijfer voir l’ouverture du Rectum qui
_ ^ > Tl . 1 C~y * rï. ^ — / - Tj /) XX . . w ru < / y) // /I 4 J f—T 1 b l J nn S, SS lé-
eft %ntre T & n, & l’ouverture du Sac qui eft fous le Rettum , laquelle ouverture eft au
4>. La Veficule Anfractueufi , ayant la figure d’vn Cæcum,
«. Les deux Canaux Hépatiques,
y. Le Canal Cyftique.
e. Les deux Canaux Pancréatiques.
| Le Pancréas droit qui eft fus le Meftntere.
deffous de n.
y-
i'e.
Z t
Le Pancréas gauche qui eft couche fur le DÆefntere ,
DESCRIPTION
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE DEUX COCOS INDIENS
N O us appelions cét Oifeau Cocq Indien, pour le diftinguer de celuy qui eft fort
commun parmi nous appelle Cocq -d’Inde. Il a elle apporté d’Afrique, ou l’on
nous a dit qu’il eft appelle Ano. Mais parce que ce nom n’eft point connu-, que tous
les Auteurs qui ont parlé de cét Oifeau l’ont mis dans le genre des Cocqs ; &C que Gallus
Indiens eft le nom que Longolius, Gefner, &c Aldrovande luy ont donné, Jonfton eftant
le feul qui l’appelle Çallus Terficuss nous l’avons appellé Indien , fuivant le fentiment des
Auteurs que nous venons de citer, 8c à l’exemple de ceux par qui l’Oifeau que l’on croit
eftre le Meleagris des Anciens, eft appellé Cocq -d’Inde, quoy- qu’il vienne d’Afrique:
joint aufti que félon nos conjectures l’Oifeau dont nous parlons, fè trouve aux Indes Oc¬
cidentales , où félon Margravius il eft appellé Mitu-fiorangaj que Benzo dans Clufius
dit eftre vne efpece de Paon.
Nous en avons diffequé deux qui eftoient Malles. Aldrovande décrit la Femelle, Si
la fait differente en quelque chofe du Mafle, qu’il n’a pourtant vû qu’en peinture -, 8c
il ne dit point en quel eftat il a vû cette Femelle. Longolius n’a vû aufti qu’en peau
le Cocq Indien dont il parlé. Les deux que nous décrivons, n’eftoient differens l’vn de
l’autre que par le Bec. Ils eftoient de la grandeur d’vn médiocre Poulet -d’Inde. Leur
Plumage eftoit parfaitement noir à la Telle 8c au Col: tout le refte avoit vn œil ver-
daftre méfié avec le noir, à la reférve du dos, dont les plumes vers la racine eftoient
d’un gris de couleur de bois de Noyer. Le bas ventre , le haut des cuifles en arriére, 8 C
le deffous de la queue avoient des plumes blanches. Margravius dit que le Cocq In¬
dien du Brefileft vert, peut-eftre parce qu’il a moins de brun que le noftre, 8c que le
vert l’emporte fur le brun : mais le plus ou le moins dans la couleur ne doit pas chan¬
ger vne efpece , quand elle eft établie par d’autres circonftances plus importantes , telles
que font les chofès dans lefquelles le Cocq Indien de Margravius 8c le noftre convien¬
nent.
Sur la Tefte depuis le Bec jufqu’au commencement du derrière du Col , il y avoir
vne Crefte ou Pennache de plumes noires, longues de deux pouces 8c demi, larges de
deux lignes 8c demie, élevées, 8c vn peu couchées en arriére, leur extrémité eftant re¬
courbée en devant. Le Col vers le haut eftoit garni de petites plumes de la largeur
de celles de la Crefte , mais beaucoup plus courtes, n’ayant pas plus de quatre lignes
de long proche de la Tefte : elles devenoient plus grandes à mefure qu’elles appro-
choient du bas du Col vers la Poitrine, jufqu’à avoir deux pouces de long, 8c vn pouce
de large.
Les plumes de la Queue eftoieiîf méfiées , les vnes eftant noires, les autres blanches.
A l’vn des Sujets il n’y en avoit de blanches que deffous la Queue -, à l’autre il y en
avoit aufti de blanches meflées aux noires au deffus de la Queue. Il y avoit plufieurs de
ces plumes dont les barbes eftoient renfermées dans vn long tuyau fait d’vne membrane
blanche fort déliée qui les enveloppoit quelquefois jufqu’au bout, ne laiflant paroiftre
qu’vn petit bouquet. Ce tuyau, quand il enfermoit les fibres des plumes noires, paroif-
foit bleu, à caufe que la membrane eftoit en quelque façon tranfparente. Quelques-vnes
des plumes des Ailes 8e de celles qui faifoient la Crefte , eftoient enfermées dans ce tuyau
membraneux, qui fe trouve aufti dans les plumes de la Queue des Poulets- d’Inde. Tou¬
tes les Cuifles eftoient couvertes de plumes.
Le Col avoit neuf pouces de long. Du deffous du Ventre à l’extremité des pieds
alongez, il y avoit quatorze pouces. Les Pieds eftoient gros 8c forts. Les Jambes eftoient
. couvertes par devant 8c par derrière d’écaiiles larges, quarrées, 8£ en table. Parles coftez
EEEe
i48 DESCRIPTION ANATOMIQUE
elles eftoient petites , n’ayant gueres pins d’vne demi -ligne , de figure hexagone. Les
Ongles eftoient noirs, longs, crochus. Il n’y avoit point au derrière de la Jambe cét
Ergot qui eft particulier aux Cocqs.
Le Bec efloit grand , ayant neuf lignes de large à fon commencement , & deux pouces
de long. Vers le bout il efloit noir, &; fort dur: le refie efloit jaune, &: couvert d’vne
membrane, qui efloit tellement enflée en l’vn des Sujets, qu’il luy faifoit vne bofle ron¬
de, tk relevée de la grofleur d’vne petite noix, &C de la manière qu’Aldrovande la dé¬
peinte. Celuy qui n’avoit point cette bofle avoit le bout du Bec partagé en trois comme
fl c’eufl eflé trois Becs joints enfemble.
Le Foye dans l’vn fk dans l’autre des Sujets , efloit d’vne couleur rouge fort vive ,
d’vne fubflance fort tendre. Il efloit partagé en deux Lobes. Le droit efloit plus gros,
le gauche efloit plus long. La Veficule du Fiel efloit prefque au milieu des deux Lobes,
mais plus attachée au gauche qu’au droit. En l’vn des Sujets elle efloit anfraétueufe , 6 C
de la figure que l’on donne aux Larmes -, ce qui la partageoit comme en trois Cellules.
Elle s’attachoit par en haut à la furface du Foye , par le moyen de fa Tunique exté¬
rieure, qu’elle empruntait de la Capfule, &: par en bas à l’Inteflin , qui tient la place du
Jéjunum . Sa couleur efloit verte , fa longueur d’vn pouce , fa grofleur d’vn demi-
pouce.
Le Canal Cyflique dans ce mefme Sujet, fortoit de la partie fuperieure de la Veficule,
& defeendoit droit en bas, pour s’inferer à la partie pofterieure de l’Inteflin: il efloit de
la grofleur du tuyau d’vne plume de Poulie, ëè d’vn pouce de longueur. Il y avoit deux
Canaux Hépatiques, ce qui efl rare aux Oifeaux. Ils fortoient l’vn ëc l’autre à coflé de
la Veine Porte. Ils eftoient de grofleur differente, l’vn eftant aufli gros que le tuyau
d’vne plume de Poulie, & l’autre égalant à peine vne médiocre épingle. Ils defeendoient
en droite ligne la longueur d’vn pouce, & perçoient llnteftin tout proche de l’infertion
du Cyflique.
Dans l’autre Sujet la Veficule efloit plus petite, de figure ovale: le Canal Cyflique for-
toit du milieu de la Veficule. Il y avoit aufli deux Canaux Hépatiques, qui s’inferoient
dans l’Inteftin de la mefme manière qu’à l’autre Sujet : mais tous ces Canaux biliaires
eftoient moins gros qu’au Sujet où la Veficule efloit anfradueufe.
Le Pancréas qui s’eft trouvé double dans l’vn des Sujets , efloit placé à l’ordinaire des
Oifeaux, dans l’intervalede la première circonvolution des Inteftins, qui fait vne finuo-
fité , au bas de laquelle ces deux Pancréas prenoient leur origine -, ë£ paflant l’vn , fçavoir
le droit, fous le Mefentere, ë£ l’autre par defllis, montoient pour s’attacher à la partie
gauche du Foye, & au Pylore. De cét endroit ils envoy oient chacun vn Canal fort délicat,
ë£ de fix lignes de long , qui venoit s’inferer au voifinage des trois Cholidoques. Ces
cinq trous dont l’Inteflin efloit percé en cét endroit par les trois Cholidoques &£ les
deux Pancréatiques , s’aflembloient tous fous la ride que l’Inteftin fait pour former
comme vn Mammelon. La fubflance glanduleufe du Pancréas efloit d’vn rouge-pâle:
ils eftoient minces vers leur origine, mais fort épais à leur extrémité vers le Foye. L’au¬
tre Sujet n’avoit qu’vn Pancréas, &C qu’vn feul Canüfî.
L’Oefophage, qui efloit fort étroit, n’ayant pas plus dVn demi-pouce de tour, fe di-
latoit vers l’entrée de la Poitrine, pour former vn Jabot qui avoit quatre pouces de tour,
& vn pouce de long. Après s’eftre ainfi dilaté, il fe retrecifloit, & paflant au travers de
la Poitrine, fe dilatoit encore pour former comme vn Ventricule garni de glandes, qui
avoient la forme & la grandeur d’vn grain de Segle: elles eftoient arrangées comme cel¬
les qui font décrites dans l’Otarde. La Tunique charnue de ce Ventricule efloit tres-
mince. Le Gefîer, qui avoit deux pouces ëc demi de long fur deux de large, n’avoit rien
de remarquable, fi ce n’eft que fa partie charnue efloit très -mince, & fon velouté
épais, dur, ë£ caftant comme du verre. Cette dureté arrive au velouté des Gefiers
des Cocqs - d’Inde , lors qu’eftant feparez du Gefîer , on les a laifle quelque temps fe-
cher-, mais dans ces Sujets-cy, on les a trouvez ainfi endurcis à l’ouverture du corps, ë£
eftant encore recens.
Les
DE DEUX COCQS INDIENS. 149,
Les Inteftins eftoient d’vne longueur extraordinaire , ayant douze pieds. Chaque
Cæcum en avoit fix*, mais leur cavité eftoit fort étroite, n’ayant qu’vne ligne de diamè¬
tre. Dans l’Anus, à l’extremité du Reétum, il y avoit vne ouverture de deux lignes de
large, qui eftoit l’entrée d’vn Sac de cinq lignes de long fur trois de large. Ce Sac, qui
eftoit fous le Reétum, eft décrit dans l’Otarde.
Les Tefticules eftoient fituez fur l’Aorte, à la partie fuperieure des Reins : leur fub-
ftance eftoit glanduleufe, d’vn rouge-pâle. Us avoient cinq lignes de long fur deux de
large; 8c l’on voyoit à leur partie inferieure, vne autre glande noire abfolument, qui
leur eftoit fortement attachée: c’eftoit i’Epididyme, quienvoyoit par fon extrémité d’en
bas vn conduit tres-délicat, qui eftoit le Canal Déférant, qui s’eftant coulé le long de la
Veine Emulgente, fe changeoit en vne Tunique très -mince.
La Verge eftoit placée à la partie inferieure de l’Anus, qui eft oppofée au Croupion.
Sa figure eftoit pyramidale, ayant quatre lignes de long, & trois lignes de large vers là
bafe. Elle eftoit compofée de deux corps durs 8c nerveux , reveftus de quelques mem¬
branes déliées , 8c fpongieufès. On voyoit auffi quelques chairs mufculeules , qui ve-
noient s’attacher à fa bafe.
Les Reins, qui eftoient tachetez de plufîeurs petits points, les vns blancs, les autres
minimes , faifoient comprendre que leur fubftance eft du nombre des glandes conglo¬
mérées. Ils eftoient à l’ordinaire des Oifeaux, coupez par plufieurs divifions profon¬
des , chaque Rein ayant deux pouces 8c demi de long fur fix lignes de large. Les Ar¬
tères 8c les Veines Emulgentes avoient leur diftribution à l’ordinaire, 8c les Ureteres
venoient s’inferer à l’extremité du Reétum , apres s’eftre coulez le long de la furface ex¬
térieure du Rein.
L’Afpre Artere dans l’vn des Sujets defcendoit en droite ligne jufqü’au milieu de la
Fourchete , qui termine le haut de la Poitrine aux Oifeaux , où elle fe dilatoit , 8c s’appla-
tifToit. Là fe détournant en arriére, elle formoit vn repli pour remonter à la hauteur d’vn
pouce 8c demi, ôc s’attacher par vne membrane tres-forte, au mefme endroit de la Four¬
chete. Delà elle defcendoit dans la Poitrine. Dans l’autre Sujet elle ne faifoit pas vn fi
grand repli , mais elle fe dilatoit de mefme. Cette dilatation alloit jufqu’à avoir deux
pouces 8c demi de circonférence , laquelle n’eftoit pas d’vn pouce dans tout le refte de
fon étendue.
Le Cœur eftoit tres-petit, n’ayant pas vn pouce de long fur demi-pouce de large à fa
bafe: la pointe eftoit fort aigue. Le Sac de la Valvule charnue qui eft à l’emboucheûre
de la Veine Cave aux Oifeaux, avoit vne ligne de profondeur.
Le Globe de l’Oeil avoit dix lignes de diamètre, 8c la Cornée cinq. Le Cryftallin
eftoit plus convexe en arriére qu’en devant: il avoit trois lignes de diamètre. L’humeur
vitrée eftoit d’vne confiftance fort dure. La Choroïde eftoit noire par tout, mefme au
droit du Tapis, où il ne fe voyoit aucune des couleurs qui y font ordinairement. L’Iris
eftoit d’vn roux obfcur. La Sclérotique eftoit dure 8c cartilagineufe en devant félon l’or¬
dinaire des Oifeaux 8c des Poiftons. Le Nerf Optique eftoit fort à cofté; 8c après avoir
percé la Sclérotique 8c la Choroïde, s’élargiftoit, 8c formoit vn rond, de la circonférence
duquel il partoit plufieurs filets noirs , qui s’vniftoient pour former vne membrane que
nous avons trouvée dans tous les Oifeaux, 8c qui eft décrite en plufieurs endroits de ces
Mémoires.
FFFf
IJO
Explication de la figure de l O tarde.
LES fix Otardes n’eftoient pas tout-à-fàit femblables. Il y en avoit dont le Col
eftoit plus long à proportion des Jambes -, d’autres l’avoient plus court. Quel¬
ques- vnes avoient le Bec plus pointu qu’il n’eft icy dépeint-, la plulpart néanmoins l’a-
voient ainfi. Il y en avoit vne où les plumes qui couvrent l’Oreille efloient vn peu plus
longues quelles ne font icy.
AA.
B.
C.
DD.
EF.
G.
HH.
I.
KKK
LL.
MM.
N.
O O.
P.
P-
et
RR.
SS.
TT.
V.
X.
Y.
22.
Dans la figure d'en bas.
Sont les deux Lobes du Foye.
La Veficule du Fiel .
Le Canal Cyfiique.
Le Canal Hépatique.
Les Canaux Pancréatiques.
Un repli de la T unique interne de l’Intefiin formant vn Mammelon qui couvre les quatre em~
boucheures des Rameaux Cyfiiques 3 Pfepatiques , & Pancréatiques .
Le Pancréas.
U extrémité de l' Oefiphage qui commence a s'élargir.
. La Membrane externe de ï Oefiphage 3 qui efi commune a l’ Oefiphage & au Ventricule ou Ge-
fier quelle couvre.
La Membrane interne qui couvre les glandes du bas de l’ Oefiphage . Cette Membrane efi encore
recouverte d’vne autre qui fait le velouté 3 & qui s'étend aufit fur la Membrane MM. Elle
rieFt point icy reprefintée , pour éviter la confufion 3 & aufit parce qu’il eéi facile de la fuppléer
par l'imagination.
La Membrane interne du Gefier3 qui eft plifiée 3 & goderonnée.
Les Glandes qui font au bas de l’ Oefiphage fimblables a des bouts de tuyaux 3 & arrangées les
vnes fur les autres.
La partie charnue & mufiuleufi du Cefier3 enfermée entre la Membrane KKK 3 & la Mem¬
brane MM.
Zln des Pieds reprefenté en grand 3 quoy- qu’il naît que la moitié de fit grandeur naturelle.
Vn des Ongles coupé 3 pour faire voir qu’il n efi pas creux en dejfous 3 mais rond comme en
deffus.
JJ extrémité de l Iléon.
Le commencement des deux Cæcum.
La grande Poche 3 qui efi proche de l’ extrémité du ReBum. Elle efi ouverte , pour faire voir les
emboucheüres des Vreteres 3 & du troifiéme Cæcum.
Les Vreteres.
Le troifiéme Cæcum appelle ' vulgairement la Bourfi de Fabrice.
L’Emboucheûre du troifiéme Cæcum,
Vn repli de la Membrane interne de la grande Poche du ReBum 3 faifdnt vn petit Sac au deffus
de l’emboucheûre de la Bourfi.
Les Emboucheures des Vreteres.
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE SIX OTARDES
LA plus grande des Otardes que nous avons diffiequées, n’avoit que trois pieds de¬
puis l’extremité du Bec jufqu’à celle des Pieds étendus. Cette grandeur n’appro¬
che point de celle que Belon 8c Turnerus donnent à l’Otarde, qu’ils difënt eftre le plus
grand de tous les Oifeaux apres l’Autruche. Le Cafuel 8c le Griffon que nous avons
diffëquez, eftoient de beaucoup plus grands, 8c les autres Auteurs ne font point i’Otarde
plus grande que celle que nous décrivons. Ariftote dans Athenée la fait mefme encore
plus petite-, car il la compare, pour ce qui regarde la grandeur, à vn grand Cocq. Et
il éft étrange que Belon 8c Turnerus, qui apparemment avoient vu des Otardes, en
ayent ainfi parlé, pour fuivre Pline, qu’ils femblent mefme n’avoir pas bien entendu:
car l’Oifëau, qui, félon Pline, eft le plus grand après l’Autruche, eft la fécondé efpece
de Tetrao 3 qui n’efl point l’Otarde; 8c Pline dit feulement que la grandeur de YOtis,
qui apparemment eft noflre Otarde , approche de celle du Tetrao : mais on ne fçait
point certainement ce que c’eft que le Tetrao 3 8c ce qu’on en dit n’a aucun rapport
avec l’Otarde-, cét Oifëau, fuivant la defcription de Pline, eftant noir par tout le corps,
à la referve des plumes qu’il a au-deffius des yeux, qui font rouges: ce qui ne fe trouve
point dans l’Otarde, qui a bien quelque rouge 8c quelque noir, ou quelque brun dans
ion plumage, mais ces couleurs s’y trouvent placées tout d’vne autre façon.
Le Col 8c les Pieds eftoient bien plus longs dans nos Otardes, que dans celles que
Gefner 8c Aldrovande ont décrites : du relie elles rapportent alfez à la defcription que
ces Auteurs en font. Elles avoient le Col long d ’vn pied , 8c les Jambes d’vn pied 8c
demi. Les Ailes n’elloient gueres plus longues que les Jambes ; en forte qu’ellant éten¬
dues , elles ne faifoient pas plus de quatre pieds -, ce qui n’a pas de proportion avec la
malfe du relie de leur corps. C’eft pourquoy cét Oifëau vole avec tant de difficulté,
qu’on le peut atteindre à la courfe. Opian dit que de tous les Oifeaux il n’y a que l’O-
tarde qui craigne les Chiens, parce quelle s’élève fi peu de terre, & va fi lentement, qu’ils
la peuvent prendre aifément.
C’eft par cette raifon qu’elle a elle appellée * Avis tarda par les Latins, d’où eft venu
le nom d’Otarde en François, fi ce n’eft qu’il ait efté pris de fon nom Grec, qui eft Otk ;
quoy-que les Anciens ayent parlé allez diverfëment de 1 ’Otn 3 pour faire douter fi c’eft
noflre Otarde. Albert l’appelle Bitîarda 3 8c donne à ce nom mal emprunté d’Avis
tarda 3 vne étymologie encore plus mal prifë 5 car il croit qu’elle eft ainfi nommée, parce
quelle fait ordinairement deux fauts quand elle commence à voler.
Le Plumage eftoit de fix couleurs : il y en avoit de blanc, de noir, de gris-cendré,
de gris-brun, 8c de couleur de rofe. Le Ventre, les Cuiffes,le deffious delà Queue, 8c
le deffious des Ailes eftoit blanc. 11 y a apparence que Belon, qui fait le deffius des Ailes
blanc à l’Otarde , s’eft trompé ; parce que généralement les Oifeaux qui ont quelque
couleur brune dans leur plumage, l’ont ordinairement fur les ailes 8c fur le dos: ce qui
fe remarque aux autres Animaux, qui ont aufti le dos plus brun que le ventre. Le devant
du Col, la Telle, 8c le milieu du deffius des Ailes efloient d’vn gris-cendré. Le derrière
du Col, le Dos, le deffius des Aîles par le haut, 8c le deffius de la Queue eftoient de roux
traverfé de taches noires, longues , inégales, 8c comme rompues , ainfi qu’aux Perdrix.
Cela fait croire qu Elian à entendu parler de l’Otarde, quand il a die qu’il y a aux Indes
des Perdrix aufti grandes que des Oyes. Les extremitez des Aîles eftoient de gris - brun.
Toutes les plumes généralement, à la referve des grandes qui font au bout des Aîles,
avoient proche de la peau vn duvet d’vn rouge fort vif, 8c tirant fur la couleur de rofe.
Le Tuyau eftoit aufti de cette mefme couleur par en bas. Il y avoit quelques- vnes des
Plumes qui outre ce duvet attaché au bas du tuyau, en avoient vn autre, qui d’vne nia-
i$z DESCRIPTION ANATOMIQUE
niére fort extraordinaire , fortoit de leur extrémité, le milieu de la plume ellant corn-
pofé de barbes fermes 8c acrochées les vnes aux autres , ainfi qu’elles font aux plumes
qui fervent à voler, 8c le relie ellant comme éfilé 8c divifé en vne infinité de fibres fort
déliées.
Le Bec elloit d’vn gris vn peu plus brun que le plumage de la Telle. Il elloit long de
trois pouces, à prendre depuis l’Oeil jufqu’à fon extrémité. U avoit à peu prés la forme
du Bec d’vn Poulet-d’Inde, 8c ne relfembloit point, ainfique Gefner dit, au Bec de l’Ai¬
gle , qui effc fort crochu.
Les Jambes 8c prés de la moitié des Cuilfes elloient revelluës de petites écailles de fi¬
gure hexagone , dont les plus grandes n’avoient qu’vne ligne en tout fens. Les Doigts des
Pieds elloient couverts par delfus d’écaillesen table, longues 8c étroites. Toutes les écail¬
les elloient de couleur grife , 8c recouvertes d’vne petite peau qui s’enlevoit comme la
dépouille d’vn ferpent. Le delfous du Pied elloit reveftu d’vne peau picotée comme du
chagrin. Les Doigts n’elloient qu’au nombre de trois. Celuy de derrière manquoit, & à la
place il y avoit vne callofité delagrolfeur d’vne petite noix. Le plus grand des Doigts avoit
deux pouces neuf lignes de long. Les Ongles elloient larges, courts, peu crochus, peu
pointus, & prefque lèmblables à ceux de l’homme, ellant de figure ovale: mais ce qu’ils
avoient de plus remarquable, eft qu’ils elloient convexes en delfous de mefme qu’en
delfus-, ce qui rendoit leur lèélion lenticulaire. Belon dit que l’efpece d’ Aigle nommée
Haliaëtos , a ainfi les Ongles ronds en delfous, de mefme qu’en delfus, contre l’ordinai¬
re des Ongles des autres Animaux , qui font creux, ou du moins plats 8c quarrez en
delfous.
L’Otàrde ne fait point fon nid fur les arbres, félon Albert, parce qu’elle n’y peut vo¬
ler: mais il y a encore apparence que c’ell parce qu’elle ne s’y peut tenir, à caufe de la
conformation extraordinaire de fes Pieds, qui n’ell pas commode pour cela, n’ayant
point de Doigt derrière, 8c le delfous du Pied ellant arondi 8c rempli d’vne grolfe callo¬
fité qui l’empefehe de fe pouvoir percher.
Arillote dit que l’Otis en Scythie ne couve point fes œufs comme les autres Oifeaux,
mais quelle les enveloppe dans vne peau de Lièvre, ou de Renard, 8c les cache au pied
d’vn arbre, au haut duquel elle fe perche, pour ellre en garde contre les Chalfeurs, qu’elle
empefehe d’approcher, en les frappant de fes aîles comme les Aigles font: ce qui fait
voir que le nom d 'Otk eft bien ambigu parmi les Anciens, 8c qu’il lignifie quelquefois
nollre Otarde, & quelquefois vn autre Oifeau qui en eft bien different : car l’Otarde
n’ell point capable ni de fe percher fur le haut d’vn arbre , ni de fe batre contre les
Chalfeurs.
Le trou de l’Oreille dont on prétend que la grandeur a donné le nom à cét Oifeau,
n’avoit rien d’extraordinaire. En quelques-vns de nos Sujets il elloit couvert de plumes
allongées vn peu plus que les autres: mais elles ne formoient point de longues Oreilles
comme en laDemoifelle de Numidie, qui, félon nos conjeétures, eft le véritable Otm des
Anciens, 8c que l’on confond avec 1 ’Qtu, ainfi qu’on le fait voir dans la defeription de
la Demoilelle du Numidie.
Le Foye elloit fort grand, le Lobe droit ayant en quelques-vns de nos Sujets jufqua
cinq pouces-, en forte qu’il delcendoit jufqu’aubas du ventre. Il elloit d’vne fubllance
ferme, 8c d’vn rouge vermeil.
La Veficule du Fiel, qui elloit cachée lous le Lobe droit, n’elloit attachée au Foye
que par fa partie luperieure , qui elloit comme fon Col : le relie pendoit , ellant dégagé
du Foye, 8 C adhérant par en bas à l’Intefhin Jéjunum. Elle avoit deux pouces 8c demi
de long, 8c vn pouce de large, ellant de figure ovale. Le Canal Cyllique en quelques-
vns de nos Sujets elloit court, parce qu’il fortoit du fond de la Veficule, Sc s’alloit infé¬
rer à la partie fuperieure du Jéjunum. En d’autres ce Canal elloit plus long, parce qu’il
lbrtoit de la partie fuperieure de la Veficule proche de fon Col, 8c s’inferoit au mefine
endroit que les autres qui elloient plus courts. Le Canal Hépatique fortoit proche du
col de la Veficule, 8c s’inferoit auffi au Jéjunum, deux pouces plus bas que le Cyllique,
feulement
DE SIX O TARDES. m
feulement aux Sujets où le Cyftique fortoit du col de la Veficule -, aux autres il eftoit in¬
féré immédiatement au deflbus du Cyftique, ainfi qu’il eft -ordinairement à la plufpart
des Oifeaux.
La fubftance de la Ratte eftoit mollafîe, 6c d’vn rouge - brun. Elle eftoit faite comme
le Rein des Animaux Ter relire s : elle avoit feulement dix lignes de long fur fix de
large.
Le Pancréas eftoit placé dans la première circonvolution des Inteftins, dans laquelle
il defeendoit à l’ordinaire. Sa fubftance eftoit dure , 6c d’vn rouge pâle : il eftoit fort
mince par fa Queue, 6c fort épais par fa Tefte, d’où fon Canal fortoit, qui avoit feule¬
ment cinq lignes de long. En l’vn de nos Sujets il y avoir deux Canaux Pancréatiques,
qui lbrtoient d’vn mefrne Pancréas; en vu autre il y avoit deux Pancréas* qui avoient
chacun leur Canal. Ces Canaux s ’i nier oient tous au vorfinage des Cyftiques , ayant
chacun vne entrée feparée ; mais elles eftoient toutes couvertes par vne melme Appen¬
dice en forme de Mammelon, qui paroiflbit eftre vn repli de la membrane interne de
l’Inteftin.
Ariftote dans Athenée , remarque que l’Otarde n’a point de Jabot. Dans nos Sujets
l’Oefophage eftoit étroit par tout: il s’élargiffoit feulement , 6c s’épaicilfoit vn peu avant
que de fie joindre au Gelier ; ce qui contenoit .environ l’elpace de deux pouces. Il y avoit
en cét endroit vue grande quantité de glandes enfermées , outre les deux membranes
de l’Oefophage. Ces glandes eftoient arrangées comme les alvéolés des Mouches à Miel:
chacune eftoit percée félon fa longueur, formant vn petit canal ou tuyau. La figure de
toute la glande eftoit conique, 6c de la groffeur de plus d’vne ligne par vn bout, 6c de
la longueur de deux , allant en pointe. Ces glandes eftoient couchées l’vne fur l’autre,
en forte qu’on ne voyoit paroiftre que le gros bout, où eftoit l’ouverture du petit canal.
La membrane interne de l’Oefophage qui eftoit couchée fur ces petites glandes, eftoit
fi mince , qu’on les voyoit paroiftre au travers , 6c que lors qu’on les prefloit , elles faifoient
fortir vne liqueur qui pafloit auffi au travers de la membrane. Cette membrane eftoit
encore recouverte d’vne autre, qui s’étendoit dans toute la cavité du Gefier de mefme
que dans celle de l’élargiflement de l’Oefophage où eftoient les glandes. Cette dernière
membrane tenoit lieu du velouté, qui reveft ordinairement le dedans du Ventricule des
Animaux.
Cette ftruéture de la partie inferieure de l’Oefophage , 6c cét amas de glandes fe
trouve dans la plufpart des Oifeaux, mais elle ne fe voit pas d’ordinaire fi diftmdement
que dans rOtarde. Acantius qui a fait la difleéfion d’vne Otarde, appelle ces glandes
de l’Oefophage des Caruncules, 6c dit quelles font rondes-, mais il y a apparence qu’il
n’a vu ces glandes qu’au travers de la membrane interne, qui ne laide voir que le gros
bout de chaque glande, qui eft arondi ; le refte, qui s’allonge , 6c fait vne pointe, eftant
caché fous les autres glandes.
Le Gefier eftoit long de quatre pouces, 6c large de trois. Il paroiflbit avant que d’ê¬
tre ouvert aflez femblable au Gefier des Poulies, à caufe de fa dureté, qui dans les Poul¬
ies vient de répaifleur de la partie charnue: mais dans toutes nos Otardes cette partie
charnue eftoit fort mince, n’ayant pas plus d vne ligne d’épaifleur; 6c toute la dureté qui
fie remarquoit en ce Gefier avant qu’il fuft ouvert, ne venoit que de la membrane inter¬
ne, qui eftoit non- feulement épaiflé 6c dure, mais qui avoit des plis 6c des godrons en
plufieurs façons -, chaque godron eftant frifé 6c repliffé , ce qui occupoit beaucoup de
place.
Cette membrane du dedans du Gefier pliflée 6c goderonnée, eftoit d’vn jaune doré,
6c elle n’avoit point de continuité avec la membrane étendue fur les glandes du Jabot
qui eftoit blanche ; mais elle en eftoit feparée comme feroient deux doubleûres coufuës
bout a bout l’vne de l’autre : elle eftoit auffi aifement feparable de la partie charnue du
Gefier.
Ce Gefier eftoit rempli de pierres 6c de doubles: il y avoit des pierres de la grofleur
d’vne noix. Dans l’vn des Sujets on a trouvé jufqu’à quatre-vingt-dix Doubles, vfez 6c
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154 DESCRIPTION ANATOMIQUE
polis par leur frotement mutuel, &C par celuy des pierres qui eftoient méfiées avec, fans
aucune apparence d’érofion-, ce qu’il eftoit aile de juger, de ce qu’ils n’eftoient vfez qu’en
leurs parties gibbes &C éminentes , les parties caves eftant demeurées entières &C fans po-
Meures, parce qu’elles n’avoient pu eftre touchées & frotées comme les autres. On ne
voyoit aufti aucune marque d’érofion dans ces parties, n’eftant ni rouïllées, ni afpres,
ni inégales. On a trouvé dans l’vn des Sujets le Ventricule rempli d’vne grande quan¬
tité de foin. Athenée dit que les Otardes ruminent. Dans vn Perroquet, qui eft vn Oi-
feau que l’on voit remâcher ce qu’il a déjà avalé, nous avons remarqué deux Ventri¬
cules feparez l’vn de l’autte par vn long conduit ; ce qui femble eftre fait pour cét
vfage de la rumination : mais nous n’avons rien trouvé de femblable dans l’Otarde.
Les Inteftins avoient quatre pieds de long , fans compter les deux Cæcum 3 dont le
droit avoit vn pied, Sc le gauche onze pouces -, ce qui n’eft pas vne grande longueur
pour vn animal qui mange du foin. Les deux Cæcum fortoient à l’ordinaire de l’endroit
où le Colon fe joint à l’Ileon , à la diftance de fept pouces de l’Anus. Ils ne tendoient
point de haut en bas, ainfi qu’Arantius dit l’avoir obfervé-, mais de bas en haut , ainfi
qu’on le trouve aux autres Oifeaux. La Tunique interne de l’Ileon eftoit pliffée félon
fa longueur, à la manière du dernier Ventricule des Animaux qui ruminent : elle avoit
vers l’extremité de cét Inteftin quelques rides en travers, qui luy tenoient lieu de la Val¬
vule du Colon.
A la diftance d’vn pouce de l’Anus, l’Inteftin fe retreciflbit , &: en fuite fe dilatoit,
faifant vne poche capable de contenir vn œuf. Les deux Ureteres s’inferoient dans cette
poche. Vers fon milieu on découvroit vn petit trou, qui conduifoit dans vn fac qui eftoit
comme vn troifiéme Cæcum, que l’on appelle vulgairement la Bourfe de Fabrice, du
nom de celuy qui l’a premièrement décrite. Cette Bourfe ou Sac, avoit deux pouces de
long, fur trois lignes de large à fon commencement , où il eftoit vn peu plus étroit que
vers fon extrémité. Au deiïiis du trou, qui du milieu de la Poche penetroit dans le troi¬
fiéme Cæcum, il y avoit vn repli de la membrane interne de la Poche , qui fervoit appa¬
remment de Valvule capable d’empefcher le reflus vers le haut du Reélu ni, &: de fa-
vorifer l’entrée dans le troifiéme Cæcum.
Cette obfervation d’vn troifiéme Cæcum eft contraire à ce qu’Ariftote a remarqué
aux Inteftins de l’Otarde, qu’il dit avoir moins d’Appendices à leur extrémité inferieu¬
re, que les autres Oifeaux n’ont coutume d’avoir.
Les Reins avoient trois pouces de long : ils eftoient recoupez fort profondément
en trois Lobes, à l’ordinaire des Oifeaux. Leurs Vaifleaux eftoient aufti difpofez comme
dans les autres Oifeaux, à la referve des deux Arteres Crurales, qui font doubles ordinai¬
rement , qui ont coutume de pafler toutes deux par deftous le Rein : car dans nos
Sujets il y en avoit vne qui paftoit par deiïus, &; vne autre qui paflbit par deftous, pour
aller dans la Cuifte.
Chaque Tefticule avoit fix lignes de long fur deux de large, ayant la figure d’vne
petite amande, d’vne fubftance allez ferme, & fort blanche. L’Epididyme, qui eftoit par¬
faitement noire, & de rnefrne figure que le Tefticule , avoit quatre lignes de long fur
deux de large. Outre les deux Tefticules , il s’eft trouvé dans l’vn de nos Sujets vn
corps glanduleux, qui fembloit en eftre vn troifiéme. Il avoit neuf lignes de long fur
fix de large, de couleur d’olive. Le Canal Déférant, qui fortoit de l’extremité de l’Epi-
didyme de chacun des deux vrais Tefticules , fe gliftbit fur la Veine Emulgente, à la¬
quelle il eftoit attaché, & defcendoit fur le Rein le long de l’Uretere.
A la Lèvre fuperieure de l’Anus, il y avoit vne petite Appendice, qui tenoit lieu de
la Verge. Entre tant de Sujets de cette efpece que nous avons diflequez, il ne s’en eft
point rencontré de Femelle.
La Langue n’eftoit point ofteufe, ainfi qu’Ariftote la décrit dans Athenée: elle eftoit
charnue en dehors, ayant en dedans vn Cartilage attache a la baie de 1 Os Pîyoide, com¬
me à la plufpart des Oifeaux. Ses coftez eftoient heriffez de quelques pointes d’vne fub¬
ftance moyenne entre la membrane le cartilage.
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DE SIX OTARDES. ïjy
Les Anneaux de l’Afpre Artere eftoient entiers. En quelques-vns des Sujets il y avoit
de chaque cofté vne caruncule ou glande rouge, immédiatement attachée à l’Afpre Ar¬
tere, & aux Carotides, par le moyen d’vn rameau de la grofleur d’vne grofle épingle; ce
qui eft aftèz ordinaire aux Oifeaux.
Le Cœur avoir deux pouces & demi de large. Le Sac qui ferme la Valvule charnue,
qui fé rencontre ordinairement dans le Ventricule droit du Cœur des Oifeaux à l’entrée
delà Veine Cave, avoit quatre lignes de profondeur. La chair du Ventricule gauche
eftoit épaifte de cinq lignes vers fa baie, & d’vne vers fa pointe.
Dans l’Oeil la Membrane Sclérotique avoit vn rebord cartilagineux en devant, large
d’vne ligne, qui faifoit comme vn cercle au tour de la Cornée. L’Uvée eftoit rougeaftre
& parfeniée d’vn grand nombre d’Arteres, de Veines, &de Nerfs. L’Iris eftoit de cou¬
leur ifabeîle. Le Cryftallin avoit trois lignes de diamètre-, tout le Globe de l’Oeil en
avoit neuf.
Le Nerf Optique ayant pénétré au dedans de l’Oeil, s’applatiftoit, & formoit vn re¬
bord blanc, de figure ovale , longue , 8c étroite, d’oii fortoit la Membrane noire en forme
de bourfe, qui fe va attachera cofté vers le bord du Cryftallin. Cette Membrane eft
plus particuliérement décrite & figurée dans la Defcription de l’Autruche.
Dans le Palais, & dans la partie inferieure du Bec, qui eft comme vne Mâchoire in¬
ferieure, il y avoit fous la membrane qui reveft ces parties, plufieurs corps glanduleux,
qui s’ouvroient dans la cavité de la Bouche par plufieurs tuyaux fort vifibles.
Illi
V'
1 56
Explication de la figure de la Demoifelle de
L
A figure d’en bas fait voir de quelle manière de longues Plumes blanches s’éle-
fvent comme des Oreilles aux deux collez de la Telle de cét Oifeau-, comment
des Plumes brunes, longues, ôc éfilées luy pendent au bas du Col. Mais ce qui efb de
plus remarquable, eft la dilpolition dans laquelle on Fa mis, en le reprefentant comme
s’il danfoit-, parce que cette adtion iuy eft ordinaire.
D ans la figure à en haut.
A.
B.
c.
D D DD,
EE.
FF.
G.
H.
I.
K.
L.
M.
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S.
T.
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2.
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a.
Eft le Tronc de l Aorte.
L’ Artere Cœliaque qui va au Ventricule , d la Ratte , & au Foye .
La èMefinterique qui va au Pancréas & aux Inteftins.
Les Arteres Emulgentes.
La Crurale fiuperieure.
La Crurale inferieure.
Lextremité de l’Aorte qui fie diftribuè d l’Os Sacrum & aux parties voifines.
Le Tronc de la Veine Cave.
Le Rameau Iliaque de la Cave.
La Veine Emulgente.
La Veine Crurale.
Le Rameau de la Crurale qui pajfe fous le Rein > & va fi joindre en JA 3 d fit compagne ,
Le Rein droit.
Le Tejticule du JAafie. .
L’Epididyme.
Le Vaiftfeau Spermatique Déférant.
E'Vretere.
Le Tefticule de la Femelle.
EOvaire.
La Portière appellée Ovidudtus.
L’ Entonnoir de /’Ovidu&us.
Le Ligament qui attache la Portière avec le Rein comme vu Mefintere.
La Circonvolution de h Afp re Artere.
L’Os du Sternon 3 dams lequel la Circonvolution de l’Afpre Artere eft engagée.
En des Anneaux de lAftre Artere ayant deux échancreâres.
En morceau de l’Afpre Artere , qui fait voir la manière dont fis Anneaux font entrelac
La partie qui regarde les Vertehres du Col.
La partie qui regarde le dehors du Col.
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE SIX DEMOISELLES
DE NUMIDIE.
C Et Oifeau eft ainfi appelle, à caufe de certaines façons de faire qu’il a, par lefquel-
les on a trouvé qu’il fembloit imiter les geftes d’vne Femme qui affeéte d’avoir
de la grâce dans fon marcher , dans fes reverences , ôt dans fa danfe. Cette reftem-
b lance doit eftre réputée avoir quelque fondement raifonnable, puifque depuis plus de
deux mille ans les Auteurs qui, félon nos conjectures, ont traité de cét Oifeau, l’ont dé¬
ligné par cette particularité de l’imitation des geltes & des contenances de l’homme.
Ariftote luy adonné Je nom de Bafteleur & de Comédien. Pline l’appelle Paralite& Ba¬
ladin. Athenée le nomme Antropoeide, c’ell à dire ayant forme humaine, à caufe qu’il
imite ce qu’il voit faire aux hommes, & non pas parce qu’il imite la parole de l’homme
comme le Perroquet, ainfi que Gillius l’entend. Car Athenée rapporte la manière dont
Xenophon dit que les Chaffeurs fe fervent pour prendre ces Oifeauu , qui efl de fe fro-
ter les yeux en leur prefence, avec de l’eau mife dans des vailfeaux qu’ils emportent,
lailfant d’autres vaiffeaux femblabîes remplis de glu , dont ces Oifeaux fe collent les
pieds & les yeux, lors qu’ils tâchent d’imicer ce qu’ils ont vu faire.
11 y a apparence que cét Oifeau danfeur & bouffon, eftoit rare parmi les Anciens,
parce que Pline croit qu’il eft fabuleux, en mettant cét Animal, qu’il appelle Satyrique,
au rang des Pegafes, des Griffons, &£ des Sirenes. 11 eft encore croyable qu’il a efté
jufques à prefent inconnu auu Modernes, puis qu’ils n’en ont point parlé comme l’ayant
vû, mais feulement comme ayant leû dans les écrits des Anciens la defcription d’vn
Oifeau appelle Scops & Otus par les Grecs , & Afio par les Latins , à qui ils avoient
donné le nom de Danfeur, de Bafteleur, & de Comédien. De -forte qu’il s’agit de
voir fi noftre Demoifelle de Numidie peut paffer pour le Scops & pour XQtus des
Anciens.
La Defcription qu’ils nous ont laiffée de Y Otus ou Scops 3 confifte en trois particulari-
tez remarquables qui fe voyent dans la Demoifelle de Numidie, bien qu’il ne fe trou¬
ve point qu’aucun des Modernes l’ait décrite, & qu’il l’ait rapportée à quelqu’vn des
Oifeaux dont les Anciens ont parlé. Ces trois particularitez , font les poftures ex¬
traordinaires que tous les Auteurs luy attribuent , & qui l’ont fait appeller Scops ,
de mtMav 3 qui félon Athenée fignifie quelquefois vfer d’vne plaifanterie , qui confifte
à miter les geftes de quelqu’vn : 8c le mefme Auteur dit que Scops eftoit vne eft
pece de danfe ainfi appellée , à caufe de l’Oifeau Scops J qui en eftoit comme l’in¬
venteur. La fécondé particularité par laquelle Ariftote & Pline ont défigné cét Oifeau,
confifte en des éminences de Plume qu’ils luy mettent aux deux coftez de la Tefte, en
manière de grandes Oreilles. La troifiéme eft la couleur de fon Plumage , qu’Ale-
xandre Myndien dans Athenée, dit eftre bleuaftre , & de couleur de plomb, à quoy
il faut encore ajoufter qu’ils difent que cét Oifeau eft d’Afrique.
Il n’y a perfonne de ceux qui ont vû les Demoifelles de Numidie dans le Parc de
Ver-failles, qui n’ait remarqué que leur marcher, leurs geftes, & leurs fauts, ont beau¬
coup de rapport aux façons de faire des Bohémiennes, dont elles femblent imiter la
danfe. Et l’on diroit qu’elles fe plaifent grandement à faire voir leur grâce, $£ leur belle
diipofition a fauter, Ôe qu’elles fuivent le monde , non pour avoir ce qu’on leur jette
pour manger, ainfi que font ordinairement les Animaux fauvages quand üs font appri-
voiièz, mais pour le faire confiderer -, ne manquant jamais, lors qu’elles voyent qu’on
les regarde , à fe mettre à danfer, & à chanter.
Toutes celles que nous avons diffequées avoient les Oreilles de plume, qui ont
KKKk
ijB DESCRIPTION A N A T OMI QU E
donné le nom à VOtrn des Anciens, C’efloient des appendices longues de trois pouces &
demi, compofées de plumes blanches faites défibrés longues & déliées , à la manière
des plumes que les Aigrettes ont fur le dos proche des Ailes. Tout le refie du Plumage
efloit d’vn gris plombé , tel qu’il eft décrit par Alexandre Myndien dans XOtm 3 à la
referve feulement des grandes plumes des Ailes, qui efloient d’vn gris plus brun à [en¬
droit où la plume efl découverte, &: de quelques plumes de la Telle &; du Col : mais
cela n’empefche point qu’en général leur Plumage ne puiffe paffer pour eflre de cou¬
leur plombée.
A quelques-vns de nos Sujets la Telle avoit fur fon fommet des plumes élevées en
forme de Crelle, &; longues d’vn pouce &; demi. Ces plumes efloient de ce mefme
gris plombé, qui regnoit par tout le corps. A toutes, les collez de la Telle , & le der¬
rière efloient garnis de plumes noires, & plus courtes que les autres. Du coin de cha¬
que Oeil il partoit vn trait de plumes blanches, qui alloit palier lous l’appendice, qui
formoit les grandes Oreilles de plume. Le devant du Col elloit orné de plumes noi¬
res, compofées de longues fibres encore plus déliées & plus molles que celles de l’Ai¬
grette : elles pendoient fur l’ellomac de la longueur de neuf pouces avec beaucoup de
grâce.
Depuis le bout du Bec jufques à l’extrémité des Pieds allongez, il y avoit trois pieds
&C demi. Le Bec avoit deux pouces de long: il elloit droit &c pointu. Le Col avoit qua¬
torze pouces. Depuis l’os de la Cuilfe jufques à l’extrémité du plus grand doigt, il y
avoit dix pouces.
Les Yeux eftoient grands , ayant les paupières noires. La paupière interne elloit
blanche , femée de quantité de vailfeaux remplis de fang.
Les Jambes elloient couvertes par devant de grandes écailles, qui avoient cinq lignes
de long fur quatre de large : par derrière elles elloient garnies de petites écailles de
figure hexagone. La plante du pied elloit picotée comme du chagrin. Les Ongles
efloient noirs, & médiocrement crochus. Le plus grand Doigt, qui elloit celuy du mi¬
lieu, avoit quatre phalanges; le plus petit, qui elloit en dehors, en avoit cinq; le moyen,
qui elloit en dedans, en avoit trois; celuy de derrière n’en avoit qu’vne.
Le Foye elloit fi grand en l’vn de nos Sujets, qu’il emplilfoit prefque toute la capa¬
cité du bas ventre. Aux autres le Lobe droitavoit feulement quatre pouces de long, Sc
le gauche trois. Dans ce Lobe qui couvrait le Gefier, il y avoit vn creux pour recevoir
la partie anterieure du Gefier, qui elloit aiguë, faifant comme vn trenchant. Dans qua¬
tre de nos Sujets le Foye elloit fcirrheux , ellant rempli d’vne grande quantité de
petits grains jaunes , femblables à du Millet. Cette conflitution fcirrheufe donnoit en
quelque façon à connoillre que ces Foyes elloient compofez comme de plufieurs pe¬
tits Lobes, compofez encore chacun de l’amas de plnlieurs glandes. On voyoit auffî
de quelle manière les rameaux capillaires de la Veine Porte , de la Cave & des con¬
duits de la bile, alloient aboutir à chacun des Lobes-, & mefme l’on pouvoit juger qu’il
y en avoit qui elloient dillribuez à chacune des glandes, parce qu’ayant foufflé dans
ces conduits , on voyoit que dans les Foyes , qui n’elloient pas encore entièrement
endurcis, les petits Lobes , tk mefme les petites Glandes, dont les petits Lobes font
compofez, fe fbûlevoient quelquefois enfemble , & quelquefois feparément. Enfin, de
mefme que les Foyes fains paroilfent avoir vne fubllance vne, homogène, & continue,
à caufe de la molleffe qui efl égale dans toutes les parties qui conllituënt leur Paren¬
chyme; ils paroilfent auffi compofez de plufieurs parties dillinéles & feparées, que nous
appelions des Lobes , encore compofez de glandes , dans ceux qui ont elle endurcis
par la maladie; à caufe que cét endurcilfement n’occupant pas également toutes les par¬
ties, il fait connoillre leur diflinètion; les interllices des Lobes & des Glandes ellant moins
durs , à caufe de quelque refie de fang demeuré dans ces interllices , dont les glandes
elloient dellituées. Il faut néanmoins demeurer d’accord que l’experience par laquelle
on vofcfoûlever feparément differentes parties, lors que l’on fouffle dans les vailfeaux
qui fe diflribuënt aux differens Lobes du Foye, fournit vne conjeèlure plus certaine,
pour
DE SIX DEMOISELLES DE NUMIDIE. 159
pour conclure que la fubftance de ce Vifcere eft glanduleufe , que n’efi: celle de la
differente conftftance que la diipofîtion fcirrheufe caufè dans le Foye -, parce qu’il arrive
fouvent que laRatte, lors qu’elle eft fcirrheufe, fait voir des grains endurcis, pareils à
ceux qui font dans le Foye fcirrheux, quoy- qu’il foit certain que la Ratte n’eft point
glanduleufe à la manière du Foye : car cela peut faire croire que cét argument eft
équivoque, 6c que ces grains peuvent eftre produits auffi-bien par des obftru&ions qui
bouchent des conduits tels que font ceux de laRatte, que par l’endurciffement des glan¬
des telles que font celles dont le Foye eft compofé.
Nous n’avons point trouvé de Veficule de Fiel dans deux de nos Sujets-, aux autres
elle eftoit petite, de figure ovale, n’ayant que cinq lignes de long fur quatre de large. Elle
eftoit attachée au Lobe droit par fonCol, le refte eftant pendant. Le canal Cyftique
fortoit proche du Col , 6c s’inferoit au Jéjunum, ayant vne ligne de groffeur, 6c qua¬
tre pouces quatre lignes de long : l’Hepatique fortoit du Foye plus bas que la Vefî-
cule , 6c n’avoit que deux pouces de long : il s’inferoit dans le voifinage du Cyftique.
La Ratte eftoit d’vne fubftance fort femblable à celle du Foye , paroiffant eftre
compofée de Lobes 6c de Glandes , 6c eftant fcirrheufe aufti. Sa figure approchoit
de celle des Reins des Animaux Terreftres, les vaiffeaux Spléniques entrant par fa par¬
tie gibbe, de la mefme manière que les Emulgens entrent dans les Reins. Elle eftoit
fituée au deffus du Rein gauche, 6c entre les deux Lobes du Foye , en forte qu’elle
paroiffoit eftre vn troifiéme Lobe. Elle eftoit attachée au fécond Ventricule par le
moyen d’vne membrane qui conduifoit les rameaux Spléniques.
Au bas de l’Oefophage, à l’endroit où il commence à fe dilater, il y avoit deux Glan¬
des longues de trois lignes , de figure ovale, rouges, 6c ayant vne cavité en leur mi¬
lieu: elles eftoient attachées à quelques rameaux des Nerfs de la fixiéme paire. L’Oefo-
phage fe dilatoit vers le bas , pour faire vn Jabot d’environ quinze lignes de diamètre,
6c de fix pouces de long. Sa partie inferieure , qui avoit deux pouces de long , eftoit
d’vne fubftance differente de la fuperieure , fa Membrane externe eftant plus épaiffe
& plus charnue , 6c y ayant entre cette Membrane 6c l’interne plufieurs petites Glandes
arrangées les vnes fur les autres par vn ordre régulier , ainfi quelles fe voyent en plu¬
fieurs Oifèaux, 6c qu’elle eft décrite 6 c figurée dans l’Otarde.
Le Gefier avoit deux pouces 6 c demi de long fur deux de large. Il eftoit affez fem-
bîable à celuy d’vne Poulie, ayant vne chair épaiffe 6c dure. Il en eftoit different par
fa Membrane intérieure, qui eftoit jaune, dure, 6c prefque toute feparée de la partie
charnue. Cette Membrane eftant deffechée, fe caffoit comme du verre, ainfi quelle fait
au Cocq-d’lnde. En l’vn de nos Sujets on a trouvé dans le Gefier plufieurs pierres, qui
fembloient eftre vfées par leur frotement mutuel.
Les Inteftins avoient fix pieds de long fur deux lignes de large. Leurs Tuniques
eftoient extrêmement déliées. Chaque Cæcum avoit fix pouces de long. Le Reétum
fe dilatoit vers fon extrémité , où il avoit vne Cavité fort ample, dans laquelle les Ure¬
tères joints avec les vaiffeaux Spermatiques Deferans aboutiffoient au Mafle ; aux Fe¬
melles les Ureteres avec le canal appellé Oviduiïm , qui eft leur Matrice, aboutiffoient
aufti en cét endroit.
Il y avoit deux Pancréas de longueur inégale, le droit ayant cinq pouces, 6c le
gauche quatre. Ils eftoient attachez au Mefentere , qui leur fourniffoit quantité de
vaiffeaux fort vifibles. Leur fubftance eftoit molle, 6c fi legere, que les deux enfemble
ne pefoient qu’vne dragme. Les canaux Pancréatiques fortoient de leur partie fuperieu¬
re. Le Canal droit avoit dix lignes ; le gauche n’en avoit que huit. Quoy -qu’ils s’infe-
raffent en deux endroits differens , leur emboucheûre eftoit en dedans fort proche
l’vne de l’autre , 6c joignant l’emboucheure des canaux Biliaires , eftant recouverts
d’vn mefme Mammelon à l’ordinaire.
Les Tefticules avoient fix lignes de long fur quatre de large: ils eftoient attachez
immédiatement au tronc de l’Aorte i 6c à celuy de la Cave, eftant fituez vers la par¬
tie fuperieure des Reins. Ils avoient vn Epididyme détaché du Tefticule, qui pendoit
LLL1
i6o DESCRIPTION ANATOMI QU E
par vn bout. Il avoit cinq lignes de long, de couleur verte , le Tefticule eftant d'vn
jaune blanchaftre. Le canal Déférant ne fortoit pas de l’Epididyme , mais de la partie
inferieure du Tefticule, d’où defcendant le long de la Veine Emulgente, il s’attachoit à
l’Uretere, en forte que l’Uretere & le Déférant ne faifoient qu’vn canal.
Les Femelles avoient des Tefticules femblables à ceux des Malles, à la referve de l’E-
pididyme qui leur manquoit. Immédiatement au deffous des Tefticules l’Ovaire eftoit
placé. C’eftoit vn amas de quantité de petits œufs differens en grandeur , les vns eftant
gros comme de petits pois, les autres aufli petits que des grains de navéte. Le canal
appelle' Ovidutfus 3 qui lémble avoir rapport à la partie appellée Tuba, dans la Matrice des
Animaux Terreftres, eftoit élargi par le haut en forme d’entonnoir, qui embralfoit
vne partie des œufs. Cét entonnoir , qui reprefente la frange du Tuba des Animaux
Terreftres, eftoit fait d’vne membrane tres-déliée; le relie du canal, dont la membrane
qui eftoit vn peu plus épaiffe, defcendoit le long du Rein gauche, auquel il eftoit atta¬
ché par le moyen d’vn Ligament membraneux , large d’vn pouce, en forme de Me-
fentere , qui naifloit le long de la veine Emulgente , dont il recevoit plulieurs rameaux,
qui eftant joints avec des rameaux des arteres Emulgentes , fe difperfoient entre les
membranes dont ce Ligament eftoit compofé , &c paftoient auili dans les tuniques
du canal appelle OviduÏÏus. Ce canal, qui eftoit fort étroit en fa partie luperieure, s’élar-
gilfoit beaucoup vers le bas , où il aboutilfoit dans l’extremité du Reétum , & y avoit
vne ouverture fort étroite.
Les Reins avoient trois pouces de long fur fept ou huit lignes de large , eftant re¬
coupez en plufieurs endroits à la manière ordinaire des Oifeaux. Les vaiffeaux Emul¬
gens , fçavoir la Veine & l’Artere, eftoient d’vne ft ru dure fort differente. Le tronc
de l’Aorte defcendant tout droit, fans fe partager en deux autres troncs , jettoit feule¬
ment à droit &c à gauche des rameaux médiocres. Le premier, le troifiéme, & le qua¬
trième, qui eftoient les plus petits , entroient dans le Rein, & faifoient les Emulgens*,
le fécond & le cinquième , qui eftoient plus gros , eftoient les arteres Crurales. Le
fixiéme & le feptiéme eftoient confumez dans les parties baffes du Ventre. Le tronc
de la veine Cave eftant parvenu vn peu au deffous du commencement des Reins , fe
fendoit en deux gros rameaux , dont chacun fe divifoit encore en deux branches :
l’vne de ces branches fe couloit le long du Rein , &C s’y attachoit par plufieurs rameaux
très -courts, qui eftoient les Emulgens. L’autre branche fe divifoit aufli en deux ra¬
meaux , dont l’vn faifoit aufli la veine Crurale : l’autre paffant fous le Rein, venoit fe
joindre au rameau oppofite -, &c toutes deux ne faifoient qu’vn rameau couché fur
l’Artere, qui fe divifoit comme la Veine, &C fe diftribuoit de me fine aux parties baffes
du Ventre.
L’Uretere fortant de la partie fuperieure du Rein, paffoit fous la branche de la veine
Cave -, & fe coulant le long du Rein, s’alloit joindre avec le Déférant, pour ne faire en-
femble qu’vn feul Vaiffeau, ainfi qu’il a efté dit.
Le Larynx eftoit compofé d’vn Cricoïde, & d’vn Aritenoïde comme en l’Oye.
Les anneaux de l’Afpre Artere eftoient entiers, d’vne fubftance très -dure , tk qui
approchoit de la nature de l’Os. Leur figure eftoit particulière, eftant échancrez &C
entaillez chacun en deux endroits , & affemblez par cette échancreûre , fçavoir aux
endroits qui répondoient aux deux codez du Col: le refte, qui n’eftoit point échancré,
répondant au devant 8c au derrière du Col, en forte que les échancreûres d’vn anneau
entrant dans les échancreûres de l’autre, il arrivoit que le refte de l’anneau qui n’eftoit
point échancré, couvrait en devant les moitiez de deux anneaux, Sc eftoit couvert par
derrière par ces me fin es anneaux qu’il couvrait en devant. Cette ftruéture faifoit que
ces anneaux entraient les vns dans les autres, fans pouvoir entrer trop avant, en eftant
empefohez par ces échancreûres, qui faifoient qu’vn anneau enjamboit fur l’autre, &C
que l’Artere ne fe pouvoit pas fléchir fi aifément vers les coftez qu’en devant & en
arriére , où il n’y avoit rien qui empefchaft les anneaux d’entrer les vns dans les au¬
tres.
La
DE SIX DEMOISELLES DE NUMIDIE. i6i
La figure de toute l’ Artere n’eftoit pas moins étrange que fa compofition : car apres
eftre defcenduë le long du Col en ligne droite de la longueur d’vn pied, elle fe détour-
noit en dehors-, & au lieu d’entrer dans la Poitrine, elle entroit dans vne cavité creu-
fée dans l’os du Sternon, où eftant defcenduë environ trois pouces, elle fe recourboit
vers l’endroit par où elle eftoit entrée, & de là defcendoit dans la Poitrine, où elle fe
divifoit en fes deux branches. Les anneaux dans toute cette circonvolution eftoient
attachez fi fermement les vns aux autres, qu’ils n’eftoient capables d’aucun mouve¬
ment: auffi n’en ont -ils pas belbin, eftant ainfi enfermez dans le Sternon. Les anneaux
de la partie qui eftoit dans le Col, eftoient moins ferrez, pour obéir au mouvement du
Col
Au bas de l’Afpre Artere, il y avoit vn nœud ofleux, ayant la forme d’vn Larynx,
qui par le dedans eftoit feparé en deux , par vne petite languette comme à l’Oye, &
à plufieurs autres Oifeaux. Les branches qui alloient aux Poulmons , eftoient aufti fui-
vant la manière ordinaire , compofées de demi -anneaux cartilagineux par le deftus,
n’eftant garnies par le deflous que d’vne membrane fort déliée. Les Mufcles ronds &C
longs qui attachent dans plufieurs Oilèaux l’Afpre Artere avec le Sternon, prenoient
leur origine de la partie du Sternon qui s’articule avec la Clavicule ou fécondé Four-
chete , &c s’inferoient aux coftez de l’Afpre Artere beaucoup plus haut qu’au droit
de leur origine, en forte que leur aéiion eftoit de tirer l’Afpre Artere en embas. Ils
avoient vne ligne & demie de diamètre, & prés de deux pouces de long.
Lors qu’on fouffloit dans l’Afpre Artere, les Veffies du Poulmon qui defcendent juf-
ques au bas du Ventre, s’enfloient, &c poufioient le Foye en enhaut. En mefme temps
que les Veffies eftoient enflées, on voyoit auffi l’Oefophage & le Jabot s’enfler comme
aux Figeons; & quand on fouffloit dans l’Ofophage, les Veffies s’enfloient auffi -, mais
le vent paffoit avec plus de facilité de l’Afpre Artere dans l’Oefophage, que de l’Oefo-
phage dans l’Afpre Artere. L’vfage de cette communication, & les voyes par lefquelles
elle fe fait, ne font point encore bien connus : nous nous refèrvons à en parler dans la
Defcription du Pigeon.
Le Cœur avoit deux pouces de long & vn pouce de large à fa bafe : il pefoit demi
once. Le Péricarde eftoit attaché au Cœur par plufieurs petites fibres. Le Ventricule
droit eftoit à l’ordinaire plus large que long. Sa face intérieure eftoit extraordinaire¬
ment polie, La Valvule charnue que les Oifeaux ont à l’emboucheûre de la Veine
Cave, eftoit longue de cinq lignes , &C épaiffe de demi ligne. Les arteres du Cœur
avoient leurs Valvules Sigmoïdes à l’ordinaire. Le Ligament charnu qui attache l’vn
des parois du Ventricule droit à l’autre, eftoit plus long 6c plus délié qu’à l’ordi¬
naire.
L’Aorte, à la fortie du Cœur, fe divifoit en trois troncs. Le plus petit eftoit l’Aorte
defcendante qui faifoit la Crofte , en fe tournant vers le cofté droit comme à la
plufpart des Oifeaux. Les deux autres plus gros troncs eftoient les Axillaires, qui apres
avoir jetté deux petits rameaux, qui eftoient les Carotides, fe divifoient en plufieurs
autres gros rameaux, qui eftoient prefque tous employez &C diftribuez dans les muf¬
cles des Ailes. Les Carotides vn peu au deftus de leur origine, avoient chacune vne
Glande, qui leur eftoit attachée. Ces Glandes eftoient longues de deux lignes, tk groftes
d’vne ligne.
On a trouvé dans le Bec inferieur aux deux coftez de la Langue, fous la tunique in¬
terne de la Bouche, deux corps glanduleux, d’où fortoient plufieurs canaux Lympha¬
tiques qui s’ouvroient dans la Bouche , & y déchargeoient , eftant comprimez , vne
humeur blanche vifqueufe. Il y en avoit deux vers la partie fuperieure beaucoup
plus gros que les autres. La Langue eftoit charnue en deftus, &c cartilagineufe en deftbus
comme aux Poulies.
La Tunique du Palais eftoit afpre & heriftee par quantité de mammelons , SC de
pointes membraneufes &: dures. Elle enfermoit auffi vn corps glanduleux , qui jettoit
deux gros tuyaux aboutiftàns dans la Bouche. On découvroit vn grand nombre d au-
MMMm
i6z DESCRIPT. ANATOMIQUE DE SIX DEMOISELLES DE NUMIDIË*
très petites Glandes aux collez du Larynx , qui avoient auflî des tuyaux Lymphati¬
ques.
Le Crâne eftoit épais de plus dvne demi ligne. Le Cerveau eftoit divifé en deux,
à l’ordinaire des Oifeaux. Chaque partie avoit onze lignes de long fur fept de large. Le
Cervelet avoit huit lignes en tout fens. L’vn 3c l’autre enfemble ne pefoient qu’vne
dragme 3c demie.
La Paupière interne eftoit grande , 3c s’allongeoit aifément fur tout le globe de
l’Oeil.
Les points Lacrymaux eftoient doubles , ronds, 3c fort grands. Ils s’ouvroient à
l’ordinaire dans la fente de la partie pofterieure du Palais. La glande Lacrymale infe¬
rieure eftoit couchée fous le globe de l’Oeil dans le grand angle. Elle avoit dix li¬
gnes de long fur deux de large. Son canal eftoit gros , 3c s’ouvroit entre l’Oeil 3c la
Paupière interne. Ayant feringué dans ce canal , la glande s’eft beaucoup enflée. La
glande Lacrymale fuperieure eftoit très -petite, n’ayant que trois lignes de long fur
deux de large.
La membrane Sclérotique eftoit cartilagineufe en devant , ayant comme vn anneau
plus dur que le reftejarge de trois lignes. La Cornée avoit vn bord ou cercle jaune tout
au tour joignant la Conjonétive. L’Iris eftoit d’vn rouge-brun: le Tapis eftoit de mefme
couleur ; le refte de la Choroïde eftoit extraordinairement noir. On n’a point trouvé
cette autre membrane noire en manière de Sac, qui fort du nerf Optique, 3c que
nous avons toujours veûë dans les Oifeaux que nous avons diflequez , fans avoir en¬
core pu deviner quel peut eftre fon vfage. Tout ce que nous pouvons conjecturer eft
que cette partie a vn office pareil à celuy de la Choroïde, en ce que l’vne 3c l’autre
fervent entre autre chofe à préparer la nourriture des humeurs de l’Oeil , lefquelles , à
caufe de la netteté tranfparente qui leur eft neceflaire, doivent avoir vn aliment fort
épuré, 3c tout-à-fait exempt des parties grofliéres 3c terreftres, par lefquelles les corps
font rendus opaques: car ces parties, que l’on peut appeller la lie du Sang, en font
feparées , 3c retenues dans la Choroïde 3c dans la Bourfe du Nerf Optique, qui en
font noircies-, cela fe faifant à peu prés de la mefme manière que la Choroïde, le Pla¬
centa, 3c la membrane mefme de la Matrice font (allies , s’il faut ainfi dire, de la por¬
tion la plus grofliére 3c la plus impure du Sang quelles retiennent , afin que la por¬
tion qui eft deftinée à la formation 3c à la nourriture du Fœtus , foit plus nette 3c
plus épurée. Cette penfée, qui par ces raifons peut avoir quelque probabilité , a en¬
core efté confirmée par la particularité que nous avons remarquée dans noftre Sujet,
où cette Bourfe noire ne s’eftant point trouvée, il s’eft rencontré que la Choroïde
eftoit beaucoup plus noire qu’à l’ordinaire -, comme fi toute la lie du Sang , qui aux
Yeux des autres Oifeaux doit eftre retenue dans la Choroïde 3c dans la Bourfe noi¬
re, avoit efté ramafifée dans la feule Choroïde.
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164
Explication de la figure de l’Autruche.
ON peut voir dans la figure d’embas que les Plumes des Ailes de la Queue ne
fçauroient eftre propres à voler , les parties qui compofent ces Plumes n eftant
point liées enfemble comme elles le font aux autres Oifeaux-, Que l’œil, qui n’ell pas fi-
tué obliquement comme à l’ordinaire, a de grandes Paupières, dont l’ouverture ell en
long comme en l’homme-, Que le Col, la Telle, & les Cuiffes font dégarnies de Plumes,
ôc que chaque Pied n’a que deux Doigts.
Z Z.
©0.
Dans la figure à en bas.
AA.
B B DD.
EEEE.
cccc.
GG.
HH.
H.
n.
K.
LL L.
M.
O.
P.
RR
S.
TT.
VV.
XX.
Y Y.
et.
JS.
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h b.
G.
AA.
y.
A.
II. 2.1.
Efi la cavité' du milieu de la Poitrine.
La cavité du Ventre inferieur. Ces deux cavitez, font formées par les deux grands Diaphrag¬
mes , & fiparées l’vne de l'autre par le Diaphragme tranfverfal qui eït entre A & B , &
qui efi garni de graijfe en dejfous.
Les quatre Vefiies du collé droit de la Poitrine .
Les quatres Vefiies du coïté gauche. Ces quatre Vefiies font enfermées de chaque cofié entre le
grand Diaphragme & le mufile du Poulmon.
Les Poulmons } dont chacun efi enfermé entre le muficle du Poulmon & Us Cofies.
Le Larynx.
Vne portion du Cartilage Cricoïde.
Le Cartilage Lyroïde.
La Langue.
La partie pofierieure de la membrane Sclérotique , qui fait la moitié du globe de l’Oeil 3 la par¬
tie de devant ayant efié ofiée.
La membrane plifiée en manière de bourfie 3 qui fort de l’Entonnoir N. formé par l’extrémité du
Nerf Optique, & s’attachant proche du ligament Ciliaire.
Le Nerf Optique.
Le Cryfialhn avec le ligament Ciliaire.
Le grand Cerveau découvert.
La Dure Jvlere levée } & renverfée en arriére fur le Cervelet.
La Glande Pineale en fa place.
La partie fuperieure du Cervelet.
Le Sinus Longitudinal.
Deux Euberofitez, faifant les parties latérales & inferieures du Cervelet.
Deux cavitez, ou ventricules qui fint dans les Euberofitez, du Cervelet.
La cavité qui efi a l’origine de la moelle de l’Epine , faite comme vne plume taillée.
L’Apophyfi vermiforme du Cervelet.
Le Cervelet levé, & renverfé en arriére.
Le grand Cerveau que l’on a feparé en deux après avoir coupé les petites Fibres qui joignent
les deux parties.
Les Ventricules fuperieurs dans lefquels fie voit le Lacis Choroïde marqué Ç
La Glande Pmeale tirée vn peu en arriére hors de fa place.
Deux Luberofitez, fituées fus le grand Cerveau. Ce fint les me fines qui font marquées XX.
Le Cervelet.'
Le quatrième Sinus.
Vn morceau de la Queue du tuyau d’vne Plume vu avec le Microfope.
Deux des Fils dont la Barbe gauche de la plume efioit compofée. Il n’y en a icy que le com¬
mencement, le refie e fiant coupé : ils font garnis a chaque cofié d’vn rang de Fibres.
Les Fibres qui font au cofié qui regarde le bout de toute la Plume ; ces Fibres ayant plufeurs
petits crochets recourbe fi en deffous , qui font comme le battant d’vn loquet , fuivant la
comparaifon qui en efi faite dans la Defiription.
Les Fibres qui font au cofié qui regarde le tuyau ; ces Fibres ont plufeurs petits crochets recour¬
bez, en deffus , qui rejfemblent au mentonnet du loquet auquel le battant s’accroche, quand
il eït pouffé a fiez, avant pour pouvoir tomber dans la cavité du mentonnet.
Explication
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44»
Ef l'Oefiphage. 3x3.
Le bas du Jabot , qui defiend au dejfous du QC^
Gefier. R.
Le Gefier. S.
Le Canal Hépatique. T.
Le Pancréas. V.
Le Canal Pancréatique , dont l'ouverture dans X.
l'Intefin efi marquée e. Y.
One portion du Colon en grand, qui ef garni ZI\zr
en dedans par des feuillets marquez, i i i. T r.
La grande Poche qui ef au bas de l'Intef in a. a..
Re&um. jS 0.
L'Intefin Re&um. g g.
L'extrémité du Re&um , qui forme vue tu- y y.
berofté dans la grande Poche.
La Verge. Son origine ef marquée elle f es.
replie vers 2. en dejfous, & laijfe finir la
partie L par l'ouverture de la petite Poche
marquée M M. 0.
Les Greteres.
Les ouvertures des Greteres dans la grande 4'4/-
Poche. A.
Les deux premiers mufiles de l'Anus & de u.
la Verge. y.
Les deux féconds mufiles de l’ Anus & de
la Verge .
Le rebord du trou de la grande Poche .
Le Foye.
La grande Veine Porte.
L'origine du Canal Pfepatique .
La Veine Cave fuperieure.
La petite Veine Porte.
L’ Aorte defiendante.
La Veine Cave inferieure.
Les Rems.
L'Gretere.
Les Eeficules.
Les Arteres Crurales.
Les Veines Crurales.
G ne portion du Colon en petit, jointe au Cæ¬
cum double formé en vis , marqué bfr.
La Portière ou Matrice appelle 'e Ôvidu&us ,
aux Oifiaux.
L'Orifice interne de la Matrice.
L'extrémité de /'Ovidu&us , qui fait l’Enton¬
noir.
Le Ligament large de la Matrice.
Le Teficule du Mafie.
Les Vaijfeaux Spermatiques préparans.
L'Epididyme.
Le Déférant .
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^ 1
167
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE HUIT AUTRUCHES
LE s huit Autruches dont nous faifbns la defcription eftoient à peu prés d’une mefme
grandeur. Il y en avoit cinq Malles ôc trois Femelles. Elles avoient fept pieds &C
demy de haut depuis le delTus de la Telle jufqu a terre -, depuis le Dos jufqu’au haut
de la Telle il y avoit trois pieds, tk autant depuis le Ventre à terre. Le Corps, depuis
l’Ellomac jufqu’au commencement de la Queue , n’avoit que trois pieds : la Queue
elloit longue d’vn pied. L’ Aîle , fans les plumes , avoit feulement vn pied demy ;
ellant étendue, &£ avec les plumes, trois pieds.
Le Plumage elloit aulîi en quelque façon pareil ; car la plufpart avoient des plumes
noires &C des blanches, & quelques -vnes de grifes. Scaliger fe moque avec raifon de
Cardan , qui a crû que les Autruches avoient des plumes rouges, bleues, &C vertes;
n’ayant pas fceû que celles qui ont ces couleurs , font teintes. Les plus grandes plumes
fortoient des extrémitez des ailes &C de la queue. Les grandes eftoient le plus fouvent
blanches ; & le rang d’après n’eftoit compofë que de noires. Il y en avoit de plus petites,
les vnes blanches, les autres noires, qui garnilïoient le dos ÔC le ventre. Les Flancs n’a-
voient point de plume non plus que les Cuiftes &C le deftous des Aîles. Le bas du Col
jufqu’à la moitié eftoit garni de plumes encore plus petites que celles du Ventre & du
Dos, dont les vnes eftoient noires , &c les autres blanches. Elles eftoient grifes en l’vn
des Malles, &C en l’vne des Femelles.
Toutes ces plumes eftoient d’vne mefme efpece. Cela eft particulier à l’Autruche-, car
elle n’a pas des plumes de plufieurs fortes comme les autres Oifeaux, qui en ont les vues
molles & comme lanugineules, pourleur fervir de fourrure ; les autres dures &C fermes,
pour voler; les autres lanugineufes feulement à leur commencement ; plus fermes
vers leur extrémité, qui eft faite en forme d’écaille , afin qu’eftant toutes arrangées les
vnes fur les autres, en forte que les vnes couvrent par leur extrémité qui eft plus ferme,
le duvet qui eft à la racine des autres , elles puiftent compoler comme vn veftement
fourré, qui garantifle les Oifeaux des incommoditez du vent & de l’eau. Or cela n’eft
point aux plumes des Autruches, qui font toutes molles &C efilées comme le duvet, en
forte quelles ne leur fervent ny à voler, ny à les couvrir aflez commodément pour les
défendre des injures externes. On remarque encore vne autre égalité dans les plumes
des aîles de l’Autruche, qui leur eft particulière : car les grandes plumes des aîles des
autres Oifeaux ont vn cofté plus large que l’autre ; mais celles de l’Autruche ont le tuyau
juftement au milieu de la plume. Il y a fujet de croire que cette égalité eft le fonde¬
ment du hiéroglyphe des Egyptiens, qui reprefentent la Juftice par vne plume d’Au-
truche.
Dans rénumeration des merveilles de la Nature qui fe lit dans le Livre de Job,
celles de la ftruélure des aîles des Oifeaux eft vne des plus confidérables. Cette mer¬
veille eft exprimée par la refléxion que Dieu fait faire à Job fur la différence qu’il y a
entre les plumes de l’Autruche & celles des Hérons &C des Faucons; c’eft à dire des Oi¬
feaux qui ont des plumes pour voler, de ceux qui ne les ont pas pour cét vfage: car
il n’y a rien en effet de plus admirable que cette ftruélure des plumes deftinées au
vol, qui confifte principalement dans trois choies, fçavoir dans la tiffure des Fils &: des
Fibres, dont les Barbes des plumes font compofées, dans la figure de toute la plume, ÔC
dans le mouvement particulier de chaque plume.
Pour connoiftre pour examiner ces particularitez , il faut remarquer que prefque
toutes fortes de plumes font compofées de deux parties
va toujours en s’amenuïfant jufqu’à l’extrémité de
Queue
, fçavoir du Tuyau dont la
la plume; & des Barbes, qui
PPPp
i68 DESCRIPTION A N A T O M I QU E
Pont attachées de codé & d’autre à la Queue du Tuyau, & qui font la largeur de la plumés
Que les Fils dont ces Barbes font compofées , font plats, & lituez l’vn contre l’autre par
le plat , edant pofez de chan , afin qu’ils puident aifément fe plier , pour s’approcher
l’vn de l’autre, ôc qu’ayant moins de facilité à fe plier de l’autre fens, ils donnent plus
de fermeté à toute la plume - Que cette fermeté ed encore fortifiée par la manière avec
laquelle les Fils dont ces Barbes font faites, s’enlacent les vns avec les autres-, cét enla¬
cement ou tidure edant faite par le moyen d’vne infinité de Fibres, que les Fils jettent
chacun de chaque codé, pour s’accrocher les [vns aux autres-, Que ces Fibres font cro¬
chues de differente manière : car celles qui fortent du Fil , du codé qui regarde l’extré¬
mité de la plume , font plus longues , plus fiexibles , recourbées en deüous ; & celles
qui fortent du codé qui regarde le commencement de la plume font plus courtes, plus
fermes, & recourbées en deffus. Car il faut concevoir que toutes ces Fibres ayant ref-
fort, celles qui font plus longues , plus fiéxibles, &; recourbées en delfous, fe plient en
enhaut à la rencontre des autres Fibres , lors que deux Fils font poulfez l’vn contre l’au¬
tre; ôc qu’en fuite lors que ces longues Fibres font poulfées alfez avant fur les autres,
leur partie crochue tombe dans la cavité que forme la partie crochue de ces autres
Fibres, ainli que le battant d’vn loquet attaché à vne porte, tombe quand on le pouffe,
&£ entre dans la cavité du mentonnet attaché au poteau, tk s’y accrochant, y attache
la porte : car c’ed proprement de cette manière qu’vn Fil s’attache à l’autre.
Cette admirable druéture des plumes , qu’il ed aifé de voir avec le Microfcope , reüdit
fi bien pour les vfages aufquels la nature l’a dedinée, que lors qu’vn Fil a edé feparé de
l’autre par quelque violence externe, iled en edat d’y edre racroché avec vne facilité
incroyable. On peut dire que cela n’ed pas inconnu aux Oifeaux, qui s’occupent fou-
vent à remettre en ordre avec leur bec les Fils de ces Barbes, lors qu’ils font déran¬
gez -, car cela fuffit , pour faire que des plumes qui font fi aifément comme déchirées,
foient en vn indant comme recoufuës tk remifes en leur premier edat -, & cette difpofi-
tion leur ed bien plus avantageufe que fi elles edoient difficiles à déchirer, & qu’edant
vne fois déchirées, elles ne fuflent plus difpofées comme elles font à fe recoudre d’elles-
mefmes. Mais on peut encore dire que cette druéture n’a pas edé connue de ceux qui
ont crû que les Oifeaux portent vne efpece de colle à leur bec, par le moyen de la¬
quelle iis rejoignent leurs plumes lors quelles font déchirées: car la colle ny la glu n’ac¬
commode point les aîles des Oifeaux , ou du moins elles feraient gadées autrement
quelles ne font par la pluye & par les eaux, où fouvent elles font plongées, fi leurs
fibres edoient jointes autrement que par cette admirable tidure, dont on peut aifément
faire expérience, en feparant les Fils des Barbes des plumes, que l’on voit fe racrocher
d’eux- mefines, & fans colle, en les raprochant feulement.
Il faut remarquer en fécond lieu que ces Fils ne font pas parfaitement droits, mais le-
gerement courbez , pour rendre toute la plume cave en dedous-, ce qui fert à deux
chofes, fçavoir à rendre les Barbes plus fortes, & moins capables d’edre pliées en en-
haut, lors que la plume frape foudainement l’air; & à faire que l’air enfermé dans cette
cavité refide davantage à l’aîle qui le bat en s’abbaidant, & pour faire audi qu’il réfide
moins à la mefme aîle lors quelle ed relevée, à caufe de la convexité de la plume fur
laquelle l’air glide plus aifément qu’il ne ferait fi elle edoit plate : car il faut confiderer
que pour le vol deux chofes font necedaires; la première ed que l’air réfide beaucoup
au batement de l’aîle, afin que l’Oifeau s’y appuyé davantage-, la fécondé, que le mefme
air réfide le moins qu’il ed podible au rehaudèment de l’aîle, tant afin que l’Oifeau ne
défade pas, en relevant l’aîle , ce qu’il a fait en i’abbaidant -, que pour rendre moindre
l’effort qu’il fait en relevant l’aîle, &: faire qu’il ne fe lade pas inutilement.
En troifiéme lieu il faut remarquer que pour ces mefmes raifons , fçavoir de faire
que l’air réfide à l’aîle qui le frape , Sc qu’il obe'ïde lors quelle fe releve, la Nature
employé deux moyens: le premier ed de faire que lors que l’aîle fe leve, elle devienne
plus étroite que lors quelle fe rabat-, ce qui fe fait tantoft en ferrant les plumes, & les
faifant couler l’vne fous l’autre , en forte que la moitié de l’vne couvrant la moitié de
l’autre,
DE HUIT AUTRUCHES. j69
l’antre, chaque plume ne puiffe fraper l’air que par fa moitié ; tantoft en les faifant fortir
les vnes de deffous les autres , en forte que chacune frape l’air de toute fa largeur. Les Oi-
feaux qui ont les aîles longues &£ pointues, fe fervent de ce moyen. L’autre moyen eft
pour les Oifeaux qui ont les aîles moins longues : car ils vfent d’vn artifice que les Ra¬
meurs imitent dans le maniement de leurs avirons, qui eft de faire que l’eau foit fra-
pée du plat de l’aviron lors qu’ils le font aller en embas, & qu’elle foit coupée par le
trenchant du mefme aviron lors qu’ils le ramènent en enhaut : car la mefme chofe arrive
aux plumes de l’extrémité de l’aîle , qui frapent l’air de leur plat , lors que l’aîle s’ab-
baiffe, 8c le coupent lors qu’elle fe hauffe ; ce qui fe fait par vn mouvement pareil à
celuy des avirons que les Rameurs font vn peu tourner lors qu’ils les ramènent en
enhaut : car chacune des grandes plumes a ce mouvement à part , par lequel elle eft
vn peu tournée obliquement lors que l’aîle eft levée , cette plume eft remife en la
première fitnation lors que l’aîle eft abbaiftée. Cette adtion le remarque fort diftindfte-
ment lors que les Oifoaux tiennent quelque temps leurs aîles élevées par vue exten-
fion pareille à celle que l’on fait en baillant ; cét eftat donnant plus de loifir de
voir ce Contournement des plumes , que lors qu’ils battent des aîles pour voler: car
alors les aîles eftant ainfi élevées, on voit que les grandes plumes, qui font les princi¬
paux organes du vol, font toutes feparées les vnes des autres, à caufe de leur obliquité,
qui femble ouvrir, pour le paffage de l’air, autant de portes qu’il y a de plumes, qui fe
referment lors que l’aîle venant à fe baiffer , toutes ces plumes reprennent leur pre¬
mière fituation , & s’abbatent les vnes fur les autres, pour faire de toute l’aîle vne fur-
face continue, qui foit capable d’enfermer vne grande quantité d’air.
En quatrième lieu, il faut remarquer que ce mouvement oblique de chaque plume
n’eft point à celles de la queue, laquelle a des vfages differens de ceux des aîles. Il yen
a deux principaux -, le premier eft de fervir de gouvernail, & d’entretenir dans tout l’Oi-
foau vn mouvement droit, lors qu’elle eft tenue droite, &c de faire tourner le corps en
embas , lors qu’elle eft tenue baillée , ou en enhaut , lors qu’elle eft hauffée. L’autre
vfage eft de fervir à faire aller en avant, lors quelle eft remuée foudainemént par ces
deux mouvemens fucceffifs, qui produifent le mefme effet que la queue des Poiffons.
Or toute cette mechanique manque aux Plumes &c aux Aîles de l’Autruche : car les
fils des barbes qui font aux deux coftez de la queue du tuyau des grandes Plumes ne
font jamais collées les vnes contre les autres, mais flotantes & flexibles, n’eftant point
crochues, mais droites & égales, fans avoir aucune des difpofitions neceffaires à facili¬
ter l’entrelacement quelles ont les vnes avec les autres dans les plumes des autres Oi¬
feaux. C’eft pourquoy Ariftote dit que les Plumes des Autruches font femblables aux
poils des animaux terreftres , c’eft à dire qu’elles font plus propres à couvrir leurs corps
qu’à voler.
Ces Plumes n’ont point autTi ce mouvement particulier qui les rend tantoft droites,
tantoft obliques, parce que cela leur feroit inutile, les barbes n’eftant point jointes en-
femble pour faire la tiffure tk la continuité que les autres plumes ont pour fraper tout
l’air qui fe rencontre fous l’aîle -, en forte que l’on peut dire que les Plumes des Aîles
de l’Autruche font plus femblables aux banderolles des Navires qu’à leurs voiles-, quoy
qu’Elian difo que ces animaux s’en fervent comme de voiles, lors que pour rendre leur
courfe plus vifte & plus legere, ils étendent cés Plumes au vent, afin qu’il les pouffe:
car les voiles ne fervent pas aux Navires feulement comme vn obftacle , qui réfiftant
au vent par fon feul volume, en foit Amplement pouffé ainfi que l’eft le corps du Vaif-
feau-, mais il les faut confiderer comme vn obftacle pourveû d’vne figure commode,
qui eftant régie & gouvernée d’vne certaine manière, peut tirer vn plus grand avan¬
tage de l’agitation de l’air pour le mouvement du Vaiffeau, qu’il ne feroit fans cette fi¬
gure &c fans ce gouvernement. Ainfi les Plumes de l’Autruche ne luy fçauroient fervir
par leur figure ny par leur mouvement-, car fi elles leur aidoient à avancer en pouf¬
fant leurs aîles en arriére, elles leur nuiraient dautant en les retirant en avant ; & il
leur arriverait vn inconvénient auquel les aîles des Chauvefouris , des Papillons , & des
i7o DESCRIPTION ANATOMI QU E
Moufches feraient fujettes , fi la Nature n’y avoit pourveû, en donnant aux aîles de ces
animaux le moyen de fe refïerrer de telle forte lors quelles fe haufient * qu’elles fra-
pent vne moindre quantité d’air, que lors qu’elles fe rebaiffent. Car ce retreciffement
fe fait aux Chauvefouris par le moyen d’vne fuite d’os qu’elles ont dans leurs aîles, 8c
qui font comme les doigts de leurs mains , dont les entredeux font garnis de peaux
quelles refferrent 8c étendent alternativement fuivant le befoin. Les aîles des Papil¬
lons 8c des Moufches font la mefme aétiort par le moyen de certaines fibres, qui font vn
effet pareil à celuy des doigts de la Chauvefouris : 8c c’eft vne chofe étonnante que la
viftefle 8c la force avec laquelle les aîles des Moufches fe remuent, 8c comment elles
font capables de faire vn aufïi grand bruit qu’eft celuy, non feulement du bourdonne¬
ment des Freflons, mais mefme des petits Moufcherons, tels que font les Coufins, qui
fe fait entendre de loin, imitant le fon d’vne trompette.
Le mouvement des aîles des Autruches ne pouvoir tout au plus fervir que de la
mefme manière que celuy de la queue des autres Oifeaux, 8c de celles des Poilfons,
qui efl un mouvement à la vérité propre à faire avancer ; mais il eft confiant que les
Plumes de l’Autruche ne peuvent faire cét effet, eftant bouchonnées , éfilées, 8c flo-
tantes comme elles font-, parce que pour faire qu’vn tel mouvement ait quelque effet,
il faut que l’organe ait vn plan droit, égal, 8c ferme, tel qu’il eft dans vn gouvernail,
dans vn aviron, dans l’aîle d’vn moulin à vent, 8cc.
Il y a apparence que l’Auteur du Livre de Job avoit fait réflexion fur toutes ces
chofes , lors qu’il décrit l’Autruche, comme vn animal à qui Dieu a dénié l’adreffe qu’il
a donnée aux autres Oifeaux , 8c qu’il n’a point aufli pourveû d’organes commodes pour
exercer l’admirable aétion du vol-, n’ayant guéres d’autre vfage de fes aîles, que de les
élever pour recevoir l’impulfion du vent lors qu’il eft favorable à fa courfe. C’eft pour-
quoy Cardan compare, ou plûtoft oppofe fort bien l’Autruche à l’Oifeau de Paradis,
que l’on a crû autrefois n’avoir point de pieds -, parce que l’Oifeau de Paradis eft vn
Oifeau, qui, fuivant l’opinion de Cardan, ne marche & me defcend jamais fur terre, de
mefme que l’Autruche en eft vn qui ne vole 8c ne s’élève jamais dans l’air.
Outre les Plumes que nous avons décrites, nous avons obfervé que le haut du Col 8c
la Tefte eftoient garnis d’vn duvet fin, blanc, clair -femé, 8c luifant comme de la foye
de Pourceau-, en forte qu’il fembloit tenir davantage du poil que de la plume. Ce duvet
eftoit amaffé par petits bouquets, compofez d’environ douze poils, qui n’avoient qu’vne
ligne de longueur, à la referve du poil du milieu, qui en avoit quatre: tous les poils
d’vn bouquet n’avoient tous enfemble qu’vne racine , qui eftoit vn petit tuyau de la
o-roffeur de la plus petite épingle. Ce duvet eftoit fort clair 8c fort rare au Col, 8c en¬
core davantage à la Tefte, qui eftoit abfolument chauve par deffus: ce que Pline dit
n’eftre naturel qu’à deux Oifeaux, fçavoir à l’Autruche 8c au Corbeau aquatique, ap-
pelié pour cela Phalocrocorax.
Au bout de chaque aîle il y avoit des efpeces d’ergots, faits à peu prés comme les
aiguillons d’vn Porc-Epic: ils eftoient longs d’vn pouce, gros d’vne ligne 8c demie par
la bafe; leur fubftance reffembloit à de la corne-, ils eftoient creux, 8c dans la cavité il
y avoit vn cartilage reveftu de membranes 8c de ligamens, avec vne grande quantité
de vaiffeaux qui fourniiïbient beaucoup de fang. Aldrovande confeffe n’avoir pû ren¬
contrer ces aiguillons dans les Autruches: Albert dit qu’ils leur fervent d’armes offen-
fives : Jonfton veut qu’elles en vfent comme d’vn éperon avec lequel elles s’excitent à
la courfe. Il y en avoit deux à chaque aîle : le plus grand eftoit à l’extrémité du der¬
nier os de l’aîle, l’autre eftoit vn demy pied plus bas.
Le Col paroiffoit plus menu à proportion qu’il ne paroift aux autres Oifeaux , parce
qu’il n’eftoit pas garni de plumes , ainfi qu’il a efté dit. La peau de ce Col eftoit de
couleur de chair livide-, Gillius le fait bleu. La Tefte paroiffoit auffi affez petite, par la
mefme raifon du manque de plume: Albert la trouve abfolument petite. Scaiiger a rai-
fon de reprendre Cardan , d’avoir dit que les Oifeaux ont ordinairement la Tefte pe¬
tite, afin que fa pefanteur ne les empefche pas de voler 5 parce qu’il y en a beaucoup qui
volent
DE HUIT AUTRUCHES. ï7r
volent peu comme les Poulies, qui ont la telle plus petite à proportion que les autres
Oifeaux qui volent aile ment : mais il y a apparence que Cardan trouvoit que Ion
Théo ré me eftoit confirmé par l’exemple de l’Autruche, qui ne vole point, & dont la
Telle mefine fans plume eft abfolument plus groffe, à proportion de fon Corps, qu’elle
n’eft aux autres Oifeaux.
Le Bec eftoit court 8>C pointu: il avoir deux pouces & demy de large en fon com¬
mencement -, fa figure de mefme que celle du refte de la Telle, n’approchoit en aucune
façon de la figure que la telle & le bec d’vne Oye ont ordinairement , ainû que Pont
mal jugé ceux qui ont appellé l’Autruche Chœmcamelu! 3 c’eft à dire , Oye -Cha¬
meau.
La forme extérieure de l’Oeil approchoit alfez de celle de l’œil de l’Homme , &C
eftoit fort differente de la forme ordinaire de l’œil des Oifeaux , qui ont l’ouverture
de l’œil ronde , la paupière d’enhaut immobile & fans cils, la ligne qui va d’vn des
coins de lœil à l’autre , toujours oblique : car nos Autruches avoient l’ouverture de
l’œil ovale, vue grande paupière en haut, qui s’abbaiffoit de mefme que celle d’embas fe
hauftbit, ayant de grands cils , qui, de mefme qu’à l’Homme, eftoient beaucoup plus
longs que ceux de la paupière inferieure -, enfin la ligne qui allait de Pvn des angles à
l’autre eftant droite , félon la direction du Bec. Il y avoit vne troifiéme Paupière en de¬
dans, de mefme qu’à la plufpart des Brutes: c’eftoit vne Membrane fort mince, qui fe
cachorc dans le grand angle vers le Bec. Aldrovande croit que les Oifeaux ont cette
troifiéme paupière, pour fuppléer au defaut de leur paupière fuperieure, qui eft fi courte»,
qu’elle ne peut s’abbaiffer pour couvrir l’œil, ainfi quelle fait à l’Homme. Mais il y a
apparence que cette paupière interne a vn autre vfage dans les Oifeaux , puis quelle,
fè trouve dans l’Autruche , dont la paupière fupérieure eft affez grande pour fe pou¬
voir abbaiffer facilement ; joint que la paupière inferieure fe ferre aux Oifeaux contre
la fuperieure , auffi exa&ement que la fuperieure fe joint en l’Homme avec l’infe¬
rieure.
La Langue eftoit petite , adhérante de mefme qu’aux Poüfons , compofée de carti¬
lages, de ligamens, St de membranes entremeflées défibrés charnues. Elle eftoit diffe¬
rente dans nos Sujets : aux vns elle eftoit longue d’vn pouce , fort épaiffe au droit de
l’ouverture du Larynx -, aux autres elle n avoit pas demi - pouce de long , mais elle
avoit plus d’vn pouce vers fa bafe, eftant vn peu fourchue par le bout. Au-delà de la
fente du Palais, vers le Pharynx, il y avoit deux groffes glandes, qui fourniffoient la
falive.
Les Cuiffes eftoient fort charnues, & fort groffes, &; fans plumes, couvertes d’vne
peau blanche vn peu rougeaftre , rayée par des rides élevées, de la figure d’vn réfeau,
dont les mailles pourraient laiffer entrer le bout du doigt. A Tvn des Malles, il y avoit
de petites plumes çà & là fur les Cuiffes, à peu prés de mefme que Gefner l’a dépeint
dans fa figure. Quelques- vns n’avoient ny les petites plumes, ny les rides. Les Jambes
eftoient couvertes par devant de grandes écailles en table.
Le Pied eftoit fendu, & compofé feulement de deux Doigts fort grands, qui eftoient
couverts d’écailles comme la Jambe. Ces Doigts eftoient inégaux : le plus grand, qui
eftoit en dedans, avoit fept pouces, compris l’ongle, qui avoit neuf lignes de long,
vn peu moins de large , eftant en quelque façon femblable à l’ongle du gras orteil de
l’Homme. L’autre Doigt n’avoit que quatre pouces, & eftoit fans ongle. Ce petit Doigt
ne pofoit à terre que par le bout. Le grand eftant vu de profil avoit à peu prés la fi¬
gure du pied d’vn Homme, quand il eft chauffé: il eftoit feulement vn peu plus menu
& plus long. Pline dit que les Pieds de l’Autruche font femblables à ceux du Cerf.
Diodore Sicilien, qui appelle les Autruches des Cerfs -Oifeaux, fe fonde fur cette fauffe
reffemblance. Suidas s’eft encore trompé davantage , quand il a dit que les Pieds de
l’Autruche reffemblent à ceux d’vn Afne. Ceux qui ont nommé l’Autruche Struthoca-
melm , c’eft à dire Cocq- Chameau , fuivant Scaliger , Sc félon l’interpretation Chal-
daïque de l’endroit de Job allégué cy- devant, n’ont pas fi mal rencontré : car lalon-
RRRr
ijt DESCRIPTION ANATOMI QU E
gueur des Jambes de l’Autruche a quelque rapport avec celles du Cocq & du Cha¬
meau. De plus la manière dont le pied du Chameau eft fendu, qui eft differente de
celle de tous les autres pieds fourchez, 6e fon ongle, qui eft aufli tout d’vne autre na¬
ture que celuy du pied des Cerfs 6e des Chèvres, font des particularitez qui luy font
communes avec l’Autruche. Nos Autruches avoient encore, comme le Chameau, vne
callolitè au bas du Sternon , fur laquelle elles s’appuyent comme le Chameau , quand
elles fe couchent.
Auprès de l’Anus , à l’vn des cinq Malles, il y avoit de chaque cofté trois trous d’vne
ligne 6e demie de diamètre, 6e de deux lignes de profondeur.
Au haut de la Poitrine , fous la peau, il y avoit de la graifle de l’èpaifleür de deux
doigts. Il y en avoit encore fur tout le devant du Ventre, qui eftoit dure comme du
ftiif: elle eftoit épaifle de deux pouces 6e demi en quelques endroits. Cette graifle eftoit
enfermée entre deux membranes aufli fortes que le Péritoine. Ces membranes, qui en-
fermoient ainfi ces grailles, eftoient les aponeurofes des Mufcles du bas Ventre, lefquels
ne commençoient à eftre charnus que vers les Flancs, tout le devant du Ventre de la
largeur d’vn pied eftant fans chair. Le Sternon ne defcendoit point jufqu’au bas du
Ventre, parce que les Mufcles qui remuent les ailes, 6e qui font attachez au Sternon,
n’ont pas befoin d’eftre fl grands qu’aux autres Oifeaux qui volent.
L’Oefophage eftoit fitué fur le corps des Vertebres, eftant attaché aux aponeurofes des
Mufcles duPoulmon, dont il fera parlé dans la fuite. Ses Tuniques eftoient fort épaifles,
particuliérement celle qui eft charnue. Il s’élargifloit infenfiblement, jufques à ^voir fix
pouces de large en approchant du Ventricule ou Gefier-, en forte qu’il eftoit difficile de
marquer l’endroit de l’Orifice fuperieur du Ventricule: il fembloit que l’extrémité de l’Oe-
fophage formoit vn Jabot qui fe confondoit avec vn Gefier, 6e que ces deux parties en-
femble compofoient vn feul Ventricule. Cette conformation, qui, en général, eft fort
differente de celle qui eft ordinaire aux Oifeaux, où le Jabot a accouftumé d’avoir vn étre-
ciflement qui le fepare du Gefier, eftoit encore plus étrange, à caufe de la fituation
qu’il avoit: car il eftoit non-feulement dans la Poitrine, mais mefme il eftoit plus bas que
le Gefier, au deflous duquel il defcendoit, 6e vers lequel en fuite il remontoit , en forte
que l’entrée du Gefier eftoit par fon fond-, 6e ainfi l’Orifice, que l’on appelle ordinaire¬
ment fuperieur, eftoit effe&ivement l’inferieur.
Le Gefier, en quelques -vns de nos Sujets, eftoit feparé en dedans en deux cavitez
par vne éminence formée par fa chair mufculeufè , qui , vers le milieu, eftoit plus épaifle
qu’ailleurs de plus de deux pouces. Cette éminence érrecifloit la capacité interne au droit
du milieu, 6e la feparoit en partie gauche, dont la capacité eftoit la moindre, 6e en par¬
tie droite , où eftoit l’Orifice inférieur, appellé Pylore. La figure de ces deux cavitez
ne paroifloit point en dehors, la chair du Gefier y eftant égale; 6e le tout enfemble
avoit la figure du Ventricule de l’Homme, faifant vne ovale, qui avoit quinze pouces
de long fur huit de large. Elian femble donner plufieurs Ventricules à l’Autruche , ainfi
qu’aux Animaux qui ruminent, quand il dit que cét Oifeau digère les pierres dans le
Ventricule appellé Echinos 3 qui eft le fécond Ventricule des Animaux ruminans, que l’on
nomme ainfi, à caufe que fa membrane intérieure eft remplie de rides heriflees de poin¬
tes comme le Heriflon, que les Grecs appellent Echinos: mais cette forte de Ventri¬
cule n’a point efté trouvée dans nos Sujets. L’on peut feulement dire que le Ventricule
de quelques -vnes des Autruches que nous avons diflequées, eft double , 6e non pas
qu’elles ayent deux Ventricules -, puis que l’vne 6e l’autre des parties de ce double Ven¬
tricule font reveftuës d’vne mefme membrane , 6e que cette membrane eft differente
dans les differens Ventricules des Animaux qui ruminent. Car les membranes du Jabot
eftoient garnies de glandes arrangées régulièrement, 5 e formées comme des bouts de pe¬
tits tuyaux , eftant rondes , 6e percées par le milieu à la partie qui regarde le dedans du
Jabot ,-6e inégales de l’autre cofté, eftant compofées de plufieurs grains, à la manière
des glandes qu’on appelle conglomérées. Et elles eftoient differentes en cela des glandes
qui fe trouvent aux Jabots des Demoifelles de Numidie, des Oyes, des Canars , 6e de
plufieurs
DE HUIT AUTRUCHES. 173
plufieurs autres Oifeaux, où ces glandes fe voyent feulement percées comme à 1* Autru¬
che , mais elles font (impies, & du genre de celles qu’on appelle conglobées.
La Membrane qui reveftoit le dedans du Gefier, & qui en eftoit aifément feparable,
avoit vne ligne & demie d’épaifleur en quelques- vns de nos Sujets. Elle eftoit compo-
fée de deux parties, fçavoir d’vne Tunique qui eftoit immédiatement fur la chair du
Gefier, &;d’vn amas de petits corps glanduleux, qui faifoient vne efpece de velouté.
Ces petits corps, en la plufpart des Sujets, eftoient fi petits, qu’ils paroiftoient eftre
plûtoft des fibres que des glandes: en quelques-vns il eftoient de la grofleur d’vne groffe
épingle, & de la longueur de plus d’vne ligne. Ils eftoient joints & collez les vns aux
autres, comme les fibres le font dans le bois. Il y avoit beaucoup d’endroits où ces pe¬
tits corps eftoient feparez, Sc faifoient plufieurs fentes comme des gerfures. Le Ven¬
tricule du Cormoran eftoit à peu prés de cette ftru&ure.
Ces Ventricules ont efté trouvez toujours remplis de foin, d’herbes, d’orge, de feves,
d’os , Si de cailloux , dont il y en avoit de la grofleur d’vn œuf de Poulie. Il y avoit aufli
des Doubles: on en a compté dans vn jufqu a foixante Si dix. Ils eftoient la plufpart vfez,
Si confumez prefque des trois quarts, eftant rayez, apparemment par leur frotement
mutuel, Si par celuy des cailloux, Si non par érofion caufée par quelque humeur ou
elprit acide, ainfi que l’on a reconnu ; parce que quelques-vns de ces doubles, qui
eftoient creux d’vn codé, Si boflus de l’autre, eftoient tellement vfez Si. luifans du cofté
de la boflè, qu’il n’y eftoit rien refté de la figure de la monnoye : au lieu que le cofté qui
eftoit cave, n’eftoit point du tout endommagé, (a cavité l’ayant garanti du frotement
des autres Doubles. Tout le refte qui eftoit contenu dans le Ventricule avec ces Dou¬
bles, tant les pierres, les os, que les legumes, S i le foin, eftoit verdi. Nous avons trou¬
vé la mefme chofe dans le Ventricule d’vne Otarde, où il y avoit jufqu’à quatre -vingts-
dix Doubles vfez par le frotement: ils avoient aufli donné vne couleur verte à quanti¬
té de foin qui y eftoit.
Cela fait juger qu’aux Oifeaux , & généralement dans tous les Animaux , la diflolu-
tion des alimens ne fe fait pas feulement par les efprits fubtils Se penétrans, mais aufli
par l’aétion organique S L mechanique du Ventricule, qui comprime bat inceflam-
nent les chofes qu’il contient ; en forte qu’en la plufpart des Animaux qui avalent vne
nourriture dure fans la mafcher, comme les Oifeaux qui vivent de grains, la Nature
leur a fait le Ventricule mufculeux, leur a donné l’inftinc d’avaler des cailloux, par
le moyen defquels ils puiflent broyer dans leur Ventricule ce que les autres brifont avec
les dents. Enfin cette affeélation que la plufpart des Oifeaux ont d’avaler des pierres , a
vn vfage plus manifefte que n’en a celle que les Aigles & les Grues ont de mettre des
pierres dans leurs nids. Cardan, &: la plufpart des autres Naturaliftes , croyent que le
Ventricule des Oifeaux, & principalement de l’Autruche, eft charnu, pour luy fournir
davantage de chaleur : mais l’on fçait que la chair mufculeufe & fibreufe agit plus par
fon mouvement que par fon tempérament; & qu’vne des principales ôt plus importan¬
tes a&ions du Cœur eft celle de la contraétion & de la dilatation , qui ne fort pas moins
à la co&ion &c à l’alteration du fang qu’à fa diftribution. Il y a apparence que ceux qui
ont cru que les pierres & le fer dont les Autruches fe rempliflent, font difloutes dans
leur Ventricule par vne vertu particulière que la Nature a donnée aux Ventricules des
differens Animaux , par laquelle les vns digèrent les poifons , les autres les os &; les
chairs crues , &C que l’Autruche a efté pourveûë de celle de digérer les métaux &c les
pierres , n’avoient pas fait réflexion fur cette attrition des pièces de cuivre que nous
avons obfervée , & encore moins fur la verdeur, dont tout ce qui eftoit contenu dans le
Ventricule eftoit teint. Car fi le Ventricule de l’Autruche avoit vne faculté particulière
pour digerer les métaux, il les digéreroit de la manière que les autres chofes font digé¬
rées, qui eft d’eftre fondues fk liquéfiées, fans fouffrir d’autre changement en leur cou¬
leur, que de devenir blanches-, ce qui provient des petites bulles prefque infinies que le
bouillonnement delà fermentation y produit: car ce bouillonnement donne vne cou¬
leur blanche à tout ce qu’il agite , ainfi qu’il fe voit dans l’écume de l’encre , qui eft
SSSf
174 DESCRIPTION A N ATOMI QJTJ E
blanche. L’on fça'it auffi par expérience que les chofes qui fe diffolvent dans le Ventri¬
cule , reçoivent vne alteration en leur fubftance, fans en fouffrir en leur couleur, ainfi
qu’il fe remarque dans les Ecreviffes, que Ton trouve à demy digérées dans le Ventri¬
cule des PoilTons, avec leur noirceur naturelle, & n’ayant point cette rougeur quelles
acquièrent lors que la chaleur du feu les cuit & les altéré, à fa manière, qui eft differente
de la chaleur des Animaux. De-forte que la verdeur qui arrive au cuivre dans le Ventri¬
cule de l’Autruche ne femble point pouvoir provenir d’vn diffolvent particulier qu’il ait
pour digerer les métaux 5 mais il y a apparence que cette diffolution s’y fait de la mefme
manière qu’elle auroit efté faite hors de ce Ventricule , fi le cuivre avoir elle broyé
avec des herbes, ou quelque liqueur acide ou falée, de quelque nature qu’elle puiffe eftre,
&qui feroit bien differente de cét acide, ou de ce fel, enfin de ce diffolvent général, quel
qu’il foit,de tout ce qui eft capable de donner de la nourriture : de -forte qu’il eft croya-
ble que l’Autruche eftant vn Animal vorace, qui a befoin d’avaler quelque ehofe de dur,
quiluy ferve, ainfi qu’il a efté dit, à broyer fa nourriture, elle vie mal de l’inftinc que la
Nature luy a donné pour cela, lors qu’elle avale du fer, & principalement du cuivre, qui
fe change en poifon dans fon eftomac, au lieu de fe tourner en nourriture. Et en effet ,
nous avons apris de ceux qui gouvernent ces Animaux dans la Menagerie de Verfailles ,
que les Autruches qui avalent beaucoup de fer, ou de cuivre, meurent toutes bientoft
après.
Les Inteftins ont efté trouvez differens en longueur dans nos Sujets, quoy-que les
Animaux fuffent à peu prés d’vne mefme grandeur. En l’vn ils avoient cinquante pieds ,
en l’autre quarante- deux, en l’autre trente -trois, en l’autre vingt -neuf. Les trois In¬
teftins grefles n’avoient gueres plus de longueur que le Colon & leReétum enfemble. Le
Cæcum eftoit double, comme à la plufpart des autres Oifeaux : chacun avoit deux pieds
de long, plus ou moins, à proportion de la longueur des autres Inteftins.
La furface externe du Colon & du Cæcum eftoit inégale par des boffes fort régu¬
lières, mais differentes dans chacun de ces Inteftins. Cés boffes eftoient formées par des
ligamens en manière de feuillets, qui eftoient en dedans, à peu prés de mefme qu’ils fe
vôyent au troifiéme &C au quatrième Ventricule des Animaux qui ruminent. Dans le
Colon ces feuillets eftoient fituez tranfverfalement, fâifant chacun plus que le demy-
cercle, & eftant pofez alternativement, de manière que les bouts de deux demy-cercles
recevoient & enfemioient l’extrémité d’vn autre demy-cercle, comme qui mettroit les
bouts des dents de deux peignes les vnes entre les autres. Ces demy-cercles eftoient di-
ftans les vns des autres de demy- pouce, n’avoient que trois lignes de large dans leur
milieu, &c alloient finiffant en pointe. Tout le long de cét Inteftin, dans la partie pofté-
rieure, il y avoit vn ligament de deux lignes de large, qui eftant du tiers moins long que
l’Inteftin,le racourciftbit, & faifoit que les ligamens intérieurs &c demy -circulaires for-
moient les replis & les boffes qui paroiffoient encore plus marquées, lors que l’Inteftin
eftant enflé, toute la membrane, qui n’eftoit point retenue &; affermie par les ligamens*
eftoit étendue par l’impulfion du vent. Tous les vaiffeaüx entroient à cofté de ce liga¬
ment pour fe diftribuer dans l’Inteftin , mais particuliérement dans les feuillets. Cette
ftru&ure de feuillets fituez tranfverfalement dans lé Colon, a déjà efté décrite dans le
Singe, ou il eft fait mention de la découverte que nous avons faite de pareils feuillets
dans le Jéjunum de l’Homme ; mais nous avions réfervé à en donner la figure dans l’Au¬
truche.
Le Cæcum eftoit aufli garni de feuillets par dedans , ou plutoft d’vn ièul feuillet, qui
tournoit en vis depuis vn bout jufqu’à l’autre, à peu prés de la manière qui a efté dé¬
crite dans le Renard Marin , &; comme il eft aux Lièvres &; aux Lapins. Ce feuillet eftoit
d’vne mefme largeur, fçavoir de cinq lignes par tout: il alloit feulement quelque peu en
s’étreciffant vers l’extrémité de l’Inteftin, à proportion que flnteftin s’étreciffoit , qui ah
loit en pointe, comme à la plufpart des Animaux à quatre pieds, & contre l’ordinaire
dés Oiieaux, ou cét Inteftin conierve vne mefme largeur dans toute fa longueur, & qui
mefme va quelquefois en s’élargiffant, ainfi que nous l’avons obfervé dans la Peintadé^
ou
DE HUIT AUTRUCHES. i7y
où céc élargiflement eft plus confidérable qu’en aucun autre Oifeau que nous ayons
A
VU.
A 1’extrémité du TleÏÏum il y avoit vne grande Veffie remplie d’vrine jufqu a la quan¬
tité de huit onces : elle pouvoit contenir les deux poings. Les membranes qui la com-
pofoient, eftoient pareilles à celles des Inteftins, mais elles eftoient vn peu plus épaiftes.
Dans vn de nos Sujets, qui eftoit vne femelle , cette Veffie eftoit parfemée en dedans
d’vn grand nombre de V aideaux, qui partoient comme d’vn centre pour s’épandre dans
toute fa capacité: ces Vaifleaux n’eftoient pas vilîbles dans les autres Sujets. Au droit
de ce centre eftoit l’ouverture par laquelle le YLeÏÏum fe vuidoit dans la Veffie. C’eftoit
vn trou fort étroit, au milieu d’vne tumeur de la grofteur d’vne noix, qui faifoit comme
vn cul de Poulie. Au bas de cette grande Veffie , il y avoit encore deux trous, qui
eftoient les emboucheûres des Ureteres , qui fe gliftoient entre les deux tuniques de
la Veffie comme à celle des Animaux terreftres. Au deiïous de ces deux trous eftoit
vne ouverture en ovale de dix lignes de longueur, qui avoit vn rebord membraneux ,
par le moyen duquel elle pouvoit eftre fermée , lors qu’elle venoit à eftre comprimée
par la pefanteur de l’vrine: car alors ce rebord membraneux fe colloit fur vne tubero¬
fité ou corps rond, Si de la groffeur prefque du poing, d’vne fubftance moyenne entre
le cartilage Si le ligament. Cette tuberofité eftoit fendue par le milieu à la manière d’vn
abricot , eftant attachée en dedans aux Os pubis.
Cette ouverture ovalaire donnoit entrée dans vne fécondé Veffie ou Poche plus pe¬
tite que la première, Si qui n’eftoit point faite pour contenir les excrémens, mais feu¬
lement pour leur donner paftage, félon que fa tunique comprimoit Si ferroit plus ou
moins la tuberofité qui la rempliffoit, en faifant vne aétion pareille à celle du rebord
membraneux de l’ouverture ovalaire.
La Verge dans la plufpart de nos Sujets eftoit compofée de deux fubftances, fçavoir
de membranes blanches, épaiftes, nerveufes, folides, & de ligamens blancs, de mefme
fubftance que les membranes, mais beaucoup plus durs Si plus folides , n’y ayant dans
les membranes ny dans les ligamens aucuns vaifleaux, ny aucune cavité : ils paroiffoient
feulement compofez de fibres tranfverfales fort ferrées. La membrane externe qui cou¬
vrait toute la verge eftoit la plus épaifle : l’interne envelopoit immédiatement chacun
des deux ligamens, qui eftoient feparez l’vn de l’autre, Si qui ne s’vniftoient qu’à deux
doigts prés de l’extrémité. Il y en avoit vn plus long que l’autre: le plus long avoit deux
pouces. Ils avoient chacun quatre lignes de diamètre vers leur bafè , allant en pointe
vers l’extrémité. L’origine de cette verge eftoit à la tuberofité cartilagineufe qui eftoit
attachée à la partie interne de la jonéfion des Os pubis, dont il vient d’eftre parlé: de là
elle fe refléchiflbit tout court en deftous, entroit dans la petite poche , Si fortoit par
l’ouverture externe de cette petite poche, qui eft Y Anus. Cette ouverture eftoit bordée
d’vn reply en derny- cercle, qui e.mbrafloit la Verge à l’endroit ou elle fortoit dehors.
Au refte cette Verge n’avoit ny gland, ny prépuce, ny conduit, ny cavité qui puft don¬
ner ifîuë à aucune matière feminale. Dans l’vn des Sujets, outre les membranes Si les li¬
gamens qui compofoient la Verge des autres, il y avoit encore vne troifléme fubftance
rouge, fpongieufe, Si affez approchante de celle des ligamens caverneux qui font aux
Animaux terreftres. Elle eftoit garnie d’vne grande quantité de Vaiffeaux.
A la femelle, au lieu de la verge, il n’y avoit que la tuberofité cartilagineufe qui em-
pliflbit la fécondé poche comme au mafte-, Si cette tuberofité fortoit hors Y Anus delà
grofteur d’vne petite noix : elle avoit vne petite appendice de la longueur de trois lignes,
mince Si recourbée. Il y a apparence que c’eft le Clitoris.
Dans cette petite Si fécondé poche, il y avoit à gauche vne ouverture qui pénétrait
dans vne autre cavité, en manière de conduit, qui eftoit YOvidutfus. Cette ouverture n’a¬
voit pas plus de quatre lignes de diamètre : elle eftoit pliflee tout au tour à la manière
de l’orifice externe des femelles des Animaux à quatre pieds. Les tuniques de ce con¬
duit eftoient fort épaiftes, Si fa cavité fort large prés de l’entrée à l’vn de nos Sujets : à
vn autre elle l’eftoit moins -, Si à cinq pouces pardelà l’entrée, elle s’étreciflbit pour for-
T T T t
ï 7* DESCRIPTION ANATOMI QJJ E
mer vn autre petit conduit de la longueur de cinq lignes , dur &c nerveux , qui pou-
voit palier pour l’orifice interne de la Matrice. Au delfous de ce conduit étroit, il y
avoit vn petit fac ou folle, fans ilfue, dont la profondeur elloit égale à la longueur du
conduit. Dans les Sujets où ce conduit étroit ne s’ell point trouvé , XOviduÏÏm alloit
toujours s’étrecilfant depuis la première entrée, à mefure qu’il approchoit de l’ovaire,
en forte qu’à fon extrémité il n’avoit que quatre lignes de large , au lieu de trois
pouces & demy qu’il avoit en fon milieu. En cette extrémité il formoit ce trou, que
1 on appelle l’Entonnoir de XOviduttm , jettoit à droite & à gauche deux appendices
membraneufes , qui avoient quelque rapport à celles qui font à l’extrémité du Tuba des
Animaux terrellres.
Tout ce conduit, qui ell proprement la Matrice ou la Portière des Oileaux, elloit long
de deux pieds & demy, Sc capable de recevoir le poing en fa partie la plus large. Il
elloit charnu au commencement, & devenoit infenliblement membraneux vers fa fin.
Apres avoir monté, en fe détournant à gauche vers le Ventricule, il le recourboit vers
1 epine du dos, en defcendant. Une double membrane, en forme de ligament large, l’en-
fermoit: elle débordoit de la largeur de deux pouces de chaque collé. La partie pollé-
rieure de ce ligament elloit attachée le long de l’épine, comme vn melèntere: l’ante¬
rieure elloit flotante. L’vne & l’autre elloit parfemée d’vn grand nombre de Vailfeaux,
qui elloient en plus grande quantité fur le conduit de 1 ’Oviduffus que dans le ligament.
Ces vailfeaux venoient de deux grands rameaux qui entroient par l’extrémité de YOvi-
duflw3vtrs l’ovaire : l’vn fe traifnoit au delfus, l’autre au delfous ; & leurs branches
avoient des anaffomifes les vnes avec les autres, fçavoir celles de la partie inferieure du
ligament avec celles de la partie fuperieure.
Tout le conduit de 1 ’Oviduffim elloit compofé de trois membranes , à la rélerve de
1 extrémité, qui fait l’Entonnoir, qui paroilfoit ellre d’vne membrane fimple. L’interieure
de ces membranes elloit fort ridée , ou plûtoll comme feuilletée, à la manière du troi-
fiéme du quatrième Ventricule des Animaux qui ruminent. Ces feuillets , qui emplif-
fbient toute la cavité, elloient félon fa longueur, & vne tunique fort déliée les attachoit
enfemble. La fécondé membrane, qui elloit celle du milieu, elloit charnue. La troi-
fiéme, qui elloit mince & polie, n’elloit rien autre chofe que la double membrane, dont
le ligament large eftoit compofé, qui fe feparoit en deux, pour embralfer le conduit de
XOviduâm.
On a remarqué quatre mufcles, qui appartiennent à l’Anus & à la Verge: il y en avoit
deux de chaque collé. Les deux premiers prenoient leur origine de la partie interne de
1 Os facrum, &C delcendant le long de la poche du reélum par l’elpace de deux pouces,
ils la perçaient prés de fon extrémité-, & palfant fous le Sphin&er de l’Anus, venoient
s inferer a la baie de la Verge aux Malles , & à celle du Clitoris aux Femelles. Les deux
autres fortoient vers le bas des Reins de la partie interne de l’Os des Iles, & defcendant
à collé des Ureteres, & perçant aulïi le Reélum, s’attachoient aux collez de la Verge
ÔC du Clitoris.
L’Ovaire elloit placé à la partie fuperieure des Reins contre la veine Cave, &c contre
l’Aorte, e liant fortement attaché aux troncs de ces Vailfeaux. Sa fubdance elloit mem~
braneufe, parfemée de toute forte de vailfeaux, &c garnie de plulieurs œufs, revellus de
leur calice comme aux Poulies. Ces œufs elloient de differente grolfeur, fçavoir depuis
la grolfeur d’vn pois jufqu a la grolfeur d’vne noix. La membrane, qui enferme chaque
œuf, &C que l’on appelle le calice, avoit comme vne queue, par laquelle tous ces œufs
font ordinairement tous attachez enfemble, & composent ce que l’on appelle l’Ovaire.
Cette membrane elloit plus épailfe, plus les œufs elloient petits: elle avoit vne grande
quantité de vailfeaux , & elloit attachée à l’œuf quelle enfermoit, par vue infinité de
fibres, eftant ouverte vers l’endroit oppofé à la queue , comme ell le calice d’vn gland,
lors que le gland ell rond & petit, & qu’il ell prefque tout couvert de Ion calice. L’œuf
ayant ellé feparé du calice, n’elloit qu’vne tunique fort délicate, qui contenoit feulement
le jaune de l’œuf en ceux qui n’elloient pas plus gros qu’vne noix -, mais dans l’vn de nos
Sujets
DE HUIT AUTRUCHES. 177
Sujets où il s’en eft trouvé de la groffeur des deux poings , cette tunique eftoit remplie
d’vne humeur femblable à de l’eau trouble, fans qu’il y euft de jaune. Il y a lieu de croire
que la chaleur naturelle affaiblie dans cét animal , par la contrariété de l’air de noitre
climat, avoit laiffé corrompre ces œufs.
Une des Autruches qui font dans le Parc de Verfailles ayant fait plufieurs œufs, on
nous en a apporté quelques -vns , fur lefquels on a fait des obfervations 8>c des expé¬
riences. Car comme ces Oifeaux ne couvent point leurs œufs, mais qu’ils les expofent
feulement aux rayons du Soleil, & à la chaleur du fable, fe contentant de les garantir de
l’eau de la pluye, en les pofant fur de petits monceaux de fable; nous avons voulu ef-
fayer fi par la chaleur, tant du Soleil, que du feu, &: du fumier, nous pourrions du
moins leur procurer quelque alteration , qui paraît eftre vne difpofition à la génération.
Pour cela on en a tenu vn pendant cinq femaines au Soleil, à demy enfeveli dans du
fable, fur vne couche de fumier élevée à trois pieds de terre, le couvrant d’vne cloche
de verre pendant le mauvais temps. On en a mis vn autre dans vn Athanor à feu lent,
le tenant auffi , par vn pareil efpace de temps, dans du fable, & bien couvert. On a ob-
fervé plufieurs chofes; fçavoir, Que les œufs font diminuez de leur poids jufqu’à la neu¬
vième partie; Que le jaune & le blanc de celuy qui avoit efté échauffé au feu, fe font
quelque peu épaiffis, fans avoir aucune mauvaife odeur; Que celuy qui avoit efté mis au
Soleil ne s’eft point épaifti, mais a contraéfé vne fort mauvaife odeur; ôc que dans l’vn
ny dans l’autre de ces œufs il ne s’eft trouvé aucune apparence de difpofition à la gé¬
nération.
Au deffus de l’Ovaire on découvrait deux corps glanduleux attachez à l’Aorte, & à la
Veine Cave, dont la fubftance eftoit femblable à celle des Tefticules des Malles, ayant
en leur fuperficie vn grand nombre de Vaiffeaux. Leur couleur d’ailleurs eftoit d’vn
rouge vif. Chacun de ces corps avoit vn pouce tk demy de long fur quatre lignes de
diamètre.
Aux Malles les Tefticules ont efté trouvez de grandeur & de figure differente dans
les différées Sujets. A l’vn ils eftoient petits, ayant feulement quinze lignes de long fur
cinq de diamètre. A vn autre ils eftoient longs fk étroits , ayant vn pouce & demy de
long fur quatre lignes feulement de diamètre. A vn autre ils avoient jufqu’à quatre pou¬
ces de long fur vn pouce & demy de diamètre par le milieu. Ces derniers avoient la
figure d’vn œuf de Poulie vn peu allongé, eftant plus gros par vn bout que par l’autre.
En tous les Sujets ils eftoient couverts d’vne membrane nerveufe , parfemée d’vne fi
grande quantité de Vaiffeaux , qu’elle paroiffoit rouge. Il fe trouva en l’vn des Sujets
que le Tefticule en avoit comme vn autre petit, qui luy eftoit attaché au cofté. Ce petit
avoit environ le quart du grand, tk n’eftoit rien autre chofe que l’Epididyme feparé du
Tefticule, qui luy étoit attaché en deux endroits; fçavoir, par vne branche du vaiffeau
Spermatique Préparant, qui fortant du milieu du Tefticule, entrait dans le milieu de
l’Epididyme ; tk par le Déférant, qui fortant par le bas de l’Epididyme, fe rejoignoit au
bas du Tefticule.
Les Vaiffeaux Préparans fortoient proche des Emulgens, &c fe joignoient vn peu plus
bas aux Tefticules qui eftoient pofez fur les Reins, vn peu plus à gauche qu’à droit.
Avant que de s’attacher au Tefticule, ils fe divifbient chacun en trois rameaux, qui fe
joignant les vns aux autres, & en fuite fe feparant, continuoient ainfi à fe communiquer
le long du Tefticule, auquel ils inferoient des rameaux d’efpace en efpace. En cét en¬
droit ils eftoient fort envelopez de membranes & de graiffes : mais nonobftant ces em-
pefehemens, on ne laiffa pas d’en voir affez diftinTement la ftruéture &: les communica¬
tions; parce qu’ayant fait bouillir vn Tefticule, & toute la graiffe étant fondue, les Vaif¬
feaux parurent à découvert, & firent connoiftre qu’aprés s’eftre affemblez, ils fe fepa-
roient, pour fe rejoindre encore. Le Déférant defeendant le long de l’Epine jufqu’à la fé¬
condé Veftie,s’y attachoit, après s’eftre dilaté, & changé en vne membrane. Ce conduit,
félon Tordinaire, eftoit folide, & fans cavité à fon commencement, &C fur la fin il s’élar-
giffoit , tk devenoit membraneux.
V V Vu
178 DESCRIPTION ANATOMIQUE
Le Foye eftoit rouge , de fubftance dure & ferme. Par fa figure il reflembloit à celuy
de l’Homme, eftant partagé en deux grands Lobes. Le gauche eftoit fendu en deux au¬
tres petits. Il y en avoit encore vn autre petit au milieu, & au bas des deux grands , qui
ne s’eft trouvé qu’en l’vn des Sujets. Il n’y avoit point de Veficule du fiel, mais feule¬
ment vn Canal Hépatique, qui naifloit du milieu de la partie cave du Foye, & s’alloit
inferer au Pylore. Ce Canal eftoit formé par l’aftemblage de trois gros rameaux, qui fe
diftribuoient dans toute la fubftance du Foye. A l’extrémité de fvn de ces rameaux,
tout proche fon infertion au Canal , il y avoit vne dilatation de la grofleur d’vne groffe
aveline, qui ne paroiftoit point , parce qu’elle eftoit recouverte par le Parenchyme du
Foye.
La Veine Porte eftoit double, ayant deux troncs feparez, 8c chacun leurs racines par¬
ticulières. Le premier, qui eftoit le plus gros, eftoit attaché au Lobe droit, à la place où
la Veficule eft ordinairement aux Oifeaux. Le fécond, plus petit, fortoit du bas du Lobe
gauche. La Veine Cave eftoit attachée le long du grand Diaphragme droit, à cofté de
l’Aorte.
Le Pancréas avoit dix pouces de long, & vn pouce de large: il eftoit placé entre le
premier reply que les Inteftins font en forme d’vne longue finuofité, ainfi qu’à la pluf-
part des autres Oifeaux. Il eftoit d’vne véritable couleur de chair. Les glandes dont il
eftoit compofé, eftoient feparées tout-à-fait les vnes des autres, & jointes feulement
par des membranes. Le canal Pancréatique s ’inferoit à la partie fuperieure du Jéju¬
num. Il fortoit du milieu du Pancréas, où aboutiftoient les deux branches qu’il jet-
toit dans chaque moitié du Pancréas, l’vne vers le haut, & l’autre vers le bas. Il eft à
remarquer que dans la plufpart des Oifeaux , les canaux Pancréatiques s’inferent proche
les Cholidoques-, mais dans nos Autruches l’infertion du Pancréatique eftoit éloignée de
celle de l’Hepatique de plus de trois pieds.
La Ratte eftoit attachée au Ventricule par vne forte membrane, qui conduifoit
enfermoit les Vaiffeaux Spléniques. Sa forme eftoit cylindrique, ayant deux pouces &c
demy de long , &C huit lignes de diamètre ; eftant néanmoins vn peu plus menue par le
bas que par le haut. Son Parenchyme eftoit folide, &c femblable à celuy des Reins des
Quadrupèdes.
Les Reins avoient huit pouces de long, &C deux de large. Ils eftoient dans la plufpart
de nos Sujets différons des Reins des autres Oifeaux , n’eftant pas recoupez en plufieurs
Lobes, mais ayant vne continuité allez égale. Toute leur fubftance, qui eftoit mollaffe,
paroiftoit d’ailleurs très -inégale , comme eftant compofée d’vne grande quantité de
glandes. Ils avoient vne membrane fort déliée, qui les couvroit immédiatement, la¬
quelle eftoit recouverte d’vne autre plus forte plus épaifle, qui tenoit lieu de la mem¬
brane adipeufe. La couleur de ces glandes eftoit d’vn rouge brun fort vif. On a trouvé
dans quelques-vns des Sujets que les Reins eftoient recoupez en trois à l’ordinaire , la
partie fuperieure & l’inferieure eftant plus larges que celle du milieu. L’Uretere n’eftoit
pas comme aux autres Oifeaux couché fur les Reins de haut en bas , mais il eftoit enfer¬
mé dans leur fubftance , où il eftoit vn peu plus large que dehors , comme pour former
vn baflinet , qui eftoit de la longueur du Rein. On voyoit dans ce baffinet plufieurs
trous, qui eftoient les emboucheûres des branches ou canaux que le baffinet envoyé dans
toute la fubftance du Rein. Il n’y avoit aucune apparence de Mammelons.
Les Annneaux qui compofoient lAfpre Artere, eftoient entiers, mais vn peu compri¬
mez, ce qui leur donnoit vne figure ovale. Le Larynx eftoit compofé d’vn Cricoïde d£
d’vn Aryténoïde. Le Cricoïde eftoit femblable à celuy de l’Homme, &C l’ Aryténoïde
eftoit fait de deux cartilages plats 8c larges, articulez avec le Cricoïde par le moyen de
leurs Mufcles. Ils laiffoient entre eux vne ouverture de fix lignes de large, qui faifoit la
Glotte. Ces deux Cartilages eftoient recouverts d’vn Mufcîe,qui fert apparemment à fer¬
mer l’ouverture de la glotte, en les approchant l’vn de l’autre.
Le Diaphragme n’eftoit point vnique, comme aux Animaux terreftres, où il ne fait
qu’vne cloifon , qui fepare les parties contenues dans la Poitrine d’avec celles du bas
Ventre i
DE HUIT AUTRUCHES. 179
Ventre ; mais il y avoit plufieurs Diaphragmes, qui faifoient beaucoup plus de répara¬
tions, m divifant la cavité de toute cette partie du corps, que l’on appelle le tronc, en
fix autres cavitez , par le moyen de cinq cloilons , que l’on peut prendre pour autant de
Diaphragmes.
Il y avoit quatre de ces Diaphragmes ou cloifons, dont la fituation eftoit droite de
haut en bas, 6c vn cinquième fitué en travers. Des quatre droits, il y en avoit deux pe¬
tits 6c deux grands. Les petits couvroient les Poulmons, qui eftoient attachez aux codes,
6c les lèparoient des quatres Veffies fuperieures du Poulmon. Les grands Diaphragmes
qui couvroient ces Veffies de mefme que les petits, couvroient les Poulmons, laif-
foient vn grand efpace au milieu, où le Coeur 6c le Foye eftoient enfermez enfemble.
Le cinquième Diaphragme, qui eftoit fituéen travers, allant du milieu d’vn des grands
Diaphragmes au milieu de l’autre, lèparoit le Cœur 6c le Foye d’avec le Gefier, les In-
teftins, 6c les autres parties du bas Ventre, dans lequel les deux Veffies inferieures du
Poulmon eftoient auffi enfermées. De forte que les Ex cavitez eftoient, vne grande du bas
Ventre-, vne autre grande du milieu de la Poitrine lituée au deffus de la première; deux
moyennes à cofté de la leconde, qui contenoient les quatre Veffies lupérieures -, 6c deux
petites encore à cofté des moyennes , où le Poulmon droit 6c le Poulmon gauche
eftoient enfermez.
Chaque petit Diaphragme, que nous appelions le Mufcle du Poulmon, parce qu’il
eftoit charnu, 6c qu’il couvroit le Poulmon, avoit fon origine fort charnue, qui eftoit
divifée en fix telles attachées vers l’extrémité des grandes Colles, proche de l’angle qu’el¬
les font avec d’autres petites Colles qui les attachent au Sternon, au lieu des Cartilages
qui les y attachent dans les Animaux terreftres. Ces Ex teftçs produifoient toutes en-
lèmble un large tendon ou aponeurofe, qui eftant couché fur le Poulmon, s’alioit join¬
dre avec l’aponeurofe de l’autre Mufcle oppofé, fur les vertebres du dos aufquelles elle
eftoit auffi fortement attachée. La direélion des libres de ce Mufcle eftoit oblique, ti¬
rant vn peu vers le bas, en forte que Ion aélion eft d’étreflir la Poitrine, en ferrant les
Colles, 6c les tirant en embas.
Chaque grand Diaphragme, qui n’eftoit qu’vne Membrane fans chair mufculeufe, 6c
par confequent fans aélion, fans mouvement propre , 6c. ne fervant que de cloifon, nous
a femblé mériter mieux le nom de Diaphragme, que les deux petits qui eftoient mufcu-
leux, 6c mefme que le Diaphragme des Animaux terreftres, qui fert à autre chofe qua
feparer le Ventre fuperieur de l’inferieur, eftant principalement employé par fon mou¬
vement à la refpiration que l’on appelle libre , de mefme que les MufcLes de la Poitrine
font pour la, refpiration que l’on appelle violente 6c forcée , qui fe fait par la dilatation
6c par la conftriélion de la Poitrine. Chacun de ces Diaphragmes eftoit attaché par en-
haut , 6c en devant le long de chaque cofté du Sternon , qui eftoit fort large à nos Au¬
truches, ainfi qu’il l’eft ordinairement aux Oifeaux. Par derrière il tenoit à l’aponeurofe
du Mufcle du Poulmon, 6c par le moyen de cette aponeurofe aux vertebres du dos : par
embas il s’attachoit au Mufcle tranfverfe du bas Ventre.
Le Diaphragme tranfverfal eftoit fitué vn peu plus bas que le bas du Sternon. Il par-
toit du milieu d’vn des grands Diaphragmes, 6c s’attachant en devant aux Mufcles tranft
verfes du bas Ventre , 6c par derrière aux aponeurofes des Mufcles du Poulmon , il s’al¬
ioit attacher à l’autre grand Diaphragme. Il eftoit en deftbus garni] de graillé de lepaif-
feur d’vn doigt.
Le Poulmon, qui eftoit enfermé entre les Colles 6c les petits Diaphragmes que nous
appelions les Mufcles du Poulmon, eftoit compofé de deux chairs rouges & fpongieufes,
ainli qu’aux autres Oifeaux. Elles avoient chacune dix pouces de long fur trois 6c demi
de large, eftant épailfes d’vn pouce 6c demi. Chacune des deux branches de l’Alpre Ar¬
tère, en entrant dans le Poulmon, fe divifoit en plulieurs rameaux, qui fe diftribuoient
dans tout fon Parenchyme , comme aux Animaux terreftres , à la réferve que tous ces ra¬
meaux eftoient membraneux Amplement, fans avoir de Cartilages. L’air paiïant dans
çes rameaux, fe couloir jufqu’à la furface externe du Parenchyme percé d vne infinité
X X X x
ïBo DESCRIPTION ANATOMI QJJ E
de petits trous, qui fe voyoient au travers dvne tunique fort mince, dont tout le Poul-
mon efloit reveflu , pour enfermer l’air, & le laiffer feulement fortir par cinq trous , cha¬
cun de quatre lignes de diamètre, difpofez félon la longueur du Poulmon, les vns de¬
vers l’Epine, les autres devers le Sternon. Ceux de ces trous qui efloient vers le Ster-
non, perçant la partie charnue du Mufcle du Poulmon, pour pénétrer dans les Veffies,
efloient obliques; & il fembloit que cela fufl ainfi, pour faire que l’air pûfl eflre retenu
volontairement dans ces Veffies par l’adion du Mufcle, qui peut, en fe refferant, étreffir
ce tiou , pour des vfages que Ion peut conjeélurer, ainfi qu’il fera expliqué dans la
fuite.
Les quatre Veffies qui efloient de chaque coflé au haut de la Poitrine, efloient en¬
fermées, ainfi qu’il a eflé dit, entre le Diaphragme & le Mufcle des Poulmons dont ils
efloient recouverts. La Tunique de chaque Veffie efloit collée par les coflez au Dia¬
phragme & au Mufcle du Poulmon. Par deffus & par deffous elle efloit jointe aux Tu¬
niques des Veffies voifînes entre lefquelles elle efloit. La cinquième Veffie, qui efloit
beaucoup plus grande que les autres , n’efloit point enfermée entre le Diaphragme & le
Mufcle du Poulmon, mais entre les deux Diaphragmes avec les Inteflins & les autres
parties du bas Ventre; & elles ne touchoient au Mufcle du Poulmon que par l’endroit
ou il efloit percé, pour donner paffage à l’air quelle reçoit du Poulmon. Nous avons
trouvé dans des Aigles, dans quelques autres Oifeaux, ces Veffies attachées par le
bas à vne membrane chargée de beaucoup de graiffe, qui enfermoit comme dans vn fac
le Ventricule & les Inteflins, & que nous avons prife pour vn Epiploon.
Le détail de cette flruéture ne fçauroit eflre fi bien obfervé dans les autres Oifeaux,
à caufe de la délicateffie des Tuniques dont ces Veffies font compofées , qui dans l’Au¬
truche font de l’épaiffeur des Veffies de Pourceau; & nous avons mefme trouvé celles
du bas Ventre dans l’vn de nos Sujets quatre fois plus épaiffes, eilant fcirrheufes: mais
dans la plufpart des autres Oifeaux il efl prefque impoffible de ne les pas percer en fai-
fant la diffeélion, &c elles ne peuvent eflre bien veûës qu’en les tenant enflées, & fouf-
fiant dans l’Afpre Artere. La connoiffance de ce détail a donné fujet à la Compagnie de
faire plufieurs refléxions fur la manière de la refpiration en général, &c fur celle qui efl
particulière aux Oifeaux , pour tafcher de parvenir à la connoiffance des vfages que doi¬
vent avoir ces organes fi differens dans les vns & dans les autres de ces Animaux.
On a confideré que la refpiration ne fert pas feulement au rafraifchiffement du Cœur &£
à la Voix, mais qu’elle efl mefme vtile à la coélion & à la diflribution de la nourriture,
par l’agitation continuelle , & par la conflriélion du Thorax, qui preffant les Poulmons
remplis d’air, rendus par fon moyen femblables à des oreillers mollets, fait qu’ils ex¬
priment doucement , non feulement le fang contenu dans leurs vaiffeaux, tk le pouffent
dans le Cœur ; mais compriment auffi les autres Vaiffeaux enfermez dans la Poitrine,
pour favorifer la diflribution du fang, ainfi qu’il paroifl dans les adfcions violentes, où la
rétention de la refpiration efl neceffaire , car on voit quelle fait monter le fang au vifage.
Mais la manière dont la refpiration s’accomplit par î’infpiration par l’expiration, dé¬
montrent clairement la vérité de cét vfage dans les Animaux terreflres: car l’infpiration
fe fait lors que la Poitrine efl élargie par le changement de la fîtuation des Colles Sc du
Sternon, qui rend fa capacité plus ample, &c par l’extenfion du Diaphragme, qui devient
plat : & l’expiration fe fait par vne fîtuation contraire des os de la Poitrine , qui rend fa
capacité plus étroite, &C par la rélaxation du Diaphragme, qui diminue auffi cette capa¬
cité, parce quelle le fait remonter en enhaut, &C occuper vne partie de la Poitrine. Or
cette rélaxation, qui efl vne chofe paffive, n’efl pas fuffifante pour le puiffant effort que
l’expiration demande, parce que l’air enfermé &C comprimé par l’aélion que lesMufcies
de la Poitrine font en l’expiration, feroit capable de repouffer le Diaphragme en embas,
s’il n’efloit pouffé en enhaut par quelque puiffance qui agifl fortement dans l’expiration.
Cette puiffance efl double-, l’vne efl celle du Mediaflin , qui après avoir eflé tiré & éten¬
du dans l’infpiration , lors que le centre du Diaphragme defcend en bas, retire en fuite
en enhaut le mefme centre, comme fait vnreffort, qui après avoir eflé contraint, re¬
tourne
DE HUIT AUTRUCHES. 181
tourne à Ton premier eftat, par vne aétion que Galien appelle naturelle, & qui n’efl pas
volontaire comme celle des Mufcles; en forte qu'il luy attribue la rétraction involon¬
taire qui arrive aux parties par les Mufcles dont les antagoniftes ont efté coupez. L’autre
puiffance qui fait monter le Diaphragme, eft celle des Mufcles du bas Ventre, qui peu¬
vent palfer pour les antagoniftes du Diaphragme, lors qu’ils compriment tout ce qui eft
contenu fous le Diaphragme: car par cette aétion, faifant remonter le Foye, le Ventri¬
cule, & les autres parties du bas Ventre, ils pouffent le milieu du Diaphragme en haut,
qui en fuite defcend, lors que par fon aétion propre, qui eft l’extenfion, il reprend la fi¬
gure droite &: plate que la contraction de fes fibres luy donne. Cette comprefïion des
Mufcles du bas Ventre fur les vifceres eft fi puiffante, que l’on a quelquefois vu le Ven¬
tricule avoir efté pouffé dans la capacité du Thorax, lors que le Diaphragme avoit re-
ceû vne grande bleffeûre, ainfi que le témoignent Paré , Sernert, & Hildanus.
Par ces aCtions de la comprefïion des Mufcles fur les vifceres, qui les fait monter, &£
de celle du Diaphragme qui les fait en fuite defcendre, & par la continuité de ces mou-
vemens alternatifs, on peut dire que la refpiration eft, à l’égard des humeurs contenues
dans le bas Ventre , ce que la pulfation du Cœur eft à l’égard du fang contenu dans fes
Ventricules-, c’eft à dire que cette comprefïion, & cette agitation fertnon feulement à la
diftribution du Chyle, de mefme que celle du Cœur fert à pouffer le fang dans les Ar¬
tères , mais qu’elle eft vne des principales caufes de la génération du mefme Chyle, par
la feCtion , l’atténuation & le mélange des parties de la nourriture que cette agitation
continuelle eft capable de produire.
Ces aétions, qui font effentiellement neceffaires pour la vie, &C qui fe doivent accom¬
plir dans les Oifeaux comme dans les Animaux terreitres, y font auffi faites par la refpira¬
tion , quoy qu’avec des organes differens : car quoy que le Diaphragme de ceux d’entre les
Oifeaux qui l’ont mufculeux, ou du moins le Mufcle du Poulmon dans l’Autruche, ait
quelque tenfîon tk quelque rélaxation, parle moyen de laquelle le Poulmon tk fes Velfies
font comprimées, il n’a point ce mouvement qu’il a dans les Animaux terreftres, par le¬
quel les vifceres font pouffez tantoft en haut,tantoft en bas -, & les Mufcles du bas Ventre,
à caufe de leur petiteffe, ne peuvent pas auffi les comprimer que foiblement, parce que
prefque tout le bas Ventre eft couvert par le Sternon , dont la grandeur a deû eftre énor¬
me, comme elle eft, pour donner origine aux grands Mufcles qui tirent l’aîle en embas;
la force de ces Mufcles n’eftant pas capable de fuffire à la puiffante aétion du vol , s’ils
eftoient moindres. De forte que cette foibleffe des Mufcles du bas Ventre & du Diaphrag¬
me, a dû eftre fuppleée dans les Oifeaux par les Velfies du Poulmon, qui s’empliffent , &C
fe vuident alternativement dans leur refpiration , & la manière dont elles agiffent eft telle.
Lors que le Thorax eft dilaté par l’aétion des Mufcles de la Poitrine, l’air entre dans
le Poulmon, tk en mefme temps du Poulmon dans les Velfies-, mais il faut entendre qu’il
n’entre que dans celles qui font enfermées dans la Poitrine, parce qu’il n’y a rien qui
puiffe, en dilatant les Velfies contenues dans le bas Ventre, donner occafion à l’air d’y
entrer: car au contraire, c’eft alors qu’elles s’aflFaiffent , & que l’air quelles contiennent
rentre dans le Poulmon. Mais lors qu’en fuite le Thorax eft comprimé tk rétrefli, l’air
enfermé dans les Velfies de la Poitrine en eftant exprimé, vne partie fort par le Larynx;
l’autre entre dans les Velfies du bas Ventre, & les enfle au mefme temps que celles d’en¬
haut fe defempliffent; & en fuite lors que les Velfies d’enhaut font remplies par la dila¬
tation du Thorax , elles reçoivent non feulement l’air du dehors par le Larynx, mais
auffi celuy des Veffies du bas Ventre , qui font comprimées au mefme temps que celles
d’enhaut font dilatées -, & cela leur arrive, tant parce que leurs tuniques retournent en
leur premier eftat par la force du reffort , que parce que les vifceres qui ont efté forcez
fk comprimez par la dilatation des Veffies, les pouffent à leur tour, aidez par les Muf¬
cles du bas Ventre quoy que petits. Ce qui fait vne réciprocation tk vne viciffitude
d’impulfîons qui fupplée à l’aétion puiffante que les grands Mufcles du bas Ventre pro-
duifent dans les Animaux terreftres. Cette aétion des Veffies qui fervent à la refpiration
des Oifeaux, fe voit manifeftement lors qu’on les diffeque vivans. Nous en avons fait
Y Y y y
182. DESCRIPTION ANATOMI QU Ë
fëxperlence dans de grands Oifeaux , comme des Oyes & des Cocqs- dinde , à qui
ayant ouvert le bas Ventre, fans avoir bleffé les Veffîes qui y font, on a remarqué que
lors que le Thorax eftoit déprimé dans l’expiration, les Veffies d’embas s’enfloient, &
que lors qu’il fe dilatoit pour l’infpiration , elles s’affaiffoient.
Cette manière particulière que les Oifeaux ont en leur refpiration, peut eftre expli¬
quée par les fouffiets des forges, qui fenüblent avoir efté faits à l’imitation des organes de
la refpiration des Oifeaux : car ces fouffiets ont vne double capacité pour recevoir l’air.
La première eft celle de delîous, qui reçoit Pair lors que le foufflet eft ouvert, & cette ca¬
pacité reprefente les Veffies d’enhaut enfermées dans la Poitrine. La fécondé capacité eft
celle de deflus, qui reprefente les Veffies du bas Ventre : car lors que la capacité infe¬
rieure eft retreffie par la compreffion du foufflet , l’air qu’elle a receû entre par vn trou
dont elle eft percée , & paffe dans la capacité fupérieure , en forte que l’air pouffé avec
force élargit cette capacité, en faifant foûlever le volet de deffus ; ce trou eftant dans le
volet du milieu, qui eft comme vn Diaphragme entre les deux capacitez qui compofent
le foufflet, lefquelles font differentes de celles des Veffies du Poulmon des Oifeaux, en ce
que leur fituation eft differente -, la capacité des Veffies qui reçoivent premièrement l’air,
eftant en la partie fupérieure aux Oifeaux, & en l’inferieure aux fouffiets des forges. La
Compagnie a fait encore fur plufieurs autres Oifeaux des remarques qui concernent la
refpiration de ce genre d’Animaux, que l’on trouvera dans leurs Defcriptions.
Le Cœur eftoit prefque rond , ayant fix pouces de la bafe à la pointe fur cinq de
large. Les Oifeaux l’ont ordinairement plus long à proportion. Les Oreilles en eftoient
petites, & les Ventricules grands. L’ouverture de la Veine Cave eftoit fort large, fans au¬
cunes Valvules: il y avoit feulement comme vn fac, dont le cofté, qui eftoit mitoyen
entre fa cavité l’emboucheûre de la Veine Cave, fervoit de Valvule, qui pouvoit
eftre appellée Sigmoïde charnue. Cette ftrudture eft ordinaire au Cœur des Oifeaux. Les
autres Valvules eftoient aux autres vaiflèaux du Cœur à l’ordinaire.
L’Aorte defcendoit le long du cofté droit comme aux autres Oifeaux, eftant enfermée
dans vne capfule formée par l’aponerofe du Mufcle du Poulmon.
Le Crâne eftoit fort tendre : on y a trouvé vne fradture à l’vn des Sujets. Les Natura-
liftes ont remarqué que quand l’Autruche craint quelque danger, elle croit eftre en feû-
reté, quand elle a mis fa tefte à couvert.
Le Cerveau avec le Cervelet n’avoit que deux pouces & demy de long fur vingt
lignes de large. La Dure Mere ne feparoit point le grand Cerveau en deux par cette
large production que l’on appelle la Faux ; mais on voyoit feulement dans la fubftance du
Cerveau vne petite raye peu enfoncée , fur laquelle la Dure Mere vn peu épaiffie, &C
faifant comme vne coufture, eftoit appliquée.
Le Sinus Longitudinal alloit à l’ordinaire du devant de la Tefte au derrière, pour fe
terminer à la rencontre des Sinus Latéraux, qui eftoient placez à l’endroit où la Dure
Mere fepare le Cerveau du Cervelet. Ces deux Sinus fortoient du Crâne par des trous
particuliers de l’Occiput , pour fe décharger dans les Jugulaires internes. Le quatrième
Sinus, qui eftoit fitué beaucoup plus en arriére que dans les Animaux terreftres, def¬
cendoit obliquement en bas, & fe partageant en deux branches, entroit dans les ventri¬
cules du Cerveau.
La Dure Mere eftant levée, on voyoit la glande Pinéale pofée fur l’endroit où le Cer¬
velet fe joint au Cerveau : elle eftoit de la groffeur d’vn petit pois. Plufieurs rameaux du
Lacis Choroïde l’envelopoient. La Pie Mere eftoit parfemée d’vn grand nombre de
vaiffeaux. La furface du Cerveau quelle couvroit, n’eftoit point divifée en plufieurs fi-
nuofitez tk circonvolutions, mais vnie & égale, ainfi quelle eft ordinairement aux Oi-
{èaux. Toute la partie anterieure du grand Cerveau eftoit divifée en deux autres parties,
qui n’eftoient jointes enfemble que par des petites fibres très -déliées. La feparation de
ces deux parties , qui dans les Animaux terreftres ne va que jufqu’au corps calleux,
eftoit abfolument de tout le Cerveau, qui s’vniffoit feulement par la partie poftérieure,
proche du Cervelet. Cette feparation du Cerveau en deux parties fe trouve à la plufpart
DE HUIT AUTRUCHES. 183
des Oifeaux-, & elle n’ell pas ignorée par les Charlatans, qui font valoir leur Baume, en
guériffant des Poulets, après leur avoir traverfé la Telle avec vn couteau qu’ils paffent
aifément entre ces deux parties du Cerveau, fans les bleffer. Dans chacune de ces deux
parties il y avoit vne cavité ou ventricule , qui elloit recouvert par vne fubllance blan¬
che, moëlleufe, & d’vne demi -ligne d’épailTeur, qui s’étendoit aulïi fur l’endroit par
lequel ces deux parties font jointes enfemble, & ou les deux ventricules anterieurs s’af-
fembloient en vn troiliéme. Dans ce troiliéme il y avoit vne fente qui aboutilïoit à l’en¬
tonnoir &; à la Glande pituitaire, qui bouchoit exa&ement le bout de l’entonnoir, ellant
fituée à l’ordinaire fur la Celle de de l’Os Sphénoïde. A la partie pofterieure des deux Ven¬
tricules anterieurs on voyoit le Lacis Choroïde formé par vne branche de la Carotide,
&; vne branche du quatrième Sinus. Prefque toute la fubllance du Cerveau elloit d’vne
couleur cendrée, & femblable à la partie corticale du Cerveau de l’Homme, en forte
qu’à proportion de celle qui e£l moëlleufe, elle elloit dix fois plus groffe ôë plus épailfe.
Les dix paires de nerfs prenoient leur origine, & lortoient hors du Crâne de la mefme
manière que dans les Animaux terrellres.
La moelle de l’Epine , qui prenoic fon origine de l’endroit où les deux parties du Cer¬
veau anterieur fe joignent enfemble avec le Cervelet , avoit à fes collez deux émi¬
nences rondes, de la grolfeur d’vne petite noix. Elles avoient chacune vne cavité conli-
dérable, &c formoient comme deux Ventricules, qui s’ouvroient dans le conduit infe¬
rieur, qui palfe fous ce qu’on appelle le pont de Silvius, & par où les ferolitez du Cer¬
velet fe déchargent dans l’entonnoir.
Dans le Cervelet la partie corticale la moëlleufe elloient difpofées de la melme ma¬
nière qu’elle fe voyent dans les Animaux terrellres ; ces differentes parties parodiant par
le dehors edre arrangées par lames jointes les vnes aux autres, & diffinguées par des li¬
gnes parallèles. Il y avoit deux apophyfes vermiformes comme dans l’Homme. Il y avoit
auffî vn Ventricule de la figure d’vne plume à écrire, comme dans la plufpaft des Ani¬
maux terrellres. Le cervelet par le dedans elloit compofé à l’ordinaire d’vne fubllance
blanche, en forme de branches d’arbre, & d’vne autre fubllance rougeallre & livide.
La figure de l’Oeil, de mefme qu’aux autres Oifeaux & aux Poiffons , elloit compofée
de deux demi -globes, dont le plus grand formé par la Sclérotique avoit fa partie plate
en devant • l’autre beaucoup plus petit elloit pofé fur le plat de la Sclérotique. Ce petit
demi-globe elloit la Cornée, qui avoit tout autour vn cercle relevé, faifant comme vne
bordure. Le Nerf-Optique n’entroit pas par le milieu, mais vn peu à collé vers l’angle,
que la convexité de la Sclérotique fait avec la partie plate. Le Cryllailin n’avoit point
de noyau, mais fa fubllance elloit vniforme: il elloit plus convexe en dedans qu’en de¬
hors. La Choroïde elloit entièrement noire, fans avoir dans le fond cette membrane di-
verfement colorée, &C comme dorée, que nous appelions le Tapis.
Le Nerf- Optique ayant percé la Sclérotique & la Choroïde, fe dilatoit, & formoit com¬
me vn entonnoir d’vne fubllance femblable à la fienne. Cét entonnoir n’efl pas ordinai¬
rement rond aux Oifeaux, où nous avons prefque toujours trouvé l’extrémité du Nerf-
Optique applatie & comprimée au dedans de l’Oeil. De cét entonnoir fortoit vne mem¬
brane pliffée, faifant comme vne bourfe qui aboutiffoit en pointe vers le bord du Cryflal-
lin le plus prochain de l’entrée du Nerf- Optique. Cette bourfe, qui elloit large de hx li¬
gnes par le bas , à la fortie du Nerf-Optique , & qui alloit en pointe vers le haut, elloit
attachée par fa pointe au bord du Cryllailin , par le moyen de la membrane qui le cou-
vroit du collé de l’humeur vitrée, & qui couvroit aulïi toute la bourfe qui eftoit noire,
mais d’vn autre noir que n’ell celuy de la Choroïde, qui paroill comme enduite d’vne
couleur détrempée, qui s’attache aux doigts: car c’elloit vne membrane pénétrée de fa
couleur, & dont la furface elloit fblide.
La Glande Lachrymale fuperieure, qui efl ordinairement cachée au dedans de l’angle
extérieur de l’Orbite, elloit placée dans vne cavité enfoncée dans la portion du Coronai
qui va faire la partie fupérieure de l’Orbite: elle avoit huit lignes de long fur quatre de
large -, fes tuyaux elloient difpofez à l’ordinaire.
ZZZz
184
«
Explication de la figure du Cafiuel .
LA figure d en bas fait voir que la Telle, le Col, & la bolTe de l’Eftomac font fans
plumes; que le relie du Corps paroift plûtoll garni de poil que de plumes -, que
les Appendices charnues, dont le bas du bec des Poules eft ordinairement garni, font au
bas du Col en cét Oifeau ; que la Telle eft couverte d’vne crelle femblable à celle
d’vn cafque; que le Bec ell fendu par le bout-, qu’au lieu de Plumes, les Ailes n’ont que
cinq tuyaux fans barbes; &: que le Croupion & les Pieds font extraordinairement gros.
D ans la figure a en haut.
AA.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
I.
r.
K.
LL.
MM.
N.
OQ,
PQP.
P S r
R r.
TT.
VV.
Xa.
YZ.
z.
Z , Z.
3 > 3*
4> 4-
5 >6-
6,8.
7,8.
Eft vne des plumes qui font ainft la pluftart doubles.
La Langue avec le nœud du Larynx.
La Ratte.
L’ Artere S pie nique.
La Veine Splénique.
Le Jabot.
Le premier Ventricule. t
Le fécond Ventricule.
S) ne Appendice du fécond Ventricule.
La Ve Ve de l’Appendice qui bouchoit le Pylore.
La Veftcule du Fiel.
Le Canal Cyftique.
Le Canal Hépatique.
Le Pancréas.
La Paupie're interne étendue fur la Cornée. Cette Paupière de me fine que les autres figures des
parties de l’0eil3 font a peu prés de la grandeur naturelle.
La Paupière interne tirée de de fus la Cornée , & rangée dans le grand coin de l’Oeil .
QALe grand Mufcle de la Paupière interne ; Q^eft fin origine ; P, fin infiertion j S, le Nerf-
Optique fur lequel le Vendon du Mufcle eft plié s r , L Aponeurofe du petit Mufcle qui fért
de poulie au Ven don du grand.
Le petit Mufle.
La Glande Lachrymale.
Les Vaiffeaux de la Glande lachrymale.
Le Canal lachrymale X , eft fin ouverture vers le bord de la Paupière interne , par ou l’humeur
eft versée fur la Cornée.
Le grand Mufcle étendu ,• Z , eft fin origine j Y , fin infiertion.
Le Vronc de la Veine Cave inferieure.
Les Emulgentes.
Les Reins.
Les Veslicules.
L’Epididyme.
Le Défèrent.
LVretére.
DESCRIPTION
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
DU N CASUEL
AVant l’année mil cinq cens quatre-vingts- dix -fept on n’avoit point vu cét Oi-
feau en Europe -, aucun Auteur des anciens, ny des modernes, n’en avoit parlé.
Les Hollandois en apportèrent vn au retour de leur premier voyage des Indes. Il leur
avoit efté donné comme vne choie rare par vn Prince de l’Ifle de Java. Six ans après
ils en apportèrent deux autres, mais ils moururent en chemin. Celuy que nous décrivons
a efté envoyé au Roy en 1671. par le Gouverneur de Madagafcar, qui l’avoit acheté
des Marchands qui retournoient des Indes. 11 a vefou quatre ans à Verfailles.
Clufius dit qu’il eft appellé Emé dans les Indes. Nous n’avons encore pu fçavoir pour-
quoy on l’appelle icy Cafuel ou Gafuel. Cét Oifeau eft, après l’Autruche, le plus grand,
éc le plus mallif de tous ceux que nous connoiftons. Celuy que Clufius décrit, qui eft
le premier que les Elollandois ont apporté des Indes, eftoit d’vn quart plus petit que le
noftre, qui avoit cinq pieds & demy de long depuis le bout du bec jufqu’à l’extrémité
des ongles. Les Jambes avoient deux pieds demy depuis le ventre jufqu’à l’extrémité
des ongles. La Telle & le Col avoient enfemble vn pied & demy. Le plus grand des
doigts, compris l’ongle, avoit cinq pouces de long. L’ongle feul du petit doigt avoit trois
pouces & demy. L’Aîle eftoit fi petite, qu’elle ne paroiffoit point, eftant cachée fous les
plumes du dos. Aldrovande, qui n’a vû que la defcription qui en eft dans la Relation
du premier voyage des Hollandois, dit que cét Oifeau eft principalement admirable en
ce qu’il n’a ny Ailes, ny Langue. Nous avons trouvé dans noftre Sujet que cela n’eft
pas vray. Cét Auteur pouvoit aufti ajoufter qu’il n’a point de plumes , parce qu’en
effet, celles quile couvrent, reffemblent mieux au poil d’vn Ours ou d’vn Sanglier, qu’à
des plumes, ny qu’à du duvet, tant les fibres qui compofènt les barbes de ces plumes,
font groffes, longues, 6ë rares.
.. Toutes ces Plumes eftoient d’vne mefme efpece, à la différence des Oifeaux qui vo¬
lent, ou il y a des Plumes qui fervent au vol, & d’autres qui ne font que pour couvrir
la peau. Noftre Cafuel n’en avoit que de la dernière efpece. Elles eftoient la plulpart
doubles, ayant deux longs tuyaux fortans d’vn autre fort court, qui eftoit attaché à la
peau. Clufius dit qu’elles font toujours doubles. Dans noftre Sujet il y en avoir beau¬
coup de (impies. Celles qui eftoient doubles , eftoient toujours de longueur inégale :
quelques- vnes alloient jufqu’à quatorze pouces. Nous avons déjà remarqué de cette
forte de Plumes dans vne Aigle , Sc dans vn Perroquet : mais celles du Cafuel avoient
trois particularitez. La première eft que les barbes, qui garniffoient le tuyau depuis la
moitié jufqu’à l’extrémité, eftoient longues, & groffes comme du crin de Cheval , fans
jetter aucunes fibres -, & elles font en cela differentes des plumes des Aigrétes, dont les
Barbes longues &£ déliées ne font pas de (impies fibres comme elles le paroiffent -, car
elles font garnies de chaque codé de petites fibres fi courtes, qu’elles font prefque imper¬
ceptibles. La fécondé particularité eft , qu’en cette moitié le tuyau n’eftoit point diffe¬
rent des Barbes, n’eftant ny plus gros, ny de couleur differente, ainfi qu’il eft ordinai¬
rement aux Plumes des autres Oifeaux. La troifiéme particularité eft que ces Barbes
eftoient parfaitement noires, 6c que celles de l’autre moitié eftoient de couleur de gris-
tanné, plus courtes, plus molles, & jettant de petites fibres déliées comme du duvet. Or
il n’y avoit que cette partie compofée de fibres groffes & noires qui parût, l’autre par¬
tie compofée de duvet en eftant recouverte. Les differens poils dont eft reveftuë la
peau des Caftors, des Sangliers , & des autres Animaux qui font fujets à fe traifner dans
la fange, font difpofez de cette manière pour des vfages qui font expliquez dans la Def¬
cription du Caftor.
A A A A a
lU DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL.
Le Col eftoit fans plumes comme au Coc-d’Inde. La Telle n’en avoit point auffi : elle
avoit feulement quelques poils relevez fur le fbmmet, principalement vers le derrière 8e
fur le Col. 11 n’y avoit point de Queue ; les plumes qui garniffoient le croupion , qui eftoit
extraordinairement gros , n’eftant point differentes des autres , ny autrement difpofées.
Les Ailes, qui, fans les Plumes, n’avoient pas trois pouces de long, eftoient garnies des
mefmes Plumes, 8e jettoient chacun cinq gros tuyaux fans aucunes Barbes. Clufius n’en
met que quatre: ils eftoient de longueur differente, félon la difpofition 8c la proportion
que les doigts ont en la main. Le plus long avoit onze pouces, ayant trois lignes de dia¬
mètre vers la racine, qui eftoit feulement vn peu plus groffe que l’extrèmitè, laquelle
n’alloit pas jufqu’à eftre pointue, mais paroiffoit rompue, ou rongée. Leur couleur eftoit
d’vn noir fort luifant. Nous n’avons point jugé que ces Ailes pûffent fervir à luy aider à
marcher, ainft que Clufius penfe, y ayant plus d’apparence qu’il s’en peut aider pour
fraper comme avec des houftines.
La Telle paroiffoit petite comme à l’Autruche, parce qu’elle n’eftoit pas enflée de
Plumes, ainft qu’aux autres Oifeaux. Elle eftoit couverte d’vne Crefte haute de trois
pouces , fembîable à celle d’vn cafque. Cette Crefte ne couvroit pas néanmoins tout le
delfus de la Telle: car elle ne commençoit qu’vn peu au-delà du milieu du fommet, 8 C
venoit finir au commencement du bec. Elle eftoit de differentes couleurs , le devant
eftant noiraftre, 8c le derrière & les collez de couleur de cire. Par tout elle eftoit polie
& luifante comme de la corne. Sa circonférence eftoit en tranchant, n’ayant pas plus de
trois lignes en cét endroit; delà elle alloit, en s’élargilfant, vers fa bafe jufqu’à vn pouce.
Sa fubftance, qui eftoit fort dure, nous paroiffoit fembîable à de la corne, eftant corn-
pofée de plufieurs lames, comme les cornes des Bœufs. Clufius dit que lors que cét Oi-
feau mue, la Crefte luy tombe avec les Plumes: ce qui ne nous a point femblé croyable,
vu la fubftance de cette Crefte, fuppofé qu’elle fût vne corne: car elle n’eftoit point de
la nature des cornes des Cerfs, qui tombent, & qui renaiffent ; & nous nous fommes en-
quis de cette particularité à ceux qui gouvernent les Animaux de Verfailles, qui n’ont
point vu, pendant quatre ans , que cette Crefte foit tombée. Nous aurions fouhaité qu’il
nous euft efté permis d’examiner par la difléélion de quelle manière cette Crefte eftoit
jointe au Crâne ; fçavoir fi le Crâne envoie vne produélion offeufe dans la cavité de la
Crefte, comme il fe voit qu’il y en a dans les cornes qui font creufes, ou fi c’eft vn corps
folide: mais il y avoit vn ordre exprès du Roy de conferver la dépouille de cét Animal,
pour en orner la Ménagerie de Verfailles.
La partie fuperieure du Bec eftoit fort dure par fes deux bords & par le deffus. Les
entre-deux de chaque cofté n’eftoient garnis que d’vne membrane, dans laquelle
eftoient les trous des Narines , tout auprès de l’extrémité du Bec. Cette extrémité du
Bec eftoit refendue en trois, à peu prés comme au Cocq-Indien. Le bout du Bec infe¬
rieur eftoit legerement dentelé, eftant auffi partagé en trois. Tout le Bec eftoit d’vn
gris-brun, à la referve d’vne marque verte que le Bec inferieur avoit à chaque cofté,
environ vers le milieu.
L’Oeil eftoit grand. Son Iris eftoit de couleur de Topafe , à peu -prés comme au
Lion. Il y avoit vne Paupière interne, qui fe cachoit dans le grand angle. La Paupière
inferieure, qui eftoit la plus grande , eftoit garnie d’vn rang de cils noirs. Il y avoit auffi
vne rangée de poils noirs en demy-rond, au deffus de l’Oeil, qui s’élevoit en manière de
Sourcil. Le trou de l’Oreille eftoit fort grand, & découvert, eftant feulement environné
de poils noirs, de-mefme que les Yeux. Il y avoit de ces mefmes poils autour de la ra¬
cine de la Crefte.
Les deux collez de la Tefte, au tour de l’Oeil & de l’Oreille, eftoient de couleur
bleue. Le Col eftoit violet, tirant fur la couleur d’ardoife. Il y avoit auffi du rouge par
derrière en plufieurs endroits, mais principalement vers le bas-, & ces endroits rouges
eftoient vn peu plus relevez que le refte, par des rides , dont le Col eftoit entrecoupé
obliquement. Clufius dit qu’il y a des plumes rouges vers le bas du Col, que nous n’a¬
vons point trouvées dans noftre Sujet.
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL ïfy
Au bas du Col il y avoit deux Appendices charnues , fèmblables à celles qui pendent
au bec inferieur des Poules. Elles eftoient longues dvn pouce & demy , & larges de
neuf lignes, eftant arondies par le bout. Leur couleur efloit comme le refte du. Coi,
en partie de rouge , & en partie de bleu.
Au milieu de la Poitrine il y avoit vne place fans plumes de la longueur de fix pou¬
ces , de figure ovale, vn peu pointue par le haut. Cette place efloit vue callofitc, fur la¬
quelle l’Ôifeau s’appuyoit, comme fait le Chameau. Elle efloit compofee dyne peau
feche, collée fur vn ligament offeux , fort mince, appliqué 8c attaché fur le milieu du
Sternon , par des fibres meüées de graille , en forte que toute cette callofité efloit mo¬
bile.
Les Cuifles eftoient couvertes de plumes. Les Jambes, qui eftoient extraordinaire¬
ment grofles, fortes & droites, avoient des écailles. Il y en avoit d’hexagones, de pen¬
tagones & de quarrées. Vers le haut 8e au derrière de la Jambe elles eftoient petites ,
vers le bas 8e en devant elles avoient jnfqu’à vn pouce: fur le cou du pied elles eftoient
en lame , larges de deux pouces. Les Doigts eftoient auffi couverts d’écailles. lis n’e-
ftoient qu’au nombre de trois , n’y en ayant point derrière : le plus petit eftoit en dedans.
Les Ongles eftoient d’vne fubftance dure & folide, noire en dehors, 8£ blanche en de¬
dans. Ils eftoient vfez jufqu’à prés de la moitié. Clufius dit que cét Oifeau a vne force
prodigieufe à fes pieds, dont il frappe, en ruant en arriére, en telle forte, qu’il brife des
troncs d’arbre de la grofleur de la cuifte. Ceux qui ont gouverné le noftre n’ont point
vu qu’il fuft fi fort, ny fi furieux: ils ont feulement remarqué qu’il couroit apres les fem¬
mes avec beaucoup d’opiniaftreté.
L’Oefophage, depuis le Pharynx jufqu’au commencement du Jabot, avoit dix pouces
de long : il eftoit large d’vn pouce & demy. Les Tuniques dont il eftoit compofé
eftoient épaiftes. Avant que d’entrer dans la Poitrine, il s’élargifloit , & devenoit plus
mince, faifant vn Jabot, qui, comme aux Poules & aux Pigeons, eftoit moitié dans le bas
de la gorge &c moitié dans la Poitrine. Ce Jabot avoit huit pouces de long, & quatre
de large: à l’endroit le plus étroit il en avoit deux. Il eftoit fuivi d’vn fécond Jabot plus
grand, <k compofé de Tuniques plus épaiftes. Ce Jabot avoit vn pied de long, &; fepü
polices de large. Il defcendoit jufqu’au de flou s du Foye. Sa tunique intérieure eftoit
compofee de glandes , comme l’extrémité de l’Oefophage l’eft ordinairement aux Oi-
feaux -, & ces glandes, qui n’eftoient pas fi grandes, ny fi bien formées qu’à l’Otarde, qui
eft celuy des Ci (eaux ou nous les avons trouvé les plus diftinétes, eftoient recouvertes
d’vn velouté jaune. Cette particularité fait que ce Jabot peut eftre pris pour le premier
Ventricule, qui eftoit fuivi d’vn fécond compofé de Tuniques plus minces que celles du
premier. La Tunique interne paroiiïoit épaifte, parce qu’elle eftoit plifïee. Le velouté
qui le couvroit, eftoit vn peu plus épais que dans le premier Ventricule. Ces deux Ven¬
tricules eftoient feparez , tk distinguez l’vn de l’autre, non feulement par leur fubftance,
qui eftoit differente, &c par vn retrecifîement tel qu’il s’en voit aux differens Ventricules
des Animaux qui ruminent, mais encore par vn rebord membraneux fait en forme de
Valvule.
Du milieu du fécond Ventricule il fortoit en dedans vne Appendice de trois pouces
de long, tk de huit lignes de large: c’eftoit vn allongement de la membrane interne du
Ventricule. Au bout de cette Appendice il y avoit comme vne telle, de la groftèur d’vn
oeuf de Poule, qui tirant rAppendice en ernbas, defcendoit dans le Pylore, & le boûchoit.
Il y avoit lieu de douter fi cette conformation eftoit naturelle, ou caufée par vne ma¬
ladie. Nous avons néanmoins jugé qu’elle n’eftoit point naturelle , &C qu’il s’eftoit for¬
mée dans la membrane interne du Ventricule vn feirrhe , qui par fa pelanteur l’ayant in-
fenftblement allongée, avoit formé cette Appendice, dont l’extrémité grofte &C dure com¬
me elle eftoit , pouvoit avoir efté caufe de la mort de cét Animal, qui , quinze jours du¬
rant avant que de mourir , avoit fouffert vne efpece de vomiffement d’eaux blanchâ¬
tres, jufqu es à vne chopine par jour 5 ce qui eftoit apparemment fa nourriture, qui n’a-
voit pu palier,
B B B B b
188 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL
C’eft vne chofe affez remarquable que cét Animal, qui ne fe nourrit point de chair ,
mais de legumes &; de pain, n’euft point de Géfier charnu & mufculeux, comme tous
les autres Oifeaux qui vfent de cette forte de nourriture ont accouftumé d’en avoir;
vu mefme qu’en toute autre chofe il a tant de rapport avec l’Autruche , qui a vn Géiler*
èc que comme elle il avale tout ce qu’on luy prefente , jufqu a des charbons ardens, au
rapport de Clufius; tk il faut croire que la Nature a fuppléé au defaut du Géiier, par la
multitude des Ventricules qu’elle luy a donnez, pourveûs d’vne vertu particulière* ô£
capable de diifoudre les alimens les plus durs & les plus folides. Cela nous a paru croya¬
ble, vû l’eilat auquel on a trouvé les deux Ventricules &C le Jabot : car les Ventricules
eftoient entièrement vuides, n’y ayant que le Jabot qui euft quelque chofe; & là nour¬
riture qu’il contenoit eftoit plus qu’à demy digérée. Ce qui fait juger de la force que
doivent avoir ordinairement ces Ventricules, puis que leur Jabot en avoit tant dans vn
Animal mourant.
Les Inteftins avoient en tout quatre pieds huit pouces de long, &; deux pouces de
diamètre. Ils eftoient tous de mefme largeur de mefme fubftance, fans feuillets en de¬
dans, fans cellules, fans Cæcum.
Le Foye eftoit médiocrement grand, le Lobe droit ayant feulement huit pouces, &
le gauche quatre. Il eftoit par tout fcirrheux. La Veftcnle, qui eftoit attachée le long du
Lobe droit, tk enfermée dans la Capfule, avoit fept pouces de long, &£ vn pouce tout
au plus de diamètre. Le Canal Cyftique, qui fortoit du haut de la Veficule, eftoit long
de huit pouces , & s’élargifloit vers fon infertion, qui eftoit vers le commencement du
Duodénum. L’Hepatique avoit huit pouces tk demy, fk defcendoit de gauche à droit,
& le Cyftique de droit à gauche: ce qui faifoit que ces deux canaux fe croifoient vers
leur partie inferieure. L’Hepatique s’inferoit au deflous du Cyftique.
La Ratte eftoit longue de trois pouces, & large d’vn pouce ôc demy par fa plus gran¬
de largeur: elle avoit la figure d’vne Solle. Ses vaifleaux fe diftribuoient à l’ordinaire.
Le Pancréas eftoit petit à proportion des autres parties. Il n’avoit que deux pouces
de long fur deux lignes de large. Son Canal, qui eftoit tres-délicat, n’avoit qu’vne ligne
& demie de long, tk s’inferoit au deflus du Cyftique.
Les Reins eftoient, comme aux autres Oifeaux, partagez comme en plufieurs Lobes.
Ils avoient huit pouces de long. Les Ureteres eftoient de la grofleur d’vne plume à
écrire , & longs de fept pouces.
Les Tefticules avoient vn ponce de long, & demy pouce de large. Leur fubftance
eftoit blanche & dure, &c beaucoup differente de celle de l’Epididyme, qui eftoit molle,
8c jaunaftre ; mais la grandeur de cét Epididyme eftoit fort extraordinaire, ayant trois
pouces de long fur deux lignes de large, en forte qu’il s’élevoit deux pouces au def-
fus du Tefticuîe. Le Canal Défèrent defcendoit le long du Rein, s’attachant à la Veine
Emulgente, &c s’vniftànt en fuite à l’Uretere. Il eftoit long d’onze pouces, ayant la
grofleur d’vn tuyau de plume. La Verge eftoit placée comme à l’Autruche. Elle avoit
deux pouces de long, vn pouce de large vers fa bafe, &c deux lignes vers fa pointe. La
peau qui la couvroit eftoit dure, épaifle, & inégale en dedans, à caufede plufieurs replis
qui eftoient difpofez en forme de vis. Le corps de la Verge eftoit compofé de deux li-
gamens cartilagineux, qui donnoient vne figure pyramidale à la Verge. Ils eftoient fort
durs , & fort folides , & fortement attachez l’vn à l’autre en deflus. Ils fe feparoient en
deflous , pour donner place à vn canal membraneux , avec lequel on ne voyoit point
que les Déferens, ny les Ureteres enflent aucune communication.
Les Poulmons avoient huit pouces de long fur quatre de large dans leur milieu.
Comme cét Oifeau eft le plus grand que nous ayons diflequé depuis l’Autruche, nous
nous fommes appliquez à y obferver des choies qui appartiennent aux organes de la
Refpiration , qui ont vne ftruâ'ure particulière dans les Oifeaux, & que nous avions
commencé à découvrir dans l’Autruche: car il n’eft pas aifé de bien voir ces chofes
dans de moindres Oifeaux. Nous avons entre autres chofes examiné deux Mufcîes, que
nous appelions les Mufcîes du Poulmon. Ces Mufcîes avoient leur origine fort charnue,
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL. 189
qui en chacun fe divife en fix Tedes attachées chacune à vne Code, à l’endroit où la
Code, qui par vn bout ed articulée avec les Vertebres, s’articule par l’autre avec vne
autre Code qui s’articule au Sternon. Car il faut remarquer que les Codes des Oifeaux
font ordinairement doubles-, de qu’au lieu qu’aux Animaux terredres il y a des Appen¬
dices cartilagineufes qui les attachent au Sternon, ce font aux Oifeaux de véritables os
qui font articulez , de non pas joints par fymphyfe avec les Codes. Or ces lîx Tedes
du Mufcle du Poulmon produifoient toutes enfemble vn large Tendon ou Aponeu-
rofe , qui couvroit le Poulmon , de qui le feparoit des Vedies , dans lefquelles l’air,
apres avoir pénétré le Poulmon, entre par les trous dont cette Aponeurofe ed percée;
de ces Vedies edoient recouvertes par le Diaphragme , de mefme que le Poulmon
l’edoit par l’Aponeurofc: en forte que les Vedies edoient enfermées entre l’Aponeu-
rofe de le Diaphragme , de mefme que le Poulmon l’edoit entre l’Aponeurofc de les
Codes. Cette Aponeurofe aind couchée fur le Poulmon , s’alloit joindre avec l’Apo-
neurofe du Mufcle oppofite fur les Vertebres, aufquelles elle edoit audi fortement at¬
tachée ; laidant néanmoins fur le milieu du corps des Vertebres, vn efpace vuide pour
le padage de l’Aorte defcendante , de pour l’Oefophage. Au mefme endroit où ces
Aponeurofes fe joignoient enfemble, de s’attachoient aux Vertebres, les Diaphragmes
s’attachoient audi, de edoient vnis aux Aponeurofes; mais vers le codé gauche ils don-
noient padage à vn gros rameau de l’Aorte, qui tenoit lieu de Cœliaque de de Mefen-
térique. Ce rameau fe glidoit entre toutes ces Aponeurofes, tant des Mufcles du Poul¬
mon , que des Diaphragmes , lefquelles edoient jointes enfemble.
L’vfage de ces Mufcles, félon nos conjectures, ed double. Le premier ed de fervir
au mouvement de la Poitrine, en la tirant en embas ; parce qu’ils vont de l’angle que
les Codes font enfemble par leur articulation mutuelle , de defcendent obliquement
vers les Vertebres inférieurs du Dos aufquelles ils font attachez. Le fécond vfage ed de
retenir l’air enfermé dans les Poches ou Vedies . afin de l’empefcher de fortir avec la
mefme liberté qu’il a eue à y entrer. L’vfage de cette rétention ne nous ed pas encore
bien connu, du moins à l’égard des Poches d’enhaut: car à l’égard de celles d’embas,
l’vfage de cette rétention a edé expliqué dans la Defcription de l’Autruche, où l’on a
fait voir qu’il y a apparence que l’air retenu dans les Poches d’embas fcrt à comprimer
les Vifceres, de les faire remonter en enhaut. Quelques -vns croyent que cette réten¬
tion de l’air fert aux Oifeaux, pour les rendre plus légers en volant, de mefme que la
Vedie qui ed dans les Poiflbns leur aide à nager. Et cette penfée auroit quelque fonde¬
ment, fi l’air contenu dans les Vedies des Oifeaux edoit audi leger à proportion de
l’air dans lequel ils volent, que l’air contenu dans les Vedies des Poifions l’ed à propor¬
tion de l’eau dans laquelle ils nagent. Mais pour dire quelque chofe, qui ait du moins
vn peu plus de probabilité, en attendant que nous ayons vne connoidance plus certaine
de la vérité de de l’vfage de cette rétention d’air , nous confiderons que les Oifcaux s’é¬
levant ordinairement fort haut, de jufqu’aux endroits où l’air ed beaucoup moins pe-
fant qu’il n’ed prés de terre, pourroient edre privez des principales vtilitez de la Refpi-
tion, faute d’vn air, dont la pefanteur fid fur le Cœur de fur les Arteres la compredion
necedaire à la didribution de à la circulation du fang , s’ils n’avoient la faculté de retenir
long -temps vne portion d’air, qui edant raréfié par la chaleur que cette rétention pro¬
duit dans cét\ air , puide, en s’élargifiant, fuppléer au defaut de la pefanteur dont l’air
qu’ils refpirent dans la moyenne région ed deditué. Car s’il y a beaucoup d’Oifcaux
qui ne s’élèvent jamais bien haut dans l’air , dont le Poulmon ne laide pas d’avoir ces
Vedies dans lefquelles l’air ed retenu -, il y en a audi beaucoup qui ont des ailes dont
ils ne fe fervent point à voler : de l’on peut remarquer qu’il fe trouve des parties dans
les Animaux, lefquelles nont aucun vfage dans certaines efpeces, de qui font données à
tout le genre, à caufe qu’elles ont vn vfage important en quelques - vnes des efpeces.
C’ed ainfique dans plusieurs genres d’ Animaux, les Mades ont des mammelons com¬
me les Femelles, que les Taupes ont des Yeux, les Autruches de les Cafuels des Ailes,
de que les Tortues terredres ont vne conformation particulière des vailfeaux du Cœur,
CCCCc
m DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL.
qui ne convient qu’aux Tortues d’eau, ainfi qu’il ell expliqué dans la Defcription de la
Tortue.
Quoy -qu’il en foit , la llruéture des Mufcles du Pouimon des Oifeaux donne lieu
deoroire qu’ils fervent à cette rétention, parce que l’on voit que les trous qu’ils ont
pour donner entrée dans les Poches, font la plufpart dans la partie charnue des Mufe
clés, qui ell capable d’vne conflriétion d’vne rélaxation volontaire. Et d’ailleurs cette
rétention de l’air ell manifelle dans le Caméléon, qui a le Pouimon d’vne llruéture pa¬
reille à celle des Oifeaux: car nous avons remarqué que le Caméléon s’enfle quelque¬
fois, comme s’il eftoit prell à crever, & demeure long-temps en cét ellat , quoy que la
réciprocation de la Refpiration ne laide pas d’aller fon train ordinaire ; comme ii par le
moyen de ces Mufcles du Pouimon , cét animal retenoit l’air dans quelques- vnes des
Veilles, fçavoir dans celles dont les ouvertures font en la partie charnue du Mufcle , &C
qu’il laiffall dans les autres la fortie & l’entrée libre à l’air pour la Refpiration.
Au milieu des deux grands Diaphragmes, il y avoit vne membrane, qui, comme vn
Mediallin , defcendoit de haut en bas , & qui fervoit de ligament, pour fufpendre le
Cœur, le Foye, le Ventricule, & le relie des parties du bas Ventre.
Les VeHies du Pouimon elloient feparables des Diaphragmes & des Mufcles du
Pouimon, ayant chacune leur Tunique particulière. Ces Tuniques elloient collées en-
femble, faifant des parois doubles, & qui n’elloient pas mitoyens. La fécondé Veffie
avoit deux trous. La quatrième ne defcendoit pas li bas qu’aux autres Oifeaux , par la
raifon que le Sternon ellant très -petit, & par confequent les Mufcles du bas Ventre
plus grands qu’à l’ordinaire, cette quatrième Veffie n’elloit pas lî necelfaire qu’aux Oi¬
feaux qui ont le Sternon plus grand : ce qui confirme l’opinion que nous avons de l’v-
lage que nous attribuons à cette quatrième Veffie, &C qui ell expliqué dans la Defcri-
ption de l’Autruche. Or le Sternon elloit à proportion plus petit qu’en l’Autruche, parce
que les Mufcles deffiinez au mouvement des Ailes, aufquels il donne origine, elloient
extraordinairement petits, proportionnez aux Ailes.
Le Cœur elloit long d’vn pouce & demy, & large d’vn pouce vers fa bafe. Sa Val¬
vule charnue faifoit vn fac, qui n’avoit qu’vne ligne de profondeur.
La Langue avoit vn pouce de long fur huit lignes de large. Elle elloit dentelée tout
autour comme vne crelle de Cocq. Aldrovande a dit que le Cafuel n’a ny Ailes, ny
Langue, au lieu de dire que ces parties font d’vne llrudure tout- à -fait extraordinaire
dans cét Oifeau.
Le Globe de l’Oeil elloit fort gros, à proportion de la Cornée, ayant vn pouce 5 c
demy de diamètre, & la Cornée n’ayant que trois lignes. Le Cryftallin en avoit quatre.
La Bourfe noire qui fort du Nerf-Optique, elloit à l’ordinaire des autres Oifeaux.
Nous nous fommes appliquez dans ce Sujet, à remarquer exa&ement ce qui appar¬
tient à la Paupière interne, que nous avons trouvée aux yeux de tous les Oifeaux, & à
ceux de la plufpart des Animaux terrellres. Les particularitez de la ftruélure admirable
de cette Paupière, font de ces chofes qui font voir dillindtement la fageflfe de la Nature
entre mille autres dont nous ne voyons point l’artifice, parce que nous ne les connoif-
fons que par des effets, dont nous ignorons les caufes: mais il s’agit icy d’vne machine,
dont toutes les pièces font vilibles, & qu’il ne faut que regarder, pour découvrir les rai-
fons de Ion mouvement & de fon aélion.
Cette Paupière interne aux Oifeaux ell vne partie membraneufe , qui s’étend fur la
Cornée, quand elle y ell tirée comme vn rideau, par vne petite carde ou tendon; &C
qui fe retire dans le grand coin de l’Oeil , pour découvrir la Cornée par le moyen des
fibres très-forts qu’elle a, & qui en fe retirant vers leur principe, la font pliffer. Elle fai¬
foit vn triangle lors quelle elloit étendue , & elle avoit la figure d’vn Croiflant lors
qu elle elloit pliffée. Sa bafe, qui ell fon origine, elloit vers le grand coin de l’Oeil, au
bord du grand Cercle, que la Sclérotique forme, lors qu’elle s’applatit en devant, faifant
vn angle avec fa partie anterieure, qui ell plate, & fur laquelle la Cornée s’élève, faifant
vne convexité. Cette bafe, qui ell la partie immobile, & attachée au bord de la Scléro¬
tique,,
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CASUEL. i9i
tique , occupoit plus do tiers de la circonférence du grand cercle de la Sclérotique. Le
collé du triangle, qui eft vers le petit coin de l’Oeil, & qui ell mobile, elloit renforci
d’vn rebord, qui luy tient lieu de Tarfe, £k qui ell noiraftre à la plufpart des Animaux
à quatre pieds. Ce collé de la Paupière eft celuy qui ell mobile, qui fe retire dans
le coin de l’Oeil par l’adtion des libres de toute la Paupière , lefquelles partant de Ion
origine, vont s’inferer à Ion Tarie.
Pour étendre cette Paupière fur la Cornée, il y avoit deux Mufcles qui fe voyoient lors
que l’on avoit levé les lix qui fervent au mouvement de tout l’Oeil. Nous avons trouvé
que le plus grand de ces deux Mufcles a fon origine au mefme bord du grand Cercle de
la Sclérotique, vers le grand coin d’où la Paupière prend Ion origine. Il ell fort charnu
dans fon commencement, qui ell vne baie large, d’où venant infenliblement à s’étrelïir,
en palfant fous le globe de l’Oeil de mefme que la Paupière palfe delfus, il s’approche
du Nerf- Optique , où il produit vn Tendon rond & délié, qu’il palfe au travers du
Tendon de l’autre Mufcle, qui fert de poulie, & qui l’empefche de prelfer le Nerf-
Optique fur lequel il fe courbe , & lait vn angle, pour s’en aller palfer par la partie fu-
perieure de l’Oeil, fk fortant de delfous l’Oeil , s’inferer au coin de la Membrane qui
fait la Paupière interne. Ce fécond Mufcle a fon origine au mefme cercle de la Scléro¬
tique, mais à l’oppolite du premier, vers le petit coin de l’Oeil -, fk palfant fous l’Oeil
comme l’autre, va le rencontrer, & embralfer fon Tendon, ainli qu’il a efté dit.
L’adlion de ces deux Mufcles ell , à l’égard du premier, de tirer, par le moyen de fa
corde ou Tendon, le coin de la Paupière interne, & l’étendre fur la Cornée. A l’égard du
fécond Mufcle, fon adtion ell, en faifant approcher fon Tendon vers fon principe, d’em-
pefcher que la corde du premier Mufcle qu’il embralfe , ne blelfe le Nerf- Optique;
mais fon principal vfage eft d’aider l’adtion du premier Mufcle. Et c’eft en cela que la
Méchanique eft merveilleufe dans cette ftru&ure, qui fait que ces deux Mufcles joints
enfemble, tirent bien plus loin que s’il n’y en avoit eû qu’vn: car l’inflexion de la corde
du premier Mufcle, qui luy fait faire vn angle fur le Nerf-Optique, n’eft faite que pour
cela; & vn Mufcle feul avec vn Tendon droit, auroit efté fuffifant, s’il avoit pu tirer
alfez loin. Mais la tradlion qui devoit faire étendre cette Paupière fur toute la Cornée
devant eftre grande, elle ne fe pouvoir faire que par vn Mufcle fort long ; fk vn tel
Mufcle ne pouvant eftre logé dans l’Oeil tout de fon long, il n’y avoit pas de meilleur
moyen que de fuppléer l’adtion d’vn long Mufcle par celle de deux médiocres , tk que
d’en courber vn, afin qu’il euft plus de longueur dans vn petit efpace. L’infpeétion de
la figure fervira beaucoup à l’intelligence de cette Defcription , que la nouveauté de la
chofe rend obfcure de foy.
L’vfage de cette Paupière interne, qui jufqu’à prefent n’a efté décrite par perfonne,
n’eft point aufîi déterminé. Noftre opinion eft qu’elle fert à nettoyer la Cornée, & à
empefcher qu’en fe fechant, elle ne devienne moins tranfparente. L’Homme &: le Singe,
qui font les feuls des Animaux où nous n’avons point trouvé cette Paupière, n’ont pas
eû befoin de cette précaution pour nettoyer leurs Yeux , parce qu’ils ont des mains
avec lefquelles iis peuvent , en frotant leurs Paupières , exprimer l’humidité quelles
contiennent, tk qu’elles répandent par les Canaux Lachrymaux : ce que l’on connoift par
l’experience, lors que l’on a la Veûë obfcurcie, ou que les Yeux foufFrent quelque dou¬
leur, ou quelque demangeaifon : car ces accidens ceffent, lors que l’on s’eft froté les
Yeux.
Mais la difTedtion nous a fait connoiftre aflez diftindlement les organes qui fervent
particuliérement à cét vfage, &: qui font autrement dans les Oifeaux que dans l’Homme,
où le conduit ne pafle point au-delà de la Glande Lachrymale. Car dans les Oifeaux il
pafle outre ;•& pénétrant jufqu a plus de la moitié de la Paupière interne , il s’ouvre en
deflous fur l’Oeil : ce qui apparemment eft fait pour répandre vne liqueur fur toute la
Cornée, lors que cette Paupière y paffe tk repaffe , corameon voit qu’elle fait à tous
momens.
DDDDd
I?2.
Explication de la figure de la grande T ortuh
CEtte Tortue a plufieurs particularitez, qui la rendent differente de celles qué
nous avons en France. Son Ecaille n’eft pas plate, mais fort convexe. Elle eft
vnique, vne mefme Ecaille luy couvrant le Dos & le Ventre. Sa Queue eft garnie d’vne
corne par le bout. Ses pâtes ne font point couvertes d’écailles, mais d’vne peau ridée
comme du Marroquin. Ses Ongles ne font point aigus , mais moufles &C vfez jufqu’à prés
de la moitié, ôc fos Mâchoires font dentelées en forme de foie.
Dans la figure d’embas.
ÀBCD.
Eft la partie droite du Foye.
AA.
À.
Le petit Lobe qui couvre la Vefcule.
B.
La Vefcule.
i.
C.
Le Tronc de la Veine Porte.
2.
D.
Le Rameau hépatique droit.
3-
EFG.
La partie gauche du Foye.
E.
Le Rameau hépatique gauche.
4-
F.
L’Ifthme par lequel la partie gauche du
5'
G.
Foye & la droite fini jointes enfimble.
6.
Le grand Lobe de la partie gauche du Foye.
7 j 7*
H H.
La Veine Cave droite.
8.
II.
La Veine Cave gauche.
9 , 9-
K.
Le Canal Cyftique.
L.
Le Tronc des Rameaux hépatiques.
10.
MM.
Les Reins.
ii.
N N.
Les Veines Emulgentes 3 aufqueües deux
glandes fint attachées.
12.
O O.
Les Tefticulef.
U-
PP.
Les Epididymes firtans du Rein3 & atta¬
H-
QA.
che' faux Tefticules par de petits canaux.
V-
Les Oreteres.
RR.
La Vefe ouverte.
1 6 j 1 6.
S.
Le Col de la Ve fie - ouvert , laifant voir
deux Mammelons , qui font les extrémi¬
té fi des Oreteres , & deux autres qui
TT
fint les extrémités des Déferens.
17 j 18.
Deux trous qui font a l’origine des Liga¬
mens fiongieux qui compofint le corps
de la Verge.
19.
V V.
On JVlufile large 3 qui enferme le Reétum
& la Verge.
20,20, 20,
XX.
Deux autres Eîufiles de la Verge , qui s’en¬
trelacent avec deux autres marque fiy y.
a b.
Y.
D extrémité du Gland.
2.
La grande Appendice circulaire.
c d.
A.
La petite Appendice avec fis deux Rou¬
tons.
©.
4%
nnn.
JJ extrémité duReétum coupée félon fa lon¬
gueur , pour laifer voir le corps de la
Verge en de fous.
JJ ne ouverture entre les deux Ligamens 3
d laquelle aboutit le Col de la Vefe.
La Verge coupée en travers > pour faire voir
les cavité f des deux ligamens mar¬
quées co a j & la cavité qui tient lieu
d’Orethre marquée tt.
Les grands canaux du Poumon.
Les Ve (fies qui abouti fent dans les canaux.
et et.
JB.
y y*
g g.
6 0.
A.
I**
Les Oreilles du Cœur veu du cofté qui
touche a J Epine du Dos.
Le Tronc de la Veine Cave gauche.
Le Tronc de la Veine Cave droite.
Le tronc de l’Aorte à la fertie du Cœur ,
formant deux Crofes.
L’Aorte gauche.
L’Aorte droite.
La jonction des deux Aortes.
Les Carotides.
L’ Artere du Poumon.
Les Veines du Poumon qui fe déchargent
dans les Axillaires.
L’ Artere qui va d l’Eftomac.
L’ Artere qui va au Foye 3 au Pancréas 9
d la Rate 3 &c.
L’ Artere qui va aux Inteftins.
Le Cœur en fa fituation naturelle.
Le Ventricule anterieur du Cœur.
L’ Artere du Poumon ouverte 3 pour faire
voir fs trois Valvules Sigmoïdes.
Le Cœur hors fa fituation naturelle eflant
relevé en enhaut > & fparé de fs
Oreilles AA, qui font demeurées d leur
place.
Les deux Ventricules pojterieurs du Cœur.
L’ Aorte frtant du Ventricule droit. Elle
ef ouverte 3 pour lai fer voir fs trois
Valvules Sigmoïdes.
. Les trois Valvules Sigmoïdes , qui font d
l’entrée des Oreilles du Cœur.
Deux trous qui font les extrémités du
canal par lequel les deux Ventricules
poftérieurs f communiquent.
Deux antres trous qui font la communi¬
cation du Ventricule gauche poftérieur
avec le Ventricule anterieur.
Le grand Cerveau.
Le Cervelet.
Les Nerfs Olfactoires.
La moêle de l’Epine.
Les JVLufcles Crotaphites coupe/f
L’Os Occipital.
La Platine cartilaginenf qui bouche le
trou de l’Oreille.
On conduit qui defend dans le Palais.
La Platine fiütenué par le ftyle ofeux
marqué y.
DESCRIPTION
à
m
- — —tt" ■ • ■' Q ' ri 'T } “ • :
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DUNE GRANDE TORTUË
DES INDES.
CEtte Tortue a eflé apportée des Indes. Elle fut prife aux Colles de Coroman¬
del. Elle avoit quatre pieds & demi de long, depuis l’extrémité du mufeau jufqu’à
l’extrémité de la queue , &c quatorze pouces d’épaiffeur. L’écaille avoit trois pieds
de long fur deux de large. Quelque grande que foit cette Tortue , elle n’approchoit
point de la grandeur de celles dont Pline 6c Elian parlent, qui avoient quinze coudées,
6c dont chacune fufïifoit à couvrir une cabane capable de loger plufieurs perfonnes.
Mais noflre Tortue elloit une Tortue de terre-, 6c celles de Pline 6c d’Elian font des
Tortues de mer, où les animaux deviennent ordinairement plus grands que ceux de la
mefme efpece qui vivent fur la terre. Elian dit que les Tortues terrellres ne font pas
ordinairement plus grofïes que les groffes mottes que la charrue enleve quand la terre
ell aifée à couper. Les plus grandes Tortues de mer qui fe pefchent proche des An¬
tilles , fuivant les Relations que nous en avons , ne font point vne fois plus grandes que
la noflre.
L’écaille 6c tout le relie de l’Animal efloit d’vne mefme couleur, fçavoir d’vn gris
fort brun. Elle efloit par-deffus compofée de plufieurs pièces de figure differente, dont
néanmoins la plufpart efloient pentagones. Toutes ces pièces efloient pofées 6c collées
fur vn os, qui, en manière d’vn crâne, enfermoit les entrailles de l’Animal, ayant vne
ouverture en devant, qui laiffoit fortir la tefle, les épaules 6c les bras-, 6c vne autre ou¬
verture oppofée, par où les jambes 6c la queue fortoient. Cét os fur lequel les écailles
efloient appliquées, avoit vne ligne 6c demie à l’endroit le plus mince, 6c jufqu’à vn
pouce & demi en quelques endroits. Il efl ordinairement double, yen ayant vn fur
îe dos, 6c vn autre fous le ventre, qui, comme deux plaflrons, ou deux boucliers, font
joints par les collez, 6c attachez enfemble par des ligamens forts 6c durs, mais qui laif
fent neanmoins la liberté à quelque mouvement. Elian dit que les Tortues terrellres fe
dépouillent de leur écaille, au lieu de dire leurs écailles, c’efl à dire, de ces pièces qui font
appliquées fur l’os fait en manière de crâne: car il n’y a point d’apparence qu’vne Tor¬
tue fe fepare de cét os, auquel toutes fes parties principales font attachées-, 6c il efl vray
que ces pièces fe détachent d’elles -mefmes de deffus l’os, lors que l’écaille a eflé long¬
temps gardée, 6c que l’os commence à fe pourrir-, autrement, pour les détacher, on met
l’os fur le feu, dont la chaleur fait que ces parties fe feparent aifément l’vne de l’autre.
A la grande ouverture de devant il y avoit en deffus un rebord relevé , pour laiffer
plus de liberté au col 6c à la tefle de s’élever en enhaut -, 6c cette inflexion du col efl
d’vn grand vfage aux Tortues: car elle leur fert à fe retourner lors qu’elles font fur le
dos-, 6c leur induflrie efl admirable pour cela. Nous avons remarqué dans vne Tor¬
tue vivante, qu’eflant renverfée fur le dos, 6c ne pouvant fe fervir de fes pattes pour
fe retourner , parce qu’elles ne fè peuvent plier que vers le ventre , elle ne fe fervoit
que de fon col 6c de fa tefle, qu’elle tournoit tantofl d’vn collé & tantofl d’vn autre,
en pouffant contre terre, pour fe faire balancer comme vn berceau, afin de chercher le
collé vers lequel l’inégalité de la terre pouvoit laiffer plus aifément rouler fon écaille:
car quand elle l’eut trouvé, elle ne faifoit plus d’effort que vers ce collé -là.
Les trois plus grandes pièces d ’éçailles efloient en devant fur le dos. Elles avoient
chacune en leur milieu vne boffe ronde élevée de trois ou quatre lignes, '& large d’vn
pouce 6c demi. Le deffous du ventre efloit vn peu creux. Les Auteurs ont remarqué
que cette cavité efl particulière aux Malles. Sur le dos il y avoit vne playe faite par
‘ ■ EEEEe
194 DESCRIPTION ANATOMI QU Ë
quelque coup qu'elle avoit receulors qu’elle avoit efté prife. Cette playe, qui ne perçoit
que l’écaille, 8c vne partie de l'os qui la foûtient, fans penetrer au dedans, n’avoit pu
eftre confblidée, pendant plus d’vn an qu’elle a vefcu, depuis qu’elle â efté prife.
Tout ce qui fortoit hors de l’écaillé, fçavoir la tefte, les épaules, les bras, la queue,
les fêftes 8c les jambes, eftoit couvert d’vne peau lafc-he, 8c pliftee par de grandes ri¬
des, 8c outre cela grenée comme du maroquin. Cette peau n’entroit point fous l’é¬
caille, pour couvrir les parties qui y eftoient enfermées, mais elle eftoit attachée au tour
du bord de chacune des deux ouvertures. La peau des Tortues d’eau eft couverte au
droit des jambes de petites écailles comme les Poiftons.
Albert dit que les grandes Tortues ont vne écaille fur la tefte en manière de bouclier.
La Tefte de noftre Tortue eftoit feulement couverte d’vne peau, qui eftoit mefmeplus
mince que celle des autres parties. Elle avoit fept pouces de long fur cinq de large, 8c
relfembloit en quelque façon à la tefte d’vn Serpent. La mâchoire inferieure eftoit pref-
que auffi épaifte que la fuperieure. Il n’y avoit point d’ouverture pour les oreilles. Les
narines eftoient ouvertes au bout du mnfeau par deux petits trous ronds, d’vne ma¬
nière ridicule. Les yeux eftoient petits 8c hideux. Mais nous n’avons rien remarqué
dans le regard de la Tortue, qui puilfe faire comprendre pourquoy Giilius 8c Gefner,
en traduifant les mots ouAm-m ietâv, dont Elian s’eft fervi pour exprimer la laideur de la
Tortue, ont mis criftiljïma afpetfu 3 au lieu de afpetfu admodum torvo ,• car le Grec lignifie
l’vn 8c l’autre, 8c l'interprétation des Tradu&eurs d’Elian n’a pas de fens comme l’autre,
qui eft conforme à la defcription de Pacuvius , qui dit que la Tortue eft truci afpetfu.
L’œil n’avoit point de paupière fuperieure, n’eftant fermé que parle moyen de l’infe¬
rieure, qui fe levoit julques contre le Iburcil. Pline dit que cela eft commun à tous les
Animaux à quatre pieds qui font des œufs.
Vers les extrémitez des Mâchoires, à l’endroit des Lèvres, la peau eftoit dure com¬
me de la corne, 8c tranchante comme aux autres Tortues ; mais ces Lèvres eftoient
coupées en manière de fcie, 8c il ne laifloit pas d’y avoir encore en dedans deux rangs
de véritables dents, quoy que Pline alfeûre que les Tortues n’ont point de dents non
plus que de langue.
Il y avoit à chacune des Pattes de devant cinq doigts, ou plûtoft cinq ongles, car les
doigts n’eftoient point diftinguez autrement que par les ongles, ces Pattes n’ayant par le
bout qu’vne mafte ronde, d’où il fortoit des ongles. Les Pattes de derrière n’en avoient
que quatre. Les vnes 8c les autres de ces Pattes eftoient fort courtes. Celles de devant
n’avoient que neuf pouces depuis le haut de l’épaule jufqu’au bout des ongles, 8c celles
de derrière onze, depuis le genou jufqu’au bout des ongles. Les Ongles eftoient longs,
ayant vu pouce 8c demi. Ils eftoient arondis en deflus comme en deflous, leur coupe
faifant vne ovale: ils eftoient émoufiez 8c vfez. Leur couleur eftoit meftée de blanc 8c de
noir en dififerens endroits, 8 c fans ordre. Nous avons remarqué que les Tortues d’eau
ont les ongles beaucoup plus pointus, parce quelles ne les vfent pas à nager, comme les
Tortues de terre font à marcher. Nous en avons trouvé quelques- vnes qui n’avoient
que quatre Ongles aux pieds de devant de mefme qu’à ceux de derrière. Albert dit qu’il
y en a toujours cinq à chaque pied. Nous avons remarqué que quoy que la Tortue mar¬
che lentement, la manière de marcher qui luy eft particulière, doit vfer fes ongles au¬
tant qu’aux Animaux qui courent: car elle les frotte tous contre terre feparément, 8c
l’vn après l’autre ; en forte que lors quelle pofe vne patte, elle n’appuye d’abord que
fur l’ongle qui eft le plus en arriére, en fuite elle appuyé fur ceîuy qui le fuit, 8c paife
ainfi fur ies autres jufqu’à l’ongle de devant, en faifant tourner fa patte, qui eft ronde
8c bordée d’ongles, comme un chariot qui fait tourner fes roues , 8c imprime la tefte
des clous dont leur circonférence eft bordée , 8c les fait entrer dans la terre l’vn apres
l’autre.
La Queue eftoit gfoffe, ayant à fon commencement fix pouces de diamètre. Elle avoit
quatorze pouces de long, 8c finiffoit en vne pointe garnie d’vn bout femblableà vne cor¬
ne de Bœuf Cardan l’appelle vn ongle, qu’il dit eftre femblable à l’ergot qui eft au der¬
rière
D’UNE GRANDE TORTUE DES INDES. i9S
riére des pieds des Cocqs, &C croit que c’eft vn cal engendré au bout des Queues des
Tortues qui ont autrefois elle coupées: ce qui n’a point de vray-femblance ; vn cal ne
pouvant avoir vne figure auffi régulière, &auffi-bien arondie qu’elle eftoit dans la Queue
de noftre Tortue. Cette Queue, apres la mort de la Tortue, eftoit recourbée à collé, 8c
tellement infléxible, que jamais on ne l’a pu redrefler, quelque force qu’on y ait em¬
ployé. La mefme inflexibilité s’eft trouvée aux mufcles des Mâchoires, lefquelles n’ont
pu eftre ouvertes qu’en coupant les mufcles. Ariftote a remarqué que de tous les Ani¬
maux, la Tortue eft celuy qui a plus de force aux Mâchoires : car cette force eft telle,
qu’elle coupe tout ce qu’elle prend , jufqu’aux cailloux les plus durs. Nous avons re¬
marqué en vne petite Tortue, que fa telle, vne demi heure apres avoir elté coupée, fai-
foit claquer fcs mâchoires avec vn bruit pareil à celuy des Callagnettes. L’inflexibilité
de la Queue, pareille à celle des Mâchoires, doit faire croire que la Tortue a beaucoup
de force à cette partie pour en fraper, 8c que cette corne quelle a au bout peut luy
tenir lieu d’arme offenfive.
Après avoir fcié par les deux flancs l’os qui , en manière d’vn crâne, fait la cavité dans
laquelle les entrailles font enfermées , ainfl qu’il a elté dit -, & après avoir aufli coupé tout
au tour vne membrane adhérante à la partie de cét os, qui eft en deflous, 8c qui fait le
ventre, cette membrane tenant lieu de Péritoine vers le bas, 8c de Pleure vers le haut;
les parties internes qui fe prefenterent à la veuë , furent le Ventricule , le Foye 8c la
Veltie, dont la grandeur eftoit telle, quelle couvroit les Inteftins, 8c toutes les autres
parties du bas Ventre.
Le Ventricule eftoit litué fous le Foye, auquel il eftoit attaché par le moyen de plu-
fieurs vailfeaux. Il avoit neuf pouces de long fur trois de diamètre. Ses Tuniques eftoient
fort épaifles, fcs orifices étroits, & la membrane qui fait le velouté, piiflfée, 8c formant
comme des feuillets étendus félon fa longueur. Il avoit la figure du ventricule des
Chiens. Severinus luy donne celle du ventricule de l’Homme.
A la fortie du Ventricule, l’Inteftin, que l’on peut appeller le Duodénum, avoit en la
furface intérieure des replis comme le Ventricule. Leur figure eftoit réticulaire*, ce qui
pouvoit faire croire que c’eftoit vn fécond Ventricule. Le relie des Inteftins eftoit com-
pofé de membranes fort épaifles. Les Grefles avoient vn pouce de diamètre, & neuf
pieds de long. Le Colon avoit deux pouces de diamètre, quatre pieds de long. La
Valvule du Colon eftoit formée par vn rebord circulaire de la membrane interne de
rileon. On n’a point trouvé dans l’Ileon, ny dans le Colon, les feuillets que nous avons
remarquez dans la plufpart des Animaux. Nous n’avons point non plus trouvé de Cæ¬
cum. Severinus attribue deux Cæcum à la Tortue, pareils à ceux qui fe voyent dans les
Oifeaux, LeReétum, à la diftance de neuf pouces de l’Anus, avoit vn retreciflement, qui
faifoit comme vn cul de poule , au tour duquel il y avoit trois appendices rondes de
differente grandeur, qui paroifloient formées par la membrane interne du Redtum, 8c
qui eftoient recouvertes par des fibres charnues, 8c étendues félon la longueur des ap¬
pendices. Le refte du Reétum, qui s’étendoit depuis le retreciflement jufqu’à l’Anus,
fervoit comme d’étuy à la verge, ainfi qu’il fe voit au Caftor, à la Civette, 8c à plufieurs
autres Animaux. Dans les petites Tortues d’eau que nous avons diflequées, on a trouvé,
vers l’extrémité du Reétum,deux veflies, qui avoient communication avec l’Inteftin,
& qui s’enfloient lors qu’il eftoit enflé. Ces veflies n’ont point efté trouvées dans la
grande Tortue.
Le Foye eftoit d’vne fubftance ferme, mais de couleur fort pafle. 11 avoit vne gran¬
deur çonfiderable, & il fembloit mefme qu’il fuft double, eftant feparé en partie droite
&: en partie gauche, qui n eftoient jointes enfemble que par vn ifthme d’vn pouce de
large , 8c par des membranes qui conduifoient des vaifleaux de la partie gauche à la
droite. Chacune de ces parties avoit vne Veine Cave fortant de la convexité qui regarde
le Diaphragme, & chacune vn Rameau Hépatique fortant de la région cave. La partie
gauche du Foye eftoit la plus grande, divifée en quatre lobes. Le premier 8c le plus
grand eftoit au collé gauche. Le fécond, dont la grandeur eftoit moyenne, eftoit au defi
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t9$ DESCRIPTION ANATOMIQUE
fous dû premier. Le troifiéme qui eftoit vn peu plus petit, s’allongeoit vers la partie droi¬
te, &; produisit l’ifthme par lequel les deux parties eftoient jointes enfemble. Le quatriè¬
me s’allongeoit de mefme que le troifiéme au deftus duquel il eftoit fitué, pour s’aller
joindre auflî a la partie droite, à laquelle il n’eftoit attaché que par vne membrane &C
des vaifteaux que cette membrane conduifoit dvne partie à l’autre. Une pareille mem¬
brane joignoit ces deux derniers lobes. La partie droite du Foye n’avoit que trois lobes*
Le premier & plus grand eftoit le plus haut. Le fécond eftoit au deflous : c’eftoit par ce
lobe que la partie gauche du Foye eftoit attachée à la droite par le moyen de l’ifthme.
Le troifiéme lobe, qui eftoit le plus petit, fortoit du milieu de la cavité du grand lobe,
& recouvroit la Velîcule qui eftoit attachée en cét endroit, eftant enfoncée dans vn fi-
nus ou cavité, quifailbit qu’elle n’eftoit point éminente hors le Foye , comme elle eft
ordinairement. Elle avoit vn pouce & demy de long fur vn demy pouce de large , fa
figure eftant approchante de celle de la velîcule de l’Homme. Le canal cyftique, qui,
comme en l’Homme , eftoit la continuation du col de la veficule, eftoit long de fept
pouces , de la groffeur d’vne petite plume à écrir4ftll defcendoit fans avoir aucune
communication avec l’hepatique, & s’inléroit au Duodénum par vne emboucheûre par¬
ticulière. L’hepatique eftoit double , ainfi qu’il a efté dit. Le droit avoit plulîeurs ra¬
meaux apparens, qui, comme des racines, s’étendoient dans les lobes de la partie droite
du Foye. Le gauche n’avoit point de ces racines apparentes, mais il formoit vn tronc,
qui, fortant immédiatement du Foye , venoit fe joindre au tronc de l’hepatique droit,
pour n’en faire enfemble qu’vn, qui s’alloit inferer au Duodénum proche du cyftique.
La Veine Porte avoit fon tronc dans la partie droite du Foye, entre le premier &: le
fécond lobe. Elle jettoit vn gros rameau le long de l’ifthme, produifant plulîeurs bran¬
ches qui fe diftribuoient dans la partie gauche du Foye.
La Veine Cave, ainlî qu’il a efté dit, avoit deux troncs; vn droit & vn gauche, qui
penétroient le parenchyme du Foye, dont ils eftoient recouverts de la longueur de prés
de trois pouces.
La Ratte eftoit entre le Duodénum & le Colon. Elle avoit la figure d’vn Rein, 6c
recevoit fes vaifteaux par vne enfonceûre pareille à celle que le Rein a pour recevoir les
fiens. Les Arteres venoient du rameau qui fe diftribuë au Foye 6c au Duodénum. Les
veines eftoient des branches de la Mefenterique.
Le Pancréas embrafloit étroitement le Duodenum.il eftoit encore attaché à la Ratte,
qu’il couvroit en partie. Il avoit la figure d’vn prifme triangulaire. Son canal s’ouvroit
dans le Duodénum.
Les Reins avoient quatre pouces de longueur, trois de largeur, en forme de prifme
triangulaire, d’vn rouge vif, recoupez en trois ou quatre morceaux joints enfemble
par leurs vaifteaux , 6c enfermez par la membrane extérieure. Les veines émulgentes
ne fortoient que de la veine cave droite , qui fe confumoit toute en deux gros ra¬
meaux, dont le plus court, qui n’avoit pas vn pouce, entroit dans le Rein droit; le plus
long, qui avoit trois pouces, alioit au gauche. Leur entrée eftoit vers le bas du Rein.
Les Ureteres fortoient de la partie fuperieure, 6c fe glifloient le long de toute la fur-
face à laquelle ils eftoient attachez comme aux Oifeaux. Il y avoit vn corps glanduleux
long d’vn pouce, large de fix lignes, ÔC fort mince, qui eftoit fortement attaché à cha¬
cune des veines émulgentes. C’eftoit apparemment vne Glande Renale.
Les Tefticules eftoient couchez fur les Reins. Ils avoient deux pouces 8c demy de
long, 6c dix lignes de large. L’Epididyme eftoit d’vne ftruéture fort particulière. C’eftoit
vn canal replié en tant de circonvolutions, qu’eftant déplié, il avoit quatorze pouces,
au lieu qu’auparavant il n’en avoit que quatre. Ce canal ne paroifloit point fortir du Te-
fticule, mais feulement du Rein auquel il eftoit attaché. Ayant fait injeéfion d’vne li¬
queur colorée dans ce canal, on a fait enfler vne quantité d’autres petits conduits qui
ne paroifloient point auparavant, ÔC qui ailoient du Tefticule à cét epididyme; ces con¬
duits eftant enfermez dans la membrane, qui retenoit les circonvolutionsde l’epididyme,
& qui l’attachoit au Tefticule.
La
D'UNE GRANDE TORTUE DES INDES. 197
La Veffie eftoit d’vne grandeur extraordinaire. On y a trouvé plus de douze livres
d’vrine claire & limpide. Ariftote dit que la Tortue marine a la Veffie très -grande,
la terreftre tres-petite. La noftre néanmoins eftoit vne Tortue terreftre-, 8c dans la dif-
feétion que nous avons faite de plufieurs Tortues d’eau, nous leur avons toûjours trouvé
la Veffie beaucoup plus petite à proportion qu’à celle dont nous parlons. Cela nous
fait croire qu’il y a faute au texte d’Ariftote par la tranfpolition des mots terrestre &:
marine i veû mefme que la raifon qu’Ariftote apporte de la grandeur de la Veffie des
Tortues , ne conclut pas bien pour faire entendre que les terreftres la doivent avoir
plus petite que les autres. Car il dit que les Tortues n’eftant pas couvertes d’vne peau
dont les pores puiflent aider à cette tranfpiration , qui dans les autres Animaux con-
fume vne partie des humiditez du corps, & diminue beaucoup la matière de l’vrine, il
a falu à cét Animai vn grand réceptacle pour ces humiditez, que l’épaiffeur & la dureté
de fon écaille retient & enferme : mais il ne dit point ny que l’écaille des Tortues ma¬
rines foit plus épailfe que celle des terreftres, ny qu’elles boivent davantage ; 8c fuivant
le raifonnement d’ Ariftote, les Poiftons que l’on fçait n’avoir point de Veffie, devraient
en avoir vne très -grande.
La figure de la Veffie de noftre Tortue n’eftoit pas moins extraordinaire que fa
grandeur. Elle eftoit faite en forme d’vn boyau , & fon col n’eftoit point à l’vn des
bouts, mais au milieu ^ ce qui reprefentoit allez bien la membrane Allantoïde du Fœtus
de la plufpart des Brutes. Cette figure eft bien differente de la figure d’vne chaftaigneque
Severinus luy donne. Elle avoit deux pieds de long. Sa fituation eftoit en travers, allant
d’vn des flancs à l’autre. Sa tunique extérieure eftoit membraneufe. L’interieure eftoit
renforcie par vne infinité de fibres charnues & relevées en boffe, qui fe croifoient, 8c
s’entrelaçoient les vnes dans les autres, imitant celles qui fe voyent au dedans des oreilles
du Cœur. Ces fibres avoientleur origine vers le col, & alloient le difperfer dans toute
l’étendue de la Veffie. L’vfage de ces fibres eft apparemment pareil à celuy des fibres des
oreilles du Cœur, ou elles fervent à refferrer & rétrécir leur cavité, pour exprimer ce
qu’elles contiennent: car la Tortue n’ayant point, comme les autres Animaux, vn ventre
flexible, &: garni de mufcles qui puiflent comprimer la Veffie, cette partie a dû avoir
en elle-mefme vn principe particulier de compreffion, par le moyen duquel elle puft fe
décharger de ce qu’elle contient.
Le Col de la Veffie avoit vn pouce de long &: autant de large. Il eftoit attaché vers
le milieu du Rectum, dans lequel l’vrine fe déchargeoit par vne petite ouverture ou ca¬
nal oblique à fept ou huit pouces prés de l’Anus. Au dedans de ce col il y avoit quatre
mammelons , dont les deux plus grands eftoient les extrémitez des vaiffeaux fperma-
tiquès déferans-, ils avoient environ vne ligne de long: les deux autres plus petits eftoient
les extrémitez des Ureteres.
La Verge, qui eftoit enfermée dans le Reétum comme dans vn étuy , ainfi qu’il a efté
dit, avoit neuf pouces de long fur vn pouce & demy de large. Elle eftoit compofée de
deux ligamens ronds, d’vne fubftance fpongieufe, &: revêtus d’vne membrane déliée. Ils
eftoient pofez l’vn contre l’autre, & liez enfemble, non feulement par leurs extrémitez,
fçavoir proche du gland & vers leur racine qui eftoit à la partie interne inferieure
des os pubis j mais encore par leur partie fuperieure tout de leur long, par le moyen de
la membrane du Reétum, qui leur eftoit fermement attachée en cét endroit, fans leur
eftre adhérente par les autres endroits, fçavoir par les coftez & par le deffous. Cette
membrane eftoit extraordinairement forte à l’endroit ou elle eftoit adhérente , ayant
prés de deux lignes d’épaiffeur: le refte eftoit plus mince , & d’vne couleur noiraftre.
Ces ligamens ainfi affemblez, laiffoient en deffous vne cavité en forme de goutiére, pa¬
reille à celle où i’Urethre eft logée ordinairement aux autres Animaux. Mais en cetuy-
cy qui n’avoit point d’Urethre, cette partie eftoit fuppléée par vne cavité, que les liga¬
mens mefmes formoient avec la tunique du Re&um feulement, dans le temps des éva¬
cuations qui fe doivent faire par ce conduit. Cela arrivoit apparemment par le gonfle¬
ment des ligamens, qui eftant refferrez par la tunique du Reétum qui les embraffoit,
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ï9§ DESCRIPTION ANATOMI QU E
îaiflbient vn vuide en forme de canal entre la tunique de l’intedin 6c les ligamens : car
ces ligamens, quoy-que ferrez, ne lailfoient pas de conferver quelque chofede.leur ron¬
deur, a caufe de leur gonflement; 6c cela faifoit vne cavité triangulaire, dont les deux
codez formez par les codez des ligamens, edoient convexes, 6c le troifiéme formé par
la tunique delintedin, edoit droit. Chacun des deux ligamens n’edoit pas feulement
fpongieux, comme il Ped ordinairement aux autres Animaux, mais ils edoient creux
par vne longue cavité en forme de conduit, qui alloit depuis les os pubis, ou edoit l’o¬
rigine des ligamens, jufqu au gland. Les vaiffeaux qui font envoyez dans les corps de la
verge, avoient vne didribution particulière : car au lieu que l’artere, la veine, 6c le nerf
parcourent ordinairement tous trois le deflus de la verge , il n’y en avoit que deux en
nodre Sujet ; 6c la veine, apres avoir formé vn lacis, 6c plufieurs circonvolutions vers la
racine de la verge, penetroit au dedans du ligament, 6c produifant vn tronc qui fe coû¬
tait le long de la partie interne 6c fuperieure de la cavité, envoyait plufieurs branches
dans tout le rede de la furface interne de cette cavité. La druéfure du gland edoit en¬
core plus extraordinaire que tout le rede. Par deflus il finifloit en pointe, 6c paroifloit
eflre la continuation des ligamens, n’en edant point different ny par fa fubdance , ny
par fa tunique. Par deflous il avoit deux appendices plates 6c prefque circulaires, pofées
l’vne fur l’autre. La plus grande, qui edoit attachée au gland par deflous, avoit vn pouce
& demy de diamètre: la plus petite, qui edoit attachée au milieu de la grande, n’avoit
que demy- pouce. Elle avoit encore deux petites appendices, comme deux boutons de
la groffeur d’vne ligne. Tout le gland edoit de couleur pareille à celle de la partie infe¬
rieure de la tunique du Reétum , qui fervoit d’étuy à la verge : c’edoit vne couleur d’ar-
doife fort brune. Il y avoit deux mufcles fervans à retirer le gland en dedans. Ils pre-
noient leur origine des vertebres des lombes, 6c codoyant le Redtum, venoient s’infe-
rer à la partie fuperieure de la verge, proche du gland. Vers le milieu ils s’enlaçoient
avec deux autres mufcles dedinez au mouvement de la Queue, 6c qui leur fervoient
comme de poulie.
Le Cœur edoit fîtué tout au haut de la Poitrine , enfermé dans vn Péricarde fort
épais, 6c attaché par embas à la membrane qui couvroit le Foye. Sa figure edoit fort
differente de celle que le Cœur a ordinairement ; car au lieu d’edre alongé de fa baie
à fa pointe, fa plus grande dimenfion edoit d’vn codé à l’autre, ayant trois pouces de ce
fens, 6c vn pouce 6c demy feulement de la bafe à la pointe. Les deux oreilles qui for-
toient de la bafo en edoient fort détachées, 6c comme pendantes: la droite avoit deux
pouces 6c demy de long fur vn pouce 6c demy de large -, la gauche edoit plus petite. La
Veine Cave , qui, ainfi qu’il a edé dit, avoit deux troncs fortans, l’vn de la partie droite
du Foye, 6c l’autre de la partie gauche , portoit le fang par chacun de ces troncs dans
chacune des oreilles. Ces oreilles s’ouvroient à l’ordinaire chacune dans vn Ventricule;
6c à chacune des ouvertures qui donnoit paffage au fang de l’oreille dans le Ventricule,
il y avoit trois valvules ligmoïdes , qui, contre l’ordinaire de cette efpece de valvule,
empefchoient que le fang ne pud fortir du Cœur pour retourner dans les oreilles, faifant
l’office des valvules triglochines.
Outre ces deux Ventricules qui edoient en la partie poderieure du Cœur qui regarde
l’épine, il y en avoit vn troifîéme en la partie anterieure, tirant vn peu vers le codé
droit. Ces trois Ventricules fe communiquoient par plufieurs ouvertures, leur fubdance
n’edant pas folide 6c continue comme aux cœurs des autres Animaux , mais fpon-
gieufe 6c compofée de fibres 8*: de colomnes charnues, feulement contiguës les vnes aux
autres, 6c entrelacées enfemble. Outre les ouvertures étroites qui edoient entre ces co-
lomnes, il y en avoit d’autres plus larges, par lefquelîes les deux Ventricules poderieurs
avoient communication enfemble 6c avec le Ventricule anterieur.
Les deux Ventricules poderieurs, ainfi qu’il a edé dit, recevoient le fang des deux troncs
de la Veine Cave avec le fang de la Veine du Poumon, laquelle edoit double, y en ayant
vne de chaque codé : car ces veines fe déchargeant dans chaque axillaire, mefloient le
fang qu’elles avoient receû du Poumon avecceluy de la Veine Cave pour le porter dans le
Ventricule
D’UNE GRANDE TORTUE DES INDES. ï99
Ventricule droit duquel l’Aorte fortoit. Le Ventricule anterieur n’a voit point d’autre
vaiflèau que l’artere du Poumon. Cette artere, de mefme que l’Aorte, avoit trois vaL
vules figmoïdes , dont l’a&ion elloit d’empefcher que le fang qui eft forti du Coeur n’y
rentre, lors que les Ventricules viennent à fe dilater pour recevoir le fang de la veine
Cave & de celle du Poumon.
Cette llrudure li peu commune des Ventricules & des vaifleaux du Cœur doit avoir
des vfages particuliers fur lefquels nous ne dirons point nos conjedures appuyées fur
differentes expériences, qu’aprés avoir fait voir que la ftrudure des Poumons n’eft pas
moins extraordinaire : car l’vne & l’autre llrudure efl ainli extraordinaire dans ces par¬
ties, à caufe des adions particulières qu’elles ont dans les Amphibies, du genre defquels
eft la Tortue.
L’Aorte au lortir du Ventricule droit fe partageoit en deux branches, qui formoient
deux croffes. Ces croffes , avant que d’ellre tout-à-fait tournées en embas, produilbient
les Axillaires & les Carotides. En fuite la croffe gauche defcendant le long des vertebres
jettoit trois branches. La première fe dillribuoit à toutes les parties du Ventricule. La
fécondé alloit au Foye, au Pancréas, au Duodénum, à la Ratte. La troifiéme four-
niffoit des rameaux à tous les Intellins. Enliiite elle s’vniffoit avec la branche de la croffe
droite, qui defcendoit jufques là fans jetter aucuns rameaux, &C toutes deux ne for¬
moient qu’vn tronc , qui defcendant le long du corps des vertebres , donnoit des ra¬
meaux à toutes les parties du bas Ventre.
Le Larynx elloit compofé comme aux Oifeaux d’vn Aryténoïde & d’vn Cricoïde,
articulez enfemble. Les deux os, qui font chacun vne des cornes de l’Hyoïde, n’efloient
point articulez l’vn à l’autre, mais chacun feparément en differens endroits de la baie
de l’Hyoïde. La fente de la Glotte elloit étroite ferrée , aparemment pour tenir l’air
enfermé long-temps dans le Poumon , pour des vfages qui feront expliquez dans la fuite.
On peut croire aulli que cette clollure fi exaéle eft pour faire que l’eau n’entre pas dans
l’Afpre Artere, quand les Tortues font fous l’eau-, & cette conformation particulière de
la Glotte pourroit eftre la caufe du ronflement des Tortues de mer, qui, au rapport de
Pline, s’entend de fort loin lors qu’elles flottent endormies fur la furlace de l’eau. Les
Veaux marins, qui font remarquables auffi par leur ronflement, ont ainli leur Glotte ÔC
leur Epiglotte extraordinairement ferrées , ainli qu’il a elle remarqué dans la delcription
de cét Amphibie.
L’Afpre Artere, qui avoit fes anneaux entiers, fe feparoit à l’entrée de la poitrine en
deux longues branches de lix pouces chacune. Dés l’entrée du Poumon ces branches
perdoient leurs cartilages, & ne produifoient que des canaux membraneux fort larges
6c inégaux, ayant jufqu’à vn pouce &C demy en quelques endroits, & demy pouce feu¬
lement en d’autres. La membrane qui formoit ces canaux elloit tranlparente &: mince,
mais folide & fortifiée par des ligamens attachez enfemble en manière de réfeau, com¬
pofé de plufleurs mailles, pareilles à celles qui fe voyent dans le fécond Ventricule des
Animaux qui ruminent. Chacune de ces mailles elloit le bord & l’entrée d’vne petite
poche qui s’ouvroit dans vne fécondé, & quelquefois dans vne troifiéme. Les Rameaux
de la Veine & de l’Artere du Poumon fe couloient le long des ligamens, dont ils ac-
compagnoient toutes les divifions , diftribuant le fang également dans toute l’étendue
du Poumon. Les Auteurs qui ont crû que la Tortue n’a point de fang dans le Poumon*
ont fondé cette opinion fur la blancheur & fur la tranfparencedes membranes dont il eft
compofé, qui le font paroiftre tout-à-fait membraneux lors qu’il eft enflé, au -lieu que
celuy des autres Animaux paroift charnu: mais la vérité eft qu’il n’y a de la différence
que du plus & du moins-, le Poumon de l’Homme, de mefme que celuy des autres Ani-
maux n’eftant point compofé d’autre chofe que de petites veficules amaffées les vnes
Contre les autres, entre lefquelles les vaifleaux fanguinaires font entrelacez en fi grand
nombre, qu’ils forment vne apparence de chair en manière de petits lobes attachez aux
canaux des Bronches ; &; c’eft de ces petits lobes que les grands lobes du Poumon font
compofez.
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200 DESCRIPTION ANATOMI QJJ E
Cette différence néanmoins de plus Zk de moins rempli de fang nous a fernblé pou¬
voir pafler pour effentielle Zk fuffifante pour établir vne efpece de Poumon, qui eft î’vne
des trois aufquelles nous réduifons les Poumons des Animaux que nous avons diffequez:
car nous avons trouvé des Poumons qui paroiffoient abfolument charnus, d’autres ab-
folument membraneux, ÔC d’autres en partie charnus 8c en partie membraneux. Les
Poumons de tous les Animaux terreftres à quatre pieds, qui ne font point des œufs, Zk
quelques -vns des Amphibies, comme le Veau marin, font de la première efpece-, Zk
ces Poumons paroiffent abfolument charnus, parce que le fang eft également répandu
par toute leur fubftance, dans laquelle il fe circule entièrement , faifant pafler au travers
du Poumon par fes vaifleaux tout le fang d’vn Ventricule du Cœur à l’autre. Les Pou¬
mons des Tortues, des-Serpens, des Grenouilles, des Salamandres, des Caméléons, &c.
font de la fécondé efpece -, Zk ils paroiffent abfolument membraneux, n’y ayant que tres-
peu de fang épandu dans leur fubftance , fçavoir feulement celuy qui eft neceflaire pour
leur nourriture particulière, en forte qu’ii ne fe fait point d’autre circulation par leurs
vaifleaux que de cette nourriture. Les Poumons des Oifeaux font de la troifiéme efpece,
Zk ils paroiffent en partie charnus, & en partie membraneux, parce que la partie qui eft
attachée aux Coftes eft remplie d’vne grande quantité de vaifleaux, par lefquels la cir¬
culation fe fait entièrement comme aux Animaux terreftres; &C l’autre partie, qui eft di-
vifée en huit, Zk quelquefois en dix grandes Veflies, n’a des vaifleaux, 8c ne fait la cir¬
culation que pour fa propre nourriture.
Ces trois efpeces de Poumon peuvent eftre réduites à deux, fi leurs différences font
prifes de l’vfage que le Poumon a par rapport à la circulation entière du fang-, 8c en ce
cas le Poumon des Tortues, Zk des autres Amphibies de fa forte feront vne efpece par¬
ticulière , leur Poumon n’eftant d’aucun vfage pour la circulation entière; Zk le Poumon
des Oifeaux , 8c celuy des Animaux terreftres feront vne autre efpece , qui fera commune
à ceux dont le Poumon paroift abfolument charnu , 8c à ceux qui ne le paroiffent qu’en
vne partie. Pour établir ces deux efpeces, on peut encore ajoufter vne autre différence
prife du mouvement des Poumons, qui dans les Animaux terreftres, de mefme que dans
les Oifeaux, eft continuel, régulier tk périodique; & dans les autres, comme dans la
Tortue, le Caméléon, tkc. eft interrompu, & tellement rare 8c inégal, que le Caméléon
eft quelquefois vn demy jour fans qu’on aperçoive en luy aucun mouvement pour la ref.
piration , 8c quelquefois on le voit enfler tout-à-coup , 8c demeurer vn quart d’heure en
cét eftat. La Tortue en vfe apparemment de la mefme façon. Nous en avons long-temps
obfervé plufieurs vivantes 8c entières , 8c nous avons remarqué quelles jettent bien
quelquefois vn vent froid par les narines, mais c’eft à reprifes Zk fans ordre. Dans celles
qui eftoient ouvertes vivantes, nous avons veû que le Poumon demeuroit continuelle¬
ment enflé par l’exaéte compreflion de la Glotte, 8c qu’il fe defenfloit entièrement Zk
tout-à-coup, lors qu’on avoit donné ifluë à l’air en coupant l’Afpre Artere.
Quand on ouvre la Poitrine à vn chien vivant, en luy enlevant le fternon avec les
appendices cartilagineufes des Coftes, on voit tout-à-coup le Poumon s’affàiffer, 8c en-
fuite la circulation du fang 8c le mouvement du Cœur ceffer en peu de temps, apres
que le Ventricule droit du Cœur , Zk fon oreille avec la veine cave fe font enflez,
comme eftant prefts à crever: en forte que pour empefcher que l’Animal ne meure, on
luy introduit le bout d’vn fouffkt dans l’Afpre Artere, 8c pouffant l’air £our faire enfler
le Poumon, 8c le retirant en fuite pour le faire affaiffer, on luy fait avoir par artifice le
mouvement qu’il a accoutumé d’avoir naturellement, Zk l’on voit que le Ventricule 8c
l’oreille droite du Cœur avec la veine Cave fe defenflent, 8c le Cœur reprend fon mou¬
vement ordinaire.
Cela n’arrive point à la Tortue à qui l’on a découvert le Poumon : car foit qu’il de¬
meure enflé , foit qu’il s’affaiffe, la circulation 8c le mouvement du Cœur continuent fi
bien dans leur manière naturelle, que l’on a expérimenté qu’vne Tortue a vefcu plus de
quatre jours en cét eftat. Nous avons encore fait vne autre expérience pour connoiftre
plus diftin&ement la neceffité du mouvement du Poumon, pour la circulation entière du
DUNE GRANDE TORTUE DES INDES. 201
fatig dans les Animaux dont le Poumon efl: abfolument charnu , ôc qui ne font point
Amphibies. On fait injection par le Ventricule droit du Cœur dans l’Artere du Pou¬
mon du Chien mort; & il arrive que fi l’on continue à faire enfler ÔC defonfler le Pou¬
mon par le moyen du foufflet introduit dans l’Afpre Artere, la liqueur que l’on pouffe
dans le Poumon pafle aifément, & fort par la veine dans le Ventricule gauche; ôc que
lors qu’on cefle de fouffler, elle n y pafle qu’à grande peine.
Apres avoir veû la ftruéture differente des ventricules Ôc des vaifleaux du Cœur du
Chien ÔC de la Tortue, il n’eft pas difficile de donner des raifons probables des Phéno¬
mènes de ces expériences. Car on peut dire que le Poumon du Chien eflant affaifle apres
l’expiration, les vaifleaux font comprimez en forte que le fang n’y peut pafler, ÔC qu’il
eft neceflaire que ces vaifleaux foient dilatez par l’infpiration , pour recevoir le fang du
Ventricule droit du Cœur, ÔC qu’ils foient en fuite comprimez dans l’expiration pour
l’exprimer, Ôc le faire pafler dans le Ventricule gauche. On peut encore concevoir
que les Ventricules du Cœur de la Tortue, ôc des autres Animaux dont le Poumon
efl; abfolument membraneux , n’ayant pas leurs parois folides comme ceux du Cœur du
Chien, où le fang n’a point de paflage libre d’vn Ventricule à l’autre qu’au travers du
Poumon ; mais qu’eflant poreux dans toute leur fubflance , 5c mefme ouverts les vns
dans les autres par des trous aflez larges, il ne faut point trouver étrange que quoy que
le Poumon demeure immobile, foit qu’il foit enflé, foit qu’il foit affaifle , la circulation
ne foit point empefchée, ôc qu’elle fe fafle toujours dans ces Animaux de la mefme
manière quelle fe fait dans les Fœtus : parce que tant dans le Fœtus que dans ces ani¬
maux, le Poumon ne reçoit du fang que pour fa nourriture, ÔC non point pour la cir¬
culation entière, en forte qu’il ne renvoyé au Cœur que les relies de ce qu’il n’a pas
confumé; ÔC qu’enfïn de mefme que la circulation entière ne fe fait que par les anafto-
mofes du Cœur dans le Fœtus, elle ne fè fait aufli dans les autres animaux dont il s’agit,
que par les ouvertures particulières que les Ventricules de leur cœur ont les vns dans
les autres.
Mais pour eftre plus affeûré que le fang ne fe circule point entièrement par le Pou¬
mon dans la Tortue , on luy a lié le tronc de l’ Artere du Poumon, Ôc l’on a obfervé
que le mouvement du Cœur n’en a ellé en aucune façon altéré, ôc que la circulation a
continué toujours de la mefme manière. Or cela efl plus aile à voir en cét Animal que
dans les autres , à caufe que fon Cœur eflant blanchaftre, ÔC les parois des Ventricules
minces en devant, on voyoit en quelque façon entrer ôc fortir le fang dans le Ventri¬
cule droit duquel l’Aorte fortoit, ainfî qu’il a efté dit; ÔC cela fe connoiflbit par vne
rougeur qui furvenoit lors que la pointe du Cœur s’approchoit de la bafe, ÔC qui dif-
paroiflbit lors quelle s’en éloignoit. Car il efl aifé de juger que lors que la pointe s’a-
prochoit de la bafe , c’eftoit alors que le Cœur exprimoit le fang de fes Ventricules*,
parce qu’en ce mefme temps leurs parois rentrans en dedans , ôc comprimans le fang,
faifoient paroiftre vne rougeur en cét endroit ; la compreffion eflant capable de faire
que les corps , que leur confiftance fpongieufe a rendus opaques, deviennent tranfpa-
rens par la diminution des intervalles qui les rendoient fpongieux. Enfin cette circu¬
lation ainfî apparente, qui a continué pendant quatre jours, le Poumon eflant ouvert ôc
coupé en plusieurs endroits , nous a femblé faire connoiftre aflez clairement qu’en la
Tortue le Poumon ne fert point à la circulation du fang comme aux Animaux qui ont
vn Poumon charnu.
Le véritable vfage du Poumon dans la Tortue ÔC dans les autres Animaux de fon
Genre, efl vne chofè qui nous a femblé aflez obfcure pour nous la faire examiner avec
foin, ôc nous donner mefme la hardiefle d’avancer des penfées vn peu extraordinaires,
fuivant la liberté que nous avons crû nous pouvoir donner dans ces Mémoires, où nous
ne mettons point les chofes comme eflant achevées, mais feulement comme des maté¬
riaux qui pourront eftre employez ou rebutez, félon qu’ils feront trouvez propres, ou
inutiles, ou défeétueux, lors que le temps, par de nouvelles expériences, ou par de meil¬
leurs raifonnemens, aura fuflifamment fait connoiftre leur valeur.
Hlli
202 DESCRIPTION ANATOMIQUE
Nous croyons donc qu’il n’y a point d’apparence que le Poumon de la Tortue ferve
à la circulation entière du fang, par les raifons qui ont efté dites. Il n’eft point fait auffi
pour la voix, la Tortue eftant abfolument muéte-, tk il n’eft point vtile au rafraifchiffe-
ment des parties internes , ny à l’évacuation de leurs vapeurs , puis qu’il n’a point le
mouvement continuel fk réglé qui le voit dans les autres Animaux, & qui eft neceftaire
à ces vfages. De forte qu’il ne refte que la compreffion des parties internes, dont les
vfages ont efté expliquez dans les Defcriptions que nous avons faites des Oifeaux ; & qui
fe réduifent à la confeétion & à la diftribution de la nourriture. Mais nous cherchons
vn autre vfage plus important, tk qui eftant plus particulier à la Tortue & aux autres
Animaux de fon elpece, réponde mieux à la conformation particulière de leur Poumon*,
&£ nous avons trouvé qu’on peut attribuer à cette partie la faculté que la Tortue a de s’é¬
lever, tk de fe tenir fur l’eau , tk de defcendre au fond quand elle veut, en forte qu’il
luy tient lieu de la veftie pleine d’air, qui fe trouve dans la plufpart des Poiiïons.
Il y a plufieurs conjeétures fur lefquelles nous fondons la probabilité de cette opi¬
nion, & qui nous font croire que cette veftie des Poiftons, tk le Poumon de la Tortue
eftant élargis, rendent le corps de ces Animaux aflez leger pour nager fur l’eau ; & que
lors que ces parties fe reflerrent, Pair qui eft capable de compreffion occupant moins de
place à caufe qu’il eft refterré, &£ ainfi tout le corps ayant moins de volume, il defcend au
fond, de la mefme manière que les petites figures d’émail creufes tk enfermées dans vn
tuyau de verre, tombent au fond lors qu’en preflant fur la furface de l’eau, on comprime
l’air qu’elles enferment dans la cavité qui les fait nager.
Nous avons fouvent remarqué qu’aufti - toft qu’vne Tortue eft mife dans l’eau, elle
jette parla gueule, ou par les narines, plufieurs bouteilles , qui font apparemment for¬
mées par l’air quelle a de trop dans fon Poumon pour s’entretenir dans vn jufte équi¬
libre, qui la mette en eftat d’eftre aflez pefante pour aller à fond à la moindre compref-
lion que fes mufcles font fur fon Poumon, de mefme que la petite figure d’émail defcend
dans l’eau au moindre effort qu’on fait pour comprimer l’air quelle enferme. Et il eft aifé
de comprendre que fi la Tortue eftant au fond de l’eau, vient à relafcher les mufcles qui
comprimoient fon Poumon , l’air par la vertu de fon reflort retournant en fon premier
eftat , peut redonner à tout fon corps le volume qu’il avoit quand elle nageoit fur
l’eau.
La probabilité de ce raifonnement a efté confirmée par 1 expérience. On a enfermé
vne Tortue vivante dans vn vaifteau plein d’eau, fur lequel on a attaché exa&ement
avec de la cire gluante vn couvercle, du haut duquel il fortoit vn tuyau de verre. Le
vaifteau eftant plein jufqu’à faire paroiftre l’eau au bas du tuyau de verre, nous avons
remarqué que l’eau montoit quelquefois dans le tuyau, tk que quelquefois elle y def-
cendoit. Or cela ne fe peut faire que par l’augmentation & par la diminution du volume
delà Tortue. Et il y a apparence que lors que la Tortue tafchoit d’aller à fond, l’eau
baifloit dans le tuyau , parce que l’Animal diminuoit fon volume par la compreffion de
fon Poumon ; tk qu’au contraire lors qu’elle s’efforçoit de venir fur l’eau, l’eau s’élevoit
dans le tuyau , parce que la Tortue augmentoit fon volume par le reîafchement des
mufcles, qui cedant de comprimer le Poumon, le laifloient revenir à fon premier vo¬
lume, & rendoient tout le corps de la Tortue plus leger.
L’exaétitudeavec laquelle la Glotte eft fermée dans cét Animal ,femble aider beaucoup
à l’effet de cette compreffion -, de mefme qu’il eft croyable que c’eft pour vn pareil vfage
que les veffies des Poiftons font tellement fermées, que quelque force qu’on employé
pour les comprimer, on n’en peut faire fortir l’air qu’en les crevant: car il n’y a point
d’apparence que ces veffies foient dans les Poiftons pour demeurer toujours en vn
mefme eftat ; elles leur nuiraient autant en les empefchant de defcendre dans l’eau,
quelles leur aideraient en les faifànt monter vers fa furface ; & pour cela il aurait fufîi
que leur corps fuft d’vne fubftance aftez rare pour rendre leur volume proportionné à
leur pefànteur, telle qu’eft la fubftance du bois tk des autres corps fpongieux qui nagent
fur l’eau. Nous avons obfervé pendant vn long -temps des Tortues flotantes fur l’eau
fans
D’UNE GRANDE TORTUE DES INDES. 203
fans Te remuer. Les PoifTons fe tiennent de mefme long -temps en vn.mefme endroit
entre deux eaux, tantoft prés du fond de l’eau , tantoft prés de fa fur face. Les petites
figures d’émail s ’ar relient ai nfi en differens endroits, fuivant les differentes comprenions
qui font faites à l’air qu’elles contiennent.
Ariftote & Pline ont remarqué que lors que les Tortues ont eftê long-temps fur l’eau
pendant la bonace , il arrive que leur écaille eflant defiechée au Soleil, elles font aifé-
ment prifes par les Pefcheurs, à caufe qu’elles ne peuvent fe plonger dans la mer a fiez
promptement, eftant devenues trop légères. Cela fait voir quelle jufleffe il doit y avoir
dans leur équilibre, puis qu’vn auffi petit changement qu’eft celuy qui peut arriver par
le feul deftechement de l’écaille , eft capable de le rendre inutile. Car il y a apparence
que la Tortue, qui eft toujours attentive à s’entretenir dans cét équilibre , de mefme
que les autres Animaux le font pour fe tenir fur leurs jambes, dans cette rencontre par
vn mefme inftinc , n’ofe pas faire fortir de l’air de fbn Poumon pour acquérir vne pe-
fànteur qui la fafte plonger promptement ; parce qu’elle craint que fa coquille eftant
abbreuvée, elle devienne fi pefante, qu’eftant defcenduë au fond de l’eau, elle n’ait plus
en fuite de moyen pour remonter deflus.
Or la remarque de l’immobilité du Poumon s’accorde aftez bien avec le defaut des
organes qui peuvent fervir à fon mouvement : car la Tortue a non -feulement fon
écaille, qui luy tient lieu de Thorax , abfolument immobile , mais nous ne luy avons
trouvé ny de Diaphragme , ny d’autres parties qui puiftent fuppléer à ce mouvement.
L’os du bras appelié humérus, qu’elle a enfermé dans la poitrine, a bien vne longue
apophyfe à l’endroit de l’articulation du coude, qui eft jointe avec vn autre os articulé
au coude-, en forte que ces os forment enfemble deux produétions de chaque collé,
qui s’approchant en devant, font comme des clavicules: mais ces parties font immo¬
biles, & ne fervent apparemment que de bafe & d’origine aux mufcles qui tiennent lieu
de peétoraux, tk qui tirent en devant la portion du bras qui eft mobile, fçavoir le cu¬
bitus, le radius, & la main. On trouve aftez de mufcles qui peuvent fervir à la compref-
fion du Poumon; mais des mufcles feuls ne font pas propres à fa dilatation: il faut des
colles fk vn llernon, ou quelque chofe d’analogue qui foit mobile. En forte qu’apparem-
ment il eft neceftaire de fuppofer que Tinfpiration fe fait- par le reftort des ligamens durs
& fermes qui compofent les mailles qui ont elté décrites : en forte que lors que les
mufcles qui peuvent comprimer le Poumon viennent a fe relafcher , ces ligamensse-
tendent, tk élargiftant les ouvertures de toutes les veilles , augmentent la capacité de
tout le Poumon. Quoy que noftre Tortue ne fuft pas de celles qui vivent dans leau^
elle ne laiftoit pas, à l’égard de cette conformation particulière du Cœur tk du Poumon,
de l’avoir pareille à celle des Animaux de fbn efpece, ainfi quon voit plufieurs Oifeaux
avoir des aîles quoy qu’ils ne volent point.
Le Cerveau eftoit tres-petit : car la grandeur de la telle , qui , à proportion du refte du
corps, eft déjà fort médiocre, confiftoit principalement aux os du crâne, 6>C a la chair
des mufcles crotaphites qui le couvroient , & qui eftoient épais comme au Lion; l’os du
fommet de la Telle ayant vne crefte à la manière de tous les Animaux qui ont vne force
extraordinaire aux mâchoires. Le Cerveau avec le Cervelet avoit en tout feize lignes
de long fur neuf de large. Les Tortues marines qui fe pefchent aux Antilles lont trois
fois plus petit à proportion : car, fuivant les Relations que nous avons de ces païs, les
Tortues qui y ont la Telle grofïe comme celle d’vn Veau, n’ont pas le Cerveau plus
gros qu’vne fève.
Les Membranes de ces deux parties, leur fubftance , le Lacis Choroide, la Glande Pt-
neale , la Pituitaire, l’Entonnoir, & la plufpart des nerfs eftoient de la mefme manière
qu’ils fe voyent dans les Oifeaux. Les autres parties avoient quelqueehofcde particulier.
Les Nerfs Olfaéloires eftoient d’vne grandeur extraordinaire , faifant prefque le quart
de tout le Cerveau. Les Nerfs- Optiques prenoient leur origine des Nerfs Olfaéloires.
Les deux tuberofitez que le Cervelet a dans les Oifcaux , au lieu d eftre attachées aux
parties latérales de la moelle de l’épine eftoient en fa partie ftuperieure. Le Cervelet
r KKKKk
204 DESCRIPTION ANATOMI QJJ Ë
n’eftoit ny fillonné par des lignes parallèles en dehors, ny diverfîfîé en dedans par les
differentes couleurs de fa fubllance , qui reprefentent des branches d’arbre , & fa ca¬
vité s’avançoit fort loin dans la moelle de l’e'pine, allant jufqu’àla première vertebre du
col.
La moelle de l’Epine eftoit couverte de fes membranes ordinaires , ôc arroufée de
plufieurs vaiffeaux qui l’accompagnoient jufqu’à fa fin. Elle empliffoit toute la cavité
des vertebres , & envoyoit de part & d’autre plufieurs paires de nerfs. Ceux qui fe di-
Ilribuoient aux bras, aux jambes, au col, & à la queue, efloient fort gros & en très-
grand nombre.
Le Globe de l’Oeil avoit vn pouce de diamètre. La Paupière interne que nous avons
vu remuer dans les Tortues vivantes, avoit les mefmes mufcles que nous avons obfervé
dans les Oifeaux. La Cornée eftoit fort mince. L’humeur aqueufe avoit vne confiftance
tellement ëpaifle , qu’elle ne couloit qu’à peine. L’Iris eftoit de couleur minime: on y
voyoit plufieurs vaifl'eaux entrelacez. Dans les petites Tortues que nous avons icy, qui
font toutes des Tortues d’eau, l’Iris avoit quatre points jaunes fur vn fond de couleur mi¬
nime. Ces points efloient difpofez en croix autour du trou de l’Uvée. Le Cryftallin n’a-
voit qu’vne ligne de diamètre: il eftoit plat & lenticulaire. La membrane faite en bourfe
noire , qui fe trouve dans les yeux des Oifeaux , ne s’eft point trouvée dans noftre
Sujet.
La Langue, dont la figure eftoit pyramidale, avoit vn pouce de long fur quatre lignes
de large. Elle eftoit mince , n’ayant pas plus d’vne ligne, dont la fubftance charnue ne
faifoit que la moitié. La Tunique avoit en deflfus vn grand nombre de mammelons. La
Langue avoit avec l’os Hyoïde dix mufcles, cinq de chaque cofté. Le premier, qui ti-
roit l’os Hyoïde en devant, alloic de la fymphyfe de la Mâchoire inferieure a la bafe
de l’os Hyoïde. Le fécond , qui le tiroit à cofté , alloit de la partie interne de l’omo¬
plate à la bafe de l’Hyoïde. Le troifiéme, qui le tiroit en enhaut , alloit d’vne de fes
cornes à fa bafe. Le quatrième, qui tiroit la Langue en devant, alloit de la fymphyfe
du Menton au cofté de la Langue. Le cinquième, qui tiroit la Langue acofte, vers
le bas, alloit d’vne des cornes de l’os Hyoïde à la bafe de. la Langue.
La neceflité ou’il v avoir dp ronfèrver la dépouillé de ce Sujet rare extraordinaire,
pour l’ornement de la Ménagerie de Verfailles, nous ayant empefché de pourfuivre plus
avant la recherche des organes des fens dans la Tefte de noftre Tortue, nous avons fup-
pléé à ce défaut par la difleétion de plufieurs autres Tortues, où nous avons obfervé
que les Nerfs Olfaéloires fe terminent à vne membrane délicate de couleur noire, qui
tapifle le dedans des Narines. Cette membrane n’avoit ny replis ny avances qui en¬
traient dans les trous de l’os Ethmoïde. Dans la partie anterieure du Palais il y avoit
deux trous à l’ordinaire qui répondoient aux Narines.
AT égard des Oreilles, à nos petites Tortues de mefme qu’à la grande , il n’y avoit
aucune ouverture en dehors: l’os paroiflbit feulement enfoncé au droit des temples; &C
la peau qui couvrait cette enfonceûre eftoit plus mince & plus délicate qu’ailleurs, &C
paroiflbit aufli quelque peu enfoncée en cét endroit. Après avoir levé cette peau, l’on
découvrait vn trou rond de la grandeur & de la forme de celuy de l’Orbite de l’Oeil.
Il eftoit fermé par vne efpece de Platine cartilagineufe fort mobile , eftant attachée tout
à l’entour au bord du trou rond par vne membrane fort déliée. Au cofté du trou
vers le derrière de la Tefte, il y avoit vn conduit cartilagineux, qui defcertdoit dans le
Palais , où il avoit vne ouverture longue, faifant vne petite fente. Au deflous de la Pla¬
tine cartilagineufe l’on a trouve' vne grande cavité de figure ovale , fort longue , ayant de
long deux fois fa largeur. Cette cavité eftoit percée à cofté, pour donner paffage à vn
petit ftylet fort menu, qui venoit obliquement foûtenir la Platine par vn bout, &C par
l’autre, après avoir paffé au travers d’vne fécondé cavité, qui eftoit vn peu en deflous
& à cofté de la grande, il bouchoit vn trou , par lequel la fécondé cavité s’ouvroit dans
vne troifiéme, qui eftoit anfraétueufe , & qui recevoit le nerf de l’Ouïe. Le bout du ftylet
qui bouchoit l’ouverture de cette troifiéme cavité , alloit en s’élargiflant comme le bout
d’vne
D'UNE GRANDE TORTUE DES INDES. 205*
d’vne trompette, fk: avoit vne membrane délicate qui l’attachoit à la circonférence du
trou.
Ceux qui ont fait la Defcription des Antilles, qui ell le lieu du monde où il y a vne
plus grande quantité de Tortues, difent quelles font fourdes. Nous avons lieu de dou¬
ter, veû les organes que nous venons de décrire, que ces Hiftoriens ayent apporté tout
le foin neceffaire pour eltre bien inllruits de cette particularité, y ayant apparence qu’ils
fe font contentez de la conjecture que l’on peut tirer pour cela du defaut d’ouverture
que ces Animaux ont en leurs Oreilles : linon il faudroit que les Oreilles fuirent aux
Tortues ce que les yeux font aux Taupes ; c’ell à dire quelles euflent des Oreilles
fans entendre, de mefme que les Taupes ont des yeux avec lefquels elles ne voyent
point.
La remarque que nous avons faite fur la manière dont la Tortue remue fon Col
pour fe retourner quand elle ell fur le dos, nous a donné occalion de chercher les muf-
cles qui fléchilfent & qui étendent cette partie. Nous avons premièrement trouvé que
ce Col a deux elpeces de mouvement, qui font chacun compofez de fléxion Sc d’exten-
lion. Le premier mouvement ell celuy par lequel la Tortue retire fon Col fa Telle
en dedans, ou l'allonge, & la fait fortir en dehors. Le fécond ell celuy par lequel le
Col ellant forti &c étendu, fe fléchit de tous les collez. Dans la première efpece de mou¬
vement le Col s’allonge lors que les mufcles qui fervent aux differentes flexions du Col
mis en dehors, agiffent enfemble, & d’vne égale force j & il fe retire en dedans avec la
Telle par deux differentes fléxions & extenlionsdes vertebres, dont l’vne ell en deffus &C
l’autre en deffous : ce qui donne au Col vne figure pareille à celle que le Col du Cigne
prend quand cët Oifeau retire fa telle vers fon dos. Pour cela outre les mufcles qui flé¬
chi ilent de tous collez le Col mis en dehors, &c qui font communs à tous les mouvemens
du Col, il y en a cinq particuliers de chaque collé, qui naiffant des apophyfes des lombes,
&£ des dernières colles, montent le long des vertebres du dos, & s’inferent en cinq diffé¬
rais endroits des apophyfes obliques des vertebres du Col, le plus long ellant attaché
proche de la Telle au corps de la première vertebre. Les mufcles qui, lors qu’ils agiffent
Séparément, fervent aux fléxions du Col mis en dehors, naiffent des vertebres du Col,
& s’inferent au fli à lès vertebres. Quelques -vns prenant leur origine au corps d’vne
vertebre, s’inferent aux apophyfes des autres: d’autres naiffant des apophyfes, s’inferent
à d’autres apophyfes -, en forte que lors que les mufcles d’vn collé agiffent feparément,
la fléxion fe fait de ce coflé-là; &C quand ils agiffent enfemble avec vne force égale , l’ex-
tenlion de tout le Col s’en enfuit, ainfi qu’il a efté dit.
Lors que la Telle fe retire en dedans , elle s’enfonce dans vn reply de la peau qui
ell fur les épaules, qui forme comme vn froc. Cela fe fait par le moyen d’vn mufcle
fort large & fort épais adhérant à la peau , &c qui ellant attaché aux apophyfes épi-
neufes des vertebres, d’où il lèmble naillre, fe replie en deffous, couvrant & envelop¬
pant Y A fpre artere 8e l’Oefophage. Les differentes fituations des fibres de ce mufcle,
qui le peuvent faire paffer pour vn affemblage de plulieurs mufcles, produifent les di¬
vers replis de cette peau faite en forme de froc, lors qu’elles agiffent différemment.
F I N.
LLLL1
TABLE DES iA N I M A V X
contenus en ce Volume.
Les Noms les plus communs, &C qui font au titre des Defcriptions,
font en lettre Romaine: les autres font en lettre Italique.
A^iCcipenfer.
Alcé.
Aigle.
Alga%el.
Alopecias.
Animal magnum.
A no.
Afio.
Avis tarda.
Autruche.
A.
B.
che de Sardai
2 i (tarda.
Bœuf marin.
Bubale.
gne.
CAméléon.
Caprea.
Carbo aquaticus.
Caftor.
Cafuel.
Cepus.
Cercopythecus.
Cerf de Canada.
Chameau.
Chamois*
Chatpard.
Chèvre d’Afrique.
Chevreuil d’Egypte.
Chryfaètos.
Civette.
Coati.
Cocq Indien.
Corax.
Cormoran.
Cynocéphale.
C.
D.
DEmoifelle de Numidie.
Dorcas.
Dromadaire.
SS
h
141
S-1
SS
S3
J 47
JS7
ISI
i6j
131
JSi
93
99
13
iop
103
6S
i8;
122
121
iz 9
29
109
4 9
4-r
ïbid.
14.2
77
89
H7
103
ibid.
121
'57
41
2- 9
G .
C T Allus P erftc us s
Gattus Inâicus.
+ J4-7
Gazelle.
41
Gajuel.
iSS
Guenon.
If.
ÎZI
HAliaêtos.
J 42
Heggehog.
f1.7
HerifTon.
ibid.
Hyene.
Hyftrix.
K.
113
l^Emas.
h.
42. JOÇ. 110
L Amantin.
97
Lion.
1. 6
Lionne.
9
Loup-Cervier.
59
Loup - Marin.
9S
Loutre.
73
Lynx.
M.
60
MAnati.
93
Meleagris.
13S
Mituporanga.
147
Mondi.
O.
h
O Tarde.
y1
Otis.
ibid.
Otus.
JS7
Ours.
P.
33
P Eintade.
'35
Phoca.
93
Porc-Epic.
113
Poule d’Afrique , de Barbarie > de Numidie , de
Guinée 3 de Mauritanie 3 de Punis ? & de Pha¬
raon. J3S
E.
Elant.
Emê 1
I3S
Renard
R.
REnard Marin.
SS
Rupicapra .
109
S.
SApajou.
m
Scharbo.
IQ3
Scops.
1S7
Singe.
121
Strepficeros „
2fl. IO9
T.
T Or tue.
m
F.
V Ache de Baÿane.
99
Veau Marin.
95
r.
JC S ere Fercken.
117
CORRECTIONS.
P Age 2. lig. 29. des ongles dont, lif. des ongles des chats dont. ib. la figure ; ces pointes, lif. la figure & prefque la grandeur;
ces pointes, lig. si ■ efface fie dernier mot qui. lig. s 2- n’eftoit point ouvert, lif. n’cftanc point ouvert, pag. 3. lig. 4. tous les inteftins en-
fcmble, lif. les inteftins neftoient pas fort longs, n’ayant tous enfemble. pag. 4. lig. 8. & qui avoit, lif. Il avoit. pag. s ■ lig. 2s • & fie
voir aufli, lif Cela peut faire croire aulfi. pag. 28. lig. 6. des jambes, lif. de la jambe, pag. 32. lig. 36. de toutes, lif. de la plufpart./>4g-.
3j. lig. 40. diftention du relafchement, lif extenfion ou relafchemcnt. pag. 44. lig. 30. que ces deux, lif. que dans noftre grande Gazelle
ces deux. pag. 4s. lig. 1. eft beaucoup plus large, lif. eftoit beaucoup plus large, pag. s ». lig. Si- Mefenterique inferieure, lif Mefcnce-
rique fuperieure. pag. 48. après la ligne 16. ajouftez M. Vn vaiffeatt que l’on peut prendre pour vn des deferens. pag. S7. lig. 18. à tous les ani¬
maux, lif. à la plufpart des animaux. pag. 6s. lig. 18. plus court n avoit qu’ environ, lif. plus court avoir environ. pag. 76. lig.ip. lesTejlicules
du majle, ajouftez, détournez, à cofiè, leur fituation naturelle ejlant au deffous des poches, pag. p6. lig. 21. rctenoit en partant , lif recevoir, pag.
113. lig. 27. la foye de ce pennache eftoit blanche, lif. eftoit de couleur de chaftain-brun. lig. 28. Sc de couleur de chaftain - brun , lif SC
blanche, pag. 128. lig. 21. marquez. Jjfé'C. marquez. R. lif. marquées marquées R. pag. 173. lig. 19. outre les deux membranes, lif. entre.
pag. iss . lig. S • le fac qui ferme, lif. le fac qui forme. pag. 160. lig. 13. qui eftoit vn peu plus épaifle, ofteT^ qui. pag. 167. lig. 6. le ventre
a terre, lif. le ventre jufqu’à terre, pag. 176. lig. 46. tous ces œufs, oficz. tous. pag. 17p. lig. 24. qui eiftant couché, ofiez. qui.’ pag. 186.
lig, 6. &C jettoient chacun, lif chacune, pag. 187 . lig. is . larges de deux pouces, lif longues de deux pouces.
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A PA R I S.
DE L'IMPRIMERIE ROYALE,
PAR SEBASTIEN MA B R E-C R A M O I S Y,
Dire&eur de ladite Imprimerie.
M. D C. L X X V I.
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